La Loeb en mode blog

J’ai honte!

viol Caroline LoebAujourd’hui, vendredi 12 octobre, j’ai honte. Honte de la justice. Honte de la justice de mon pays. Nina et Aurélie, les deux jeunes femmes qui ont porté plainte dans le procès des “tournantes” de Fontenay-sous-Bois subissent un deuxième viol. Leurs bourreaux ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Autant dire acquittés, quasi  innocentés. Alors que les victimes, elles, ont pris perpète. On ne se remet jamais d’un viol. Quel scandale! Au prétexte que les faits avaient eu lieu il y a longtemps, au prétexte que l’une des deux victimes aurait commis une tentative de suicide quelques jours après l’ouverture du procès, au motif que le frère de l’autre aurait traité sa soeur de menteuse. Et évidemment, parce qu’au cours du procès les deux jeunes femmes sont passées subrepticement du banc des victimes au banc des accusées. Car en plus, elles se sont fait insulter. Elles se sont fait traiter de nymphomanes et de menteuses, parfois même par un membre de leur propre famille. Et ce sont ces paroles-là, infâmes, ignobles, plutôt que la leur qui était fragile, qui ont gagné. Quelle honte!

Elles ont mis longtemps à porter plainte? L’affaire est entendue: il y a un pourcentage dérisoire de femmes ou de jeunes filles qui osent porter plainte contre les violences sexuelles. Et ce verdict scandaleux ne va pas arranger les choses. Quand il y a viol, c’est toujours la victime qui a honte, pas le violeur. Comme pendant la deuxième guerre mondiale les rescapés des camps se sentaient coupables d’avoir survécu à la Shoah, alors que des gens comme Flicks ou Ribbentrop n’ont jamais exprimé la moindre once de culpabilité, les violeurs, dans la droite ligne de leurs actes barbares, continuent à ne pas voir où est le problème. On apprend que les victimes avaient peur des représailles. A juste titre puisqu’elles et leurs familles ont été harcelées.

L’une d’elle a commis une tentative de suicide? Oui, se livrer en pâture au jugement de la cour et des médias, se soumettre à leur regard inquisiteur et dubitatif est une épreuve que l’on n’a pas forcément le courage d’affronter quand on a déjà subi une agression aussi ravageuse qu’un viol. Surtout quand on est déjà morte une fois sous les coups de reins de ses agresseurs. Oui, un viol, ça tue, ça détruit, ça met en pièces un individu. Il faut un courage hors norme pour affronter des agresseurs sûrs d’eux et un système judiciaire lâche.

Le frère de l’autre l’a traitée de menteuse? La belle affaire! Un frère, comme un père, n’est pas de facto protecteur ou juste. Combien de frères offrent eux-mêmes leur soeur en pâture à des violeurs? Combien de pères préfèrent croire que leur fille est une menteuse plutôt que de la défendre? Combien de membres de la famille d’une victime se défaussent derrière des “Elle n’avait qu’à pas y aller”?. Violée, puis insultée. Violée, puis traitée de menteuse. Violée, puis traitée de pute. Et il faudrait qu’en plus elle ait le courage de se faire insulter par la justice de son pays? On comprend qu’il y en ait qui hésitent!

On a dit que les victimes étaient fragiles? On le serait à moins. Leur parole systématiquement mise en doute, alors que déjà leur corps n’a pas été respecté, pire que ça abusé, maltraité, nié, comment peut-on imaginer qu’elles puissent être sûres d’elles, solides? Il y en a même qui oseront soutenir que c’était un fantasme, leur fantasme, toute cette histoire…. Elles sont forcément laminées, ravagées.

Car ne l’oublions pas ces jeunes filles, alors âgées de 16 ans avaient été sodomisées de force, obligées à des fellations, brulées par des cigarettes, frappées!!! Que les garçons faisaient la queue pour les violer, les uns après les autres. Et que ça a duré des mois. Et leurs tortionnaires ont eu l’aplomb d’affirmer qu’elles étaient consentantes, qu’elles étaient des “grosses putes”, qu’elles aimaient ça !!!!! Quelle honte!

J’espère évidemment qu’il y aura appel et que justice sera faite pour que toutes les autres victimes n’aient plus peur de se retourner contre leurs assassins.

Et je souhaite aux avocats des violeurs ou aux jurés qu’un jour leur fille, leur soeur ou leur femme ne soient pas victime d’un viol. A moins que cette fois aussi, se drapant dans le déni, celui qui tue les victimes une deuxièmes fois, ils ne jugent que c’est leur fille, leur soeur ou leur femme la coupable, devenant définitivement complices des violeurs.

Les victimes ont honte?

Moi aussi, aujourd’hui, j’ai honte!

minous en fureur!

pussy-riots-1 On ferait la gueule pour moins que ça. Pas elles. Les trois filles que la justice, ou plutôt l’injustice russe va envoyer en camp pour deux longues années, restent souriantes. Les Pussy Riots, traduction, les manifes de chattes ou les minous en fureur ont encaissé le verdict avec la grâce qui les caractérise. Déjà, avec elles, le vieux cliché qui continue à véhiculer l’idée rance que les féministes sont moches, vieilles et mal baisées en prend un sacré coup dans les gencives. Non seulement elles sont belles, mais en plus elles ont un courage qui ferait pâlir beaucoup d’hommes. Car si elles sont en fureur contre le dur régime de Vladimir Poutine, le plus en fürer des quatre n’est pas celui qu’on croit. Il ne lui manque que la mèche et la moustache au com’rade russkof.

Petite parenthèse: il fut un temps où la cagoule était le signe de l’extrême droite, comme à la belle époque des fameux cagoulards anti communistes, antisémites et antirépublicains des années 30 qui essayèrent de renverser Léon Blum, et aux USA, la-dite cagoule se portait pointue et blanche sur de longues robes de la même couleur par des hommes dont les visages pâles n’hésitaient pas à lyncher leurs brothers d’une autre couleur. Fin de la parenthèse.

