J'aime le beat

Par Patrick Thévenin

LAST NIGHT SUPERPITCHER SAVED MY LIFE

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Petit foulard noué autour du cou façon marin en goguette, chemise vichy rose cintrée, pantalon slim qui dévoile la naissance des mollets, gestes affectés et mèches blondes de rigueur : l’Allemand Superpitcher s’est créé, au fil des années, un look de dandy, qui colle merveilleusement bien avec sa musique. Issu de Cologne, et membre affilié de l’école Kompakt, cette structure semi autonome qui a révolutionné la techno des années 2000 avec un son lent et mélodique à destination des clubs, Superpitcher s’est toujours tenu à l’écart de la meute. Cultivant avec grâce et malice, une image de garçon différent et dans son coin. Aksel Schaufler, de son vrai nom, prenait déjà la tangente des dancefloors, il y a six ans, avec son premier album, “Here Comes Love”. Un long format, dont le format électro était aussi une excuse en or pour flirter avec une certaine ambiance interlope et cabaret, quelque part entre la féminité d’un Lou Reed et la masculinité d’une Marlène Dietrich…
Après s’être aventuré aux côtés du DJ Michael Mayer, autre garçon hétéro mais sensible s’il en est, pour l’aventure en costumes de super-héros Supermayer, Aksel est de retour, tranquillement, avec “Kilimandjaro”, dont le dossier de presse nous rappelle fort à propos que le nom signifie “montagne des esprits malfaisants”. Comme quoi, ceux qui rêvaient de hauteurs virginales feront bien de se méfier.

Superpitcher : “Rabbits In A Hurry”

Superpitcher : “Voodoo”

Fidèle à son style affecté et décadent, Superpitcher continue ainsi dans les méandres interlopes et “Voodoo”, qui ouvre ce nouvel album, pourrait être la bande son d’une réunion secrète de sorcières transsexuelles, alors que “Give Me My Heart Back” plonge les pieds en avant dans le registre ballade pop pour cœurs qui saignent. Pendant ce temps-là, “Black Magic” nous téléporte dans une drôle de jungle qui sent la sueur tropicale et “Joanna” est la chanson que n’importe quelle fille rêve qu’on lui écrive un jour… Il y a des soupçons de Pet Shop Boys, des bouts de Bowie période berlinale, des cabarets clandestins, des bribes de diva en écho, des arrière-scènes décadentes, des corps qui s’épuisent à danser, de la sensualité qui déborde et des frissons à fleur de peau dans la musique de Superpitcher. Mais sa plus grande force est ailleurs, dans la décontraction évidente d’un garçon hétérosexuel à s’aventurer la tête haute vers des territoires généralement réservés aux garçons sensibles…

Superpitcher : “Kilimandjaro” (Kompakt)

Superpitcher : “Joanna”

Superpitcher : “Country Boy”

Et en bonus, un mix spécialement réalisé pour le site Resident Advisor, absolument parfait pour les sombres soirées d’automne. A écouter ci-dessous et télécharger ici.

Superpitcher : “Resident Advisor Mix”

Tracklist :
Superpitcher : “Voodoo” (Kompakt)
DJ Koze : “Blume Der Nacht” (Pampa)
Gadi Mizrahi : “She Only Looks At You” (Spectral)
Isoleé : “The Fantastic Researches of Yushin Maru” (Dial)
Superpitcher : “Rabbits in a Hurry (Sascha Funke’s JD Is The One Rabbits)” (Kompakt)
Roman Flügel : “How To Spread Lies”
Axel Boman : “Purple Drank” (Pampa)
Nebraska : “A Weekend On My Own” (Rush Hour)
Superpitcher : “Black Magic” (Kompakt)
Balam Acab : “See Birds (Sun)” (Tri Angle)

LA FÊTE DU CLIP # 1

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CHROMÉO : « DON’T TURN THE LIGHTS »
En attendant le nouvel album du duo canadien, expert dans l’art de ressusciter l’électro grande période et NY style, Chroméo lance le premier clip qui incite aux économies d’énergie. Éteignez la lumière, la nuit toutes les chattes sont grises…

QUADRON : « SLIPPIN »
Qui ? Quoi ? Comment ?On n’en sait pas vraiment plus sur le duo Quadron, mais son mélange pop-folk, pas si éloigné que ça d’une Feist, est tout ce qu’il y a de plus digeste.

