La réforme dont nous sommes fiers, la violence qu’on nous oppose

Cette violence, de moins en moins symbolique et de plus en plus réelle, a laquelle nous faisons face depuis des mois est un piège dans lequel veulent nous coincer les homophobes de tous poils. Mais, non, le problème, ce n’est pas nous. Le problème ce n’est pas le projet de loi, dont l’article 1 a été voté hier soir par le Sénat. Le problème c’est eux et leur vision tronquée de notre société, qu’ils étalent encore une fois aujourd’hui sur la page de publicité que le journal Le Monde a bien voulu leur vendre. Lire le reste de cet article »

L’éthique de notre engagement

L’éthique de notre engagement
En effet, «le groupe Homosexualité et Socialisme» (sic) est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) (1) à toutes les femmes et à l’encadrement de la gestation pour autrui (2). Sylviane Agacinski nous décrit donc comme des loueurs de corps, pire, des acheteurs d’enfants affairés à immoler la différence des sexes sur l’autel de la pluriparentalité. A ce train, le quasi-centenaire homme-au-couteau-entre-les-dents (3) ne va pas tarder à faire figure de premier communiant.
Pourtant, si l’on s’intéresse à l’arbre généalogique du mouvement LGBT, on trouvera très facilement l’éthique d’un engagement, le nôtre – un grand nous collectif -, reposant sur une méthode, une ambition, une exigence.
Comme il ne s’agissait pas de rédiger une lettre au père Noël mais de penser à la vie humaine, il a fallu trouver une méthode de réflexion quand les premières associations comme HES – nées dans les années 80, au siècle dernier, et toujours vivantes – ont commencé à travailler sur la situation des couples homosexuels et sur l’homoparentalité. Ces femmes et ces hommes, dont les projets de vie ne cadraient pas avec la «norme sociale» du moment ni avec la norme légale qui en découlait, ont mis en jeu leurs expériences. Ces sujets les touchant intimement ont été discutés avec d’autres, confrontés à d’autres parcours, ici ou ailleurs, éclairés avec des lectures. Nous avons aussi écouté des experts, sociologues, juristes, philosophes, psychologues. Les débats internes, sur des sujets si complexes, ont souvent pris des allures d’université populaire. Et enfin, seulement enfin, nous avons tiré de cet ensemble composite des propositions et des arguments aujourd’hui diffusés à défaut d’être parfaitement entendus.
L’ambition forgée au long de ce parcours est de promouvoir ce que la sociologue Martine Gross appelle une filiation «fondée sur la responsabilité et sur l’engagement». Au 20e siècle, les progrès des sciences et des consciences ont transformé la manière dont on devient père ou mère. On accède à la parentalité parce qu’on le veut et parce que le couple que l’on forme en a la capacité biologique… ou pas. On se tourne alors vers l’adoption ou la PMA, ceci à condition de laisser l’état-civil à sa fiction biologique. C’est là que l’on voit que nos contempteurs nous reprochent leurs propres turpitudes. Le mouvement LGBT, au contraire, propose tirer les conséquences de cette évolution profonde et de remettre de l’ordre – juste ! -, des règles, du droit, de la protection du plus faible, mais aussi des limites. Ainsi, dans la contribution d’HES aux Etats généraux de la bioéthique de 2009 (4) défendant un «nouveau projet parental, basé sur l’engagement» et intitulée «vers une reconnaissance des personnes en plus ?» nous écrivions : «nous savons aussi que la filiation prend ses forces et sa justification dans le temps d’éducation et d’amour donné à un enfant ; un temps d’effort qui donne la priorité aux parents d’intention ou adoptifs sur les donneurs d’engendrement sans en gommer pour autant l’existence».
L’exigence de notre engagement a été et demeure le dessillement qui consiste à déchirer le voile pudique que certain-e-s jettent sur des réalités de la vie humaine pour continuer à raisonner en rond. Le dessillement permet de comprendre que nous réformons une législation nationale s’appliquant à des pratiques aujourd’hui souvent internationales. Il permet de saisir que la gestation pour autrui mercantile se développe dans le monde parce qu’on se refuse à lui opposer un autre modèle, démarchandisé, fondé sur le consentement au don et le dédommagement. Il permet de mesurer que le don de gamète dans le cadre de PMA suit le même chemin. Comme souvent, ce sont les porteurs de mauvaises nouvelles que l’on accable. Et c’est probablement ce dessillement que Mme Agacinski et quelques autres nous reprochent. En posant la réalité sur la table, nous les empêchons de ronronner, nous contrarions leur inopérante morale hydroponique.
Car, ne rien envisager d’autre qu’un déni en forme de capitulation face à la réalité, comme le fait Mme Agacinski, c’est tout de même poser un sacré éteignoir sur la lumière que l’on fait profession de brandir. Et comme on ne milite pas pour capituler, nous continuerons, à HES et ailleurs, à débattre, à réfléchir et à proposer à partir de la passionnante réalité de la vie humaine pour inventer des réponses éthiques et républicaines. L’ouverture du mariage (5) et de l’adoption (6), qui vient d’être votée en première lecture par l’Assemblée nationale, la réforme de la parentalité (7) et l’ouverture de la PMA marqueront une belle étape dans ce chemin.
Denis Quinqueton
Président d’Homosexualités et Socialisme
(1) Proposition n°17 des 20 propositions d’HES adoptées en Assemblée générale le 16 octobre 2010 (http://www.hes-france.org/propositions/20-propositions-pour-l-egalite).
(2) Proposition n°19 des 20 propositions d’HES adoptées en Assemblée générale le 16 octobre 2010 (http://www.hes-france.org/propositions/20-propositions-pour-l-egalite).
(3) Né sur une affiche du «bloc national» pour les élections législatives de 1919.
(4) Nouvelles parentalités et bioéthique : vers une reconnaissance des “personnes en plus” ? (http://www.hes-france.org/IMG/pdf/contrib_HES_etats_gen_bioeth.pdf)
(5) Proposition n°14 des 20 propositions d’HES adoptées en Assemblée générale le 16 octobre 2010 (http://www.hes-france.org/propositions/20-propositions-pour-l-egalite).
(6) Proposition n°15 des 20 propositions d’HES adoptées en Assemblée générale le 16 octobre 2010 (http://www.hes-france.org/propositions/20-propositions-pour-l-egalite).
(7) Proposition n°16 des 20 propositions d’HES adoptées en Assemblée générale le 16 octobre 2010 (http://www.hes-france.org/propositions/20-propositions-pour-l-egalite).

