Ma vie de lesbienne

Vos témoignages

Bisexuelle, je me bats sur deux fronts

drapeau-bi Laurianne, 20 ans est bisexuelle et s’assume comme telle. Difficile cependant de se faire accepter: étiquetée hétéro “qui se donne un genre” d’un côté, ou lesbienne “non fiable” de l’autre, elle doit quotidiennement démonter les clichés biphobes. Revendiquer son identité bi, c’est lutter pour une vraie visibilité.

“J’ai vingt ans et si je devais impérativement me définir j’emploierais le terme «bisexuelle» (qui me déplait pour plusieurs raisons, mais c’est un autre sujet). J’ai découvert mon attirance pour les femmes il y a un peu plus d’un an, sans m’être jamais questionnée auparavant (ou si peu). Si par le passé j’étais exclusivement attirée par des hommes, aujourd’hui je serais plutôt ce qu’on pourrait appeler une «bi à préférence homo».

S’affirmer bi, c’est bien plus compliqué qu’on pourrait le penser de prime abord. Déjà, il y a tout un folklore autour de la bisexualité qui fait qu’avant d’être accepté(e) comme tel(le) on doit d’abord démonter les préjugés des gens (les bis n’existent pas/refoulent leur homosexualité/sont honteux(euses) et planqué(e)s, indécis(es), infidèles, ou au minimum polyamoureux(euses), sont obsédé(e)s par le sexe, sont incapables d’amour, ne peuvent pas conserver une relation, etc.). Il est indispensable de rappeler qu’une orientation sexuelle n’indique rien sur les comportements amoureux et sexuels, car ça ne va pas toujours de soi!

«Se donner un genre»
L’autre problème, c’est qu’on tente de nous assimiler, consciemment ou pas. Une fille bi, pour un nombre non négligeable d’hétéros, c’est grosso modo une « hétéro ouverte à un petit plus » (et le fantasme du triolisme n’est pas loin). Si on met en avant notre attirance pour un genre/sexe ou – pire – si on est en couple, on va tout de suite nous ranger dans la case hétéro ou dans la case homo. Arrivée là, soit on se conforme aux attentes (en niant notre ressenti bisexuel – ce qui est aussi douloureux que de taire de son homosexualité), soit on reprend nos interlocuteurs (au risque de passer pour psychorigide). Je pense qu’il peut être encore plus difficile de se faire comprendre quand on préfère un genre/sexe à l’autre (soit on nous suspecte de refouler, soit on nous suspecte de vouloir «se donner un genre» en s’inventant une vague attirance pour les personnes du même sexe que soi). Les «bi-curieux» ne nous aident pas du tout sur ce coup-là!

Il est à noter que cette invisibilisation est présente à tous les niveaux. Quand l’orientation sexuelle d’une personne (réelle ou fictive, actuelle ou passé, proche de nous ou célèbre…) n’est pas clairement énoncée, systématiquement on dira d’elle qu’elle est homo (en enlevant tout le sens que pourraient avoir ses relations hétéros, éventuelles ou avérées, ou en les niant carrément) ou bien qu’elle est hétéro (en prétendant que ses expériences homos étaient un test ou bien s’inscrivaient dans un contexte particulier qui ne viendrait pas remettre en cause ses préférences sexuelles). Sans dire que toutes ces personnes devraient être qualifiées de bis, je pense qu’il serait plus honnête de laisser planer le doute… et que cela nous permettrait également de gagner en visibilité et donc en crédibilité. Cela aiderait aussi à lutter contre la détresse de ceux qui se découvrent bisexuel(le)s et qui n’ont quasiment aucun modèle auquel se référer.

