Libres propos

Par Nicolas Gougain, Porte-parole de l'Inter-LGBT

Eléments de langage

Nous apprenons aujourd’hui dans Rue89 que Claude Greff, illustre secrétaire d’état à la famille, aurait perdu son brouillon sur le trottoir de la salle du Palais de la Mutualité hier soir… Un brouillon intitulé “EDL [éléments de langage - ndrl] pour mot d’accueil de Claude Greff”. En effet, la secrétaire d’état doit accueillir Nicolas Sarkozy dans son déplacement à Tours aujourd’hui. On y retrouve notamment l’élément de langage suivant “Qui peut croire que lutter contre les discriminations, c’est accorder le mariage aux homosexuels ?”. Bref, l’opposition classique et infondée entre lutte contre l’homophobie et égalité des droits. Chère Claude Greff, l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie sont d’autant plus légitimées lorsque les LGBT sont toujours considérés comme des sous citoyens par la République.

Je saisis l’occasion pour republier ici un communiqué de l’Inter-LGBT suite au rendez-vous ubuesque que nous avions eu avec elle en février dernier. Je me demande cependant pourquoi elle a ressenti le besoin de rédiger ou de faire rédiger une antisèche pour son prochain discours… Je vous laisse juger par vous-mêmes.

Le "brouillon" - Source - Rue89

Le "brouillon" - Source - Rue89

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Les “amis homosexuels” de Claude Greff – Récit d’une rencontre avec la Secrétaire d’Etat à la famille

(Communiqué de presse Inter-LGBT – 22 février 2012)

L’Inter-LGBT avait rendez-vous de longue date avec la Secrétaire d’État à la Famille, Mme Claude Greff. Étant donné le contexte, il nous semblait important de faire un point sur le bilan de l’action du gouvernement concernant les familles homoparentales, de rappeler nos revendications dans le cadre de la campagne électorale et de revenir sur les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy, le président désormais candidat, concernant les sujets de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe ou encore l’homoparentalité.

On apprendra dans cet entretien sur-réaliste que, non seulement la loi (et donc l’évolution des droits) ne saurait changer ou agir sur les mentalités mais aussi que les lois actuelles prévoient déjà beaucoup de choses pour sécuriser la situation des familles homoparentales.

« Mes amis me disent que… »

Il faut dire que, de manière générale, l’argumentation de la ministre est affligeante. Les différents sondages*, clairement en faveur des revendications de l’Inter-LGBT depuis près de 10 ans, sont remis en cause sur la base des témoignages des proches de la ministre. A l’instar des « amis homosexuels » de Monsieur Baroin** (voire des « amis homosexuels » de Marine Le Pen ?) les « amis homosexuels » de Claude Greff ne seraient nullement intéressés par le mariage pour tous, ni par une reconnaissance des familles homoparentales. Les avis des « amis » des ministres feraient ils ou déferaient ils la loi dans notre pays ?

Bilan de la mandature : Claude Greff nous justifie… l’enterrement du projet de loi sur le statut du tiers

La ministre nous a affirmé que, selon elle, la réforme du statut du tiers, promis par Nicolas Sarkozy en 2007 et faisant suite aux recommandations de Dominique Versini, Défenseure des enfants, n’était pas nécessaire puisque ne répondant pas aux attentes des familles (et des enfants faudrait-il rajouter). Elle a notamment rappelé que la délégation d’autorité parentale était un dispositif aujourd’hui largement suffisant. D’ailleurs, les « amis homosexuels » de la ministre ne veulent pas d’autres mesures pour renforcer et sécuriser les liens entre les enfants et les parents sociaux au sein des familles homoparentales.

La ministre confirme et défend la position et la vision de Nicolas Sarkozy sur l’homoparentalité et le mariage

Sans surprise, la ministre a adopté une ligne claire de défense des positions de Nicolas Sarkozy, abandonnant le désir de dialogue émis lors de notre précédente rencontre, en décembre 2011. Pour elle, la société n’est pas prête et, nous dit-elle, la période électorale n’est pas propice à une réflexion et un (re)positionnement des candidat-e-s sur nos revendications, en particulier en matière d’égalité des droits pour les LGBT. On apprend qu’il serait malvenu d’exercer des « pressions » sur les candidat-e-s sur des questions aussi intimes, relevant du « domaine du privé » et aussi « clivantes » au sein de notre société. Nous y voyons un clin d’oeil au discours de Nicolas Sarkozy lors de son meeting de Marseille, rappelant qu’il ne fallait pas céder aux « modes du moment ». Une chose est sûre, ce ne sont pas les « amis homosexuels » de la ministre qui vont faire pression sur le candidat Sarkozy !

La loi ne servirait à rien…

La société n’est pas prête nous dit Claude Greff. N’ayant pas peur des contradictions elle témoigne de toutes les difficultés qu’éprouvent les enfants vivant dans des familles homoparentales, souffrant du regard des autres et de la société en général. Au lieu de proposer de reconnaître ces familles en leur reconnaissant une existence sociale, juridique, elle préfère nous dire qu’il faut d’abord lutter contre l’homophobie. Et de conclure cyniquement que la loi ne ferait de toute manière pas évoluer les mentalités.

