Aujourd’hui, vendredi 12 octobre, j’ai honte. Honte de la justice. Honte de la justice de mon pays. Nina et Aurélie, les deux jeunes femmes qui ont porté plainte dans le procès des “tournantes” de Fontenay-sous-Bois subissent un deuxième viol. Leurs bourreaux ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Autant dire acquittés, quasi innocentés. Alors que les victimes, elles, ont pris perpète. On ne se remet jamais d’un viol. Quel scandale! Au prétexte que les faits avaient eu lieu il y a longtemps, au prétexte que l’une des deux victimes aurait commis une tentative de suicide quelques jours après l’ouverture du procès, au motif que le frère de l’autre aurait traité sa soeur de menteuse. Et évidemment, parce qu’au cours du procès les deux jeunes femmes sont passées subrepticement du banc des victimes au banc des accusées. Car en plus, elles se sont fait insulter. Elles se sont fait traiter de nymphomanes et de menteuses, parfois même par un membre de leur propre famille. Et ce sont ces paroles-là, infâmes, ignobles, plutôt que la leur qui était fragile, qui ont gagné. Quelle honte!
Elles ont mis longtemps à porter plainte? L’affaire est entendue: il y a un pourcentage dérisoire de femmes ou de jeunes filles qui osent porter plainte contre les violences sexuelles. Et ce verdict scandaleux ne va pas arranger les choses. Quand il y a viol, c’est toujours la victime qui a honte, pas le violeur. Comme pendant la deuxième guerre mondiale les rescapés des camps se sentaient coupables d’avoir survécu à la Shoah, alors que des gens comme Flicks ou Ribbentrop n’ont jamais exprimé la moindre once de culpabilité, les violeurs, dans la droite ligne de leurs actes barbares, continuent à ne pas voir où est le problème. On apprend que les victimes avaient peur des représailles. A juste titre puisqu’elles et leurs familles ont été harcelées.
L’une d’elle a commis une tentative de suicide? Oui, se livrer en pâture au jugement de la cour et des médias, se soumettre à leur regard inquisiteur et dubitatif est une épreuve que l’on n’a pas forcément le courage d’affronter quand on a déjà subi une agression aussi ravageuse qu’un viol. Surtout quand on est déjà morte une fois sous les coups de reins de ses agresseurs. Oui, un viol, ça tue, ça détruit, ça met en pièces un individu. Il faut un courage hors norme pour affronter des agresseurs sûrs d’eux et un système judiciaire lâche.
Le frère de l’autre l’a traitée de menteuse? La belle affaire! Un frère, comme un père, n’est pas de facto protecteur ou juste. Combien de frères offrent eux-mêmes leur soeur en pâture à des violeurs? Combien de pères préfèrent croire que leur fille est une menteuse plutôt que de la défendre? Combien de membres de la famille d’une victime se défaussent derrière des “Elle n’avait qu’à pas y aller”?. Violée, puis insultée. Violée, puis traitée de menteuse. Violée, puis traitée de pute. Et il faudrait qu’en plus elle ait le courage de se faire insulter par la justice de son pays? On comprend qu’il y en ait qui hésitent!
On a dit que les victimes étaient fragiles? On le serait à moins. Leur parole systématiquement mise en doute, alors que déjà leur corps n’a pas été respecté, pire que ça abusé, maltraité, nié, comment peut-on imaginer qu’elles puissent être sûres d’elles, solides? Il y en a même qui oseront soutenir que c’était un fantasme, leur fantasme, toute cette histoire…. Elles sont forcément laminées, ravagées.
Car ne l’oublions pas ces jeunes filles, alors âgées de 16 ans avaient été sodomisées de force, obligées à des fellations, brulées par des cigarettes, frappées!!! Que les garçons faisaient la queue pour les violer, les uns après les autres. Et que ça a duré des mois. Et leurs tortionnaires ont eu l’aplomb d’affirmer qu’elles étaient consentantes, qu’elles étaient des “grosses putes”, qu’elles aimaient ça !!!!! Quelle honte!
J’espère évidemment qu’il y aura appel et que justice sera faite pour que toutes les autres victimes n’aient plus peur de se retourner contre leurs assassins.
Et je souhaite aux avocats des violeurs ou aux jurés qu’un jour leur fille, leur soeur ou leur femme ne soient pas victime d’un viol. A moins que cette fois aussi, se drapant dans le déni, celui qui tue les victimes une deuxièmes fois, ils ne jugent que c’est leur fille, leur soeur ou leur femme la coupable, devenant définitivement complices des violeurs.
Les victimes ont honte?
Moi aussi, aujourd’hui, j’ai honte!
- Par loeb |
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On ferait la gueule pour moins que ça. Pas elles. Les trois filles que la justice, ou plutôt l’injustice russe va envoyer en camp pour deux longues années, restent souriantes. Les Pussy Riots, traduction, les manifes de chattes ou les minous en fureur ont encaissé le verdict avec la grâce qui les caractérise. Déjà, avec elles, le vieux cliché qui continue à véhiculer l’idée rance que les féministes sont moches, vieilles et mal baisées en prend un sacré coup dans les gencives. Non seulement elles sont belles, mais en plus elles ont un courage qui ferait pâlir beaucoup d’hommes. Car si elles sont en fureur contre le dur régime de Vladimir Poutine, le plus en fürer des quatre n’est pas celui qu’on croit. Il ne lui manque que la mèche et la moustache au com’rade russkof.