«Bis s’abstenir» dans les petites annonces de rencontres lesbiennes
On a parfois tendance, en tant que bi, à se faire passer pour un(e) homo parmi les homos par peur (parfois justifié, parfois non) d’être victime de biphobie. Laquelle est bien plus présente qu’on ne le croit, le plus souvent dans des remarques anodines (qui le sont moins lorsqu’on les additionne les unes aux autres). L’exemple typique c’est la question : «Et quand est-ce que tu te trouves un copain?» (ou «une copine») qui montre que la personne en face nous perçoit soit comme strictement hétéro soit strictement gay/lesbienne. Je ne m’attarderai pas beaucoup plus sur la biphobie, puisque j’ai déjà listé plus haut les préjugés habituels. Je rappellerai juste qu’elle peut être assez violente. Les «bis s’abstenir» dans les petites annonces de rencontres lesbiennes, c’est imbécile et gratuit. Je ne comprends même pas que des magazines en permettent la diffusion! Et je ne parle pas des idioties du type «les bis ont plus de chance d’avoir des MST ou d’être séropositifs(ves)». Plus soft, mais tout aussi agaçant, il y a l’éternelle injonction à choisir – mais on ne choisit pas plus d’être bi que d’être homo! On peut choisir d’être en couple avec une personne de son sexe ou non, on peut choisir de refouler une partie de ce qu’on est, mais même avec toute la volonté du monde on ne peut pas influer sur nos attirances.

Si on veut s’assumer en tant que bi, il faut donc: éradiquer les préjugés sur notre compte, ne pas se laisser assimiler, ne pas avoir peur de répéter cent fois la même chose et d’argumenter. C’est un travail assez répétitif. Il est utopique de croire qu’on peut se limiter à un coming out en trois mots («je suis bi»). Pour être accepté(e) et surtout compris(e) (c’est-à-dire plus que superficiellement), il faut expliquer, justifier, détailler son vécu – et quand on a un tempérament discret et peu expansif comme le mien, ça pose rapidement souci.

Je reste persuadée qu’il est peut être parfois plus facile de se dire homo que bi. J’envisage pour ma part de faire un coming out lesbien à ma famille, quitte à revenir dessus plus tard, parce que je doute qu’on me prenne au sérieux si je me définis comme bi et qu’on se prépare vraiment à l’idée de me voir en couple avec une femme (ce qui a plus de chances d’arriver, vu qu’elles ont ma préférence).”

Laurianne

Je me suis acceptée grâce à Internet

clavierlesbienMarion a vécu une amitié fusionelle à l’adolescence sur laquelle elle n’a pas su mettre tout de suite un nom. Sans personne à qui parler de ces sentiments nouveaux, elle s’est réfugiée sur des forums de discussion grâce auxquels, à travers l’écran, elle a pu se confier et apprendre des expériences de ses amitiés virtuelles. Jusqu’au jour ou elle rencontre l’amour…

“Jusqu’à mes 17 ans, je ne suis sortie qu’avec des garçons, et je ne m’étais jamais posé de question sur ma sexualité. La norme dominante étant l’hétérosexualité, j’ai très peu entendu parlé d’homosexualité pendant mon enfance et adolescence. Je me souviens même qu’à mes époques collège, ça apparaissait plus comme une insulte qu’autre chose…

Aujourd’hui, je suis lesbienne et en couple. Et pourtant, Dieu sait que ça n’a pas été facile d’en arriver là!

Amitié fusionnelle avec une fille
Tout a commencé (sans grande originalité, j’imagine) avec une amitié fusionnelle et unique avec une fille. Nous passions le moindre temps libre ensemble. Je n’avais jamais eu d’amie comme elle, nous avions le même humour, les mêmes lectures, les mêmes passions… Un vrai clone, et pourtant si différente de moi. Par ailleurs, c’était ma seule amitié où le contact ne me gênait pas, j’allais même le chercher!