Je me suis laissée dire que les russes de sexe féminin sont folles de Poutine, qu’elles le trouvent méga cool, trop tendance avec sa dégaine à la James Bond, version Daniel Craig. Ça ne fait que corroborer l’idée que ce type est un facho, en plus d’être un macho. C’est fâcheux. Car comme j’ai lu récemment dans le formidable “Femmes de dictateur” de Diane Ducret et vu dans un aussi épatant documentaire sur Arte, les femmes ont raffolé des Mussolini, Hitler et autres Pétain, et les ont toujours submergés de lettres de fan à tel point que Johnny, Justin Bieber et autres George “what else”?” Clooney, à côté, c’est du jus de chaussette, question charisme.

Paradoxalement, si ce sont les femmes qui lui font de la pub, à l’homme aux pecs sévèrement burné, (vous l’avez vu torse nu en Sibérie tel le Lucky Luke de base chevauchant son fier destrier et plongeant dans la rivière, Rambo et con à la fois?), ce sont aussi des gonzesses qui s’opposent à lui de la manière la plus médiatique, et comme aujourd’hui ce qui n’est pas dans les médias n’existe tout simplement pas, force est de constater qu’à part des gars plus fachos que lui, comme Limonov, ce sont des nanas qui se mouillent pour dire qu’il y a vraiment quelque chose de ripou au royaume de Vladimir.

Deux ans de goulag pour une chanson dans une cathédrale? Pincez moi, c’est un cauchemar! Nous voilà revenus aux pires heures de la période stalinienne, quand on n’hésitait pas à envoyer dans les camps ceux qui avaient botté une vanne de trop. Car s’il y a des gens qui n’ont pas, mais alors pas du tout  le sens de l’humour, c’est pas les féministes, mais bien les dictateurs.

En effet certaines camarades russes ont poussé le sens de l’auto-dérision jusqu’à manifester à poil contre le régime. Eh oui! Après Vlad, le Big Tovaritch, les opposantes aussi enlèvent le haut! Car en Russie les féministes sont acculées à montrer leurs nibards pour se faire entendre. C’est qu’elles ont tout compris. Elles savent très bien que tout le monde s’en contrefout de leurs revendications, mais qu’en revanche des jolies filles appétissantes à oilpé, ça, ça émoustille le chaland, ça fait bander le média, ça excite les rédacs chef. C’est vrai, les nanas à poil, c’est toujours décoratif sur une couve de journal. Sauf qu’elles, on ne les envoie pas en camp pour autant.

Les Pussy Riots, si. On leur reproche quoi au juste? Quel attentat, quel complot, quel crime leur vaut donc ce procès et cette sentence digne des années 50? Avoir chanté un truc anti régime dans une cathédrale avec une cagoule sur la gueule. Elles n’étaient même pas nues, les Pussy, il n’y a eu ni blessés, ni morts, juste quelques croyants offusqués. Franchement pas de quoi fouetter un chat, encore moins de quoi en envoyer trois, de chattes, au goulag.

D’autres chanteurs et non des moindres ont sans doute inspiré ces chattes mécontentes. Le grand Serge et son “Le klan le klan la cagoule, relax baby be cool, Autour de nous le sang coule, relax baby be cool, A la morgue il y a foule, relax baby be cool…”

Mais l’artiste à laquelle elles doivent cette sentence lourde est sans conteste celle dont le nom évoque la virginité et dont les images ont appelé nombreux croyants à s’agenouiller et se recueillir, émus devant tant de pureté, la Madonne elle même. Evidemment, pas celle dont les icônes ornent les murs des cathédrales où nos trois grâces punks cagoulées pas bien orthodoxes ont poussé leur gueulante, l’autre, celle qui n’hésite pas à dévoiler chaque année un peu plus de son anatomie, qui lorsqu’elle qu’elle s’agenouille le fait rarement pour prier God, et dont les mélopées payennes ont chauffé bien des dance floors, Ze Madonna donc qui après la sortie de son livre au titre on ne peut plus explicite “SEX”, en avait remis une couche pour les non comprenants: ” ‘Cause I’m not sorry” traduction: Non, rien de rien, non je ne regrette rien….

Car c’est surtout ça qu’on leur reproche aux ni putes ni soumises popov. Non seulement elles narguent le régime, mais en plus, elles persistent et signent, les pouffes!

Pour les soutenir, je propose un geste fort. Un boycott par exemple. Perso, j’arrête les molossols (les gros cornichons russes), les blinis et le caviar. Je suis comme, ça moi, faut pas me chercher. En revanche, je veux bien un petit shot de Stolichnaïa pour me donner du courage…. Et une cagoule, tiens! Allez Michaël, rechante la nous: Fous ta cagoule, fous ta cagoule Du nord au sud de l’est à l’ouest même a Vesoul Fous ta cagoule ouai, fous ta cagoule sauf à Kaboul sauf à Kaboul


rire avec elles

ZOUCAprès une semaine passée à regarder des femmes humoristes sur la scène du merveilleux théâtre du Ranelagh dont la directrice Catherine Develay épaulée par Arts & Spectacles ne cesse de proposer une programmation éclectique et curieuse, je me pose la question du rire au féminin.

C’est quoi? Y a-t-il un humour spécifique aux femmes? La question se posait déjà sur les auteures, réalisatrices, peintres et autres musiciennes. Personnellement, le fait de sexuer une création pour la définir ou la cataloguer m’a toujours semblé curieux, et j’ai tendance à penser qu’il y a surtout des bons et des mauvais artistes. Quid de l’art pédé, lesbien, noir, arabe ou asiatique? Le genre d’un artiste, et à fortiori d’une artiste n’augure en rien de son talent. En matière artistique, il n’y a que des exceptions. C’est la règle.

Or, à voir défiler toutes ces humoristes femmes, quelques réflexions s’imposent à moi.

D’abord, la violence de l’exercice. Pour quelques uns qui “cartonnent”, combien qui rament devant des salles clairsemées, dans lesquelles les rires sont rares….  On ne dira jamais assez la solitude de celui ou celle qui se présente sur scène devant le public, avec uniquement sa gueule, son corps, et ses textes pour tout bagage. Ce qui m’a toujours fascinée dans les one wo(man) show, c’est que les artistes arrivent sur le plateau avec leur bite et leur couteau autant dire, pour nous autres femmes, pas grand chose (mieux vaut avoir des textes au rasoir, sous peine de raser le spectateur, un poil blasé de tous ces nouveaux comiques postulants), pour nous embarquer dans leur univers. Evidemment plus celui-ci est impitoyable, plus c’est fort, et je ne parle pas de la provoc’, la nouvelle tarte à la crème, dont les limites toujours repoussées la rendent aujourd’hui assez vaine. C’est de la noirceur, du désespoir que surgissent les plus beaux textes, et les meilleurs artistes. Zouc, la plus grande, inégalée, nous faisait hurler de rire avec des textes au bord de la crise de nerfs.