Nous lui avons rappelé que le Pacs avait contribué à faire changer les représentations sur l’homosexualité notamment en permettant une visibilité et une reconnaissance sociale des couples de même sexe. Cette opposition systématique entre lutte contre l’homophobie et égalité des droits est un faux débat insupportable. Maintenir des inégalités entre les familles homoparentales et hétéroparentales ne fait que légitimer l’homophobie !

L’Inter-LGBT reste profondément inquiète des propos tenus par le candidat de l’UMP et son entourage, Claude Greff nous confirmant qu’elle conseillait Nicolas Sarkozy sur les questions liées à la famille pendant la campagne électorale. L’UMP fait preuve d’une plus grande fermeture qu’en 2007 sur les questions LGBT.

L’Inter-LGBT invite le candidat Nicolas Sarkozy à revoir ses positions pour une société plus juste, plus égalitaire. Nous mettons à sa disposition le site de campagne EgaliteLGBT2012.fr et l’invitons à entendre notre sollicitation et à se positionner clairement sur l’ensemble de nos revendications.

Publié sur le site de l’Inter-LGBT le 22 février 2012.
Depuis, le candidat (qui n’était alors pas encore déclaré) s’est exprimé plusieurs fois sur le sujet. Vous pouvez d’ailleurs retrouver ma lettre ouverte à son attention sur le lien suivant.

Parce que l’Egalité n’attend plus !

10 candidatsLes années passent. Les couples, les familles… et plus généralement les Lesbiennes, les Gays, les Bi et les Trans vieillissent. Pourtant, nous n’avons pas vu d’avancée majeure en terme de droits depuis le vote du Pacs en 1999. Il y a bien eu la création de la Halde, fondue aujourd’hui dans le défenseur des droits, le vote des lois pénalisant les propos homophobes (laissant de côté la transphobie) ou encore l’alignement de dispositions fiscales entre le Pacs et le mariage. Toutefois, les familles homoparentales sont niées, les personnes trans doivent toujours réaliser un véritable parcours du combattant pour obtenir des papiers d’identité conformes à leur genre et il nous est toujours aussi insupportable de constater qu’un jeune homo a entre 11 et 13 fois plus de chances de faire une tentative de suicide qu’un jeune hétéro à cause de l’homophobie latente dans notre société.

Le débat est déjà ouvert depuis bien longtemps

Il y a eu, ces dix dernières années, le mariage de Bègles, les différentes propositions de loi déposées par l’opposition parlementaire visant à ouvrir le mariage et/ou l’adoption aux couples de même sexe ou encore les sondages d’opinion montrant qu’une majorité des français-e-s sont favorables à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et à la reconnaissance des familles homoparentales. Si demain nous nous retrouvions avec une majorité parlementaire et un-e président-e de la République favorable à l’égalité des droits des LGBT, tous les voyants seraient donc au vert. Ainsi, nous nous interrogeons sur la prudence dont font preuve certains candidat-e-s à l’élection présidentielle qui, dans leurs programmes sont pourtant clairs, mais qui dans leurs discours rappellent sans cesse que la consultation et le débat parlementaire pourront prendre du temps. Avant Juin 2013 nous dit-on. Soit.

Vite, l’Egalité !

Nous attendons de la part des candidat-e-s qui se affirment être favorables à nos revendications la plus grande détermination pour ne pas rebrousser chemin ou faire les choses à moitié. Reconnaître les familles homoparentales ce n’est pas se limiter au « mariage et à l’adoption » mais parler de la PMA, de la manière dont on permet effectivement l’établissement de la filiation dans le cadre d’un projet parental voire co-parental. Faire avancer les droits des LGBT cela signifie inclure pleinement les questions transgenres dans les projets législatifs qui seront débattus en début de mandature et adapter nos lois à la recommandation 1728 votée par la France au Conseil de l’Europe.

Nous savons que des résistances fortes existent parmi la frange la plus conservatrice de notre pays et de nos politiques. Elle est redoutablement bien organisée. En témoigne les offensives de plus en plus nombreuses des collectifs anti-avortement, des manifestations et des pressions visant à faire taire toute création culturelle traitant du fait religieux de manière critique… Ce mouvement est d’ailleurs pleinement incarné par le Front National de Marine Le Pen et par la « droite populaire » qui, sous couvert de liberté d’expression, veulent finalement nous imposer un nouvel ordre moral.

A ceux qui hésitent encore…

Nous devons rappeler aux candidat-e-s qui disent ne pas vouloir céder aux effets de mode ou qui ne portent pas pleinement l’égalité des droits pour les LGBT dans leurs programmes que les centaines de milliers de LGBT n’en peuvent plus d’attendre. Pouvons-nous interdire à ces personnes de se projeter dans l’avenir, de vieillir ou d’élever leurs enfants dans l’insécurité juridique la plus totale au prétexte de convictions personnelles qu’il ne faudrait pas heurter ? Car c’est bien là que réside toute l’hypocrisie des débats dits « de société » autour des questions LGBT. Les droits que nous demandons n’enlèvent aucun droits aux hétérosexuels.

Après tout, les candidat-e-s ont encore jusqu’au 22 avril pour préciser leurs propos, détailler leur agenda, faire preuve de la plus grande détermination ou bien tout simplement pour revoir leur copie en regardant la réalité de notre société en face. Le Meeting LGBT pour l’Egalité du 31 mars sera un de ces rendez-vous à ne pas manquer !