J’ai du me voiler la face pendant 6 mois, jusqu’à ce que mon amie se soit trouvé un copain. C’est en recevant le SMS que j’ai réalisé que mes sentiments avaient de loin dépassé le stade amitié. J’avais l’impression qu’un gouffre béant s’était ouvert sous mes pieds et m’avait engloutie. Je suis allée pleurer comme une môme en travers de mon lit. À partir de là, c’est devenu difficile. Je ne pouvais plus voir mon amie sans sentir le gouffre se rouvrir dès que j’étais avec elle, et je ne pouvais pas non plus me passer d’elle. Nous n’étudions pas dans la même ville, alors je n’ai pas eu le choix. J’ai passé un an de déprime dans mon 15m2 (pour résultat planter mon année scolaire). Je passais des nuits à épuiser le chagrin en le transformant en colère. J’en ai voulu à mon amie, à mes parents, même à Dieu, mais par-dessus tout à moi.

Les filles tombaient amoureuses des garçons, alors qu’est-ce qui clochait chez moi? Pourquoi moi je n’étais pas « normale »? À cause de quoi? Je me suis réfugiée sur un forum pour en parler, vu que je n’avais osé en parler à aucun de mes amis. J’ai pu parler avec des lesbiennes, ça m’a en quelque sorte rassurée, j’ai trouvé là-bas des personnes dans le même cas que moi, et la colère est passée. J’ai pu réfléchir à la suite avec la tête froide, et j’ai pu avancer. Puis j’ai rencontré d’autres filles, pour qui j’ai eu de gros coup de cÅ“ur, sans jamais oser leur dire.

L’impression de redevenir une gamine de douze ans
Et puis il y a eu cette belle rencontre: cette fille, lesbienne, en couple à l’époque, avec qui j’ai beaucoup échangé et à qui j’ai pu poser les questions qui me tracassaient: réaction des parents et des amis, comportement dans les rues, comment elle a su qu’elle était lesbienne, etc.. Après plusieurs mois, nous discutions de tout et de n’importe quoi. Je passais mes soirées sur Internet ou sur mon cellulaire pour pouvoir lui parler. J’avais l’impression de redevenir une gamine de douze ans!

Puis un soir elle m’a envoyé le SMS fatidique : «Bon, je crois que tout le monde l’a compris mais… Tu me plais».

Panique à Disneyland, cÅ“ur à deux doigts d’exploser, feux d’artifice et tout le firmament pour fêter ça!
Et on s’est rencontré un soir de décembre.
Ça a tout de suite collé. On ne s’était encore jamais vu (à part sur quelques photos), je n’avais jamais été aussi stressée de ma vie!
Je ne regrette rien. C’était…
Incroyable.
Dément.
Parfait.
Et ça l’est encore!

Aujourd’hui, mes amis savent que je suis lesbienne. Ils l’ont tous accepté, je n’ai eu aucun retour négatif. Mes parents le savent aussi, même si ma mère a grincé des dents au début; ils connaissent ma copine, et l’ont accepté également.

Le seul regret que j’ai dans toute cette histoire, c’est cette année gâchée à me torturer l’esprit. Tout aurait été plus simple si je m’étais orientée sur ce forum dès le début pour parler, désenfler la plaie. Mais ça aurait pu être pire. Je me souviens avoir eu l’idée d’aller en parler sur le net en tombant sur une affiche sur laquelle il était inscrit:«Tu es homo? Tu veux en parler?». Merci à ceux qui ont eu le bon sens de la créer, et de créer l’organisation qui va avec.”

Marion

Lesbienne dans une famille croyante

fillereligion Rose, issue d’une famille très religieuse, est tombée amoureuse d’une fille. Elle a d’abord mis de côté ses sentiments nouveaux avant lâcher prise et s’abandonner à son amour. Elle reste cependant en colère contre ses proches et leurs croyances qui n’acceptent pas son homosexualité…

“Ça fait quelque mois que j’ai découvert ce site, et j’aime bien y perdre mes pensées…  J’ai lu quelques témoignages et je me suis dit que ça me ferais peut-être du bien d’écrire moi aussi, c’est un peu comme parler surtout si on sait qu’on est lu même si ce n’est pas que d’une seule personne… Ça fait plus d’un an maintenant que je suis lesbienne, même si je déteste ce mot, juste parce qu’on aime une autre fille on nous met dans une catégorie de personnes alors qu’au final on est juste des êtres humain qui tombent amoureux… Bref j’écris parce que j’ai de la colère en moi, de la colère contre ce monde, contre cette vie…

