Dans le dernier épisode de ses aventures, notre héros a révélé les failles dans sa carapace : loin d’être simplement cette victime de la mode superficielle & insensible qu’il décrit à longueur de roman, il se révèle un homme de sentiments (oui de sentiments) capable, lui aussi, de tomber amoureux ! Donatien remplacera-t-il Pablo dans le cœur de notre héros ? Ce dernier succombera-t-il à ces Feux de l’Amour très parisiens ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir maintenant dans Jerk Électronique, l’i-roman de Louis la Voyelle, en tête des ventes gratuites sur webzone.tetu.com

Jack Nicholson dans The Shining.
L’amour demande du temps & du temps, je n’en ai pas. L’amour demande aussi de la confiance & comment avoir confiance en un homme quand on voit, au réveil, le matin, & à l’œil nu, les morpions galoper dans sa barbe ? J’ai donc quitté la couche de Donatien au petit jour & en vitesse. De toutes les façons j’étais attendu pour la remise d’un prix international d’art contemporain où je devais faire de la figuration souriante. J’y ai serré quelques mains (importantes, évidemment), applaudi les artistes nommés & plus encore les heureux élus. L’œuvre pour laquelle ils étaient récompensés illustrait une citation d’Heidegger ou un autre penseur nazi qui inspire habituellement les artistes « actuels » (NDLR : « contemporains », c’est déjà dépassé) en mal de scandale, c’est-à-dire de notoriété vite acquise. Il y était question « d’être pour la mort » & d’une ou deux citations sans doute repiquées dans « la philosophie pour les élèves de terminale particulièrement nuls », des platitudes telles que « Dès qu’un homme est né, il est assez vieux pour mourir » ou autres « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand ». Me hissant sur ces sommets de la pensée, je fis mien le principe heideggérien : « Nous ne parvenons jamais à des pensées. Elles viennent à nous. », & sur une impulsion soudaine (sans aucun doute une manifestation impromptue de mon dasein, voire de mon « être étant ») je fis la bise aux artistes primés. Après tout, personne ne cherche jamais les morpions, ils viennent directement à vous : après un prix international, un cadeau de l’ordre de l’intime & du vivant. Journée faste pour nos artistes, s’il en fût.
- Par lavoyelle |
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Je vivais une soirée comme les autres. J’étais arrivé seul & de bonne heure aux Souffleurs. J’y avais rencontré le lot habituel de Soufflettes. Les exilés du 16e portaient le col en V réglementaire dans les beaux quartiers & lorgnaient sur une foule de jouvenceaux qui, capitalisant sur la nature cyclique de la mode, cherchaient à devancer la tendance en portant les vêtements les plus rétros & les plus ringards. Qu’ils se veuillent, qu’ils se croient, à la mode de New York, de Berlin, de Londres ou d’ailleurs je voyais surtout là des hipsters à la mode de « quand ? ». Côté musique, deux lesbiennes habillées à l’identique en salopette de jeans (comme ma tante dans sa période Cindy Lauper) portaient haut une lourde poitrine dévoilée par des résilles noires & fluo. Hiroshima & Nagasaki (puisqu’elles s’étaient choisi ces noms) faisaient à la fois office de dj & acte de militantisme en ne passant que des titres hurlés, la rage & la bave aux lèvres, par des femmes en colère – les fameuses « Grrrrrl », sans doute. C’était très Rock’n’Roll, ou comme on dit en Français : très « wok’n’woll ».![Caroline Bonarde Ucci [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC-BY-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0)], via Wikimedia Commons](http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/65/KeanuReevesLakehouse.jpg)
J’allais à l’une de ces soirées qui, à Paris, Sienne ou ailleurs, d’ailleurs, tourne vite à la glorification de celui qui, comme dirait Nadine de Rothschild, « reçoit ». Mes amis Pépère & Planplan avaient décidé de sacrifier une soirée plateau-télé devant Patrick Sébastien, Danielle Gilbert ou une autre de leurs idoles pour sortir dans un lieu qui n’avait (chose exceptionnelle pour eux) pas de backroom. Avec l’élégance qui les caractérise, nos deux comparses avaient ramené des packs de bières dans une soirée qu’on nous avait d’emblée présentée comme étant tout entière dédiée au champagne. « Oui, mais tu comprends, à Troyes, on n’a pas l’habitude des soirées-champagne ! » Je me pinçai la lèvre en pensant qu’ils habitaient à Paris depuis 7 ans & qu’avec leurs salaires combinés, il suffirait de quelques mois pour sortir un pays africain de la pauvreté. Par habitude, j’avais cependant pris mes précautions. Je sonnai.