Bannière Meeting

Extrême droite, le piège de la main tendue.

Le FN est devenu en quelques années un acteur incontournable du débat politique et médiatique. Ma génération a été marquée par le 21 avril 2002, la présence du FN au second tour et les manifestations monstre qui ont suivi. Toutefois, malgré cet électrochoc du 21 avril 2002, le FN tente, notamment depuis l’arrivée de Marine Le Pen, une inédite stratégie de dédiabolisation, de crédibilisation. Alors que nos associations entrent, elles aussi, en campagne, une question traverse de plus en plus nos débats – quelle attitude adopter face au FN et plus généralement face à l’extrême droite ou la droite ultra-conservatrice ?

FN 2002

Que dit Le Pen sur les LGBT ?

Il convient tout d’abord de rappeler que le programme du FN est très clair concernant les droits des LGBT. Il suffit de jeter un Å“il sur le site de Marine Le Pen. Souvenez-vous aussi de cette interview donnée en Juin dernier, en plein débat à l’Assemblée nationale sur l’ouverture du mariage pour tous. Marine Le Pen est pour le statut quo. Mieux, elle veut renvoyer tous les LGBT au placard. Elle considère, en parlant probablement de ses « amis homosexuels », qu’ils ne veulent pas de droits, qu’ils veulent qu’on les laisse tranquille et préfère rebondir sur la question des violences. En mettant au cÅ“ur de sa campagne la question de l’insécurité tout en stigmatisant les banlieues, les populations arabes et musulmanes, elle tente de s’attirer la sympathie des populations qui sont la cible de discriminations. Il faut rappeler que l’homophobie, comme le sexisme, est présente dans tous les milieux sociaux.

Le faux débat « égalité des droits VS lutte contre les violences »

Ainsi, comme une grande partie de la droite ultra-conservatrice Marine Le Pen oppose égalité des droits à lutte contre les violences. Or comment lutter contre le mal-être, le suicide des jeunes LGBT, la mésestime de soi, si la République nous considère comme de sous-citoyens ? Aussi, comment opposer et laisser dans la loi ce qui relève de l’idéologie de quelques uns (notamment en matière de vision de la famille « traditionnelle ») de ce qui relève de la réalité de notre société ? Assurément, le FN ce n’est pas la sécurité mais c’est le retour en force des valeurs familialistes traditionnalistes, teintées de morale chrétienne contre lesquelles les LGBT et les femmes ont lutté des années pour s’en émanciper : contraception, IVG, « dépénalisation » de l’homosexualité, reconnaissance sociale des couples de même sexe grâce au Pacs…

anti FN

Toutes les digues auraient elles sauté ?

Nos associations s’interrogent actuellement sur la manière dont elles doivent envisager leur rapport au FN et à la droite ultra-conservatrice de manière générale. Ainsi, alors que nous annoncions lors du lancement de la campagne « Egalité LGBT 2012 » que nous n’allions pas solliciter Marine Le Pen pour notre interpellation, tout en précisant que nous publierions une analyse critique et argumentée de ses prises de positions, de nombreux internautes ont estimé que nous avions une attitude antidémocratique voire discriminante envers Marine Le Pen. Or il convient de préciser une chose. Débattre sur un plateau télé ou une radio face à Marine Le Pen, ce n’est pas la même chose que lui donner une tribune dans nos actions. L’inviter à nos événements de campagne, la solliciter, ce serait faire croire qu’elle serait finalement une candidate comme les autres. Or il ne peut en être ainsi. Les associations de lutte contre le racisme ne nous pardonneraient jamais un tel écart et elles auraient parfaitement raison. On ne peut hiérarchiser les discriminations entre elles voire opposer les populations discriminées. Ce qui semblait donc logique et établit il y a encore 10 ans serait aujourd’hui tout à fait concevable ? Alors que des associations reçoivent des candidat-e-s dans leurs locaux, y compris parfois la très emblématique Christine Boutin (qu’ActUp Paris zappe généralement à chacun de ses débats publics sur les questions LGBT…), certaines seraient prêtes… à recevoir Mme Le Pen. Toutes les digues auraient elles sauté pour que nous soyons prêt à « servir la soupe » à nos plus farouches adversaires ? A ceux qui se complaisent à nous voir comme des victimes (de leur différence) et non comme des citoyen-ne-s à part entière ?

Plusieurs ouvrages ou intellectuels nous interrogent sur l’instrumentalisation à des fins racistes des droits des LGBT et des droits des femmes en Europe par les formations d’extrême droite. Nos associations se doivent d’être exemplaires dans le choix de leurs interlocuteurs et dans leurs propositions pour ne pas se faire instrumentaliser à leur tour. Pour l’Inter-LGBT, en 2007 comme en 2012, le FN ne pourra être un interlocuteur.