Chez moi l’homosexualité est une maladie
Pour vous raconter en gros mon histoire, j’ai une vingtaine d’années, je suis étudiante et j’ai été élevée dans une famille très croyante… Un jour j’ai rencontré « cette » fille, on est très vite devenue amies, elle est tombée amoureuse de moi, ces nouveaux sentiments m’ont fait d’abord peur, c’était impossible pour moi de me laisser l’aimer puisque chez moi l’homosexualité est une maladie, pas naturelle… Et j’en passe…  Après plus de 6 mois où elle m’a attendu et où je l’ai rendu complètement dingue avec mon ambigüité, puisque j’étais perdu dans mes sentiments, malgré toutes mes croyances, arriva enfin le jour où j’ai mis tout de côté et pour une fois, j’ai décidé de ne penser qu’à moi et moi seule. Ce fut merveilleux. La première fois où l’on s’est embrassé je ne l’oublierai jamais! Mais depuis ce jour, je suis en colère, contre ces croyances qui empêchent ma famille de m’accepter telle que je suis, en colère contre ces croyances qui ne font que séparer, alors qu’elle devraient être pour la paix et non l’inverse.

Aimer Dieu et aimer ma copine
Paradoxalement je continue à croire que je peux aimer Dieu et aimer ma copine, je ne pense pas faire quelque chose de mal, je ne veux nuire à personne, bien au contraire, je veux juste qu’on me laisse vivre comme je le veux, qu’on arrête de me cacher, de me juger, ou d’avoir honte de moi, qu’on me laisse croire à qui je veux, et ce que je souhaite le plus au monde c’est d’être acceptée enfin comme je suis, c’est-à-dire une simple jeune femme qui aime une personne extraordinaire et cela depuis un an et deux mois.”

Rose

Lesbienne et mère de famille…hétéro

schemaheteronormé Lucie est lesbienne et mariée à un homme avec qui elle élève leur enfant. Pourtant amoureuse d’une femme, elle n’a jamais osé s’assumer, de peur de blesser son entourage. Elle revient sur ses questionnements et l’absence de réponse lorsqu’elle était ado. Quand la norme est hétérosexuelle…

“Ma vie de lesbienne, c’est dans ma tête. Jamais osé l’assumer en vrai, et trop bi pour être totalement homo, aujourd’hui j’ai l’impression de passer à côté de ma vraie vie… Maintenant je vis avec un homme, avec notre enfant, et je suis folle amoureuse d’une femme. C’est dur, d’être une lesbienne cachée. Elle ne veut pas de moi parceque j’ai toujours été en couple hétéro et qu’il y a un peu de bi-phobie aussi… Je la comprends. Si elle savait comme je suis homo!

Ça n’existe pas, à part dans ma tête
C’était la première chose que j’ai dit à mon premier flirt (garçon): “je suis lesbienne”. Pourquoi j’ai laissé l’hétérosexualité m’emporter? Parcequ’il n’y avait personne pour me prendre la main et me dire: “tu es lesbienne très bien, on va voir ce qu’on peut faire”… Non au lieu de ça j’ai dit à mes amis que j’étais lesbienne… Et rien ne s’est passé. Tout le monde s’en foutait! Rien. Personne n’est venu m’aider et me dire ce que je devais faire.

Des lesbiennes je n’en voyais nulle part. Ça ne devait pas exister. C’est franchement ce que je me suis dit, ça n’existe pas. À part dans ma tête. Il aurait juste fallu que je me bouge mais c’était trop pour l’ado de 16 ans que j’étais….

Partout de l’hétérosexualité!
C’était tellement plus facile de laisser l’hétérosexualité l’emporter. Ça, ça existait, il y en avait partout. Partout de l’hétérosexualité! Pas de TÊTU mag pour me dire: “regarde toi, c’est toi ça!”