Après une semaine passée à regarder des femmes humoristes sur la scène du merveilleux théâtre du Ranelagh dont la directrice Catherine Develay épaulée par Arts & Spectacles ne cesse de proposer une programmation éclectique et curieuse, je me pose la question du rire au féminin.
Cette année Whitney Huston ne fêtera pas la journée de la femme. Elle ne peut pas, elle est morte.
Alors qu’un journaliste, un vrai, est mort en Syrie, un homme passionné, courageux, lumineux, admiré par ses collègues, ici, dans notre douce France, des incultes analphabètes continuent leur travail de sape et de désinformation. C’est pas grand chose, me direz-vous: ça n’est qu’un magazine de rien du tout sur une petite chaîne qui soi-disant monte… L’enjeu n’est pas très important: ça parle d’artistes qui ont fait des tubes dans les années 80. Tout le monde s’en fout. Place aux jeunes! Et ils sont encore vivants? Oui. Ils sont encore vivants et en ce qui me concerne, ils ne sont pas contents.
Les préjugés ont la vie dure. Depuis que les femmes osent l’ouvrir pour autre chose qu’avaler des couleuvres, elles se font renvoyer dans les gencives qu’elles sont moches et mal baisées.
Maria Schneider est morte. C’est le cancer qui l’a pris sous son bras. Si Marcia Baila, Maria, elle ne danse plus. De toute façon, dansante, elle ne l’a pas vraiment été, sa vie. Plutôt douloureuse, celle de cette beauté sauvage et insolente du début des années 70. Déjà, elle n’est pas reconnue par son père qui lui, est connu. Bonjour le départ dans la vie! Puis, après quelques balbutiements dans le cinéma, et grâce, ou à cause de l’intérêt que lui porte BB, Brigitte Bardot, c’est dans l’oeil de BB, l’autre, Bernardo Bertolucci qu’elle tape. “Le dernier tango à Paris”, avec Brando, un homme nommé désir. Impossible d’arriver plus haut plus vite. Début, 70, l’époque est à la transgression et à la libération sexuelle. “Passe moi le beurre”. Scène culte s’il en fut. “Passe moi le beurre” que je t’encule et que je te flingue ta vie. On apprend, avec sa mort, qu’il aurait aimé lui demander pardon, BB. Ah oui? De quoi? De l’avoir violée avec sa caméra et son acteur devant le monde entier? Il ne pouvait pas faire son mea culpa avant, Bernardo? Comme celui de Zorro, muet qu’il était? C’était si difficile que ça de l’ouvrir et de lui demander pardon de son vivant? Maria Schneider a dit, avec pudeur, que dans la scène, c’étaient ses vraies larmes. A lire les regrets de Bertolucci devant son cadavre, on en a froid dans le dos. Si les larmes étaient vraies, qu’est-ce qui était donc simulé dans cette scène de viol? Ils se sont amusés à quoi le grand acteur et son réalisateur libertaire? A sodomiser une jeune fille de 19 ans devant une équipe de cinéma, puis à la jeter en pâture au monde entier? Sans jamais être inquiétés? Ça, c’est des artistes! Ça, c’est des mecs! Bertolucci, il a fallu qu’il attende qu’elle crève après une vie saccagée par cette scène pour faire des excuses? ! C’est un peu fastoche, non? On lit partout sa descente aux enfers, à la belle Maria, malgré le magnifique film d’Antonioni avec Nicholson. Qu’elle a pris de la coke, de l’héro, qu’elle a été en taule, en HP et qu’elle s’est beaucoup perdue. C’est étonnant comme les symptômes qui suivent un viol sont invariablement les mêmes. Drogue, alcool. Parfois prostitution. En tout cas, ce qui est certain c’est que les filles, et les types (c’est plus rare), sont dépossédés à jamais de leur corps. Un viol, ça laisse des traces indélébiles. S’il y a prescription pour les violeurs, il n’y a pas prescription pour les violées. Les séquelles, c’est à vie, qu’elles/ils les trimballent.
Olivier Saillard, désormais directeur du Musée Galliéra, le musée de la mode, régale les happy few de la mode deux fois par an avec des performances ultra chics et d’une intelligence sans faille. Pendant les deuxFashion weeks annuelles et avec la collaboration indéfectible et élégante de Violeta Sanchez, l’une des mannequins les plus emblématiques et les plus particulières des années 80, l’égérie de Helmut Newton, David Seidner et Yves Saint Laurent, (rien que ça!), il nous offre dans un show d’une demie heure, une mise en abime brillante de la mode et de sa vacuité. Hier 25 janvier, comme à l’accoutumée, nous avons eu droit à un sacré lifting mental! A la lecture du carton et de son intitulé “O tempes suspends ton vol” imprimé sur une feuille d’agenda arrachée, comme chaque journée qu’on tente de voler au néant, on avait compris qu’il y serait question de temps, de vieillesse, de jeunesse… Comment ne pas paraphraser Corneille pour s’écrier “Ô rage, ô désespoir… Ô jeunesse ennemie….”