OK GO : « WHITE KNUCKLES »
Tout le paradoxe est là : la musique d’Ok Go nous laisse plutôt de marbre dans le genre pop-rock, sauf que leurs clips sont toujours de petites réussites. La preuve avec « White Knuckles » bourré d’idées simples et de chiens…

MARK RONSON : « BANG BANG »
Le playboy anglais, et accessoirement frère de la lesbienne qui a rendu folle Lindsay Lohan, sort son troisième album (on vous en parlait longuement dans le Têtu de septembre). Le clip du premier titre tiré de l’album est à l’image de sa musique : très décalé dans le rétro et très penché vers le second degré.

DIE ANTWOORD : « ENTER THE NINJA »
La sensation sud-africaine Die Antwoord, entre street art, hip-hop, électro, posture arty, fashion, dance music, porno soft… Mais ce qui nous amuse le plus est cette étrange ressemblance entre le leader et le styliste fofolle Jeremy Scott. On en rigole encore !

UN SIMIAN MOBILE DISCO TRÈS DIGESTE

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Même si on a laissé les Simian Mobile Disco, il y a un peu plus d’un an avec la sortie de leur excellent album “Temporary Pleasure”, le duo anglais ne s’est pas mis en stand-by et n’a pas chômé pour autant, produisant quelques titres pour Peaches, remixant brillamment le “U Can Dance” de DJ Hell avec Bryan Ferry aux vocaux ou en balançant en début d’année et sur le web un mini-EP, “Extra Temporary”, sorte de compile des tracks écartés de leur dernier album.
Pour l’heure, les deux James, ont décidé de créer Delicacies, leur propre label, sur lequel est né un projet un peu dingo qui consiste à créer des morceaux inspirés de plats ou traditions culinaires, venus de tout autour du monde et pas forcément très ragoûtants, comme l’aspic, les œufs de cent ans, la salade de nerfs ou le Casu Marzu, un fromage de Sardaigne qui marche tout seul …

Simian Mobile Disco : “Aspic”

Simian Mobile Disco : “Thousand year Egg”

Simian Mobile Disco : “Casu Marzu”

Simian Mobile Disco : “Nerve Salad”

Une série de titres très orientés vers le dancefloor et qui marque une année où SMD est revenu vers ce qu’il fait peut-être le mieux : le deejaying. Ainsi leur résidence à la soirée new-yorkaise Fixed et les Delicatessen qu’ils organisent à Manchester et où SMD a le bon goût d’inviter des pointures comme DJ Pierre ou Green Velvet…
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Pour tous ceux qui n’habitent ni New York, ni Manchester, le résultat de ce retour aux platines sera dans le commerce le 13 octobre prochain avec un album mixé “SMD Is Fixed” qui voit le duo partir du côté obscur des dancefloors dans un grand exercice mental et acid qui n’a pas fini de nous faire partir en vrille.
Pour l’heure, histoire de vous faire patienter, on a ressorti du placard un petit mix de SMD qui date de la grande époque de la nu-rave, une période où les fluokids faisaient la loi et où les Klaxons étaient annoncés comme les nouveaux Beatles… Ça a un peu vieilli, mais les souvenirs font parfois la loi.
Et en plus c’est téléchargeable en appuyant sur la petite flèche à droite du lecteur, si jamais vous prenait l’envie de le glisser dans votre iPod.

Simian Mobile Disco : “New rave Mix”

Simian Mobile Disco : “Is Fixed” (Defend Music) – en magasin le 13 octobre

ARCADE FIRE FOUT LE FEU À INTERNET

Je ne suis pas le plus grand fan d’Arcade Fire, et aussi de leur dernier album, dont tout le monde vous dira certainement le plus grand bien. Mais ce n’est finalement pas bien grave, chaque époque a besoin de son U2… Le plus excitant en fait dans leur dernier album, c’est sans doute le clip qui accompagne le morceau « We Used To Wait », et qui atteste à merveille la place prise par internet dans la promotion musicale, mais aussi, si on met de côté le cash-flow qui guide une telle expérience, ce que le web permet aujourd’hui de réaliser, en termes de créativité et d’interactivité, et que n’ont jamais permis les médias traditionnels comme le cinéma, la photographie ou la télévision.
Basée sur les dernières avancées de Google Earth et calquée sur une idée simple comme bonjour agrémentée de beaucoup de poésie digitale et de pop up graphiques, l’expérience proposée par Arcade Fire, entre le court-métrage, l’installation artistique et le jeu vidéo, est un pur moment de poésie qui renouvelle l’histoire du clip en forme d’avant/après…

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Pour visualiser le clip, éteignez la plupart des applications qui mangent de la mémoire, cliquez ici et accrochez-vous à votre ordinateur.