Maintenant je suis trentenaire, je ne sais pas quoi faire… Et je préférerais vraiment ne pas me poser ce genre de question. Penser à tous ceux et celles à qui c’est arrivé, de ne jamais avoir la force de l’assumer, au moment où il aurait fallu. Ils souffrent et font souffrir ceux qui les entourent…

Il faut qu’il y ait plus de visibilité, pour que les jeunes sachent que c’est possible. Aujourd’hui, elles osent plus assumer. Je voudrai avoir 16 ans aujourd’hui.”

Lucie

Je ressemble à une hétéro

lipstick Laurianne est une lesbienne au “look hétéro”. Entre avances masculines et méfiance des filles elle doit souvent montrer patte blanche pour prouver qu’elle est lesbienne et fait surtout des rencontres sur le net. Un témoignage contre les préjugés dans Ma vie de lesbienne.

“«Toi lesbienne? Mais non! Ça se voit dans ton regard que t’es hétéro!»

J’ai 25 ans, j’habite dans une grande ville du sud-ouest et… Je suis lesbienne! Forcément au premier abord cela ne se voit pas! Excusez-moi de ne pas être la lesbienne clichée: cheveux court, garçonne… Super les préjugés! Et non moi c’est plutôt (sauf au travail), robes, jupes, bottes et cheveux long!

Lesbienne affirmée depuis mes 20 ans, j’ai dans mon entourage que des hétéros et je ne fréquente pas le milieu lesbien ou gay! (Essayer de traîner mes potes dans des bars lesbiens n’est pas gagné). Et le jour où j’y arrive, direction une boîte gay/lesbienne, je me fais draguer par des mecs! C’est l’histoire de ma vie!

«Tu pues l’hétéro»
Pendant quelques années, je me suis demandé quoi faire pour qu’on me reconnaisse en tant que lesbienne et que l’on ne me prenne pas pour une hétéro. Je n’ai toujours pas de réponse. J’ai vite abandonné l’envie de me raser la tête et de m’habiller en mec!

Donc je reste moi, quand je rencontre des filles ou même des mecs qui tentent un rapprochement on me dit souvent : «tu es une hétéro curieuse», «t’es pas lesbienne» ou dernièrement «je le vois dans tes yeux t’es hétéro» et la meilleure phrase «tu pues l’hétéro».

Le web, seul moyen pour trouver des filles
Bon alors dernière chance les sites de rencontres et ma foi ça marche quand même bien! Que ce soit des rencontres amicales ou des rencontres qui deviennent sérieuses, c’est pour le moment le seul moyen que j’ai trouvé pour rencontrer des filles, et je me dis que c’est triste un peu.

Quand je rencontre des filles, elles sont les premières à me dire qui si elles m’avaient croisée quelque part, jamais elles ne seraient venues vers moi car je n’ai pas l’air d’une lesbienne! A force on s’y fait mais je trouve ça blessant quand même.

Enfin tout ça pour vous dire que même si la plupart des lesbiennes revendiquent ne pas avoir de préjugé, je suis la preuve qu’elles en ont!”

Laurianne

Musulmane et lesbienne

webfemmevoilée Sarra, 20 ans, est musulmane pratiquante. Amoureuse de sa meilleure amie, elle a dans un premier temps nié ses sentiments, mais vit aujourd’hui avec elle une relation cachée…

“Vingt ans, maghrébine, musulmane et amoureuse d’une femme, avec la quelle je vis secrètement mon couple. Cette fille, c’etait ma meilleure amie depuis six ans. Au tout début de notre amitié nous allions à la mosquée ensemble et chaque jour nous parlions religion. J’étais voilée à l’époque. Puis les années ont passé, mon esprit s’est imprégné des choses de la vie, de ce que je voyais et entendais, de ces séries, de ces gens dehors, dans le Marais, de ces parades homosexuelles dans la rue, de ces filles dans l’amphi que je regardais, inexplicablement… Puis ma lecture du monde en a été influencée et a finit par changer. J’ai changé moi-même, ou serait plus juste de dire que je me suis révélée.

