Pascal, 45 ans, Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin)

OuaisDésir d’amour

Le destin m’a permis de serrer entre mes bras le garçon idéalisé et, me semblait-il, inaccessible. Il avait 20 ans, j’en avais le double. Il n’a pas fait de cas pour monter dans ma voiture à notre première rencontre. Yanis m’est apparu dans toute sa splendeur de jeune homme, au sourire timide et ravissant. Sa parka et son pantalon de toile beige se mariaient admirablement à ses cheveux châtains éclairés d’épis dorés. Derrière de fines lunettes ovales, des yeux marron à vous faire fondre.

Difficile d’imaginer que ce magnifique éphèbe, incarnation même de la beauté, allait être pour quelques heures à jamais gravé dans ma mémoire.

A sa vue, mon cœur chavira, mon sexe se cabra. Un ange passa, un rêve se matérialisait. Mon corps tout entier réclamait le sien. Notre premier contact : des baisers fougueux et profonds. Sa langue était onctueuse comme une friandise. Je ferai miennes ces quelques lignes de Christophe Honoré: «La douceur des gens, c’est dans la bouche qu’on la ressent. Pas sur les lèvres, non, dedans, je le sais maintenant, le toucher de la langue, voilà, tout est dans la langue…»

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Cyrille, 37 ans, Lyon

handsJe sentais un regard sur moi

Un samedi d’avril, je ne travaillais pas. Je décidais quand même de me rendre en centre ville pour me promener. C’était l’un de ces jours où tout vous semble beau. J’avais envi d’un café. Et le café en centre ville c’est forcément au Galion, Place du Marché aux Légumes. Je me dirigeais au fond du café afin de prendre le journal du jour. Je fis demi-tour et revenais vers la vitrine. Je sentais un regard sur moi. Je n’osais pas regarder ce visage et en même temps j’étais attiré comme un aimant. J’avais du mal à résister à l’envie de tourner franchement ma tête et de regarder cette personne. Malheureusement, je m’assaillais de telle façon que je ne voyais que son dos. Tout avait l’air tellement simple et naturel. L’histoire  et les paroles de  Mamie Colombe me revenaient en mémoire: «Si vous sentez qu’il faut oser aller jusqu’au bout, alors allez y! Rien ni personne ne pourra aller à l’encontre de ça!» Je savais que j’allais y aller, mais je ne savais pas encore quand? Une force incroyable m’attirait vers cette personne qui continuait sa conversation avec ses amis. Sa voix était forte  et douce en même temps. Je n’arrivais pas à lire mon journal. Je l’écoutais sans l’écouter et je me disais sans encore l’avoir vraiment vu:

Putain, viens me chercher, viens devant moi si tu l’oses. Putain! Bouge-toi, viens me dire  que c’est moi que tu attendais, que c’est moi que tu cherchais. Putain regarde-moi encore, regarde-moi toujours. Viens là devant moi et embrasse-moi. Oui, embrasse-moi devant tout le monde. Enlève-moi, emmène-moi avec toi loin du monde, loin du bruit. Putain! Viens-là, devant moi, prends-moi par la main et emmène-moi. Putain! Caresse-moi.  Emmène-moi dans ta chambre. Faisons l’amour comme jamais. Love me please, love me. Embrasse-moi, embrasse-moi encore. Viens toucher ma peau, viens toucher mes lèvres, viens toucher mes mains, viens toucher mon corps. Enroule-toi autour de moi, entièrement. Mets tes mains dans les miennes. Putain! Serre-moi, serre-moi fort. Je sais que c’est toi, c’est une évidence. Putain! Touche-moi, je n’attends que ça. Prends mon visage dans tes mains. Putain! Viens, viens! Demande-moi la lune, le flacon, l’ivresse et la chaleur. Demande tout. Je suis prêt. Enfin!

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Gérald, 44 ans, Berne (Suisse)

Spencer_TunickUn torride été à Berlin, ses bosquets, ses mecs…

Jamais je n’avais vécu autant de nouvelles expériences en si peu de temps.

Loin d’être habituellement volage, j’avais envie d’une parenthèse que ce séjour à Berlin, que je découvrais, allait m’offrir d’autant plus facilement qu’une chaleur moite enrobait la ville qui s’apprêtait à vivre sa Loveparade.