QUAND GONZALES REDEVIENT FRÉQUENTABLE…

Je me souviens lorsque je travaillais à Nova, il y a quelques années, des débuts de Gonzales, déballant en homme-orchestre fou furieux, sorte de Jango Edwards imprévisible, dont la musique semblait surtout le prétexte idéal à ses turpitudes… Sauf qu’en quelques années, Gonzales qui débarquait de son Canada natal où il traînait avec Feist, Tiga, Peaches ou Mocky, s’est peu à peu imposé, notamment aux côtés du producteur Renaud Letang, comme le garant et le polisseur de la variété française. Quitte à en fatiguer beaucoup !
Un poil énervant et agaçant par sa verve, son exubérance, son égomania, ses déclarations tonitruantes, son hyperactivité, ses cours de piano et ses records à la mords- moi-le-nœud, on avait fini par ne plus voir en Gonzales qu’un phénomène de foire médiatique, lassé d’avoir à se prononcer sur le fond, et le talent, réel ou supposé du bonhomme.

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Bonne nouvelle, son nouvel album “Ivory Tower”, produit génialement par le Berlinois aux beats assassins Boys Noize est un disque dont la maîtrise, et l’univers onirique laissent sans voix. Conçu comme la bande son du film du même nom, écrit par Gonzales et réalisé par Adam Traynor, son vieux pote des Puppetmaztaz, “Ivory Tower”, rivalité entre deux frères sous fond d’échecs et d’électro, voit la fine bande à Gonzales – Peaches, Tiga et Mocky – s’essayer à la comédie et ce pour la plus grande satisfaction du Festival de films de Locarno, qui a applaudi le film en avant-première, tout en dansant dans la salle…

Pour l’heure, et en attendant la sortie officielle du film, c’est surtout la bande originale d’ “Ivory Tower” qui nous transporte. Mélange entre les facéties classiques de Gonzales et les beats aiguisés de Boys Noize, l’album tout en circonvolutions lyriques et mélancoliques, sonne comme la collusion entre la tradition française incarnée par un Michel Legrand et le futurisme rythmique d’EdBanger. Avec en cerise sur le gâteau, “Knight Moves”, un titre absolument irrésistible, qui pourrait bien devenir la “Ritournelle” de Gonzales…

Gonzales : “Knightmoves”

Gonzales : “The Grudge”

Gonzales : “Bittersuite”

Projection en avant-première du film les 12, 13, 19 et 20 septembre au Ciné 13 Théâtre.
Gonzales : “Ivory Tower” (Gentle Threat)

JOE GODDARD D’HOT CHIP EN MODE CHICAGO STYLE

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The 2 Bears : “Be Strong”

The 2 Bears, c’est paraît-il le nouveau side-project de Joe Goddard (pas le chanteur à lunettes, l’autre…) du groupe de geeks Hot Chip, et c’est rien de dire que leur “Be Strong” est un morceau à vous rendre dingue accessoirisé d’un must-have pour tout dancefloor qui se respecte ! Hommage à la jack-house élégiaque de Chicago du début des années 90 (”Hello Jamie Principle, how are you ?“), “Be Strong”, tant dans le choix du titre, que dans les paroles avec ses “Sois fort” en chorale gospel, prouve que Joe connaît son histoire de la house music sur le bout des doigts, même si les paroles, ironiques, renversent le discours positiviste de la house de l’époque à coups de ” Some people say that music sets you free / But all my life the music has imprisoned me “…
Mais Goddard, en bon lad Anglais qui se souvient des raves sauvages, arrive les mains tendues, sourire rempli d’ecstasy pour, à 3’00 du morceau, décliner, comme Daft Punk ou LFO avant lui, un long tribute aux précurseurs de la house music…

RAGAZZI IN THE MIX

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Certainement pour me remettre les oreilles en forme après plus de plus deux heures de concert de Lady Gaga où j’ai découvert qu’elle était plus humaine et pro qu’elle en donnait l’air, je n’ai pas pu m’empêcher de ressortir ces deux mixes italo dance, dans ce que le genre a de plus pute et trouvé sur je ne sais plus quel blog. Donc pour le tracklisting et le nom du (des) DJ’s, il faudra repasser.
Pour le reste, c’est enchaîné les doigts dans le nez et qu’il pleuve ou qu’il vente, vous vous retrouverez à danser torse nu sur la plage de Rimini en esquissant des pas de danse douteux avec les cagoles du coin. De temps en temps, ça fait un bien fou…

Pour les télécharger et les glisser dans votre iPod c’est ici et .

FUTUR TUBE : « GARE DU NORD » – CARTE BLANCHE

Le français surdoué DJ Mehdi et l’Anglais vicieux Riton, associés sous Carte Blanche, ne pouvaient qu’accoucher du tube de l’été : Gare du Nord ou 2′ 47″ de pure jubilation dance dont la puissance file des frissons dans le dos en télescopant la philosophie banger en plein sur les dancefloors new-yorkais des années 90.
Le clip, signé Marco Dos Santos, hommage à la black powa dance, avec son esthétique 80’s meets la crasse Youtube, est tout simplement merveilleux.
Sont vraiment forts chez Ed Banger !