Entre paternalisme et essentialisme gay

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Billet d’humeur très personnel, à la lecture du dernier livre de Didier Lestrade « pourquoi les gays sont passés à droite »

Tout le monde s’en donne à cÅ“ur joie depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Il faut dire que Didier Lestrade, auteur de « Pourquoi les gays sont passés à droite », n’est pas un inconnu, ni du mouvement LGBT ni des médias en général. Poser cette question, pardon, énoncer ce postulat (il n’y a pas de point d’interrogation dans le titre après tout) à deux mois du premier tour de la présidentielle n’est pas anodin. D’autres l’ont déjà dit avant moi (ici, ici ou là), le livre ne répond d’ailleurs pas vraiment à la question (pardon : n’illustre pas le postulat de départ). Dans un contexte de campagne électorale entrée dans l’ère du web 2.0, du marketing politique, on a même droit à la politic fiction d’un Martel sur les stratégies supposées d’un Sarkozy et l’instrumentalisation programmée des gays (les lesbiennes, bi, trans sont quasi invisibles de la démonstration) pour y arriver. Ou comment créer une opinion à partir de… quoi d’abord ?

Au feu ! Tout fout le camp !

Racisme ambiant en France, oui. Racisme chez les gays (+ LBT), oui. Il ne s’agit pas de nier ce qui est une évidence – le racisme, comme l’homophobie, la transphobie, le sexisme… traverse toutes les couches de notre société. Toutefois, sur quelles affirmations Lestrade (et Martel – j’ose les mettre dans le même sac, qui l’eut cru) appuie-t-il son réquisitoire ? Parce qu’il s’agit bien de trouver des boucs émissaires à ce que Lestrade appelle l’homonationalisme – comme la « droite ultra » a choisi d’ériger les arabes/musulmans (j’ose un amalgame, souvent développé par Lestrade) comme principaux responsables des maux de notre société. Lestrade se base sur quelques discussions sur la terrasse d’un café, ce qu’il se passe ailleurs en Europe, Marine Le Pen qui prononce une fois le mot « homosexuel » en réponse à l’AFP suite à un discours amalgame clairement anti-arabe, un groupe Facebook…

Lestrade serait-il aveugle aux initiatives des associations LGBT ? En 2010, la Marche des Fiertés de Lyon avait pour mot d’ordre « Droit au Séjour, Droit d’Asile: ne transigeons pas ! Protégeons les LGBT » – l’Ardhis ou encore Amnesty International nous alertent et nous associent régulièrement à des actions, parfois médiatiques mais souvent souterraines (désolé) pour protéger concrètement des défenseurs des droits humains à l’étranger ou encore éviter à des demandeurs d’asiles en France de se faire renvoyer dans leur pays où ils risquent leurs vies. Sauver des vies en fait. C’est d’ailleurs à ce titre que l’Inter-LGBT et d’autres mouvement LGBT s’étaient associés au collectif « non à la politique du pilori » (pour l’abrogation des nouvelles lois immigration) ou encore à la mobilisation initiée par les associations de lutte contre le Sida sur le Droit au séjour pour soins. L’Inter-LGBT fait systématiquement intervenir un- militant-e du Sud au départ de la Pride parisienne, a invité à plusieurs reprises dans son Conseil des assoces mensuel des militant-e-s Ougandais, Kenyians, Camerounais, Kosovars, etc… et envoyé des délégations pour les Pride en Pologne, dans les pays Baltes, etc… Ha oui, parce que l’homophobie n’est pas propriété exclusive de l’Islam ou de l’islamisme – d’ailleurs qui le dit dans les associations LGBT ? Belgrade, Moscou, St Petersbourg, Riga, Tallinn… Budapest dans quelques mois pour les prochains « gays games », autant de bastions chrétiens, européens et bien homophobes, avec des contre manifs impressionnantes. Tout ça bien près de chez nous.

Plutôt que de valoriser les initiatives, les solidarités intracommunautaires, Lestrade préfère les postulats et créer l’opinion, avec la complicité de Martel sur le fait que les gays seraient séduits par les discours anti-islam – future probable pierre angulaire de la campagne de Sarkozy. Défaitiste, fataliste, cette attitude prépare au mieux l’opinion au fait que la droite la plus réactionnaire serait une alliée potentielle des gays (ou inversement), au pire elle flingue toute marge de manÅ“uvre de ceux qui, au sein du mouvement social, essaient de peser dans cette campagne électorale. « Les jeux sont faits, on vous dit ! ». J’y reviendrai.

L’idée communautaire : le mouvement social ?

L’idée communautaire mérite qu’on définisse la communauté comme un mouvement social – divers, pluriel, pas toujours à l’unisson sur tous les sujets mais en force de rassembler dans les moments importants. Il n’est pas simple effectivement d’être militant-e LGBT et de ré-affirmer l’idée communautaire quand on l’associe trop facilement à un discours differrentialiste. L’idée communautaire – en tant qu’outil de re-mobilisation, pour libérer la parole, sortir du placard, battre le pavé – n’est pas incompatible avec une exigence d’égalité des droits, d’égalité de traitement, d’égalité réelle. Le militant issu d’une organisation syndicale généraliste que je suis s’est converti, à l’Inter-LGBT et en fréquentant les permanences du MAG, à l’idée communautaire. Libérer la parole, se renforcer, s’affirmer, se construire… les associations communautaires permettent cela, il faut le promouvoir et donner envie aux nouvelles générations de franchir le pas – cela sous entend qu’il faut avoir un minimum d’estime pour ce même mouvement LGBT, certes pas parfait mais vital pour des milliers de lesbiennes, de gays, de bi et de trans.

