Mauvais genres

Par Vincent Loiseau

Tout ça pour ça !

De l’agacement et de la colère, les associations homosexuelles, qui militent en faveur de l’avancée des droits des couples et des enfants qu’ils élèvent, vont en avoir. Le rapport de Jean Leonetti est attendu, très attendu par les gays, les lesbiennes qui partout en France exigent l’application du principe d’égalité des droits. Les annonces ce matin dans le journal Figaro présagent d’un enterrement de l’avant-projet de loi porté par Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille.

Pendant la campagne présidentielle de 2007, le parti conservateur qu’est l’UMP a changé son image pour séduire les minorités. Une vision communautariste a vu le jour sans que quiconque ne s’en inquiète. Ce clientélisme a été dénoncé par des militants politiques (cf Lesbiennes, Gays, Bis, Trans. Aimable clientèle, Gilles Bon Maury, éd. Café République). L’histoire, encore aujourd’hui, leur donne raison. La réalité rattrape une mauvaise fiction.

Quelles avancées réelles pour les LGBT depuis deux années de présidence ? L’Union civile, la réforme du statut du tiers sont les propositions du candidat Nicolas Sarkozy. Ces deux réformes tomberaient-elles aux oubliettes des projets présidentiels ? Les associations LGBT rejetaient déjà la première proposition et ils l’ont fait savoir. La seconde proposition avait été négociée et les critiques à son égard avaient permis en mars dernier qu’elle intègre les familles homoparentales dans l’exposé des motifs. Ce statut du tiers reconnaissait non seulement le droit pour l’enfant d’entretenir des relations durables avec le tiers avec lequel il a noué des liens, mais aurait donné aussi la possibilité de partager l’autorité parentale avec le tiers par simple voie conventionnelle avec homologation de la convention par un juge.

Alors que l’entente parlementaire émergeait, le député maire d’Antibes, très proche de ses collègues, s’exprimait ainsi en mars dernier : «il n’est pas pertinent d’aborder la question de l’homoparentalité de manière détournée.» La polémique dans la majorité présidentielle devenait incontrôlable. Pour calmer les esprits, le Premier ministre François Fillon décida d’installer une mission sur la “modernisation de la législation sur l’autorité parentale et le droit des tiers” présidée par Jean Leonetti . En réalité, un rapporteur pour enterrer en douceur l’avant projet de loi. Les militants ne seront pas déçus : le rapporteur suggère donc « de trouver des arrangements plus souples et pragmatiques qui puissent s’adapter à chaque cas». Dans ces conditions, la loi de 2002 sur l’autorité parentale de Ségolène Royal répond à leurs attentes. Des « arrangements », mais dans quelle société vit le député-rapporteur Jean Leonetti ? Les couples lesbiens et gays ne veulent pas « d’arrangements », ils revendiquent leur statut, leur couple, leur famille.

Nicolas Sarkozy laisse entre-apercevoir cependant les prémices du rapport Leonetti dans sa réponse à l’Inter-LGBT en 2007 : « Je considère que le modèle de famille s’organise autour d’un père et d’une mère. C’est un modèle biologique dont découle un modèle social. On ne peut certes nier que, dans la réalité, il y a des couples homosexuels qui élèvent des enfants. Ils le font aussi bien que des couples hétérosexuels, mais cela ne nous autorise pas, c’est ma conviction, à inscrire dans la loi que la famille, ce peut-être un père et une mère aussi bien que deux pères ou deux mères. Pour autant, je considère qu’il ne faut pas stigmatiser ceux qui vivent cette réalité. C’est pour cela que je suis favorable à la création d’un statut de beau-parent, qui concernerait les familles homoparentales comme recomposées. » Les engagements pris par l’actuel Président de la République, alors candidat, étaient clairs, précis.

Certains pensent à tort que le conservatisme a basculé. L’hostilité de la majorité présidentielle à la filiation homosexuelle est connue. L’arrivée de Philippe de Villiers et de Frédéric Nihous en septembre marque un symbole de fort conservatisme et de relents poujadistes. Si la force du Président de la République, Nicolas Sarkozy, se caractérise dans sa capacité à communiquer, elle se traduit surtout avec des effets d’annonces sans lendemain. Nécessité oblige de lui rappeler ses engagements.

2 commentaires

bravo.
comme homo et comme citoyen, l’UMP et Sarkozy me donnent de plus en plus envie de gerber.

y compris quand ils persistent à vouloir “draguer” les homos, toujours avant les élections.
les conservateurs britanniques (parti TORY) font pareil depuis quelques années, et pourtant, récemment, ils ont noué des liens avec un des pires partis homophobe de la droite polonaise.

on est entre cynisme marketing et schizophrénie grave.

Écrit par Alien XXII le 7 octobre 2009 à 20:10

A quand une manifestation organisée par les associations afin de soutenir l’avant projet de Nadine Moreno?

Écrit par lalou le 7 octobre 2009 à 20:42

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