LA LESBOSPHÈRE a décidé de poser ses bagages au Liban. Pourquoi le Liban ? Un peu hasard, beaucoup par curiosité. Peut-être parce que le Liban a ce côté paradoxal. C’est en effet le pays du Moyen-Orient qui a accueilli la première ONG gay, HELEM, mais où il n’est pas pour autant recommandé de révéler son homosexualité. Et quand on est lesbienne alors ?
On fait connaissance avec Shant qui nous donne un peu de son temps et nous raconte ce que c’est qu’être une fille qui aime les filles à Beyrouth.
Tout commence avec MEEM.
Shant a 25 ans et vit dans la capitale libanaise. Lorsque nous la contactons par téléphone pour discuter avec elle, c’est une petite voix timide qui nous répond dans un français parfait, ponctué de quelques mots en anglais. Timide, peut-être, mais Shant a aussi un discours bien rôdé qui déborde de sincérité. La jeune femme n’est pas n’importe qui. C’est l’une des co-fondatrices de l’association MEEM, une organisation d’aide et de soutien pour toutes les lesbiennes du Liban. « Nous ne faisons pas de politique. MEEM est né de la nécessité de créer une communauté, un espace où nous pouvons être nous-mêmes ». Internet, une mailing list, une newsletter et l’association est montée. « Le web nous a énormément aidé », se souvient la jeune femme.
On sent de la fierté dans la voix de Shant qui nous parle de ce long travail réalisé et qui porte aujourd’hui ses fruits. Et du boulot, il y en a beaucoup. Rassurer, conseiller, apporter un soutien psychologique ou juste discuter. « Nous créons un lieu où nous pouvons parler de notre sexualité sans tabous. Comment vivre notre sexualité par rapport à nos traditions ? À notre religion ? Il est important d‘avoir un espace où il est possible de s’exprimer sur ces sujets ».
À Beyrouth ou dans le reste du pays, les membres se déplacent et partent à la rencontre des filles pour parfois répondre à des situations d’urgence. Des jeunes femmes victimes de violence ou renvoyées de chez elles, mais aussi hospitalisation et suicides ne sont tristement pas rares dans les cas dont s’occupe l’association.
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photo : MEEM
Et être lesbienne au Liban ?
C’est pas facile. Surtout quand la loi 534, toujours en vigueur, punit « tout rapport sexuel contre-nature. Homosexualité, inceste… Tout est mis dans le même panier ! », s’exclame Shant. Mais avant de se poser la question d’être lesbienne, il faut d’abord se battre en tant que femme. La pression du mariage ou de fonder une famille sont comme des chapes de plomb sur le destin des Libanaises, dans une société où la normé hétérosexuelle est érigée en dogme. « Notre pays est schizophrène », lance la jeune activiste. « La sexualité y est phallocrate. Elle est assumée en tant que telle et affichée dans la rue, à la télévision. Mais dès qu’il s’agit d’en parler, il y a censure. » . C’est à ce paradoxe que tente de répondre Shant à travers son combat avec MEEM.
Un autre pendant de la lutte étant de combattre les préjugés. Le mythe rôde dans la société libanaise que l’homosexualité aurait été importée par l’Occident « alors que notre héritage littéraire et historique regorge de textes témoignant de la reconnaissance de l’homosexualité dans des temps plus anciens ». Préjugé qui frise d’ailleurs le ridicule lorsque la jeune femme nous rappelle que cette fameuse loi 534 interdisant les rapports sexuels « contre-nature » a été importée… lors du mandat français au Liban !
Tout ceci explique la difficulté de faire son coming out au pays du cèdre millénaire. En outre, dans de nombreux pays du Moyen-Orient, on ne se pense pas en tant qu’individu. C’est d’abord le groupe qui importe. Et en premier lieu la famille. « On est toujours les filles de, les sœurs de, les cousines de. Faire son coming out est une décision qui ne se prend pas à la légère et qui ne dépend pas que de soi. Cela peut avoir des répercussions très sérieuses ».
 Et au milieu de tout cela…
Il y a des histoires comme celle de Shant. Car si la jeune fille aime parler de ce combat qui lui tient à cÅ“ur, de ce travail collectif mené au jour le jour avec les membres de MEEM, pas facile de lui poser des questions sur sa propre expérience.Â
Elle aura eu certainement un peu plus de chance que d’autres. Elle est outée auprès de sa famille, mais attention, seuls les proches sont au courant. Un long travail sur soi qui lui a permis, un jour, d’être forte et psychologiquement prête à dire ce qu’elle avait sur le cÅ“ur. Comment ça s’est passé ? « Ca m’a pris quatre ans pour le leur avouer. J’avais d’abord travaillé à mon indépendance financière… Au cas où ma famille aurait mal réagi et que je me sois retrouvée à la rue sans un sou ». Tout s’est pourtant bien passé, sa mère l’a même soutenue dans a création de l’association.
Et Shant a plein d’autres projets mais surtout celui de développer la communauté des membres de MEEM. Notre organisation est basée sur la confiance. « Lorsqu’une fille nous contacte, nous la rencontrons et lui expliquons les règles de l’association. Nous lui donnons ensuite notre adresse qu’elle ne peut pas divulguer car c’est un lieu où les filles doivent se sentir en sécurité. Si elle trahit notre confiance, c’est tout le groupe qui en subira les conséquences ». Et la confiance est au rendez-vous car le système fonctionne. Deux ans d’existence et plus de 300 membres.
« Nous sommes un peu comme une organisation secrète », conclut Shant en souriant.
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Pour plus d’info sur MEEM : http://www.meemgroup.org/
- Par Nadia |
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