Lestrade décortique les attitudes ou les propos d’autoproclamés représentant-e-s de la communauté gay. Oui, parce qu’être gay (ou lesbienne – il faut bien pouvoir intégrer Caroline Fourest au réquisitoire), ça suffit à définir une personne. Ainsi, notre attitude serait-elle dictée/bornée par notre orientation sexuelle (fut-ce t elle révélée) ? Devrait-on être solidaire de tout propos d’un gay fut-il connu ? Si l’idée communautaire, poussée au bout du raisonnement selon Didier Lestrade, se résume à enfermer les individus dans de nouvelles cases, dans un déterminisme ou une forme d’essentialisme gay, c’est tout simplement politiquement dangereux.

J’attends d’ailleurs de Lestrade une analyse critique de quelques autres « personnalités » qui ne font pas toujours l’unanimité parmi le mouvement LGBT, telles que Louis-George Tin, hypothétique candidat au Prix Nobel de la Paix – rien que ça – et dont les choix des thèmes et les stratégies politiques pour l’IDAHO – le 17 mai, journée qu’il n’a pas inventée, sont infiniment moins transparents et démocratiques que l’élaboration d’un mot d’ordre d’une Marche des Fiertés LGBT ou plus généralement la stratégie de n’importe quelle autre association LGBT. Moi aussi je sais être caustique.

Mouvement social, rapport de force et campagne électorale

Si la presse généraliste s’est finalement rapidement emparée du livre, c’est essentiellement pour son titre qui sous-entend d’ailleurs que « les gays devraient voter à gauche ». Encore une fois Lestrade met « les gays » dans des cases. Il peut être stratégiquement intéressant pour nos associations de mettre en avant l’existence d’un « vote LGBT » – un vote qui serait attaché à l’égalité des droits, à la lutte contre toutes les formes de discriminations, forcément exigeant vis-à-vis de tous les politiques et donc, par définition, un vote non acquis. Ranger ipso facto le « vote LGBT » comme un vote à gauche est une erreur stratégique, j’ai déjà eu l’occasion de le répéter lors de la dernière Marche des fiertés LGBT de Paris – au discours « pas de captation du vote des LGBT à des fins sécuritaires et racistes par une partie de la droite » je réponds « pas de chèque en blanc à la gauche (ou au centre d’ailleurs) ». Les associations LGBT, toutes régions confondues ce qui est inédit, ont d’ailleurs mis en place une stratégie commune pour peser dans ces élections, à travers un site internet qui sera dévoilé la semaine prochaine et un meeting le 31 mars à Paris – parce que l’électeur LGBT n’est pas un mouton ni un imbécile, nous n’avons pas à lui indiquer quoi voter mais nous avons un devoir de l’informer sur les intentions et les programmes des candidat-e-s – pour qu’il fasse son choix en connaissance de cause. La seule exception, notoire, à la règle sera d’ailleurs la question du FN, comme des députés signataires de l’entente parlementaire – comme en 2007 nous entendons faire front commun pour les faire battre.

Fier-e-s de nos luttes

Un paternalisme insupportable

Enfin, Lestrade en arrive à dénoncer l’inaction des associations LGBT – coupables voire comptables des blocages idéologiques de la droite conservatrice au pouvoir depuis 10 ans. C’est méconnaître et mépriser les centaines de militant-e-s, trop peu nombreux-ses il est vrai, qui ont arraché quelques petites avancées au prix d’innombrables heures de travail, de pressions, de mobilisations.

Côté revendications, Didier Lestrade, à l’air apparemment fasciné par le « mariage gay » (à l’instar d’ActUp Paris par ailleurs, qui en a fait sa campagne phare sur l’égalité des droits). Or il y a la parentalité, les droits des trans, le financement de la lutte contre les discriminations, contre le sida, etc… Il hiérarchise même lutte pour les droits et lutte contre les discriminations – alors que les deux sont liés. Comment lui expliquer que l’ouverture de mariage, avancée symbolique importante, ne résorbera pas pour autant le mal-être chez les gays ? Comment lui expliquer que dans un contexte de crise, de développement des plans sociaux, le gay n’est pas forcément mieux loti dans le monde du travail comme il le sous-entend dans son livre (p. 99) ?

Le mouvement social n’a que faire des « personnalités », il les raille souvent, il les remplace, il évolue aussi avec son temps, n’en déplaise aux gardiens du temple qui assimilent la jeune génération à une horde de « sauterelles » – ignorantes, dépolitisées. La sauterelle dépolitisée que je suis n’en a que faire des discours paternalistes et moralisateurs d’un Lestrade qui pour exister n’a rien trouvé d’autre que de taper sur sa communauté à deux mois d’une élection probablement déterminante pour l’avancée de nos droits. Ma génération a vécu la majorité de son existence sous des gouvernements ultra-conservateurs, véritables rouleaux compresseurs néolibéraux et intellectuels. Oui je n’ai même pas voté Jospin au premier tour en 2002 (j’avais 18ans et quelques jours), surprise j’ai voté pour Taubira, la seule à mes yeux à incarner un discours à rebrousse poil au discours sécuritaire et anti-jeunes prédominant dans la campagne. Je n’en peux plus d’entendre parler de « vote utile » (annihilateur de tout débat politique) depuis que je suis en âge de voter et qu’on m’explique qu’un gay ça voterait forcément ci ou ça. La jeune génération n’est pas dépolitisée, elle fait seulement de la politique autrement et elle n’a pas envie qu’on lui explique ce qu’est la bonne militance, la jeune génération ne se permet même pas d’interpeler les anciens militants pour « ce qu’ils nous ont légué ». Ce n’est en rien nier leur apport dans les luttes, c’est juste rappeler qu’il faut laisser aux nouvelles génération le soin de construire par elle-même son discours politique, ses actions, se renouveler. On pourrait leur demander, à la génération précédente de militant-e-s pourquoi eux, si forts, si malins, si stratèges, n’ont pas obtenu le « mariage gay », la reconnaissance de l’homoparentalité, des droits pour les trans ? Alors qu’ils ont connu la gauche beaucoup plus que nous ? Qui est responsable ? La génération actuelle ou les anciens ? Avouez que la question serait vraiment vache. On pourrait en faire un livre même, personnellement je préfère agir, me retrousser les manches, maintenant.

