Mais qu’as-tu donc fait de ma si belle carapace ? Vois comme elle se lézarde depuis que je te connais, moi qui en étais si fier ! Penses-tu ! Du blindage vieux de trois ans d’âge, renforcé par du vernis, du double-vitrage et des écailles en marbre à peine poli. Et voilà que je suis obligé de colmater les brèches, jour après jour, avec du plâtre, du ciment et de la colle UHU. Au début, après quelques rendez-vous, un sparadrap suffisait, on n’y voyait que du feu, même si on sentait qu’il y avait tout de même un truc qui clochait, pas très net, tu vois. Du genre “Il se passe quelque chose qu’il ne nous dit pas, un secret qu’il finira bien par dévoiler”. Mais j’ai bien lutté comme il faut, de toutes mes forces. J’ai calmé mes trois organes (lire ici leur douce complainte), j’ai tempêté dans un verre d’eau, je faisais l’autruche, tête dans le sable, mais la relevant aussitôt, au cas où.
En plus, tu mettais en péril ma parole, mon “juré-craché qu’on ne m’y reprendra plus”, mon abdication à tout élan amoureux. Tu le savais et sciemment, tu as voulu tenter ta chance, comme un joueur de Loto du dimanche (alors qu’il n’y a pas de tirage le jour du Seigneur). Tu t’en souviens, non, de ma grandiloquence lorsque je clamais haut et fort et avec toute la sincérité dont je suis capable, que je resterai célibataire, quoi qu’il m’en coûtât (à redécouvrir ici). Et je déteste cette sensation d’être un menteur. Alors, crois-moi, tout ceci, là, ce n’est pas de gaité de coeur, car tu n’étais pas du tout prévu au programme.
Je te l’avais d’ailleurs dit, tout de go : notre rencontre, je n’y mettrai aucun affect. Tu as opiné du chef, tu as tout de même voulu te lancer dans cette chasse au trésor frelaté (à savoir moi, sans valeur ajoutée depuis tant d’années). Je suis arrivé sans crainte à notre rendez-vous, puisque je savais, en mon for intérieur, qu’il serait unique et sans issue. Trois heures plus tard, je t’en proposais un second. La souris prise au piège et qui déguste tout de même le fromage, le cou coincé entre le bois et la barre de fer. Mais pour te prouver que je n’étais pas disposé à me laisser avoir aussi facilement, je t’ai mené la vie dure et continue de le faire…
En somme, tu payes pour tous les autres. Pour ceux qui ont quitté le navire, qui ont abandonné, qui ont achevé l’autre avec délectation une fois le méfait accompli (si M. l’Ex me lit, héros de mes Chroniques d’une rupture, salutations). Tu payes aussi pour ne pas ressembler au portrait robot que je m’étais naïvement imaginé concernant le Prochain (si prochain il y avait). Et le comble, c’est que tous les jours, je croise ces sosies de mes rêveries et je n’en ai désormais cure. A cause de toi. Toi et ta gentillesse non feinte. Toi et ta patience. Toi et tes yeux de biche qui aurait vu un phare de voiture. Toi et ton goût savant pour te vêtir. Toi qui applaudis quand tu ris. Toi qui sembles être né pour me comprendre, pour me désarçonner autant que je te teste, quotidiennement. Toi à qui je dis ne pas vouloir te voir trop souvent de peur de déjà me lasser et moi qui m’ennuie, finalement, quand tu n’es pas là. Toi et ta grosse voix digne d’une bande-annonce d’un blockbuster américain. Toi que je présente à mes amis, alors que je trouve qu’il est trop tôt lorsque tu en fais de même avec les tiens. Toi que je tente stupidement de modeler à l’image que j’ai de toi dans ma tête. Toi à qui je veux tout raconter, premier depuis longtemps, avec qui je veux partager passé, présent et futur (plus ou moins proche). Toi qui bannis de ma mémoire celui que j’ai fini par haïr et dont je ne te parle encore que trop. Toi qui écoutes avec intérêt. Toi qui parles avec beaucoup trop de digressions. Toi qui crées. Toi qui veux de moi pour créer avec toi. Toi qui prépares des petits plats. Toi qui possèdes des défauts que j’abhorre d’ordinaire, qui m’auraient fait fuir en temps normal et pourtant, je suis là. Toi, enfin, qui mets ma paix intérieure en péril.