A dix-neuf ans, je comprends alors que j’aime les femmes. Moi, musulmane pratiquante. C’est alors que je sombre dans une période noire ou il va me falloir lutter contre ce penchant homosexuel, coute que coute. Et le prix a été bien cher, pour au final rien. J’ai refoulé, en vain. J’ai souffert en me raccrochant désespérément et follement a cette norme hétérosexuelle qui fallait être mienne, que pourtant je n’ai jamais eu.

Je dois feindre d’aimer les hommes
Après deux ans, je l’ai finalement accepté. C’est ma croix, mon fardeau, mon épreuve, car je ne peux le vivre pleinement ni librement. Je dois feindre d’aimer les hommes et c’est difficile de contrôler ce naturel lesbien qui se manifeste par mon attitude et mes paroles. Je dois faire semblant d’aimer amicalement celle que j’aime seulement. Je dois réprimer mes élans de tendresse et mon désir envers elle jusqu’à ce qu’un moment d’intimité nous soit offert par nos efforts.

Avant je ne savais pas que j’aimais les femmes et je pensais que cette femme était ma meilleure amie. Aujourd’hui je sais que j’aime les femme et cette femme est la mienne. Je sais aussi qu’une vie homosexuelle libre, affirmée et assumée m’est impossible, car la religion prime. Un jour je le sais, conformément aux percepts religieux et aux volontés familiales, je me marierai à un homme, que je n’aimerai pas ni ne désirai, a qui je dirais des mots d’amours volés que je destinerais secrètement , intérieurement et éternellement à la femme de ma vie.”

Sarra

Premiers indices: «Depuis toute petite, j’ai toujours préféré regarder les filles»

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Lorielle* 17 ans, assume parfaitement sa bisexualité dans son lycée à la Réunion. Sans tabou, elle se confie à TÊTUE : famille, école et relations parfois ambigües, entre amours et amitiés…

«J’ai 17 ans, et je suis bisexuelle. Là où j’habite, l’homosexualité des jeunes est loin d’être un tabou: beaucoup d’entre nous sont lesbiennes, gays ou bi. Mon ancien lycée est en quelque sorte la «ville gay» du nord de la Réunion. Pas mal d’entre nous s’assument et se montrent au lycée ou avec les amis, mais au niveau de la famille, ça reste difficile. En tout cas, on a quand même moins de risque de se faire agresser à cause de notre différence sexuelle car ne pas être hétéro est chose courante et respectée.

«Ma meilleure amie m’attire»
C’est vrai que depuis petite j’ai toujours préféré regarder les filles plutôt que les garçons, et ces derniers ont toujours été des potes pour moi. J’étais en quelque sorte la lesbienne type: garçon manqué, mais féminine, avec des yeux qui suivent chaque jolie fille qui passe, discrètement tout de même. J’ai toujours été étrangement intéressée par mes rares amies lesbiennes au collège et je me suis même mise en couple avec l’une d’entre elle une fois, juste pour la St-Valentin parce qu’on ne voulait pas rester célibataire ce jour là. Je me suis toujours sentie possessive avec ma meilleure amie, je ne voulais même pas qu’elle ait de petit copain. Aujourd’hui d’ailleurs je me rends compte qu’elle m’attire énormément et j’estime que c’est une perte pour la gente féminine qu’elle soit hétéro.

Au final, je me suis rendue compte que j’étais lesbienne quand, arrivée au lycée, je ne pouvais pas arrêter de penser à cette fille qui a été ma Valentine d’un jour et qu’à chaque fois que je lui parlais au téléphone ou sur le net, on s’appelait sans cesse «mon amour», «mon coeur», «chérie»… Lorsque je l’ai retrouvée, 3 mois après, je n’arrêtais pas de la prendre dans mes bras, je ne pouvais pas rester une minute sans être près d’elle. Je l’ai embrassée et là j’ai su que je l’aimais tout simplement.