Nicolas Gougain, porte parole de l’Inter-LGBT, 27 ans

L’arnaque du “mariage gay”

Réaction à la Une de Libération du 12 Janvier 2011

Le titre de mon billet est, je le reconnais, un peu provocateur mais quelle curieuse Une de Libération à paraître ce 12 janvier 2011 ! Nicolas Sarkozy serait « tenté par le mariage gay ». Soit. En y regardant de plus près, on voit qu’il parle plutôt d’Union Civile pour les couples de même sexe. Et qu’on se le dise (et qu’on le rappelle aux journalistes de Libération), Union Civile n’est pas mariage. Déjà proposée en 2007 par Nicolas Sarkozy, décriée par les associations jugeant notamment cette mesure communautariste, voilà que cette proposition refait surface, apparemment sous le joli nom de « mariage gay ».

Les mots sont importants

« Mariage gay » ou « mariage homosexuel » sont des expressions communément employées pour résumer, trop souvent, les revendications des associations LGBT. Outre le fait que nos associations portent d’autres combats (reconnaissance de toutes les familles, droits pour les trans, programmes de lutte contre les discriminations par l’éducation, santé…), il est important de revenir au préalable sur quelques malentendus qui découlent souvent de l’emploi de ces deux expressions.

Nous considérons que le mariage n’a pas « d’orientation sexuelle » et que tous les couples doivent pouvoir jouir des mêmes droits, sans distinctions. Mariage pour toutes et tous, ouverture du mariage pour les couples de même sexe… voilà deux expressions plus justes à nos yeux et plus fidèles à notre philosophie. En effet, en répétant à longueur de temps que les associations et les LGBT souhaitent voir le « mariage gay légalisé » les médias (ou les mitant-e-s) en reviennent, volontairement ou non, à insister sur la spécificité supposée d’un mariage entre deux personnes de même sexe. Il n’y a alors qu’un pas à faire pour justifier un statut différent du mariage selon la nature du couple – hétérosexuel ou homosexuel.

mariage pour tous

Nous voulons l’égalité des droits, pas un « sous-mariage »

Erreur de Libération ou communication choisie des proches de Nicolas Sarkozy, le tour de passe passe est simple pour une partie de la droite qui rechigne à ouvrir le mariage pour tou-te-s. Recyclant sa proposition d’Union Civile pour les couples de même sexe de 2007, on sous-entendrait que, finalement, cela reviendrait à proposer le « mariage gay ». Un mariage édulcoré et adapté aux « spécificités » des couples de même sexe ? Bref, à force d’employer les termes “mariage gay”, en serait-on arriver à se convaincre, comme le croit apparemment Libération, que l’Union civile serait ce qu’elle n’est pas, un mariage, et correspondrait finalement aux revendications des associations LGBT ? L’Union Civile ne fait d’ailleurs l’objet d’aucune demande sociale, reste un « sous mariage » et une mesure communautariste comme le rappelait dans une interview Alain Piriou, Porte parole de l’Inter-LGBT durant le campagne présidentielle de 2007.

Si nous pouvons nous réjouir que certains députés ou responsables politiques, à droite, se singularisent par des prises de positions en faveur de nos revendications et contribuent donc à faire avancer leur propre camp, nous attendons de Nicolas Sarkozy, toujours probable candidat à la présidentielle, autre chose qu’une arnaque sémantique. Puisque, toujours selon Libération, il hésite encore sur le sujet, nous l’invitons donc à être plus courageux qu’il ne l’a été durant ses 5 années de mandat et à franchir le pas. Nous voulons l’égalité des droits. Des droits pour les trans, la pleine reconnaissance des familles homoparentales et l’ouverture du mariage, le même mariage, pour tous les couples !

Les lesbiennes invisibles

En cette matinée du 10 décembre 2011, Journée internationale des Droits de l’Homme, j’étais invité au titre de l’Inter-LGBT à la remise annuelle du Prix des Droits de l’Homme de la République Française. Sur proposition de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), plusieurs associations ont ainsi été récompensées pour leurs projets et leurs actions en matière de défense et de promotion des droits humains au sein de leurs pays.
Cette année, la CNCDH avait souhaité se concentrer sur deux thématiques : la lutte contre les violences faites aux femmes et, fait inédit, la lutte contre les violences à raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Il faut dire que la CNCDH a souvent été très frileuse sur les questions LGBT, c’est notamment elle qui s’était opposée par un avis du 18 novembre 2004 à l’alignement des délais de prescription dans le cadre de la loi sur la presse de 1881 avant que ce débat ne revienne finalement il y a quelques semaines au parlement. Donc oui, on peut se féliciter du choix des thèmes de cette année par la CNCDH qui tranche avec des positions passées.