Te rends-tu compte, petit chenapan, vil semi-Breton, que tu fous le bordel dans ma petite vie tranquille ? C’était tout simple, alors. Je me levais, j’allais faire du sport, puis je travaillais d’arrache-pied pour ne pas penser à mon nombril, puis je rejoignais des amis ou me rendais au cinéma. Je me faisais une petite séance de tchat afin de me rendre compte de la pauvreté de la misère humaine amoureuse et sexuelle dont je faisais partie, une branlette et au lit ! C’était réglé comme du papier à musique, parfois avec des soubresauts différents, mais j’étais peinard. J’allais écouler ce qui restait de ma trentaine dans des méandres connus d’avance. Et cela était juste et bon. Mais te voilà. Antithèse de ce que j’espérais pour partager ma vie. Mais synthèse de ce que j’attendais, encore, secrètement.
Surtout, tu as réveillé les peurs ancestrales. D’être abandonné encore une fois, alors que j’aurai pris de l’âge, ne serai plus côté à l’Argus des invertis, que j’aurai encore perdu du temps à ressentir pour n’avoir plus que des bribes de souvenirs dans la paume. Pour avoir donné sans doute pour rien. Je te préviens, je vais mettre beaucoup de temps à me remettre en route : la carapace, bien que fissurée, est toujours présente, prête au colmatage d’urgence, afin de ne pas prendre l’eau, ne pas perdre pied trop vite, flotter encore un peu avant de couler. Peut-être que dans quelques semaines, je parlerai de toi à l’imparfait, ici-même. Ou peut-être qu’au contraire, tu seras toujours mon présent de l’indicatif. Affaire à suivre…
Et en attendant, je te dédie cette chanson : http://www.youtube.com/watch?v=uZHL-U9jSDs
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- Par Lesoirquipenche |
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Je croise les doigts très forts jusqu’à les blanchir, je touche du bois jusqu’à le polir, mais pour le moment, je n’ai jamais eu à entendre à mon endroit la moindre remarque homophobe, même les rares fois où je me suis promené très collé-serré avec l’un de mes compagnons. Il faut dire qu’à l’époque, si l’homophobie était belle et bien existante, il n’y avait pas de cortèges à serre-têtes et capelines qui s’acoquinaient avec l’extrême-droite pour dénoncer (voire briser) de l’inverti comme au bon vieux temps jadis de la Collaboration. Mais ceci est un autre sujet. Mon père, lui-même, dont l’insulte suprême était “Sale pédé” a changé d’injures pour invectiver son prochain avec véhémence, depuis qu’il sait que je suis de la jaquette. C’est dire si l’homme est capable de changement et d’adaptation. Ce préambule pour vous parler d’un sujet plus léger que mes derniers Invertissements, à savoir les différentes petites phrases plutôt humoristiques (ou non) que j’aie pu entendre concernant l’homosexualité en général et la mienne en particulier, de la part de mes proches.
A chaque être humain ses addictions. Pour certains, ce sera la cigarette. Pour d’autres un p’tit verre d’alcool dans le gosier régulièrement, pour accompagner leurs volutes. Les uns vont boire café sur café, tandis que d’autres vont s’adonner à des jeux vidéos jusqu’à plus d’heure. Quelques individus vont même s’exciter sur un jeu vidéo, une bière à portée de main, une clope au bec et avec un café en cours de préparation. Moi, rien de tout cela… Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue pas, je n’aime pas le goût du café et les jeux vidéos m’agacent au bout de quelques minutes. Entre autres non-addictions. En revanche, si je devais m’en trouver une, ce serait probablement la gaudriole sans vêtements. Car j’ai toujours bien aimé le sexe.