Pendant ces six jours de shows, j’ai noté qu’il y avait de sacrés différences entre toutes ces femmes humoristes.

Il y a celles qui marchent dans les pas des mecs, et pas les plus glorieux, avec des blagues sexistes, se moquant des politiciennes (pfffff encore Roselyne Bachelot et son poids? Vous n’en avez pas marre d’enfoncer des portes ouvertes?), ou se décrivant comme des objets sexuels, forcément sexuels, alimentant les discours machistes, comme si les hommes ne s’en chargeaient pas déjà bien assez. (Heureusement, nous avons échappé à un genre très répandu, l’humoriste qui raconte à quel point elle n’arrive pas à “chopper”, celle qui se pose en victime de la soi disant libération sexuelle, véhiculant l’idée bien répandue que la liberté se paye cash… en malheur.)

Heureusement il y avait aussi et surtout la délicieuse et désopilante Nadia Roz, lauréate du prix Biba, partenaire de cette première édition, qui nous a fait marrer avec des sketchs bourrés d’énergie et de générosité doublés d’une vraie réflexion sur le rapport hommes-femmes. Ou Emilie Deletrez, barrée, excessive, à la fois physique et poétique. Juste énorme…

Et puis Emilie Chertier, totalement unique avec sa tronche invraisemblable, espèce de Gaspard Proust avec des nichons, qui nous renvoie à la vraie question: c’est quoi l’humour? Elle nous a arraché des rires nerveux en lisant du Nietzsche ou en arpentant le plateau en silence (”on entend bien le bruit des pas, hein?”) me rappelant Zouc qui commençait un de ses spectacles en se campant devant le public, et après un long silence nous balançait “qu’est ce que vous voulez?”

C’est vrai ça. Qu’est-ce qu’on veut? Rire oui. Mais pas que. Réfléchir aussi, évoluer. Pas en prendre encore une couche de misogynie et de clichés débiles.

Allez les gonzesses! Sortez des sentiers battus et rebattus, et comme Valérie Lemercier ou Julie Ferrier proposez nous des personnages fous, cruels. Osez, les filles! Osons!

La bonne nouvelle, c’est qu’au moment où j’écris ces lignes, une jeune femme qui a tué son bourreau (celui-ci étant accessoirement son mari) vient d’être acquittée. Sur les images des journaux télévisés, on découvre une Alexandra Lange (c’est son nom) heureuse de renaitre après onze ans de cauchemar avec un type alcoolique et violent qui la frappait, la violait, menaçait aussi ses enfants, et de mois derrière les barreaux en attente de son procès. Une jeune femme joyeuse, soulagée, libérée. Enfin.

Et on est heureuses, nous aussi, de pouvoir rire avec elle.

A star is morte!

Whitney Huston:Caroline LoebCette année Whitney Huston ne fêtera pas la journée de la femme. Elle ne peut pas, elle est morte.

Et sa mort me touche. Sans doute parce que la première fois que j’ai entendu cette voix exceptionnelle, j’étais au Diable des Lombards avec l’un de ceux avec lequel j’ai « fait » « C’est la ouate ». Je n’avais aucune idée à l’époque de la petite révolution qu’allait opérer cette chanson sur moi et sur les autres. Je ne savais rien du show biz et des effets dévastateurs du succès sur les personnalités fragiles. Pour moi, comme pour ceux qui ne l’ont jamais vécu, faire un tube, devenir une pop star était le fantasme absolu.

La mort précoce de Whitney Houston me renvoie comme une gifle toutes les histoires que j’ai entendues sur ces chanteuses disparues trop tôt, ravagées soit par l’alcool, soit par la drogue, soit par des  histoires d’amour malheureuses. Souvent par les trois. Amy Winehouse, Janis Joplin, Billy Holliday, Edith Piaf, Dalida, Judy Garland…. Les plus grandes.

Le point commun entre toutes ces chanteuses ? Evidemment leurs voix qu’elles nous livraient sans pudeur, qu’elles offraient au monde, nous ouvrant en grand l’accès à ce qu’elles avaient de plus intime, car la voix est bien ce qui est le plus intime chez un être humain, et ces voix-là étaient si chargées de sexualité que c’en était troublant. Elles témoignaient de femmes branchées direct sur leurs émotions, poreuses donc fragiles. On ne peut pas livrer « ça » et être une dure à cuire. Madonna qui me fascine, la tough cookie, la guerrière, l’invincible, a tout sauf une voix émouvante. Elle, elle ne risque ni de se faire maquereauter par son manager, ni de se noyer abrutie de cachetons dans sa baignoire…

Vous me direz, tout le monde meurt, ça n’est pas spécifique aux chanteuses. Certes. En revanche, ce qui leur est spécifique, c’est cette descente aux enfers, alcool, drogues et autres pertes de dignité dont le monde se goberge aujourd’hui avec plus ou moins de délectation et d’obscénité. Pour Whitney Houston, aux Grammys, ils ont dit qu’au moins cette année, elle n’assisterait pas bourrée à la cérémonie, faisant honte à toute la profession, et que grâce à son décès, on pourrait enfin parler d’elle… en bien. Le cynisme de ce métier est sans limites. Et les fameux « démons » des chanteuses ont bon dos.