«Aujourd’hui je le vis vraiment bien»
J’ai mis du temps à l’admettre quand même, mais aujourd’hui je le vis vraiment bien. J’ai eu la chance de sortir avec un garçon qui matait les mêmes filles que moi et qui n’avait aucun souci avec le fait que je sois bi. Mais j’ai surtout eu la chance de sortir avec la fille qui est pour moi, la plus somptueuse et la plus mystérieuse femme au monde. Je ne regrette rien.

Mon coming-out avec ma mère s’est plutôt bien passé: bien qu’elle soit toujours gênée, elle a fini par accepté. En ce qui concerne mon père je n’ai pas eu à le faire, cela fait des années que je n’ai plus de contact avec lui. Le reste de la famille par contre n’est pas au courant, à part mon frère. Ils sont assez intolérants, je n’ai pas vraiment envie de débattre de mon orientation sexuelle avec des personnes qui auront un dialogue de sourds et qui n’admettront jamais que je sois attirée par les filles.»

*Le prénom a été modifié.

Fidélité dans le couple: «J’ai déjà été trompée et je ne souhaite pas le revivre»

two girl hand and handcuffsRoxane vit en couple à Bordeaux depuis plusieurs années. Dans Ma vie de lesbienne, elle nous fait part de son expérience de la fidélité: un témoignage touchant ou se mêlent confiance, amour et parfois jalousie…

«Totalement fidèle, d’une fidélité librement choisie. Je suis en couple avec ma compagne depuis maintenant 6 ans, dont 4 ans de vie commune. Cette année, nous allons nous lancer dans l’aventure de la maternité, c’est elle qui portera notre premier enfant, moi, ce sera dans quelques années.

Je n’envisage même pas de pouvoir lui être infidèle, ça serait risquer de remettre le bonheur que je vis avec elle stupidement. Ça serait surtout la blesser grièvement quand elle le saura, car de mon côté je sais bien que j’en éprouverais une immense culpabilité. Nous avons vécu trop de choses très fortes ensembles, l’une pour l’autre, dans les deux sens, pour qu’il puisse en être autrement. J’ai vécu le fait d’être trompée et je ne souhaite pas le revivre, ni le lui faire vivre.

Si j’avais voulu, j’aurais eu des occasions de lui être infidèle
Il y a une totale confiance entre nous, nous nous laissons nos espaces de liberté individuelle, avoir nos activités où l’autre n’est pas présente sans que cela ne devienne en quoi que ce soit un sujet à suspicion, souvent on s’en parle, mais quand il n’y a rien à en dire, ce n’est pas la peine. Si j’avais voulu, j’aurais eu des tas d’occasions de lui être infidèle, mais ça n’aurait pas été moi, j’aurais brisé sa confiance, ça serait comme si je lui crachais à la figure.

Jalouses, oui, nous le sommes un peu, mais sans le diriger vers l’autre. Je déteste une de ses ex qui essaie régulièrement de revenir vers elle, et elle déteste qu’on me tourne autour de trop près. Je ne sais pas combien d’orteils nous avons pu ruiner sous nos talons à nous deux.

Et si un jour, ça n’allait plus entre nous pour une quelconque raison? Nous en avons déjà parlé. Par respect pour l’autre et pour tout ce que nous avons traversé, celle qui voudrait s’éloigner en parlera à l’autre plutôt que de la mettre devant le fait accompli. Ça serait dur pour celle qui reste, horrible à vivre, mais au moins, il n’y aura pas cette trahison.

Si elle venait à manquer à cette fidélité? J’ai toujours dit que je partirais dans ce cas, que je n’écouterais pas la moindre excuse. Mais je ne suis pas convaincue que je serais si radicale et peut-être pourrais comprendre.

La fidélité n’est pas une contrainte
Une chose reste pourtant sûre, que cela vienne de l’une ou de l’autre, il y aurait quelque chose de brisé qui ne pourrait jamais se réparer, même si nous arrivions à passer outre.