Ma réponse à S. Agacinski, publiée par lemonde.fr jeudi 14 février 2013.

En effet, «le groupe Homosexualité et Socialisme» (sic) est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) (ici) à toutes les femmes et à l’encadrement de la gestation pour autrui (ici aussi). Sylviane Agacinski nous décrit donc comme des loueurs de corps, pire, des acheteurs d’enfants affairés à immoler la différence des sexes sur l’autel de la pluriparentalité. A ce train, le quasi-centenaire homme-au-couteau-entre-les-dents (son bulletin de naissance, ) ne va pas tarder à faire figure de premier communiant. Lire le reste de cet article »

Le prix à payer ?
“Pour l’égalité maintenant, contre les discriminations tout le temps”. Lisons donc en entier le mot d’ordre derrière lequel nous allons marcher aujourd’hui, dimanche 27 janvier.
C’est que ca fait maintenant 5 mois. 5 mois que nos vies, nos personnes, nos couples et nos familles sont décortiqués en long, en large, en travers, vus de dessus, vus de dessous. 5 mois qu’elles sont livrées en pâture a un gang de réactionnaires s’érigeant en médecins légistes des âmes, des amours et des familles. 5 mois que ces derniers racontent n’importe quoi sur les homosexuels, les lesbiennes, les bi et les trans. 5 mois qu’ils élucubrent a propos des familles. 5 mois qu’ils divaguent sur les conséquences du projet de loi. 5 mois que, du coup, chacun se sent autorisé à livrer son avis, son fantasme, son angoisse, au choix ou les trois a la fois, en fouillant nos intimités au mépris de la plus élémentaire pudeur.

“Pour l’égalité maintenant, contre les discriminations tout le temps”. Lisons donc en entier le mot d’ordre derrière lequel nous allons marcher aujourd’hui, dimanche 27 janvier.

C’est que ca fait maintenant 5 mois. 5 mois que nos vies, nos personnes, nos couples et nos familles sont décortiqués en long, en large, en travers, vus de dessus, vus de dessous. 5 mois qu’elles sont livrées en pâture a un gang de réactionnaires s’érigeant en médecins légistes des âmes, des amours et des familles. 5 mois que ces derniers racontent n’importe quoi sur les homosexuels, les lesbiennes, les bi et les trans. 5 mois qu’ils élucubrent a propos des familles. 5 mois qu’ils divaguent sur les conséquences du projet de loi. 5 mois que, du coup, chacun se sent autorisé à livrer son avis, son fantasme, son angoisse, au choix ou les trois a la fois, en fouillant nos intimités au mépris de la plus élémentaire pudeur. Lire le reste de cet article »

