Bertrand, 44 ans, Lens

feux d'artificeMon coming out

Je m’appelle Bertrand, j’ai 43 ans. Je sais que je suis gay depuis l’âge de 14 ans. En tant que fils unique, je considérais comme impossible mon coming out auprès des mes parents. La peur qu’ils me rejettent, la peur de, finalement, me retrouver tout seul, sans plus personne sur qui compter, la peur que mon père rejette la faute sur ma mère, la peur d’être jugé sur ma vie, mes sorties, mes amis…

Je prenais un colocataire

À 23 ans, j’ai décidé de prendre mon indépendance pour mettre un peu de distance entre nous, tout en ne m’éloignant pas trop. J’ai alors fait de superbes rencontres et vécu plusieurs vies avec l’espoir de vivre le grand amour et de m’installer avec mon mec. Après plusieurs relations qui ont duré plus ou moins longtemps, vers mes 30 ans, j’ai finalement rencontré David, un gentil garçon plus jeune de 5 ans. Il avait un passé de dragueur. Il me l’avait dit dès notre première rencontre: «j’ai couché avec plus de 300 mecs» (j’en été loin). Pourtant, un an plus tard, nous nous installions ensemble chez moi. J’ai alors annoncé à mes parents que je prenais un colocataire, prétextant des factures et un loyer à alléger. Ils ne m’ont rien dit de particulier et nous allions régulièrement chez eux pour Noël, les anniversaires… Le sujet du coming out étant cependant toujours évité avec ruses!! Au bout de 5 ans, la relation s’est dégradée. Après presque 7 ans de vie commune, nous décidions (enfin, surtout moi…) de rompre. J’annonçais alors à mes parents que David, ayant désormais un boulot, avait décidé de prendre un appartement seul. Mes parents semblaient rassurés. Mon père me dit alors: «7 ans en colocation, c’était quand même assez long!» Je ne réagissait pas.

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Eric, 47 ans, Paris

Image 3

L’heure de retour de ma famille est déjà passée

Il est environ 11 heures du matin et je me réveille. Pas un bruit dans la maison. Cela me semble normal: c’est samedi, ma femme a l’habitude de faire des courses pendant que les enfants sont à l’école. Elle ira ensuite les chercher à la sortie de l’école avant de rentrer à la maison. Je m’installe dans le salon après avoir pris mon petit-déjeuner et fait ma toilette. J’allume la télé et me sers mon apéritif en attendant ma famille. De là où je suis assis, sur le canapé, je peux voir la porte d’entrée du pavillon en tournant simplement ma tête vers la gauche. Je sais que j’entendrai la voiture se garer devant la maison avant que ma femme et mes enfants n’ouvrent la porte. Elle aura certainement des sacs de commissions plein les mains et les enfants auront leur sac d’école sur le dos. Je ne remarque même pas que le temps passe et que l’heure habituelle de retour de ma famille est déjà passée.

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Tristan, 30 ans, Paris

screen-captureComing Out

Le 12 juillet 2007

Mes chers parents,

La vie est parfois faite de choses terriblement simples et pourtant si difficiles à exprimer… C’est pour cette raison que je vous écris après avoir pris toute la mesure du risque que je prends de vous décevoir et de vous faire de la peine. Espérant finalement que vous soyez capables de partager mon bonheur, je viens donc vous annoncer que, toutes ces années passées, depuis que j’habite à Paris, je n’ai jamais été «seul». J’ai rencontré Guillaume (c’est un garçon) en juin 2001 et nous nous aimons depuis lors. Je n’ai jamais su vous le dire et vous n’avez jamais cherché à le savoir. D’où tant de silences, tant de mystères…

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David, 36 ans, Guadeloupe

daniel guichard - mon vieuxMon père

Mon père et moi ne nous sommes jamais dit je t’aime. Il fut durant toute mon enfance une figure distante, nous ne nous parlions pour ainsi dire jamais. Son peu d’éducation et son absence de culture générale m’ont parfois conduit, moi qui réussissais si bien en classe, à mépriser ce père que je trouvais inculte. Il m’est même arrivé, chose horrible à dire pour un fils, d’avoir honte de lui.

