Le prix à payer ?
“Pour l’égalité maintenant, contre les discriminations tout le temps”. Lisons donc en entier le mot d’ordre derrière lequel nous allons marcher aujourd’hui, dimanche 27 janvier.
C’est que ca fait maintenant 5 mois. 5 mois que nos vies, nos personnes, nos couples et nos familles sont décortiqués en long, en large, en travers, vus de dessus, vus de dessous. 5 mois qu’elles sont livrées en pâture a un gang de réactionnaires s’érigeant en médecins légistes des âmes, des amours et des familles. 5 mois que ces derniers racontent n’importe quoi sur les homosexuels, les lesbiennes, les bi et les trans. 5 mois qu’ils élucubrent a propos des familles. 5 mois qu’ils divaguent sur les conséquences du projet de loi. 5 mois que, du coup, chacun se sent autorisé à livrer son avis, son fantasme, son angoisse, au choix ou les trois a la fois, en fouillant nos intimités au mépris de la plus élémentaire pudeur.

“Pour l’égalité maintenant, contre les discriminations tout le temps”. Lisons donc en entier le mot d’ordre derrière lequel nous allons marcher aujourd’hui, dimanche 27 janvier.

C’est que ca fait maintenant 5 mois. 5 mois que nos vies, nos personnes, nos couples et nos familles sont décortiqués en long, en large, en travers, vus de dessus, vus de dessous. 5 mois qu’elles sont livrées en pâture a un gang de réactionnaires s’érigeant en médecins légistes des âmes, des amours et des familles. 5 mois que ces derniers racontent n’importe quoi sur les homosexuels, les lesbiennes, les bi et les trans. 5 mois qu’ils élucubrent a propos des familles. 5 mois qu’ils divaguent sur les conséquences du projet de loi. 5 mois que, du coup, chacun se sent autorisé à livrer son avis, son fantasme, son angoisse, au choix ou les trois a la fois, en fouillant nos intimités au mépris de la plus élémentaire pudeur.

5 mois qui amènent un enfant à rentrer de l’école suffisamment soucieux pour demander a sa mère si c’était vrai que les gendarmes allaient venir parce qu’on n’a pas le droit d’avoir deux mamans. 5 mois qui amènent une femme a entendre, devant la machine a café mais dans son dos, un collègue postillonner qu’il ferait bien “un truc de coparentalité avec elle et sa copine”. 5 mois qui conduisent au détournement médiocre, vulgaire et haineux, d’un visuel d’HES réalisé l’an dernier pour dénoncer la transphobie, par la filiale “jeunesse” du parti politique qui nous gouverna jusqu’au 15 mai dernier.

Est-ce le prix a payer pour l’égalité des droits ? Est-ce le prix a payer pour que la France fasse en 2013 ce que les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne et l’Afrique du Sud ont fait il y a respectivement 12, 10, 8 et 7 ans ? Est-ce le prix a payer pour que la loi civile tire – enfin – les conséquences de cette transformation majeure du 20e siècle (brillamment analysée, comme l’ensemble de la question, par l’EHESS, sous la direction d’Irène Théry, ici) qui a vu le progrès des sciences et des consciences permettre aux couples d’émaner d’un dessein partagé et à l’enfant de naitre d’un projet parental réfléchis et prévu et non plus simplement de résulter de l’immémoriale reproduction de la vie qui va ?

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Non, bien sur, ça n’est pas le prix a payer pour tout ça. Disons le et répétons le.

C’est le prix a payer de l’incapacité confirmée des plus conservateurs à prendre part sereinement à un débat sur une question qui touche le droit des personnes, c’est à dire le coeur de l’organisation sociale. Les débats sur le divorce, sur l’autorisation de la contraception, sur l’interruption de grossesse, sur le Pacs, et j’en passe, furent de la même eau : croupie.

C’est le prix a payer d’un débat démocratique moins laïque qu’on ne le croyait. La hiérarchie de l’Eglise catholique a parfaitement rempli la mission fixé par Benoit 16 et assez finement évoquée dans le documentaire de H. Preusse et L. Ring-Eifel diffusé sur Arte cet automne : “peu importe qu’il y ait du monde dans les églises, l’essentiel est de peser sur les sociétés démocratiques”.

Ces questions sur la capacité de la société française à débattre de ses valeurs et sur la laïcité de la démocratie ne sont pas posées aux gais, aux lesbiennes, aux bi et aux trans. Une récente enquête du CEVIPOF pour Le Monde et la Fondation Jean-Jaurès () rappelle d’ailleurs qu’il y a urgence, pour la société toute entière, a s’y pencher sérieusement.

Pour notre part, conformément aux principes de la République que l’on nous a enseigné et que nous nous attachons à faire vivre, nous exprimons une demande d’égalité de droits, de devoirs et de dignité, nous formulons des propositions que nous étayons avec des arguments. Génération de militant-e-s après génération, nous faisons cela depuis des décennies.

Donc non, désolé, nous ne sommes pour rien dans le spectacle psychodramatique que donne la société française aujourd’hui et dont nous sommes la cible et qui fait souffrir tant de femmes et tant d’hommes, jeunes ou moins jeunes. C’est d’ailleurs ce que ne tardera pas à prouver le prochain débat sur la fin de vie. Encore que la mort inspire généralement un peu plus de retenue que la vie.

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