Contre le droit des autres
Nous verrons bien s’ils viendront et s’ils seront tous là. Mais, dimanche vont se congratuler à Paris celles et ceux qui, depuis un demi siècle, ne manquent jamais une occasion de dire avec hargne qu’ils n’aiment pas la France qui autorise la contraception, légalise l’IVG, permet le divorce par consentement mutuel, dépénalise les relations homosexuelles, invente le Pacs, vote la parité, ouvre le mariage et la parentalité à tous les couples.
Au delà de leur nombre, de l’aigreur de leurs slogans, de la pantomime de leur bouffonne patentée, ce qui retient l’attention, c’est que ces gens ont mis au point une stratégie, créé moult coquilles vides et autres associations bidons, organisé des moyens, mobilisé de l’argent, sollicité des dons – déductibles fiscalement – pour mettre sur pied une manifestation… contre le droit des autres.
D’où leur vient cette énergie pour combattre une réforme qui ne leur ôte pas une once de droit, qui n’égratigne pas leur dignité humaine, qui n’obstrue en rien leur avenir comme ils l’entendent ? Ils ne se mobilisent pas pour que le système éducatif fasse de leurs enfants des adultes émancipés, pour que leur retraite ne soient pas synonyme de misère, pour que leur temps de travail leur permette une vie de famille digne de ce nom. Ils ne protestent pas contre l’expulsion d’une maison de retraite de cette vieille dame sans argent, contre l’indécente expatriation fiscalo-télévisée d’un acteur élevé à coup de commission d’avance sur recettes et de statut des intermittents du spectacle. Non. Ils ont choisi leur sujet de révolte. Eux, ils manifestent contre le droit des autres.
Ils se claquemurent dans leurs certitudes et se rassurent à l’idée que tous les enfants de France naissent de couples mariés. Dans un pays où plus d’un enfant sur deux nait hors mariage, les lézardes visibles à l’oeil nu n’ébranlent pas leurs certitudes. Ils s’enferment dans leurs croyances et se bercent de l’illusion qu’un couple de parents hétérosexuels est un laisser-passer exclusif et garanti pour une éducation équilibrée. Dans un pays où 1 enfant sur 10 est maltraité, leurs croyances ont besoin de nouvelles exégèses. Mais ils n’en veulent pas.
Et comme leur aveuglement fait leur force, tout cela ne les empêchera pas de manifester contre le droit des autres. Tout cela ne les empêchera pas d’affirmer, urbi et orbi – c’est le mot juste – qu’ils refusent la perspective que leurs concitoyen-ne-s homosexuel-le-s soient considérés, par notre loi commune, comme des adultes comme les autres et comme des parents comme les autres.
Observons avec quelle obstination ils ont cherché à ignorer l’impressionnant travail d’auditions réalisé, deux mois durant, par l’Assemblée nationale. Scrutons avec quelle ténacité ils cherchent à ignorer les nombreux arguments développés par les partisans de cette réforme.
Dans un an, dans deux ans, dans dix ans, ils ne diront plus rien de cette réforme qui va, ni plus, ni moins, élargir le cercle des femmes et des hommes “libres et égaux en droits” dans notre société. Comme en 1982. Comme en 1999. La plupart oublieront qu’ils ont été contre ou ne l’assumeront plus. Mais pour l’instant, ils se sont trouvé un sujet de révolte qui leur va bien et ils ne vont pas le lâcher comme ça. C’est que, quand on parle d’économie, c’est exigeant : les chiffres et les rapports de force sociaux s’imposent dans la discussion. Quand on parle d’institution, ça ennuie tout le monde. Mais quand on parle d’humanité, c’est open bar ! Chacun peut faire valoir son fantasme sur la question. L’à-peu-près est élevé au rang de donnée scientifique. Et l’hystérie collective tient lieu de débat démocratique.
Demain sera un jour triste, de fantasmes, d’à-peu-près et d’hystérie, un jour d’overdose  de croyances et de certitudes. Il ne sera en rien fatidique.
Rendez-vous le 27 janvier avec la France qu’on aime !

Nous verrons bien s’ils viendront et s’ils seront tous là. Mais, dimanche vont se congratuler à Paris celles et ceux qui, depuis un demi siècle, ne manquent jamais une occasion de dire avec hargne qu’ils n’aiment pas la France qui autorise la contraception, légalise l’IVG, permet le divorce par consentement mutuel, dépénalise les relations homosexuelles, invente le Pacs, vote la parité, ouvre le mariage et la parentalité à tous les couples.

Lire le reste de cet article »

Au parlement, la messe n’est pas dite !

Une messe va être dite. A la fin du mois, à la basilique Sainte-Clothilde à Paris, appelée communément “la paroisse du parlement”. Inutile d’être grand clerc pour deviner le sermon qui sera servi aux élu-e-s du peuple qui feront le déplacement. Faut-il se laisser impressionner par cette regrettable tradition, héritée d’un temps où la République n’était pas si laïque que ça ? Pas sûr.


Le contenu du projet de loi est ouvert


L’Assemblée nationale commencera à examiner le projet de loi mettant en oeuvre l’engagement 31 de F. Hollande aux alentours de la mi-décembre*. Le Sénat suivra. Le résultat du vote suivant les deux ou trois lectures** ne fait pas de doute. Ce projet est attendu par la société française qui a élu, le 6 mai, un candidat ayant assumé et explicité cet engagement au grand jour (ici, ici, ici et , par exemple).


Lire le reste de cet article »