J'aime le beat

Par Patrick Thévenin

QUAND GONZALES REDEVIENT FRÉQUENTABLE…

Je me souviens lorsque je travaillais à Nova, il y a quelques années, des débuts de Gonzales, déballant en homme-orchestre fou furieux, sorte de Jango Edwards imprévisible, dont la musique semblait surtout le prétexte idéal à ses turpitudes… Sauf qu’en quelques années, Gonzales qui débarquait de son Canada natal où il traînait avec Feist, Tiga, Peaches ou Mocky, s’est peu à peu imposé, notamment aux côtés du producteur Renaud Letang, comme le garant et le polisseur de la variété française. Quitte à en fatiguer beaucoup !
Un poil énervant et agaçant par sa verve, son exubérance, son égomania, ses déclarations tonitruantes, son hyperactivité, ses cours de piano et ses records à la mords- moi-le-nœud, on avait fini par ne plus voir en Gonzales qu’un phénomène de foire médiatique, lassé d’avoir à se prononcer sur le fond, et le talent, réel ou supposé du bonhomme.

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Bonne nouvelle, son nouvel album “Ivory Tower”, produit génialement par le Berlinois aux beats assassins Boys Noize est un disque dont la maîtrise, et l’univers onirique laissent sans voix. Conçu comme la bande son du film du même nom, écrit par Gonzales et réalisé par Adam Traynor, son vieux pote des Puppetmaztaz, “Ivory Tower”, rivalité entre deux frères sous fond d’échecs et d’électro, voit la fine bande à Gonzales – Peaches, Tiga et Mocky – s’essayer à la comédie et ce pour la plus grande satisfaction du Festival de films de Locarno, qui a applaudi le film en avant-première, tout en dansant dans la salle…

Pour l’heure, et en attendant la sortie officielle du film, c’est surtout la bande originale d’ “Ivory Tower” qui nous transporte. Mélange entre les facéties classiques de Gonzales et les beats aiguisés de Boys Noize, l’album tout en circonvolutions lyriques et mélancoliques, sonne comme la collusion entre la tradition française incarnée par un Michel Legrand et le futurisme rythmique d’EdBanger. Avec en cerise sur le gâteau, “Knight Moves”, un titre absolument irrésistible, qui pourrait bien devenir la “Ritournelle” de Gonzales…

Gonzales : “Knightmoves”

Gonzales : “The Grudge”

Gonzales : “Bittersuite”

Projection en avant-première du film les 12, 13, 19 et 20 septembre au Ciné 13 Théâtre.
Gonzales : “Ivory Tower” (Gentle Threat)

JOE GODDARD D’HOT CHIP EN MODE CHICAGO STYLE

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The 2 Bears : “Be Strong”

The 2 Bears, c’est paraît-il le nouveau side-project de Joe Goddard (pas le chanteur à lunettes, l’autre…) du groupe de geeks Hot Chip, et c’est rien de dire que leur “Be Strong” est un morceau à vous rendre dingue accessoirisé d’un must-have pour tout dancefloor qui se respecte ! Hommage à la jack-house élégiaque de Chicago du début des années 90 (”Hello Jamie Principle, how are you ?“), “Be Strong”, tant dans le choix du titre, que dans les paroles avec ses “Sois fort” en chorale gospel, prouve que Joe connaît son histoire de la house music sur le bout des doigts, même si les paroles, ironiques, renversent le discours positiviste de la house de l’époque à coups de ” Some people say that music sets you free / But all my life the music has imprisoned me “…
Mais Goddard, en bon lad Anglais qui se souvient des raves sauvages, arrive les mains tendues, sourire rempli d’ecstasy pour, à 3’00 du morceau, décliner, comme Daft Punk ou LFO avant lui, un long tribute aux précurseurs de la house music…