Dans un article du Figaro, je lis le récit de Jackie Lombard qui a produit ses concerts français et y apprend que quand elle venait seule à Paris elle était « géniale », mais que dès que son Bobby Brown de mec déboulait, elle changeait du tout au tout, et ne sortait plus de sa loge que pour chanter. Et je repense à toutes les histoires qui circulent dans le métier sur les maris des chanteuses et sur les drames qui se jouent en coulisses. Les maris, les amants, les mecs-macs, ceux qui les ont découvertes, ou produites, ou rencontrées au faîte de leur gloire. Ceux qui ont tout lâché pour « s’occuper » d’elles. Ceux à qui elles doivent tout, qui les managent, leur disent comment s’habiller, quoi chanter, quoi manger, comment répondre aux interviews. Ceux qui les aiment mieux que tous les autres, ces autres qui ne voient que des $ quand ils les regardent dans les yeux. Ceux qui parfois, lorsqu’elles quittent les sunlights les humilient, les insultent, leur disent qu’elles ne sont rien, des nulles, des nazes, qu’avec une bonne chanson n’importe qui devient une star, que leur succès n’a rien à voir avec leur talent… « Tais-toi et chante ! » Les fameux hommes de l’ombre qui ne rêvent que d’une chose, être à la place de « leur » star, dans la lumière, et fuck, être famous eux aussi !

Elles, amoureuses, ou juste terrorisées, elles encaissent. Jusqu’à ce que, comme les femmes battues ou violées, elles retournent la violence contre elles même, n’osant se libérer de leur tyran qui, évidemment, leur assure qu’il les aime, lui.

Whitney Huston n’est plus là pour nous enchanter.

Je l’ai échappée belle : moi, je peux fêter la journée de la femme.

C’est la merde qu’ils préfèrent!

CalchakisAlors qu’un journaliste, un vrai, est mort en Syrie, un homme passionné, courageux, lumineux, admiré par ses collègues, ici, dans notre douce France, des incultes analphabètes continuent leur travail de sape et de désinformation. C’est pas grand chose, me direz-vous: ça n’est qu’un magazine de rien du tout sur une petite chaîne qui soi-disant monte… L’enjeu n’est pas très important: ça parle d’artistes qui ont fait des tubes dans les années 80. Tout le monde s’en fout. Place aux jeunes! Et ils sont encore vivants? Oui. Ils sont encore vivants et en ce qui me concerne, ils ne sont pas contents.

Je vous raconte:
Il y a quelques semaines, on me sollicite pour chanter mon tube dans une émission de variété spéciale 80. Mouais… Je ne suis pas chaude… Je suis un peu lasse d’être systématiquement ramenée, donc réduite à cette chanson dont je reste malgré tout fière. Non, rien de rien, non je ne regrette rien… Ça a été une aventure extraordinaire cette “ouate”. Mais bon, on ne va pas y passer le réveillon non plus. Il s’en est passé des choses pour moi depuis! Des mises en scène, un Molière, des émissions de radio (sur Nova, entre autres). Je ne vais pas vous faire défiler ma vie mon oeuvre; si ça vous interresse, Wikipédia est là pour ça. Donc, j’accepte.

Suite à cet enregistrement, 2ème coup de fil pour me demander si ça me branche qu’on tourne un sujet sur moi, sur ce que je fais en ce moment etc, dans 100% Mag… re Mouais… M6, je me méfie; ils m’ont déjà piégée deux fois avec des reportages navrants. J’explique ça à Stephanie Natalizi, la redac’ chef. Elle est super, elle est adorable, elle comprend. Elle a lu mon blog, et elle aime les gens cash comme moi, évidemment que non, ça ne va pas être trash ou misérabiliste, ils sont là pour mettre en valeur les artistes qui passent sur leur chaîne etc… Qu’elle me dit. Un concert de flutiau. Elle doit être cousine avec les Calchakis, les joueurs de flute de pan.

Donc, ok, je dis oui. C’est vrai, il faut faire confiance aux gens dans la vie… Une certaine Sandrine Leleu, soi disant journaliste, me suit toute la journée avec sa caméra, je lui ouvre la porte de chez moi, on parle de plein de choses, de ce que je fais, de ma passion du spectacle et de l’écriture… J’avoue, elle n’a pas l’air de tout comprendre, mais s’il fallait faire Saint Cyr pour faire des reportages à la télé, ça se saurait! Elle veut que je lui lise un passage de “Has been”, mon bouquin au titre provoc’ sorti chez Flammarion. Je ne suis pas emballée par l’idée, mais comme elle m’affirme que ça va être un tout petit moment au milieu de toutes les infos passionnantes sur mon actualité (car elle est foisonnante ce début janvier: un long métrage, une émission sur Télé Mélody, des spectacles, le mien “Mistinguett, Madonna et Moi” et “les Bons Becs ” (une de mes mises en scène) qui tournent dans toute la France, sans parler des nombreux projets), bonne fille, j’obtempère. Les conversations avec la formidable rédac’ chef me garantissent un traitement respectueux et honnête; on est en phase. Elle me demande de lui envoyer les visuels de mes spectacles (Lio, Magre, la Madeleine Proust….), ça va être formidable ce petit reportage… J’ai hâte. re Calchakis

Ce soir, je regarde le sujet… Et je vais gerber. 100% Naze. Non seulement de mes nombreuses actualités, il ne reste rien, non seulement le passage sur le livre prend une place importante avec des commentaires du genre “Has been” un titre qui a le mérite d’être clair (c’est de l’humour, connasse! Tu crois qui si j’étais has been je serais assez débile pour le dire, pov’ naze?? T’as été regarder sur internet ce que je fais ou tu sais pas lire?) mais en plus les commentaires sont condescendants et mensongers. Mon joli appartement est réduit à un 2 pièces (j’en ai 3, en plus elle sait pas compter…) et tout à l’avenant. C’est insultant et misérabiliste. Exactement ce que je redoutais. Cioran disait “la chose la plus secrètement redoutée finit toujours par arriver”. Je confirme.

Ivre de rage, j’appelle illico la grande redac’ chef, et m’entends jouer encore un petit air de pipeau! Elle ne voit pas où est le problème, la grand reporter, et m’explique que les visuels de mon travail faisaient “verrues” dans le sujet. (sic)

Naïve (je sais, ça me perdra!) je croyais que le M de M6, c’était pour Musique. En fait, c’est pour Merde. Merde 6.

Et pendant ce temps là, y’en a qui se tuent pour défendre des idéaux avec dignité. Mais dignité, rigueur et honnêteté, si ça se trouve, ils ne savent même pas ce que c’est! Ils n’ont que quelques mots à leur vocabulaire: vulgarité, cynisme, et surtout bêtise. Crasse.

