_Que ce soit à Paris, Cambridge ou ailleurs, notre héros mène une vie mondaine trépidante dans des bars, des dîners, des soirées tous plus brillants les uns que les autres. Aujourd’hui, il fait une nouvelle découverte, un repère de proto-modasses, Les Garçons en Culotte Courte. Du sexe, du Dior, du Rock’n’Roll : c’est un fait, notre héros nous vend du rêve. Nous vendra-t-il aussi de l’amour ?_
Je vivais une soirée comme les autres. J’étais arrivé seul & de bonne heure aux Souffleurs. J’y avais rencontré le lot habituel de Soufflettes. Les exilés du 16e portaient le col en V réglementaire dans les beaux quartiers & lorgnaient sur une foule de jouvenceaux qui, capitalisant sur la nature cyclique de la mode, cherchaient à devancer la tendance en portant les vêtements les plus rétros & les plus ringards. Qu’ils se veuillent, qu’ils se croient, à la mode de New York, de Berlin, de Londres ou d’ailleurs je voyais surtout là des hipsters à la mode de « quand ? ». Côté musique, deux lesbiennes habillées à l’identique en salopette de jeans (comme ma tante dans sa période Cindy Lauper) portaient haut une lourde poitrine dévoilée par des résilles noires & fluo. Hiroshima & Nagasaki (puisqu’elles s’étaient choisi ces noms) faisaient à la fois office de dj & acte de militantisme en ne passant que des titres hurlés, la rage & la bave aux lèvres, par des femmes en colère – les fameuses « Grrrrrl », sans doute. C’était très Rock’n’Roll, ou comme on dit en Français : très « wok’n’woll ».
La musique était donc excellente & le public choisi. J’étais parfaitement raccord – évidemment : tout de Dior vêtu pour le côté mode, j’avais choisi mes plus belles pièces des années Slimane pour le côté vintage. Un débardeur à paillettes (Missoni, forcément Missoni) suffisait à me donner un aspect légèrement décalé. Pour l’accentuer subtilement, j’avais allongé ma silhouette en portant les bottines à talonnettes invisibles que j’avais trouvées en tapant simplement sur Google : « Nicolas Sarkozy chaussures ». Apparemment, Mussolini avait été pendu en portant les mêmes : coïncidence ? Dans les cercles du pouvoir, les nains sont décidément tous les mêmes. Mais peu importe, je ne fais pas de politique. Douze centimètres plus haut, j’étais encore plus fin, plus beau, plus longiligne, en un mot : plus élégant, & c’est tout ce qui comptait.
Pépère & Planplan m’avaient rejoint dans la cave des Souffleurs. Ils étaient vêtus de noir & de bleu marine comme deux petits bourgeois de l’ouest catholique qui s’habillaient sans goût & par pur respect des convenances. « C’est marrant, vos vêtements : on dirait ma grand-mère, & elle est morte. » Vexé, Planplan me fit remarquer avec vigueur que dans sa Troyes natale, capitale de la bonneterie, sa chemise à carreaux était à la pointe de la pointe de la mode. « Je suis trop grunge pour toi : ma chemise est complètement Kurt Cobain » me dit-il. « Mais il est mort il y a vingt ans, chéri, & on l’a enterré avec toutes ses chemises de bûcheron. Toutes. Pour que plus personne n’en porte. Plus jamais ! Tu comprends ? Plus jamais ça ! » Décidant que la guerre de Troyes n’aurait pas lieu, je coupais court aux hostilités. Aussi mal habillés, s’embrassant sans cesse, & culminant poussivement à 1m69, Pépère & Planplan tenaient parfaitement leur rôle de faire-valoir.
Brillant de mille feux à côté de mes deux repoussoirs préférés, je préparais en dansant les deuxième & troisième parties de la soirée. Séparant le bon grain de l’ivraie, je repérais les bogosses et les bolosses : j’accrochais le regard des premiers & j’encourageais Pépère & Planplan à me débarrasser des seconds en leur parlant de Troyes, de la Vendée & du génocide des Chouans pendant la deuxième guerre mondiale (ou pendant le Vietnam, je ne sais plus bien). Les sujets de prédilection de Pépère, que je n’avais jamais écouté que d’une oreille distraite, avaient le don de faire fuir à peu près n’importe qui de normalement constitué – & les autres aussi.