La France des paradoxes

L’Inter-LGBT et la section française d’Amnesty International ont eu la chance de rencontrer cette semaine les 2 lauréats « LGBT » du Prix. Issus du Malawi et du Paraguay, il était frappant de voir à quel point ces militant-e-s étaient touchés de recevoir une distinction de la France qui, pour eux, est d’abord la terre de la déclaration des Droits de l’Homme. Rosa, de l’association Aireana (Paraguay) rappellera dans son discours de remerciements devant le Ministre que la question de la visibilité des lesbiennes est déterminante et que ce Prix va mettre un formidable coup de projecteur sur leurs actions au Paraguay. C’est notamment par la visibilité que l’on peut exiger des lois et des politiques publiques qu’elles ne nous ignorent plus, qu’elles nous permettent de vivre notre vie comme tous les autres. C’est un combat permanent du mouvement LGBT, partout dans le monde.

Prix DH 1

Ainsi, on pouvait attendre du Ministre un mot sur les questions LGBT car au delà du soutient des institutions, la parole publique compte car elle engage. On regrettera alors qu’Alain Juppé, dans son allocution, ne prononcera pas une seule fois ni les mots « lesbiennes, gay, bi, trans » ni les termes « orientation sexuelle » ou « identité de genre ». Il rappellera les différentes actions de la France ces derniers mois (Lybie, Tunisie, Syrie…) dans un discours très généraliste sans jamais s’attarder sur la thématique LGBT pourtant retenue cette année par la CNCDH à l’occasion de ce Prix. Le Ministre avait un boulevard devant lui… son ministère a lancé il y a un peu plus d’un an un Fonds LGBTI (certes, perfectible et encore trop peu abondé) et l’action de la diplomatie française a permis de contribuer avec d’autres à l’émergence de la question LGBT auprès de l’ONU notamment.

Occasion manquée

Ainsi, alors qu’il y a quelques jours les USA annonçaient la mise en place d’un vaste programme de soutien aux initiatives à l’international en faveur de la promotion des droits des LGBT, que le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland, a rappelé aujourd’hui que respecter les droits humains incluait le fait de respecter aussi les droits des LGBT, la France aura évité le sujet et contribué d’une certaine manière à faire de notre amie Rosa… une lesbienne invisible.

(Crédit photo – Geneviève Garrigos)

En 2012, je vote…

élection 1 …mais pour qui ? Voici l’une des questions récurrentes que les journalistes nous posent en cette veille de Marche des Fiertés LGBT de Paris dont le mot d’ordre sera « Pour l’égalité : en 2011 je marche, en 2012 je vote ». Cette question en apparence très simple doit pourtant nous interroger sur la stratégie des associations LGBT dans les prochains mois à la veille des échéances électorales de 2012.

Faire le choix de l’alternance ?

On pourrait considérer que notre responsabilité dans la période serait d’appeler clairement à voter à gauche en 2012 et ainsi de faire battre la majorité sortante dont le bilan est, il est vrai, peu brillant en matière d’égalité des droits pour les LGBT. Aujourd’hui à l’inverse, l’ensemble des partis de gauche reprennent dans leurs programmes ou dans leurs discours une bonne partie des revendications portées par les associations LGBT (même s’il reste encore un effort à faire sur les questions liées à l’identité de genre…). D’une certaine manière cependant, et même si elle n’était pas totalement illégitime au regard des promesses non tenues, cette stratégie reviendrait malgré tout à “mettre tous ses Å“ufs dans le même panier”. Que faire si l’alternance tant attendue n’a pas lieu ? Suite au mouvement contre le Contrat Première Embauche en 2006 et une fin de règne difficile pour le duo Chirac / Villepin, la victoire semblait acquise à la gauche. On connait le résultat du vote de 2007.

D’autre part, donner le sentiment à un an des élections présidentielles et législatives que la question serait tranchée et qu’un camp serait plus légitime qu’un autre à défendre les droits des LGBT, ne serait-ce pas le meilleur moyen pour que la question de l’égalité des droits passe au second plan du débat politique de 2012, y compris à gauche ? Reprendre à son compte des revendications du mouvement LGBT c’est une chose, les mettre en application et en faire une priorité une fois élu, c’en est une autre. Notre devoir est de maintenir la pression, jusqu’à la victoire de l’égalité des droits et sa mise en oeuvre réelle, visible dans notre quotidien.

Evolution des mentalités ou opportunisme d’une partie de la droite ?

On a vu apparaître ces derniers jours quelques lignes de fracture dans la majorité UMP/NC ici ou là à l’occasion du débat puis du vote sur la proposition de loi visant à ouvrir le mariage pour les couples de même sexe. Certes, le mariage ne représente pas l’alpha et l’oméga de nos revendications. On pourrait citer entre autre les droits des trans (possibilité de changer librement d’état civil sans stérilisation ou réassignation sexuelle) ou la reconnaissance des familles homoparentales. Les recompositions, à droite, en vue des échéances de 2012 obligent toutefois les candidats et les partis d’inspirations « plus libérales » à se démarquer de leurs collègues conservateurs. Les questions de société en sont un exemple. Simple opportunisme ? Peut-être ! Mais tout ce qui est de nature à ringardiser la frange la plus conservatrice de la droite est bon à prendre !

