La Loeb en mode blog

sans contrefaçon

Sylvia Scarlet 2Bien avant Mylène Farmer et son entêtant “sans contrefaçon, je suis un garçon“, la question de l’identité sexuelle s’est posée pour les femmes à travers leurs vêtements. Et “Il n’y a que les tailleurs pour ne voir dans l’habit de l’homme que du drap, comme les boulangers ne voient dans le pain que de la farine, de l’eau et du sel” comme disait le père Enfantin (sic). Le pantalon lancé par Chanel et démocratisé par Saint Laurent et Courrèges a eu des précurseures. D’abord, Jeanne d’Arc, celle qui pour beaucoup incarne la France et une certaine idée d’indépendance, et dont la mort sur le bûcher a été décidée quand elle a osé remettre ses vêtements d’homme, preuve manifeste de son hérésie indécrottable. George Sand travestie fumant le cigare a fait couler beaucoup d’encre et attisé bien de haines et de mépris de ses contemporains. Mais il y a eu Louise Michel la communarde, les scandaleuses Colette et Missy, la féministe Madeleine Pelletier, la peintre Rosa Bonheur, Renée Vivien et Nathalie Barney, les reines du saphisme à Paris à la fin du XIXème siècle, la terrible Violette Morris, les merveilleuses Sarah Bernhardt et la Dejazet qui jouèrent beaucoup de rôles masculins, de Hamlet à l’Aiglon, les écrivaines Marc de Montifaud et Rachilde, l’archéologue Jane Dieulafoy, la voyageuse Alexandra David Neil, la sulfureuse Annemarie Schwarzenbach et bien d’autres…. Toutes, elles se sont battues pour porter le pantalon, contre la loi de 1800 qui interdisait aux femmes de se travestir (loi abrogée enfin en novembre 2010!), anticipant le code civil de 1804 qui allait contraindre autant que faire ce peut les femmes au foyer, leur donnant un statut de mineure dés lors qu’elles se mariaient.

Mais pourquoi les femmes voulaient elles tant porter le pantalon qui fait partie intégrante de notre garde robe aujourd’hui? Comment un vêtement a t il suscité autant de passions? D’abord, il faut se souvenir que les femmes en jupon ne portaient pas de culotte fermée. Elles étaient donc “accessibles” et vulnérables au premier passant priapique venu. Ensuite, la mode des corsets a été assassine. Coincées dans des vêtements qui les entravaient et étaient là uniquement pour les rendre désirables aux yeux des hommes, elles lorgnaient donc avec envie sur ce pantalon qui avait le pouvoir de les protéger du viol et autres agressions dues à leur sexe. Depuis la révolution française, le pantalon, apanage des hommes donc symbolisant le pouvoir, permettait à celles qui le portaient, à la fois d’affirmer leur différence intellectuelle, voire sexuelle, mais également d’être mieux payées. Un homme gagnait quasiment le double d’une femme pour la même tâche, et aujourd’hui encore, malgré les lois, les femmes continuent à être moins payées que leurs collègues masculins.

Comment une loi peut elle être impunément bafouée sans que cela ne dérange personne? C’est un mystère en partie soulevé dans le passionnant livre de Christine Bard “Une histoire politique du pantalon”. L’auteure nous embarque dans l’histoire de ce vêtement dont le port qui semble tellement naturel aujourd’hui, a été conquis de haute lutte, comme le droit de lire, d’écrire, de conduire une voiture ou de travailler, par les féministes.

C’est dans les années 20, 30, avec l’arrivée des “garçonnes” que les femmes en pantalon commencent à devenir à la mode, donc acceptables. Puis avec les icônes qu’étaient Marlene Dietrich, Greta Garbo et la divinissime Katherine Hepburn dans “Sylvia Scarlett”, qui reste un sommet de chic et d’érotisme vénéneux, qu’elles accèdent au glamour.  Les grandes figures féminines du début du siècle dernier ont du vaincre des préjugés tenaces pour ainsi afficher une image féminine qui sorte des canons de beauté masculins, rigides et réducteurs, et porter la culotte a bel et bien été une victoire gagnée de haute lutte par les féministes tant raillées. Désireuses d’assumer leur sexualité et leur pensée hors norme, elles se battirent pour échapper aux crinolines, aux corsets, et autres prisons vestimentaires.

On disait de Marlene qu’elle n’était jamais si féminine qu’habillée en homme, et jamais aussi masculine qu’habillée en femme. L’ambivalence sexuelle est toujours ce qu’il y a de plus troublant, et dans le monde, les femmes n’ont pas fini de se réinventer pour accéder à leur désir, longtemps nié, voire oppressé.