Avec le recul,  et connaissant un peu mieux son histoire, je regrette énormément d’être ainsi passé à côté de lui. Il avait perdu son propre père très jeune, au début de la Seconde Guerre mondiale. Fils unique, il a été contraint de quitter l’école à l’âge de 12 ans, en sachant tout juste écrire et compter, pour apprendre un métier manuel et aider sa mère. Ça se passait comme ça, à la campagne, dans les années 1940. cet homme qui n’a pratiquement pas connu de figure paternelle dans sa jeunesse allait avoir quatre enfants qu’il saurait parfaitement élever et qui seraient sa fierté. Car pendant que moi j’avais honte de lui, lui était fier de moi. C’est le jour où j’ai reçu mon diplôme d’ingénieur que j’ai pu voir toute cette fierté dans son regard: lui, simple menuisier qui avait été ouvrier toute sa vie, lui qui avait commencé à travailler si jeune, avait un fils ingénieur. Si le titre n’a rien de très prestigieux de nos jours, ça semblait représenter pour lui une consécration. Deux ans plus tard, une personne mal intentionnée lui annonçait de manière brutale que ce fils dont il était si fier était homosexuel.

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Fabien, 37 ans, Auxerre

fabien.fregonaLa Déclaration

À quand remonte mon orientation sexuelle? Difficile de le dire, je me pose beaucoup de questions pour lesquelles je n’ai pas de réponses précises. Certainement très loin dans mon enfance. En étais-je conscient? Je me rappelle, gamin, avoir feuilleté (sûrement comme beaucoup) des catalogues de vente par correspondance, et notamment les pages de sous-vêtements masculins. Ensuite, l’adolescence: pas grand-chose à signaler de ce côté-là. Que des expériences hétéros. Après des études (courtes), à 20 ans, je rencontre la jeune femme qui devient ensuite mon épouse et avec qui nous avons deux merveilleux garçons. Mais quelque chose cloche chez moi et je me sens de plus en plus mal. Je ressens de l’attirance pour les hommes. lorsque je croise un couple hétéro, je regarde le garçon et reste indifférent à la fille. Rien ne va plus. Que dois-je faire ? Je doute. Je suis perdu.

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Valentin, 17 ans, Lille

Valentin, 17 ans, Lille«Papa, Maman

Je ne sais pas trop comment vous annoncer ça… C’est difficile pour moi de le dire, de m’assumer. J’aimerais dire tout ce que j’ai sur le cœur, mais c’est trop dur pour moi, car je m’énerverais sûrement… Alors c’est pour ça que j’écris. J’aurais aimé vous l’annoncer de vive voix, mais je suis terrorisé. Je pense qu’il est temps pour moi de faire le «grand saut», car je pense que mon manque de confiance en moi vient de là…

J’ai maintenant 16 ans et demi, et comme vous le savez, je ne vais plus très bien depuis le mois d’avril… Les grandes vacances ont été magnifiques, merci.

Lors de ma «petite déprime», nous avons beaucoup parlé de la danse, que je voulais peut-être arrêter, mais je me suis rendu compte que ce n’était pas ça la vraie cause de mes problèmes… Comme vous le savez, c’est à mon âge qu’on se cherche, physiquement, psychologiquement et sexuellement (vous êtes passés par là). C’est aussi à cet âge que commence la crise d’adolescence et je pense qu’elle ne m’a pas beaucoup aidé. Comme je le disais, j’ai peur, peur de le dire, peur de votre réaction, peur de vous décevoir, peur de vous faire honte…

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Patrick, 54 ans, Argentan (Orne)

Col de Fenestre  (9)

L’histoire commence en juillet 1982. Je débarque à Argentan, dans l’Orne, avec ma femme et mes deux petites filles. Argentan est mon premier poste à la SNCF, et je ne connais personne, ni même la région. Accueil sympa de la plupart des collègues et, petit à petit, au fil des mois, je fais connaissance des un-e-s et des autres, des fils d’amitié se nouent… L’un des collègues est particulièrement intéressant. On est toujours d’accord sur tout (le travail et le reste). sa femme et sa fille de 2 ans se mettent à fréquenter ma famille. Apéritifs, rencontres, balades, quelques week-ends ensemble… et le même plaisir à se retrouver le lundi matin au boulot, tous les deux. Je sens que je suis en train de tomber amoureux, mais, bien sûr, j’ai un grand entraînement pour lutter et refouler tout cela, parce que de toute façon, pour moi, l’autre ne peut pas être homo, par définition. La vie avec un autre gars est invraisemblable car, pour moi, il est impossible de tomber sur un autre homo comme d’expliquer tout cela aux autres (famille, amis, la société…). Ça paraît peut-être incroyable qu’à 28 ans on ait ce genre de choses dans la tête, mais à l’époque, c’était pourtant ma stricte vérité et je vivais avec depuis toujours.