Avant de voter en 2012… on marche et on se mobilise en 2011 !

Sans lisibilité sur les programmes des partis puis des candidats, il n’est pas opportun selon moi de donner le sentiment que nous aurions choisi notre camp. D’une part parce que le quinquenat du gouvernement Sarkozy / Fillon n’est pas terminé et qu’il est de notre devoir de mettre la majorité fasse à ses responsabilités et son bilan jusqu’au dernier jour de la mandature. D’autre part parce que ce que notre vote, celui pour l’égalité, se doit d’être un vote d’exigence. Celle de voir se réaliser l’égalité des droits dans une société qui n’a jamais été aussi favorable à nos revendications. Le seul vote que nous pourrions soutenir, c’est un vote vers l’ensemble des candidats qui revendiquent clairement la pleine égalité en matière de conjugalité et de parentalité, et qui s’engagent à mettre fin au parcours du combattant vécu par les personnes trans.

S’il y a bien en revanche une consigne que nous pourrions donner dès maintenant, c’est celle de faire barrage à l’extrême droite. Tout simplement parce qu’elle monte les individus les uns contre les autres en stigmatisant une partie d’entre-eux (immigrés, LGBT…), qu’elle renvoie les femmes vers leur foyer et leurs rôles traditionnels et qu’elle n’a pour seul programme, en ce qui concerne les LGBT, de les réduire au silence et à la discrétion de leur vie privée.

Autour de la Marche des Fiertés LGBT de Paris… 2/2

Libérer la parole…

La dimension conviviale des associations LGBT (Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans) fait souvent l’objet de toutes les controverses, y compris et peut-être même surtout à l’intérieur même du milieu associatif LGBT. Qu’il s’agisse d’associations sportives, culturelles, de jeunes ou de moins jeunes… on les oppose régulièrement aux autres associations dont les objets peuvent être plus militants, plus politiques… Pourtant, ce qui précisément caractérise le milieu communautaire LGBT, c’est que l’accès même à une dimension sociale et collective de ce qui d’ordinaire est vécu comme intime et individuel constitue un marchepied indispensable à la construction politique du sujet LGBT, découvrant qu’il n’est pas seul et revendiquant le plein accès à ses droits.

Ainsi, ce qui caractérise les discriminations en raison de l’orientation sexuelle et/ou de l’identité de genre, c’est la manière dont elles sont intériorisées par les personnes LGBT elles-mêmes. On renvoie l’orientation sexuelle et l’identité de genre à la sphère privée, discours largement repris par des personnalités politiques hostiles à l’égalité des droits des LGBT. Le sentiment de ne pas correspondre à la « norme », de ne pas pouvoir s’exprimer et être tel que l’on est, de devoir se cacher – voire s’inventer une vie d’hétérosexuel-le – pour ne pas subir de moqueries, de rejet… sont autant de facteurs de mal-être chez les LGBT qui conduisent à la solitude et à l’isolement. Ce n’est pas un hasard si les risques suicidaires sont infiniment plus élevés chez les jeunes homos et les jeunes trans par rapport aux jeunes hétéros.

Photo MAG 1

Puisque j’évoque les jeunes LGBT, il y quelques années justement, je franchissais pour la première fois les portes du MAG à Paris. J’étais curieux de voir comment se déroulaient les permanences, comment étaient accueillis les jeunes qui venaient pour la première fois. Je découvrais le programme des sorties conviviales (loisirs, culture…) avec un certain amusement. Assez rapidement pourtant j’ai compris quelles étaient les trois missions de cette association. L’écoute et le dialogue avec d’autres jeunes LGBT dans un premier temps, puis les sorties en groupe qui permettent de plus facilement s’accepter et s’affirmer dans l’espace public, et enfin… lorsqu’on se sent prêt à passer l’étape d’après, les actions militantes. Renforcer l’estime de soi de chacun-e pour mieux s’affirmer, pour libérer la parole : voilà le rôle central que peuvent jouer les associations communautaires et de convivialité. Après tout, comment revendiquer et militer lorsque l’on ne s’estime pas digne de mériter l’égalité des droits, d’être considéré-e comme un-e citoyen-ne comme les autres ?

Ce samedi aura lieu la Marche des Fiertés LGBT de Paris dont le mot d’ordre sera « Pour l’égalité : en 2011 je marche, en 2012 je vote ». Les revendications particulièrement mises en avant cette année sont centrées sur les droits et l’égalité des droits : parentalité, conjugalité, droits des trans, droit d’asile et droit au séjour pour soins… du concret pourrait-on dire ! Or, défendre l’égalité en droits et permettre à chaque LGBT de s’affirmer, militer pour la visibilité des LGBT dans l’espace public, c’est revendiquer l’égalité réelle : celle qui consiste à pouvoir vivre sa vie comme on l’entend, sans craindre de rejet, de stigmatisation ou de discrimination en raison de son orientation sexuelle et/ou de son identité de genre.

Autour de la Marche des Fiertés LGBT de Paris… 1/2