Dans ce cinquième épisode de ses aventures, notre héros (car c’en est un), retrouve une connaissance… et montre son vrai visage (pas bien beau!)
Vous vous souvenez de la Petite Chose ? Sinon, tant pis. C’est l’Anglais survolté qui m’avait abordé à l’Uniprix de la rue des Archives. Je l’avais baladé dans le Marais ; il m’avait embrassé ; j’avais résisté (très peu, & pas bien longtemps) ; puis j’étais parti.
Comme promis, la Petite Chose est revenue hier à Paris, m’a appelé, m’a fixé rendez-vous, est arrivée en retard : elle s’est fait désirer. Quand je l’ai rencontrée, elle était accompagnée d’un gay de poche, une chose minuscule & tout aussi anglaise mais plus rousse &, somme toute, (beaucoup) plus sexy. Les deux amis étaient entourés d’un cortège de filles-à-pédé. Les trois grasses qui les accompagnaient ne dérogeaient pas à la règle : plus le pédé est petit ; plus sa compagne est large. Comme l’a dit mon maître à penser, Karl Lagerfeld, dans un accès de sagesse qui confinait au confucianisme « la vie n’est pas un concours de beauté », & c’est vraiment tant mieux pour nos trois Anglaises. Même attifées de leurs robes à drapés sorties tout droit de Dynastie (et qui, soit dit en passant, juraient un tant soit peu à l’Open Café à 18 heures en 2012), elles n’avaient aucune chance.
Cela faisait trois mois que les cinq comparses britanniques logeaient dans ce qu’ils appelaient pompeusement « Paris » : un camping perdu dans un champ quelque part entre Compiègne et Soissons. Parlant comme un seul homme tout en ayant le physique de six rugbymen, les trois fag-hag ventripotentes me répétèrent plusieurs fois, & lentement, « I love Paris » en détachant bien les syllabes comme si j’étais un attardé mental et que je ne pouvais pas comprendre. Je me suis demandé un instant ce qu’on pouvait tant aimer dans un mobil home poussiéreux posé sur de la boue dans une région humide à près d’une centaine de kilomètres de la ville qu’on prétend visiter. Mais y avait-il vraiment quelque chose à comprendre de ces êtres mystérieux, ces femmes si laides qu’elles en deviennent littéralement impénétrables, même par le plus hardi des hétéros & ces femmes qui, circonstances aggravantes, ont les goûts de Joan Collins & le gabarit d’Adele ? L’enseignement de Karl me porte à penser que non.
Pendant que je m’interrogeais sur les bienfaits potentiels de la doctrine Lagerfeld pour la population anglaise, ma Petite Chose & son Minuscule se divertissaient un peu plus loin. La Chose avait décidé de se faire désirer. Elle me répéta en confidence qu’elle finirait la nuit chez moi – peu importe, après tout, que je ne l’ai pas invitée – mais il lui fallait d’abord fêter l’anniversaire du Minuscule. J’étais donc engagé dans un contre-la-montre jusqu’au bout de la nuit – & j’ai toujours été piètre coureur. Les heures se sont égrenées & l’ennui s’est installé – j’étais seulement distrait de temps en temps par un Minuscule timide mais aguicheur dont la taille m’est soudain apparue comme idéale : il m’arrivait juste au nombril.
Nous sommes allés au Raidd où, sous la douche et les yeux grands ouverts des trois Corpulentes, un Monsieur Muscle se démenait pour devenir Monsieur Propre de manière plus ou moins aguichante. Voyant mon ennui, la Chose s’est faite de plus en plus provocante. Elle a fini par me montrer qu’elle se laissait draguer par Jah, un ostéo-naturo-chinoisopathe venu de Rennes pour la nuit & qui, jusque-là, ne l’intéressait guère. Ce n’était plus un contre-la-montre, mais une course de côte où nous étions deux. Je n’ai pas l’âme d’un compétiteur, encore moins celle d’un Contador. La Petite Chose résistait mollement à Jah & frottait son croupion sur ma braguette pour m’exciter en même temps. Hélas : le cœur n’y était pas ; la queue non plus – je ne bandais pas. J’ai donc laissé là ce Tour de France de la compétition amoureuse & j’ai quitté le Raidd – en regrettant de ne pas avoir pris le numéro du Minuscule. (On ne sait jamais). J’ai texté la Chose : « Good Night. Have fun ;-D ».
Un peu plus tard, la Chose m’appelle, me demande où je suis, me dit qu’elle me rejoint, qu’elle veut finir la nuit avec moi. Je dis non. La Chose insiste. La Chose a la voix qui tremble. Je suis ferme. La Chose hoquette un peu en tentant de me convaincre. Je continue de marcher, je dis toujours non. La Chose a des sanglots dans la voix quand elle réalise qu’elle ne me reverra pas. Je dis « Au revoir, et à bientôt ». C’est mon côté Giscard. J’ai un peu de peine pour lui (la Chose, pas Giscard !) ; très peu. Tant pis. Pour lui.
- Par lavoyelle |
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