Il était déjà tard, & je suivis mes trois ou quatre cibles potentielles qui se dirigeaient toutes vers les Garçons en Culotte Courte. Pépère & Planplan en profitèrent pour s’éclipser, ils devaient absolument être rentrés pour minuit. Avaient-ils peur de voir leurs habits de princesse se transformer en haillons au douzième coup de l’horloge ? J’avais du mal à croire que nos deux Cendrillons pouvaient être encore plus mal fagotés mais je les laissais partir avant que leur scooter se transforme en citrouille : ils avaient de toute façon, correctement joué leur rôle d’ailier, de figurants dans ma vie de star.
Aux « Garçons », la foule était sensiblement la même. La di-djette portait un maillot de Trezeguet, mon idole absolue, & d’emblée je lui pardonnais d’empiler les tubes & de servir de la soupe : Rihanna, Kylie, Madonna, Katie Perry, toutes les vedettes du showbizz à l’américaine dans ce qu’il a de plus vil & de plus commercial. J’avais écrémé mes cibles potentielles, désormais limitées à deux : un garçon maigrelet au genre premier de la classe sur lequel je fondais beaucoup d’espoir & un joli sportif aux cheveux blonds. Hélas, on ne dira jamais assez de mal des comptables qui s’égarent en soirée homo & cherchent absolument à y faire valoir à quel point, derrière leur air coincé d’enfant sage, sans histoire, & parfaitement ennuyeux, se cachent des fêtards délurés capables des choses les plus folles. J’avais le malheur de connaître Moïse, l’un de ces contrôleurs de gestion (forcément obèse) qui sévissaient ce soir-là. Moïse tombait toujours au plus mauvais moment. Il se frotta contre moi en prenant des airs qui se voulaient sexy & d’un coup, d’un seul, me ringardisa pour toujours auprès de ceux qui me plaisaient.
J’étais sur le point de lâcher l’affaire quand je fus sauvé par un ange : Donatien. Habillé d’un short de basket plein de tâches, & d’un haut en serpillère à trous noirâtre, de laquelle dépassait une forêt de poils, il dansait avec son sac-à-dos. La pluie & la sueur aidant, il dégageait aussi une forte odeur de chien mouillé. En somme, on aurait dit un clochard. J’en conclus immédiatement qu’il travaillait dans la mode. J’avais raison. « Je suis second assistant beauté & soins corporels de l’aide styliste du photographe Tony Richardson » « Tu veux dire Terry ? » « Non, Tony, c’est le cousin de son beau-frère, on travaille parfois avec Terry, mais on fait surtout les pages mode de Télé 7 jours & j’interviens beaucoup sur les séries qu’on fait pour le magazine du Club Med Gym ».
Donatien avait surtout le plus beau sourire de la terre. Il m’emballait, dans tous les sens du terme, & sa langue faisait des merveilles avec la mienne. Comme il était barbu, grand, fort & le visage marqué, je lui donnais la quarantaine. Quand il me dit d’un air enthousiaste « Viens chez moi, c’est super grand & il y a même un lit double ! », je compris qu’il valait mieux diviser mon estimation par deux. (Il avait, effectivement 19 ans.) Quand je le vis affalé, nu, sur le fameux futon pas encore déplié, le sourire aux lèvres & les jambes légèrement entrouvertes comme pour mieux m’accueillir, telle une Emmanuelle 3 au corps lourd & velu, ce fut l’une des visions les plus érotiques de ma vie depuis Pablo. J’ai senti que je pouvais tomber amoureux.
Notre héros succombera-t-il ? La suite au prochain épisode de Jerk Électronique, le roman de Louis la Voyelle sur http://webzone.tetu.com.
- Par lavoyelle |
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Un commentaire
[...] Dans le dernier épisode de ses aventures, notre héros a révélé les failles dans sa carapace : loin d’être simplement cette victime de la mode superficielle & insensible qu’il décrit à longueur de roman, il se révèle un homme de sentiments (oui de sentiments) capable, lui aussi, de tomber amoureux ! Donatien remplacera-t-il Pablo dans le cœur de notre héros ? Ce dernier succombera-t-il à ces Feux de l’Amour très parisiens ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir maintenant dans Jerk Électronique, l’i-roman de Louis la Voyelle, en tête des ventes gratuites sur webzone.tetu.com Jack Nicholson dans The Shining. [...]