Merde 6, la petite chaîne qui vous descend. Ça y’est, ça m’reprend! J’ai encore les dents du fond qui baignent…..

Ne vous inquiétez pas ça va aller… C’est rien. C’est seulement ma vie sur laquelle ils chient.

Ici, ce sont les artistes qui crèvent sous les balles des snipers médiatiques!

Madame Grès, sculptrice sur soie

madame Grès:image

Evidemment, il serait tentant de parler de celui qui est sur toutes les lèvres, et vraisemblablement surtout sur celles de cette femme de ménage new yorkaise à son corps défendant, cet éléphant socialiste qui trompe énormément, mais je préfère vous entretenir aujourd’hui d’une femme magnifique, drapée dans sa fierté, celle qui a sculpté la matière, en l’occurrence la soie et le jersey, j’ai nommé Madame Grès.

Quel plus beau pseudo Germaine Krebs pouvait elle choisir que celui-là? Grès, comme cette roche faite de sable facile à travailler et à scier dont sont constitués à la fois les mégalithes de Stonehenge, des stèles égyptiennes d’Amon, des sculptures chinoises ou les rampants de la cité de Carcassonne. Ce grès qui peut passer du blanc cassé à une infinité de couleurs, comme l’ocre, le jaune, l’orange, le brun, le gris et le violacé. La même palette qui était celle de Mademoiselle Alix, plus connue sous le nom de Madame Grès.

Aujourd’hui que la France semble s’intéresser, avec enfin autre chose que de la condescendance ou du mépris aux revendications égalitaires des femmes, aujourd’hui qu’éclatent au grand jour les conséquences dévastatrices qu’a le regard prédateur de certains hommes sur celles-ci, quel bonheur d’évoquer cette grande dame d’un mètre cinquante, celle qui a influencé les plus grands de Azzedine Alaïa à Yves Saint Laurent, dont le beau regard porté sur ses concitoyennes les rendait à la fois plus désirables et mystérieuses. On découvre, grâce à l’exposition sublime qui lui est dédiée au Musée Bourdelle le lien secret et évident que tissait Madame Grès avec la sculpture, sa première vocation contrariée. En effet, dans les années trente, il était de mauvaise augure de vouloir manier la massette portugaise, les pointes ou les ciseaux carbure. Faute de pouvoir tâter du marbre, Madame Grès se jeta donc sur le tissu. Dans l’exposition “Madame Grès, la couture à l’oeuvre”, Olivier Saillard nouveau directeur du Musée Galliera, ze musée de la mode, dont l’oeil subtil et exigent aime autant les mots que la couture, nous donne à voir ce qui est effectivement une oeuvre, plus qu’une suite de robes. Si madame Grès n’a pu devenir sculptrice à cause des préjugés rigides liés à son sexe, elle n’en a pas moins créé une oeuvre qui évoque les statues grecques et leurs plissés savants.

Première idée géniale du nouveau directeur de Galliera, organiser des expositions hors les murs, et pour commencer celle-ci, dans laquelle il replace la reine du drapé dans un musée/atelier de sculpteur, en l’occurrence celui d’Antoine Bourdelle. On traverse un jardin, des grandes salles claires, puis on entre dans un atelier, où deux robes sont exposées sur des mannequins sans tête au milieu de masques, têtes, socles, et on est éblouis par la justesse de cette rencontre de deux mondes, de deux artistes, Bourdelle et elle. Les sculptures de Bourdelle, tout en muscles, solides, massives, dans un effet de contraste saisissant, mettent en valeur la légèreté et la force du travail de Grès et l’on mesure grâce à l’intelligence et à la pertinence du regard de Monsieur Saillard à quel point la couture est un art, et pas mineur avec ça.

Celle qui habilla de grâce Piaf, Dietrich et Garbo, les divines, disait qu’elle écoutait la matière, qui lui dictait ses gestes. Inspirée à la fois par les saris et par les kimonos, elle savait prendre le pli, accompagner un tombé, et créait des robes aussi sexy que monacales, bien loin du clinquant de mise de nos jours. La symétrie, l’asymétrie, la légèreté n’avaient pas de secrets pour elle, et sous l’apparente simplicité de ces robes se cachait un travail d’orfèvre. Comme tout grand créateur, elle avait ses paradoxes: celle qui prônait les vertus du luxe pauvre se déplaçait dans une jaguar dont l’intérieur était tendu de vison!

Si elle disait que pour elle travailler le tissu ou la pierre revenait au même, on en a la preuve éclatante dans ce parcours raffiné où le regard élégant et plein de désir de cette Madame avant gardiste offre une vision à la fois moderne, sensuelle et bourrée de références à la beauté antique, et démontre avec panache que la mode peut être autre chose que des fanfreluches, et des falbalas, faisant mentir l’autre mademoiselle, la Chanel qui disait avec son humour grinçant ” la mode, ça se démode”. Celle de Madame Grès est éternelle.

Il faut aller voir cette exposition dédiée à l’art, le mot n’est pas trop fort, de cette femme au caractère en acier trempé, connue pour son visage ceint d’un turban, comme Simone de Beauvoir, qui a laissé une empreinte indélébile sur la mode, comme le Castor sur des générations de nanas.

Un peu de beauté dans ce monde de brutes!

“Madame Grès, la couture à l’oeuvre” au Musée Bourdelle jusqu’au 28 août.

Les belles féministes

Caroline Loeb feministesLes préjugés ont la vie dure. Depuis que les femmes osent l’ouvrir pour autre chose qu’avaler des couleuvres, elles se font renvoyer dans les gencives qu’elles sont moches et mal baisées.

Moches, les féministes? Il suffit de voir les beautés dont l’exposition “Photo Femmes Féminisme” offre un florilège pour se convaincre du contraire. Des beautés, il y en a. Et des sublimes. Mal baisées? Ça, c’est encore l’insulte la plus drôle! Si elles sont mal baisées, ce qui reste à prouver, par qui grands Dieux? Dans les critiques récurrentes contre le discours féministe, il n’est pas rare non plus que les insultes homophobes fusent. Ce qui me fascine, c’est qu’on puisse trouver le discours d’une femme irrecevable au motif qu’elle n’est pas baisable. Par un homme, s’entend. A t-on déjà vu un homme politique se faire envoyer aux pelotes parce qu’il n’avait pas un physique avenant? Reproche t-on à Charles Pasqua ses bajoues, à Laurent Fabius sa calvitie ou à DSK son tour de taille d’éléphant? A part Dominique de ViIllepin qui a une tronche de vieux play-boy, avouez que tous les autres ne sont pas bien ragoûtants! Et personne ne le leur reproche!

