
Pour tous ceux qui débarqueraient d’une autre planète, ou qui auraient découvert la musique électronique il y a six mois, Isolée est sorti de nulle part il y a déjà 13 ans avec “Beau Mot Plage”, single à califourchon entre les genres et les définitions, affranchi des cases et des conventions. Un ovni sonore donc, dans lequel s’engouffrera la minimale par la suite, voire toutes les écoles futures de la micro-house.
Isolée : “Beau Mot Plage” (tiré de l’album “Rest”)
“Rest”, l’album qui suivra dans la foulée, confirmera le talent de Rajko Müller de ne pas se laisser affilier, voire étiqueter, mais surtout sa capacité à se tenir sur le côté du dancefloor et à danser de biais… Même philosophie, cinq ans plus tard avec “Monster”, deuxième album protéiforme, où Rajko durcit le ton et semble s’amuser à briser dans son élan tout le mouvement qu’il a encouragé.
Isolée : “My Hi-Matic” (tiré de l’album “Monster”)
Dans ce grand écart musical qui n’en est finalement pas un, tant Rajko a réussi à baliser un son qui lui est propre, le troisième disque d’Isolée déçoit de prime abord. “Well Spent Youth” n’aurait-il pas eu plus sa place entre “Rest” et “Monster” ? Que s’est-il passé dans la tête et le corps de Rajko Muller pendant ses six années ? S’est-il perdu dans les affres du perfectionnisme dont il est l’un des hérauts ? S’est-il trop tenu sur le bord du dancefloor justement ? Son départ du cultissime Playhouse pour rejoindre Pampa, le label fondé par DJ Koze, y est-il pour quelque chose ?
“Well Spent Youth” en fait, et comme l’affirme le principal intéressé, est l’album qui se concentre le plus sur le dancefloor. Et si ce troisième album a beau être moins renversant de prime abord que ses prédécesseurs, moins évident à la première écoute, il reste un passionnant condensé des obsessions de la musique d’Isolée : son goût pour la dissonance et les accidents, le silence comme respiration, la rupture comme ponctuation, le hasard comme source d’inspiration, la propension à mélanger avec subtilité des univers improbables… Le tout agencé selon un sens de la minutie, une obsession d’orfèvre, qui en fait un des producteurs les plus isolés, donc atypique, donc souvent mal compris, de la scène électronique.
Isolée : “Well Spent Youth” (Pampa)
Et en bonus, un mix réalisé récemment pour le site Resident Advisor.
- Par Patrick Thévenin |
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2 commentaires
celeste est fou comme titre.
cool ton blog