Je sais que ça fait très adolescente romantique dit comme ça, mais c’est cependant notre réalité. Ça tient bien-sûr de ce que nous avons vécu chacune de notre côté et ensembles, des valeurs que nous avons adoptées et de nos aspirations. Mais la fidélité n’est pas une contrainte pour nous, elle nous parait au contraire parfaitement normale. Je l’aime, elle m’aime et personne ne pourrait m’apporter plus que tout ce qu’elle m’apporte tous les jours. Et j’espère lui en apporter autant.»

Gaydar: «Identifier une lesbienne, c’est de l’ordre du ressenti»

Two lesbian women

Charline est une fidèle lectrice de TÊTUE. Dans son témoignage, elle nous donne son avis sur le gaydar lesbien, ou lezdar. Une affaire d’apparences, mais pas seulement…

«Les gestes et attitudes sont difficiles à expliquer, c’est plutôt un ressenti. Après il y a des choses qui ne trompent pas en général: certains gestes avec les mains chez les gays, ou la façon de marcher un peu plus cowboy des lesbiennes.

En voyant ses photos, je me suis dit qu’elle était lesbienne
La dernière fois que j’ai identifié une lesbienne, c’était quand j’ai retrouvé une amie d’enfance sur Facebook. Je ne l’avais plus vue depuis 8 ans. En voyant ses photos, je me suis dit qu’elle était lesbienne. Elle portait des vêtements plutôt androgynes, voire carrément masculins. Ses cheveux étaient courts, coiffés en crête et teints en noir. Mais peu importe la coupe de cheveux, le lieu ou même les vêtements. En discutant avec elle, elle m’a appris que sa copine venait de la quitter. Je n’étais pas surprise.

L’identification est assez difficile à décrire, c’est vraiment quelque chose que l’on ressent. On n’a pas besoin d’entendre la personne parler, la plupart du temps, rien que la croiser dans un lieu quelconque est suffisant ou voir une photo.»

Amour à distance: «L’éloignement nous a appris à profiter de l’instant présent»

Photo d'illustration

Je m’appelle Pauline, j’ai 25 ans. Mon amie Marine en a 21. Cela fait un an nous nous sommes ensemble. Je l’ai rencontrée à Valence au moment même où j’avais demandé ma mutation pour Béziers. Je pensais qu’elle me quitterait une fois que je serais partie dans le Sud. Elle fait ses études à Lyon, sa famille vit dans la Drôme ; je bosse à Béziers et ma famille vit dans le Nord. Alors entre les week-ends dans nos familles respectives et les week-ends «boulot», c’est une véritable organisation… mais une organisation qui nous a renforcée!

Le fait d’être à distance redouble notre plaisir lorsqu’on se retrouve. Et même si les au revoirs sont toujours difficiles, le fait d’être loin nous pousse à profiter dix fois plus de nos moments ensemble, sans forcément écarter notre cercle d’amis. Au contraire: les week-ends à deux sont l’occasion de visiter d’autres villes, de partir sur des coups de têtes et surtout de ne pas s’embrouiller pour les broutilles du quotidien.

«Bien sûr notre objectif reste de vivre ensemble un jour»
C’est aussi le prétexte pour communiquer énormément, toujours se parler de tout ce qui nous dérange, nous hante, nous perturbe chaque jour par téléphone ou internet et même par lettres… Quelque part, la distance nous a forcé à apprendre la communication, base de tout équilibre dans une relation et cela nous a grandement rapproché et soudées. Aujourd’hui Marine est devenue ma meilleure amie autant que ma fiancée. Et même si des filles ont tenté de briser cette relation qu’elles imaginaient fragile, notre amour est véritablement plus fort jour après jour et je sais que personne ne pourra me «compléter» comme Marine, même si elle est loin.

Bien sûr notre objectif reste de vivre ensemble un jour. Je pense que cette expérience -parfois douloureuse- nous aidera à toujours nous souvenir, le moment venu, à quel point nous sommes chanceuses de vivre ensemble. Et surtout à relativiser quand on aura tendance à s’embrouiller pour rien, bouffées par le quotidien!

Photo d’illustration: Fotolia.