Mais revenons à l’expo.

Pour encore quelques jours en plein coeur du Marais, il faut aller voir les photos et les films réunis par le fonds photo de Marguerite Durand au 22 rue Malher pour notre plus grand bonheur.

Le féminisme n’a pas un visage. Il en a cent. Deux cent, en fait. Des sacrées gonzesses. Qui ont tenu tête au système macho. Qui se sont battues envers et contre tous. Et elles sont belles. N’en déplaise aux vieux croutons, c’est pas des cageots, les suffragettes. Sur deux étages, des visages de femmes. Des tronches. Des belles gueules. La princesse Marthe Bibesco avec son turban, les yeux cernés de noir. Hortense Schneider, la Madonna de la fin du XIXème, pour laquelle Hoffenbach a écrit tellement de grands rôles, et qui fut la maitresse de plusieurs rois et empereurs. La Goulue, la plus célèbre des cancanneuses immortalisée par l’immense Toulouse Lautrec, posant avec sa copine Nana la sauterelle. Rosa Bonheur, grand peintre, habillée en homme comme toujours, arborant fièrement sa légion d’honneur. Hubertine Auclert, la première suffragette, la divine Nelly Roussel, et la très masculine Madeleine Pelletier, toutes deux des précurseures du féminisme. La belle Caroline Rémy, dite Séverine, une des premières femmes journaliste, qui collabore à “La Fronde”, un journal féministe, cent ans avant le très pertinent “Causette”, et qui militait également pour la cause animale, Brigitte Bardot avant l’heure. Frida Kahlo dans les années 50 photographiée par Gisèle Freund avec ses chiens. La jeune Marguerite Yourcenar et la vieille Colette. Et puis les grandes lesbiennes, la princesse Eugène Murat, Lucie Delarue-Maldrus, avec leurs regards forts, qui ne s’en laissaient pas compter. Françoise Sagan toute jeune, qui boit une bière au goulot, assise sur des marches en tailleur Chanel. Adrienne Monnier dans sa librairie, et Sylvia Beach, celle qui a eu les couilles de publier James Joyce dont personne ne voulait, le couple le plus littéraire des années 20. Daniel Lesueur, pseudo de Jeanne Loiseau, une femme écrivain qui avait choisi un nom de mec pour que sa prose soit lue sans condescendance, un siècle avant Fred Vargas.

Les commissaires de l’exposition ont eu la belle idée de mélanger des politiques, des militantes, des photographes,  des écrivaines, et des artistes de music hall. De Sarah Bernhardt à Réjane, de Damia à Yvette Guilbert en passant par Josephine Baker. Parce qu’on peut être féministe et être la plus grande tragédienne, celle qui a remis Racine et Molière au goût du jour, comme Rachel ou se trémousser avec deux mètres de plumes sur la tête entourée de boys et chanter avec une gouaille unique comme Mistinguett. Et puis Suzy Solidor, la chanteuse à la voix grave, idole des gouines des années 30, Musidora, une des premières femmes cinéaste, Camille Claudel…. J’en passe, et des meilleures!

J’y ai aussi vu Jane Fonda, avec son français impeccable doublé d’un fort accent américain parler à Delphine Seyrig de son statut de jeune star à Hollywood et lui expliquer comment les studios formataient les filles, leur épilant les sourcils, les teignant en blondes, leur redessinant la bouche, leur imposant des faux seins jusqu’à ce qu’elles ne se reconnaissent plus dans le miroir. Jane Fonda est une de celles qui ne s’est pas laissé ainsi modeler par ces sauvages. Si eux Tarzan, elle Jane!

En sus, une info sympathique: le 8 mars, l’expo est gratuite pour toutes…. et tous! Comme quoi, elles ne sont pas rancunières, les féministes!

Comme la bande son de cette expo: Pierre Philippe et Juliette Noureddine ont signé une chanson que j’ai le bonheur de chanter, “rimes féminines“…  dans “Mistinguett, Madonna et Moi!” en tournée, et bientôt à nouveau à Paris!

Vous avez dit Saint Valentin?

Mitchum :love

Saint Valentin. La fête des amoureux. Partout, l’amour, toujours. Et qu’on se fait des petits cadeaux trop mignons, et qu’on se jette des fleurs, et que tout ça sent bon le chocolat et la rose. Mouais… Comme c’est curieux, comme c’est étrange. Mais d’où vient donc cette fête, et qui est ce Valentin dont on nous rebat les oreilles depuis 15 jours? Comme pour toutes les célébrations récupérées par le calendrier catholique, Saint Valentin était au départ une fête payenne. Depuis la plus haute antiquité, à la mi février, c’était la période où l’on célébrait les fêtes de la fertilité, et la Saint Valentin était, avant le Moyen Age, la fête des célibataires et de l’amour physique.

Il n’y a pas un Saint Valentin, mais au moins deux: saint Valentin de Rome et Saint Valentin de Terni, tous deux martyrs au IIIème siècle. Au fil du temps, la fête de la fertilité s’est transformée en ode au couple et à l’amour avec des grands Ahhhhhhh. Que les choses soient claires, l’amour, j’ai rien contre. Ou alors tout contre, pour paraphraser Sacha Guitry. C’est vrai que l’amour donne des ailes, et qu’on préfère dire M que N.

Mais alors pourquoi est-ce qu’en en 1969, ça ne s’invente pas, l’Église a-t-elle ôté le jour de la Saint-Valentin de son calendrier officiel? Officiellement c’est dans le souci d’épurer le calendrier catholique de tous les saints légendaires. Vous avez dit 69, année érotique?

