Le projet de loi sur le mariage pour tous et l’adoption par les couples homosexuels est en ce moment au coeur de l’actualité. Alors que les détracteurs prônent l’intérêt de l’enfant, il est bon de se pencher sur ce que ces fils et filles de gays et de lesbiennes ont à nous dire. L’un d’entre eux a souhaité témoigner pour TÊTU.
“Ma mère est lesbienne et je vais bien, merci.
Alors comme ça ma vie est un désastre ? Pourtant j’avais l’impression d’aller plutôt bien – pour m’abaisser à des considérations purement matérielles : je viens de terminer mon master en journalisme, vais signer un CDI, m’installe dans un appartement sympa et suis heureux avec ma copine – mais une partie de la population de ce pays a décidé que je devais aller mal. La cause ? Ma mère est lesbienne. Oui, ma mère, il n’y en a qu’une seule, désolé. Car avant cela ma mère était avec mon père, mariée même, mais elle avait le droit puisqu’on n’empêche pas encore les gays de se marier avec une personne du sexe opposée. J’ai donc aussi un papa, que je connais, mais avec qui j’ai peu vécu.
Une maman et une belle maman dans la même maison
Manipulations maternelles diront certains qui voudront faire briller dans notre belle société le rôle de patriarche. Malheureusement non. Ma mère s’est battue, oui, mais pour que mon père continue à nous voir, malgré son manque d’engouement à jouer son ”rôle” qu’on nous ressort à toutes les sauces. Donc je suis une sorte d’hybride qui, à partir de ses 7 ou 8 ans, a vécu avec une maman et une belle maman dans la même maison. Depuis cet âge, j’ai grandi dans un monde où on m’a appris avant tout à être moi-même, à assumer mes différences et a accepter celles des autres. Non, je ne suis pas gay, je ne pense pas que cela soit transmissible ni génétiquement, ni par l’éducation. Ce que l’on m’a en revanche permis de comprendre, c’est que les notions comme la virilité ou la domination n’étaient en fait que de vulgaires apparats. C’est vrai, je suis sensible, exubérant, je me moque du regard des autres, et j’ai beaucoup de mal à comprendre en quoi certaines différences gênent. Mon père s’est remarié avec une femme. Pourquoi ma mère n’aurait-elle pas le droit ? Non pas qu’elle en ait spécialement envie, mais simplement pourquoi n’en a t-elle pas la possibilité ? Sa compagne a un rôle dans ma vie, elle a contribué à mon éducation, elle possède la moitié de la maison dans laquelle j’ai grandi, pourquoi il est impossible d’officialiser juridiquement ce qui existe déjà ?
La haine et la violence me choquent. Je n’ai jamais compris la Gay Pride puisque pour moi l’homosexualité fait partie du quotidien et je la vis comme une normalité parmi tant d’autres. Comment peut-on affirmer que deux personnes d’un même sexe ne peuvent pas élever un enfant ? Regardez autour de vous le nombre de divorces, de familles recomposées, d’enfants trimbalés, de familles nombreuses qui n’ont pas les moyens de s’assumer et expliquez moi en quoi grandir avec deux femmes ou deux hommes constitue un mal. De quoi as-t-on peur au fond ? Je n’arrive pas à comprendre. Je n’arrive pas à sentir que j’ai un problème parce que j’ai été élevé par deux femmes. Bien sûr, on me répondra que j’avais quand même un père. Mais malgré tout l’amour que je lui porte, il n’a pas été ce que j’appelle mon ”référent masculin”. Car oui, je pense qu’il est important de fréquenter les deux sexes et d’avoir des liens forts avec les deux, mais tout comme un enfant adopté peut grandir sainement, je ne pense pas que ces liens doivent avoir nécessairement des rapports de sang. Bien évidemment certains doutes, certaines questions ne pouvaient trouver leurs réponses auprès de mes ”deux mamans”, mais il ne m’a jamais été interdit ou reprochée de nouer des liens forts avec des hommes, que ce soit un oncle, un professeur ou un ami tout simplement.
Un enfant normal
Je ne me suis jamais battu pour les droits des homosexuels, peut-être parce qu’ils me semblaient trop évidents pour que j’ai l’impression d’avoir quelque chose de plus à ajouter. Je ne suis pas non plus spécialement pour le mariage en tant qu’institution héritée d’une religion fruste. Mais je me sens attaqué au quotidien maintenant. Ce que ma mère m’a toujours fait vivre d’une manière la plus naturelle et convenable possible m’est renvoyé en pleine face plus de 15 ans après par des personnes dont le manque d’ouverture me donne littéralement envie de vomir. Je ne vois pas ce que le mariage gay va changer dans la vie d’un hétérosexuel. Ont-ils peur de se découvrir de nouvelles passions ? Que leurs enfants assument leur nature en plein jour alors qu’on essayait à tout prix de les ‘’soigner” ? J’avais l’impression d’avoir été un enfant normal avant que ces ”anti” viennent soulever de faux problèmes et ne m’indignent à chaque parole prononcée. Être gay n’est pas un choix, être tolérant en est un. Ma mère est lesbienne et je vais bien, merci. Je ne pense pas être l’exception qui confirme la règle. J’ai choisi d’écrire cela car je pense que c’est aujourd’hui aux enfants de gays de faire comprendre qu’ils ne sont pas moins heureux que les autres. Je ne signerai pas, car malheureusement aujourd’hui il faut encore se protéger de ceux qui ne comprennent pas, de ceux qui vont ”casser du pédé” en manif, de ceux qui ne veulent pas que leurs voisins aient les même droits qu’eux.”