Par cette provocation, Pierre Bourdieu, cette grande figure de la sociologie française, a voulu critiquer la catégorie “jeune” qui recoupe beaucoup trop de situations différentes : la jeunesse précaire qui vit le chômage de masse n’a pas grand chose à voir avec la jeunesse des beaux quartiers.
Une association comme le MAG Jeunes LGBT veut rassembler la diversité de ces jeunes, qu’ils soient étudiants, jeunes travailleurs ou chômeurs, une quarantaine de jeunes se retrouvent à son local durant les permanences d’accueil chaque weekend. A chaque permanence que j’observe, je vois les échanges entre jeunes de ces différents milieux, et me dit que Pierre Bourdieu aurait aimé observer ce laboratoire de la mixité sociale.
Qu’est ce qui permet à ces jeunes de former un groupe, et pourquoi le restreindre aux jeunes de 15 à 26 ans ? J’entends souvent cette question, sous forme de boutade souvent, de la part d’amis ou de membres d’autres associations. Chez les jeunes qui viennent au MAG, il y a partage d’une expérience commune : une relation avec les parents qui est à gérer, son identité à trouver, une sociabilité encore très ouverte…
Et surtout, il y a parmi les jeunes de notre association la volonté de faire ses preuves dans la vie, et d’être pris au sérieux. Ce que les jeunes du MAG affrontent c’est le “tu es trop jeune pour comprendre” ou “les jeunes de nos jours ne savent plus rien faire”. Nous essayons de montrer que nous savons faire des choses en allant dans les collèges et les lycées nous frotter à l’homophobie qui y règne, lorsque nous réalisons des études sur la biphobie (avec d’autres associations) ou des études sur les représentations de l’homosexualité en milieu scolaire.
Ce que l’on cherche à montrer en se regroupant, c’est que certes, nous sommes jeunes, mais que nous savons réfléchir, prendre part aux débats, à l’avancée de nos droits, et que nous avons des choses à apporter au milieu associatif LGBT, et plus généralement à la société.
- Par florentdezenaire |
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Un commentaire
En fait, Bourdieu allait plus loin : la jeunesse est un état ; ce n’est pas une qualité. En d’autres termes : tout le monde est jeune à un moment ou à un autre ; être jeune ne dit rien de la personne, ne dit pas qui elle est. La jeunesse est juste un moment dans une vie. C’est à partir de ce constat qu’il conclut à la diversité : il y a donc des jeunes cons & des vieux cons, des jeunes moches & des vieux moches, des jeunes beaux & des vieux beaux. C’est aussi une situation avec des invariants : dont les relations aux parents, pour le côté infantilisant & la relation aux débats actuels en fonction du moment de la formation, qui permet l’émancipation…
Le MAG semble s’inscrire dans cette 2e tendance. Bravo s’il peut donner la parole à la jeunesse de tous les quartiers : les quartiers en difficulté a les beaux quartiers, les jeunes homos de gauche & de droite.