PLASTIKMAN IS BACK, ENFIN…

À l’occasion du Festival annuel Villette Sonique qui se tiendra du 31 mai au 6 juin, l’association We Love Art nous a concocté deux soirées de haut vol et qui s’annoncent mémorables. La première demain soir où pour la première fois en France, Richie Hawtin ressuscitera son projet Plastikman pour un live qui s’annonce déjà culte. Avant de filer les platines aux jeunes pousses les plus talentueuses de son label M_nus: Troy Pierce, Marc Houle et Magda.

Pour tous ceux pour qui le concept Plastikman reste de l’ordre du très abstrait, disons que depuis 15 ans, le Canadien Richie Hawtin n’a de cesse de triturer, disséquer et travailler la matière électronique pour la pousser dans ses retranchements les plus intimes. Le projet Plastikman initié en 1993 par Hawtin est certainement celui qui illustre le mieux l’obsession technologique de son auteur. Et l’album « Consumed » le chef d’œuvre affilié à ce side project.
Sorti en 1998, « Consumed » fit l’effet d’une bombe sonore capable de fusionner l’école allemande dépouillée telle que développée par Maurizio et consorts et la scène techno minimale de Detroit incarnée par les Jeff Mills et autres Robert Hood. Avec ses rythmiques répétitives, son shuffle étouffé, ses mélodies qui se répondent en écho et son filtre dub qui transforme le son en nébuleuse de coton, « Consumed » est une de ces pierres philosophales de la minimale, un concept total et fascinant dont l’univers monomaniaque vous happe comme un trou noir.

(La seconde We Love Sonique, se tiendra le 5 juin prochain et clôturera le festival avec un live de Vitalic et des DJ’s sets signés James Holden, Danton Eeprom et Cassius)

We Love Sonique, le 8 mai 2010, Grande Halle de la Villette, 211 avenue Jean Jaurès, 75019 (27 euros)

Y’A BON CARIBOU !

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Le Canadien Dan Snaith n’a jamais fait les choses simplement, délaissant les autoroutes musicales pour explorer les voies de traverses. Connu pour ses alias comme Caribou ou Manitoba, Dan jusque-là frayait dans l’electronica la plus rêveuse et contemplative. Mais l’envie d’aller voir ailleurs est certainement venue avec l’avant-dernier album de Caribou ( le splendide « Andorra ») où Dan revisitait à sa sauce, très personnelle, l’héritage psyché des Beach Boys.
Avec « Swim », son nouvel album aujourd’hui dans les bacs, Caribou poursuit donc ses explorations. Mais si « Odessa » était solaire, ce dernier disque est liquide et « Swim » nage avant tout en plein sur le dancefloor et s’enfonce dans la deep-house.
Avec ce disque de dance maniéré et retors, Dan Snaith s’aventure vers l’électro-pop feutrée des Notwist , King Of Convenience, ou les échappées solo de leur leader, Erlend Oye. De quoi voir l’été arriver avec beaucoup d’insouciance…

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En bonus un mix de Caribou qui mélange avec beaucoup de grâce plein de choses très différentes. Ipod alert !

CARIBOU : « DJ MIX » (à downloader ici)

Tracklisting :

Caribou – Sun (Sunapella)
Phill & Friends Band – This Man
Alog – Every Word Was Once An Animal (Daphni Mix)
Caribou – Odessa (David Wrench’s Drumapella)
Moodymann – Dem Young Sconies
Caribou – Odessa (Clubb Mixx)
Sofrito Specials Featuring L Barrabas – Tabou For The People (Sofrito Edit)
Jackey Beavers – Mr. Bump Man (Give Me A Hand) Part 2 (Theo Parrish Edit)
Crash Course In Science – Flying Turns
Unknown – Egyptian Wedding (Luxor)
Daphni – Ahora_Dj Sprinkles – Grand Central, Pt. I (Deep Into The Bowel Of House) (Mcde Bassline Dub)
Mr. Fingers – Slam Dance
Caribou – Bowls (Harpapella)
A Number Of Names – Sharevari
Steve Poindexter – Short Circuit (C64 Bypass Mix) (Noleian Reusse Remix)
Caribou – Sun (Jeremy’s Mix)
Thomas Mapfumo – Shumba (Daphni Edit)
Patten – Version (Test Mixxx)
Pazy And The Black Hippies – Wa Ho Ha
Billy Stewart – Cross