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Doudou, 40 ans, Violaines (Pas-de-Calais)

minitelJe lui avais dit que rien ne changerait dans ma situation familiale: marié, 3 enfants. Moins de 3 mois plus tard, ma femme savait tout et nous demandions le divorce.

En 1997, Internet était inexistant. On avait le minitel. C’était glauque, mais parfois ça marchait. Fin septembre, de permanence dans un commissariat dans un bled perdu et je donne rendez-vous sur place à ma nouvelle rencontre. J’étais sensé être seul quand il est arrivé, mais je ne l’étais pas. Il a entendu des rires et a cru à une mauvaise blague. Il est reparti. Après de nombreux coups de fil de ma part, il est revenu le lendemain soir. Nous avons discuté une bonne partie de la nuit. Et comme je travaillais de nuit, nous avons pris l’habitude de nous voir au petit matin.

Ma future ex a rencontré son remplaçant

Un de ces matins-là, justement, il avait garé sa voiture en face de ma maison. Elle fut emboutie par le voisin qui sortait la sienne de son garage. La tuile! Je ne pouvais pas taire cet incident, au risque de me faire griller par mon voisin. Comment expliquer la présence de ce parfait inconnu le matin si tôt? J’ai finalement prétexté le passage d’un ami qui venait de se faire verbaliser et qui souhaitait vérifier la validité du procès-verbal. J’ai donc raconté à ma femme la mésaventure du voisin et la probable venue de mon ami le samedi suivant pour la rédaction du constat. C’est à ce moment-là que ma future ex-épouse a fait la connaissance de son prochain remplaçant. Et pourtant, nous ne savions alors ni l’un ni l’autre ce que l’avenir nous réservait.

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Frédéric R., 40 ans, Argenteuil (Val-d’Oise)

Frédéric R., 40 ans, ArgenteuilIl y a trois ans environ, j’étais marié, avec deux enfants âgés de 14 et 17 ans. Ma vie d’hétéro était longue, routinière, triste.

Un jour, je me suis mis à tchater sur internet pour faire des rencontres amicales sur des sites hétéros, puis sur des sites gays. Pourquoi? Pour voir… Un début d’attirance… Et c’est là que ma vie a basculé, j’ai commencé à voir des mecs, à coucher et à prendre un certain plaisir à le faire, se faire caresser, embrasser… Ça a duré 3 ans comme ça.

Nous étions faits l’un pour l’autre

Puis, un jour, je rencontrai Pascal et, là, le coup de foudre… Son regard, son visage, sa peau tout me semblait beau. Je peux dire qu’il m’a perturbé. Nous étions sur ce parking pour un simple rendez-vous parmi tant d’autres, sans lendemain… Jamais je n’aurais imaginé que 3 ans après nous serions encore ensemble, super amoureux l’un de l’autre et heureux. Cela n’a pas été facile, moi «marié, 2 enfants», lui, «marié, 1 enfant». Pourtant, nous avons rapidement senti que nous étions faits l’un pour l’autre. Nous cherchions toutes les combines pour pouvoir se voir, les textos pleuvaient, les excuses pour nous retrouver étaient grosses comme des montagnes. Un jour, nous nous sommes fait une promesse l’un à l’autre: quand l’un de nous avouera cette relation, l’autre suivra dans la foulée.

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Vincent Nicolas, 27 ans, Montreuil (Seine-Saint-Denis)

Vincent Nicolas, 27 ans, MontreuilJ’ai 20 ans, j’habite chez mes parents. Je ne leur parle plus depuis 1 an. Je suis gay. Les vacances d’été arrivent, je reste à Versailles pour travailler et me faire de l’argent de poche. Mes parents partent en vacances. Le jour qui suit leur départ je leur envoie une lettre:

«C’est parfois très imprudent de dire aux gens  ce qu’ils n’ont pas envie de savoir. Ce que vous voulez savoir, vous le savez depuis longtemps, inconsciemment. Maman tu l’as toujours su, mais quoi de plus normal que de refuser ce mode de vie. On ne veut rien voir, il vaut mieux faire semblant et attendre.

OUI JE SUIS HOMOSEXUEL.

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