Mauvais genres

Par Vincent Loiseau

L’égalité en Argentine, à quand la France ?

Avec une majorité par 33 voix contre 27, l’Argentine est aujourd’hui le premier pays de l’Amérique du sud à avoir ouvert l’égalité des droits pour tous les couples de même sexe sur son territoire.

Dixième pays au monde à légaliser le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe, l’Argentine ouvre la voie de « l’Egalité » dans une région dite catholique à 91 %. Après les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, le Canada, l’Afrique du sud, la Norvège, la Suède, le Portugal et l’Islande (le mois dernier), cette avancée en droit s’est affranchie des conservatismes les plus virulents. La présidente Cristina Kirchner a même dénoncé cette virulence ainsi « il est très inquiétant d’entendre des mots comme ‘la guerre de Dieu’ ou ‘le projet du diable’, des choses qui rappellent l’époque de l’Inquisition ».

Manifestement, cette nouvelle loi argentine confirme que les lois françaises sont inadaptées aux réalités sociologiques des couples et des familles homoparentaux. Les couples de même sexe aspirent à pouvoir se marier, être reconnus par la nation comme des concitoyens à part entière. Les familles homoparentales, elles, constatent les inégalités et les disparités territoriales puisque les décisions de justice hétérogènes sont souvent contradictoires d’une Cour d’appel à une autre. Seul, le pouvoir législatif permet d’ouvrir de nouveaux droits aux couples de même sexe. Mais pour cela, il faut surtout une volonté politique, volonté politique qui ne semble pas être à l’agenda du gouvernement français. D’ailleurs, les lesbiennes et gays (bi et trans) issus du parti majoritaire, sans se désolidariser de la politique gouvernementale, l’ont bien compris. Ils ont officialisé la rupture avec le parti majoritaire le mois dernier.

Demain, au Luxembourg, ces mêmes droits seront ouverts pour les couples de même sexe : passant ainsi du pacs vers le mariage et l’adoption, le Luxembourg aura compris que l’égalité des droits franchit les étapes nécessaires de la reconnaissance de tous les couples et de toutes les familles. Uns à uns, chacun progresse vers l’égalité des droits.

Si, en France,  toutes les organisations politiques à gauche sont favorables à l’ouverture du mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe, c’est donc au sein de la majorité présidentielle que les courants s’affrontent : ils ne restent que les député-e-s UMP à convaincre pour l’égalité des droits des LGBT (ou bien changer de majorité). Construire la société de demain, c’est lui donner du sens aujourd’hui.

Et pendant ce temps là, le gouvernement peut jouer la montre, et, s’il se montre de mauvaise volonté, le débat peut durer encore des années. Mais les réalités juridiques des autres pays, les réalités jurisprudentielles de la cour de cassation confortent notre mobilisation revendicative et militante. En Argentine, les militant-e-s LGBT se sont fortement mobilisé-e-s face à l’église catholique et aux conservateurs, espérons que la droite française aura tiré les leçons des mouvements anti-pacs de janvier 1999 et pourra se détacher de ces groupuscules politiques. Pourtant force est de constater ces derniers mois les changements notoires : les améliorations du pacs ne sont pas programmées, le statut du tiers promis en 2007 reste au banc de l’agenda parlementaire, Christine Boutin a toujours audience auprès du pouvoir en place, enfin Christian Vanneste est encore rattaché au groupe UMP. A quand une réelle rupture ?

Demain, dès lors que les couples de même sexe auront le choix, ils pourront ne pas vouloir se marier, éduquer leur enfant en union libre, ou se pacser. Cela s’appelle l’égalité, comme pouvaient le scander les militant-e-s LGBT argentins hier soir « Egalité ! Egalité, C’est le bonheur! ».

2 commentaires

Nous ne devons rien attendre du pouvoir actuel, qui se dirige plutot vers un électorat de droite, hostile à l’avancement de nos droits, il faudra se mobiliser pour 2012, c’est la seule chose à faire…

Écrit par brillane le 27 août 2010 à 9:57

Pourquoi on n’y arrive pas en France, parce que en France que l’on soit homo, hétéro, ou bisexuel, le problème reste entier car au lieu de se lamenter, on arriverait à la tolérance. Un jour j’ai été dans un bar gay dont je ne citerai pas le nom, qui a traité mon ami “de vieille”, à Paris notamment les gens s’ils vous parlent c’est pour soit vous demander quelque chose, sinon ils vous ignorent, sont sourd muet ou aveugle. Votre revue véhicule d’ailleurs le jeunisme, disons que moi je ne risque pas de les fréquenter ils snobent, méprisent. Seulement quand les gays ont besoin des vieux homos ils savent nous les seniors nous appeler. Non décidemment si nous arrêtions de nous lamenter, de ressembler au premier hétéro venu avec bobonne, les langes et les anges qui vont avec, nous les gays ou homos ou autres nous vaincrons.

Écrit par ANTON le 6 novembre 2010 à 15:17

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