Ne serait-ce pas plutôt parce que les hommes de robe le savent très bien que l’amour, c’est pas Disneyland, cui-cui les petits oiseaux? Aujourd’hui, 14 février, on ne voit que cupidons qui bandent leur arc faute d’autre chose, petites fleurs bleus, chocolats en forme de coeur décorés de guirlandes avec angelots ad hoc et autres gnougnouteries débilitantes. Plus cul-cul la praline, tu meurs. Déjà, faites l’amour pas la guerre et ce genre de niaiseries, personnellement ça me soulève le coeur, que j’ai pourtant bien accroché. Petite piqure de rappel des grandes histoires d’amour qui nourrissent nos fantasmes depuis des siècles. C’est encore les Rita Mitsouko qui l’ont dit le mieux: les histoires d’amour finissent mal, en général. Adam et Eve? La pomme d’amour leur couta leur place au paradis. Tristan et Yseult? suicidés. Roméo et Juliette? idem. Sacher Masoch? Il aurait été bien désespéré sans le divin marquis de Sade qui lui donna sa raison d’être. Heloïse et Abelard ont payé le prix fort de leur passion puisque lui s’est retrouvé eunuque et elle euuuuuuu nonne. Marlene Dietrich n’a plus jamais vu la vie en rose après le départ de son Jean, Gabin. Gainsbourg a eu du bol, pour se consoler de BB, de tomber sur Jane B, qui elle même se remettait mal du départ de John B. Oscar, le plus wilde des écrivains anglais a payé cher sa passion pour Bosie, Alfred Douglas, avec lequel il s’est pris une tôle, pour de vrai. Et Dante visitera tous les cercles de l’enfer à la mort de sa divine Béatrice.

Non. “Il n’y a pas d’amour heureux“, pour citer Louis Aragon l’amoureux fou d’Elsa, chanté par Brassens. Car enfin, il n’y a qu’aux petits enfants naïfs, qu’à ceux qui croient encore au père Noël qu’on fait gober pareilles fables qui se terminent par “ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants”. Déjà, pour imaginer que le bonheur c’est se farcir une dizaine de moutards, il faut beaucoup d’imagination. Ou un bon dealer. Allez donc dire à une mère de famille qui profite de ses heures creuses et de ses dimanches pour faire le ménage à fond, des machines au Lavomatic, le repassage de la semaine, et vérifier les devoirs des petits que c’est Alice au pays des merveilles! C’est plutôt des mères vieilles prématurément, qu’elles deviennent, les meufs, à se taper l’intendance d’une famille nombreuse. Et c’est pas les crèmes anti-âge qui y pourront grand chose. Certes, il y a des couples qui durent. Villeroy et Boch, Roche et Bobois, Eric et Ramzy, Laurel et Hardy, Hardy et Dutronc. Mais à quel prix? On trouve un canapé très bien, le lit calisson à 1990€ chez Roche et Bobois et Eric et Ramzy sont actuellement disponibles pour le prix modique d’une place de cinéma. Mais je m’égare…

C’est dans les larmes de leur passion que George Sand et Musset ont écrit leurs plus belles pages, et dans le sang que les amants terribles de “L’empire des sens” terminent leur vertige de l’amour. (Ils avaient dû rêver trop fort.) C’est dans la folie que se termine la passion de Dora Maar pour Picasso, son minotaure, et dans le désespoir que se termine celle de Léo Ferré pour Pépée, sa guenon, humaine, trop humaine.

A l’image de l’inquiétant Robert Mitchum dans “La nuit du chasseur” qui avance avec les lettres LOVE sur la main droite, au nom de l’amour combien de meurtres, sous le joli nom de crimes passionnels ont-ils été commis?

Certes chez Violette Leduc, Thérèse et Isabelle s’aiment passionnément, mais comme le dit Gainsbourg dans initiales BB, “l’amour physique est sans issue”.

En cette journée qui dégouline de bons sentiments, où il n’y aura sûrement pas que le sucre d’orge qui coulera dans la bouche d’Annie, rappelons nous que l’amour c’est pas tous les jours “la vie en rose”, que ça peut vite basculer dans “noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir”, que les passions sont fatales, et nos amours défuntes.

Mais au fait… C’est quoi l’amour? C’est donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas? Alors autant s’offrir des chocolats et de fleurs….

Et toi, tu aimes? Moi non plus.

Maria S, mortel tango

Maria S sur le ventreMaria Schneider est morte. C’est le cancer qui l’a pris sous son bras. Si Marcia Baila, Maria, elle ne danse plus. De toute façon, dansante, elle ne l’a pas vraiment été, sa vie. Plutôt douloureuse, celle de cette beauté sauvage et insolente du début des années 70. Déjà, elle n’est pas reconnue par son père qui lui, est connu. Bonjour le départ dans la vie! Puis, après quelques balbutiements dans le cinéma, et grâce, ou à cause de l’intérêt que lui porte BB, Brigitte Bardot, c’est dans l’oeil de BB, l’autre, Bernardo Bertolucci qu’elle tape. “Le dernier tango à Paris”, avec Brando, un homme nommé désir. Impossible d’arriver plus haut plus vite. Début, 70, l’époque est à la transgression et à la libération sexuelle. “Passe moi le beurre”. Scène culte s’il en fut. “Passe moi le beurre” que je t’encule et que je te flingue ta vie. On apprend, avec sa mort, qu’il aurait aimé lui demander pardon, BB. Ah oui? De quoi? De l’avoir violée avec sa caméra et son acteur devant le monde entier? Il ne pouvait pas faire son mea culpa avant, Bernardo? Comme celui de Zorro, muet qu’il était? C’était si difficile que ça de l’ouvrir et de lui demander pardon de son vivant? Maria Schneider a dit, avec pudeur, que dans la scène, c’étaient ses vraies larmes. A lire les regrets de Bertolucci devant son cadavre, on en a froid dans le dos. Si les larmes étaient vraies, qu’est-ce qui était donc simulé dans cette scène de viol? Ils se sont amusés à quoi le grand acteur et son réalisateur libertaire? A sodomiser une jeune fille de 19 ans devant une équipe de cinéma, puis à la jeter en pâture au monde entier? Sans jamais être inquiétés? Ça, c’est des artistes! Ça, c’est des mecs! Bertolucci, il a fallu qu’il attende qu’elle crève après une vie saccagée par cette scène pour faire des excuses? ! C’est un peu fastoche, non? On lit partout sa descente aux enfers, à la belle Maria, malgré le magnifique film d’Antonioni avec Nicholson. Qu’elle a pris de la coke, de l’héro, qu’elle a été en taule, en HP et qu’elle s’est beaucoup perdue. C’est étonnant comme les symptômes qui suivent un viol sont invariablement les mêmes. Drogue, alcool. Parfois prostitution. En tout cas, ce qui est certain c’est que les filles, et les types (c’est plus rare), sont dépossédés à jamais de leur corps. Un viol, ça laisse des traces indélébiles. S’il y a prescription pour les violeurs, il n’y a pas prescription pour les violées. Les séquelles, c’est à vie, qu’elles/ils les trimballent.