De nos jours, ce n’est guère une sinécure d’être inverti et catholique à la fois… D’un côté, vous avez les profanateurs du Mariage pour tous qui partent en croisade en embrigadant des enfants et veulent bouter les homosexuels hors de leur vue (et de leur vie) et de l’autre, les défendeurs de ce texte de loi égalitaire, qui se gaussent de ces intégristes en mantille qui font des prières géantes dans la rue et chantent en latin. Pourtant, je pense qu’il reste possible de concilier les deux. Même si, bien évidemment (sinon ce ne serait pas aussi désopilant), la chose n’a jamais été très aisée pour moi.
Résumé des saisons précédentes : Tandis que M. l’Ex me quitte pour un autre en me faisant croire qu’il préfère rester seul, tandis qu’il garde mes clés pendant toute une année afin de me les rendre en s’introduisant chez moi en mon absence, tandis qu’il fait tout pour me revoir, me cachant son histoire d’amour pour ensuite m’avouer que je n’ai jamais compté et qu’il souhaite que je disparaisse de sa vie, une psychologue que j’interviewe me suggère d’en finir avec ce supplice qui me détruit petit à petit. Je m’apprêtais alors à ouvrir la boîte de Pandore, sans savoir ce que j’allais y trouver… Saison 1 complète à découvrir
A partir de quand peut-on être considéré comme un célibataire endurci ? A l’heure où je célèbre sans fleurs ni couronnes la troisième année de mon célibat, la question se pose. Suis-je devenu ce que je craignais être ? Suis-je désormais voué à une solitude éternelle ? Lorsque j’avais confessé à mes géniteurs ma nature d’inverti, ce qui les avait inquiétés (outre le fait que je devienne un jour séropositif, car cette association d’idées se faisait encore immédiatement et se fait toujours), c’était que je finisse seul. Pour eux, homosexualité rimait avec solitude. Finalement, les années qui suivirent cette révélation les détrompèrent, puisque je vécus deux relations stables et solides. Mais les bonnes choses ayant une fin, depuis trois ans, mes sentiments évoluent en plein désert de Gobi. Et me voici dans la dimension que je redoutais à l’orée de l’âge adulte : le statut de trentenaire célibataire.
Si j’ai souvent abordé ici ce qui se passe au niveau du palpitant, je suis rarement descendu en dessous de la ceinture. Réparons cet oubli, voulez-vous ? Car la sexualité fait partie de l’équilibre de la vie, paraît-il et inverti et sexualité font justement bon ménage. Je vous rassure, je ne vais point vous conter les détails de ma vie sans vêtements avec autrui. Je vais plutôt m’intéresser à une spécificité qui ne concerne que les homosexuels masculins (et certains hétéros qui connaissent bien leur corps et n’ont point honte de leur zone érogène intérieure, savamment enfouie sous une tonne de préceptes de bonne morale et de prêches religieux) : la sodomie active et passive.
Résumé de la saison précédente : M. l’Ex me quitte dans notre troisième année de couple. Officiellement, il veut brûler sa jeunesse. Tandis qu’il conserve quelques affaires à moi et les clés de mon appartement, me laissant ainsi espérer un hypothétique retour, son comportement oscille entre propositions de sorties et gémonies détestables à mon égard. Sans oublier une jalousie particulièrement mal placée quant à ma vie sentimentale. Et tout d’un coup, un silence lourd et étonnant de sa part. Alors que j’essaye vainement de me reconstruire, il ressurgit un an après notre rupture, de manière inattendue… Version longue de la première saison à découvrir dans cet
Il est une espèce de garçons plus terrible, dangereuse et sournoise encore que celle des
Je vous ai déjà narré les différents types de personnages que l’on peut dénicher sur les tchats gays (lire notamment 