D’aucuns diront, que c’était chouette, cette période de libération sexuelle! Que c’était le bon temps. L’époque pré sida et tout ça. Mais il n’y a pas que le sida qui fait des morts. Et sous couvert de libération sexuelle, des gens super libérés ont commis des crimes.

J’entends déjà ceux qui trouvent toujours suspecte une femme qui dit qu’elle a été violée :”Elle l’a bien voulu. Personne ne l’a obligée à le faire, ce film!” Certes. Mais personne ne lui avait dit qu’elle allait l’avoir dans le cul non plus!

Ils sont beaux à se damner, M & M, Maria et Marlon. Leur couple crève l’écran. Mais si c’est Brando qui crève dans le film, c’est elle qui est sacrifiée dans la vraie vie et son personnage de Jeanne la crame à jamais. Et si dans la fameuse scène, Brando met du beurre, Betolucci, c’est bien à sec qu’il l’a enculée. Et en Technicolor avec ça!

Il a bon dos, le cancer.

Ô jeunesse ennemie….

BRAZILOlivier Saillard, désormais directeur du Musée Galliéra, le musée de la mode, régale les happy few de la mode deux fois par an avec des performances ultra chics et d’une intelligence sans faille. Pendant les deuxFashion weeks annuelles et avec la collaboration indéfectible et élégante de Violeta Sanchez, l’une des mannequins les plus emblématiques et les plus particulières des années 80, l’égérie de Helmut Newton, David Seidner et Yves Saint Laurent, (rien que ça!), il nous offre dans un show d’une demie heure, une mise en abime brillante de la mode et de sa vacuité. Hier 25 janvier, comme à l’accoutumée, nous avons eu droit à un sacré lifting mental! A la lecture du carton et de son intitulé “O tempes suspends ton vol” imprimé sur une feuille d’agenda arrachée, comme chaque journée qu’on tente de voler au néant, on avait compris qu’il y serait question de temps, de vieillesse, de jeunesse… Comment ne pas paraphraser Corneille pour s’écrier “Ô rage, ô désespoir… Ô jeunesse ennemie….”

Devant un parterre de ce qui se fait de plus raffiné dans le petit monde de la mode, de Christian Lacroix à Clara Saint en passant par Dominique Isserman, définitivement accros à ces rendez vous, on découvre sur le sol en béton gris, des gazes blanches qui nous dissimulent des objets. Un assistant lève le voile. Ce sont des protège visages au bout d’un manche, tout ça en plastique, recouverts d’impressions de photos en noir et blanc qui en épousent la forme. Sous chaque masque est posée une feuille sur laquelle est écrit le texte subtil et désopilant qui sera lu tour à tour par Olivier et Violeta. Celui qui ne lit pas, tient le masque devant son visage et se tourne avec grâce pour le montrer à l’assistance, pliée de rire. Les textes d’Olivier sont, comme toujours, des bijoux d’élégance et de malice, et ses phrases tranchantes comme des scalpels. Il se moque avec cruauté et humour noir, la couleur qu’a lancée Yves Saint Laurent, des méfaits de la chirurgie esthétique. Il est question de bouches et nez en cagettes, de haute suture et autres trous de bouche en canard WC… On est aux anges. Dans l’assistance, celles et ceux qui ont eu recours aux seringues et/ou aux bistouris sont nombreux; comme ils savent qu’il n’y a rien de tel pour remonter le visage qu’une bonne rigolade, ils s’en donnent à coeur joie. Le temps de la performance, Olivier Saillard nous expédie la chirurgie esthétique et ses dérives désolantes. S’il commence par nous rappeler ce que celle-ci doit aux gueules cassées de 14-18, il brode ensuite sur ce que ces nouveaux visages en série nous renvoient comme image de nous formatées, lisses, et surtout désespérément stupides. Olivier d’évoquer Jeanne Moreau, à la bouche mythique et sublimement dédaigneuse, la Casati, photographiée par Man Ray, avec ses quatre grands yeux charbonneux, la Magnani aux belles rides de douleur et l’angoissant Michaël Jackson avec son nez pincé de pince à sucre obsolète.

Les grandes cramées du bistouri peuvent numéroter leurs abatis. Elles sont laminées par la prose proche du haïku dite avec grâce par Violeta dont le nez unique a changé la face de la Haute Couture.

C’est un défilé de tronches mais aussi de citations littéraire, de “Confessions d’un masque” de Mishima à “La peau de chagrin” de Balzac et si Olivier tire à bout portant, son show est lui, tiré à quatre épingles.

Le divin Olivier de conclure en citant Coco, la grande Mademoiselle au visage ridé comme une vielle pomme et à la moue hautaine ” Il n’y a rien de plus vieillissant que de vouloir rester jeune”. CQFD!

Un vrai moment d’art moderne.

Comme le dit Paquita Paquin, qui se précipite, comme nous tous, en coulisses pour embrasser les deux performers: “Tu as épuisé le sujet”. S’il l’a épuisé, s’il a bien fait les coins, nous, nous sommes rajeunis de dix ans devant de tels assauts d’esprit et de culture. On se sent renaître cet après midi froid, et on se dit que 2011 commence sur des chapeaux de roue! Question niveau, il a mis la barre haut.

Mais ce mardi, le plus navrant, ça n’étaient ni les faux nez ni les bouches repulpées. Mais bien les faux culs. Et ceux là, aucun bistouri n’y peut mais.