Jamais je n’ai eu autant d’aventures

Certes mon esprit et ma libido étaient disponibles, la chaleur excitante et la densité de beaux mecs impressionnante, mais jamais je n’ai eu autant d’aventures, sans compter les rencontres agréables mais sans suite. Le beau Cubain (qui dansait plus tard sur un char, quelle santé!), dans une chambre d’hôtel au petit matin, le jeune étudiant allemand, d’à peine 18 ans (une vraie petite crevette à la douceur qui n’a d’égal que l’accueil qu’offrait son petit cul quasi vierge et néanmoins musclé, dans un petit parc du quartier chaud de Schöneberg où nous fûmes à peine dérangés par une passante…)… Quels souvenirs! C’était la première fois que je batifolais ainsi dans le gazon entre deux bancs et trois massifs de fleurs.

Mais le sommet interviendra un peu plus tard, après la parade, dans les forêts qui bordent l’Allée du 18 juin, je crois (la fameuse avenue reliant la colonne des victoires à la porte de Brandebourg). Alors que des milliers de fêtards s’amusaient dans les nombreux stands, ma curiosité instinctive m’a incité à aller voir ce qui se passait derrière, dans les bois, d’où arrivaient trop de mecs pour croire qu’ils ne revinssent que de pisser… Et là, ô surprise. Écrire qu’il y avait en coulisses autant de monde que côté cour est certes exagéré mais affirmer qu’on se marchait dessus n’est pas un euphémisme. Ça circulait comme dans les cruisings des back-rooms les plus fréquentés et des cris et chuchotements s’échappaient de chaque bosquet. Dans une obscurité quasi-totale, il était difficile de discerner autre chose que des ombres. Et dans ce labyrinthe de chemins, une silhouette m’est apparue plus intéressante que les autres. Ce fut réciproque puisqu’il usa d’un stratagème pour prendre un chemin qui lui fera croiser le mien, laissant croire au heureux hasard.

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Kyle T. Carlock, 19 ans, Oklahoma (États-Unis).

00096452Premier baiser

J’avais 14 ans quand un autre garçon du lycée m’a donné un billet pendant un cours. Je l’ai ouvert: il demandait si je voulais le rencontrer en douce. À cette époque, nous étions tous les deux homos, mais personne d’autre ne le savait. J’étais très surpris, parce qu’il avait 16 ans et qu’il était tellement beau. Je n’avais même pas encore embrassé un garçon. Bien sûr, j’ai accepté son invitation. Le week-end après, je me suis trouvé à côté de lui au centre commercial pour «faire du shopping» (nous savions très bien ce que cela voulait dire, mais j’étais si anxieux et naïf que je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait). Nous nous tenions par la main, ici et là, nous trouvions l’occasion de nous caresser légèrement sur le dos, puis plus bas…

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Augustin, 43 ans, Paris

f5 USA Californie San-FranciscoRencontres autour du monde

Bonjour, je m’appelle augustin, 43 ans, une petite barbiche sur le menton. Passionné par la photographie, je voulais partager avec vous l’expérience qui a changé ma vie et ma perception des gens: mon tour du monde d’un an, sans guide, avec seulement quelques cartes routières et un appareil photo. Le 7 avril 2007, je suis parti par le Thalys, chargé d’un gros sac à dos de 29 kg, avec à l’intérieur de quoi affronter des températures extrêmes. Les premières semaines du voyage furent consacrées à traverser la Russie et la Mongolie par le Transsibérien, avant d’arriver en Chine pour deux mois. Je m’étais fixé comme but de faire un voyage libre et de profiter des rencontres imprévues. Je pense que c’est plutôt réussi.

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François, 49 ans, Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne)

Image 1Une jeunesse française

Je m’appelle François. Je suis né un 5 février. En 1960. Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours été attiré par les garçons. Pourtant, ni Thierry la Fronde, ni les pages slips du catalogue de La Redoute ne me faisaient fantasmer. J’ai vécu une enfance agréable sans soucis, je ne me posais pas de questions. Ma sexualité, parfois en éveil, ne me gênait pas. Mes parents, nés avant la seconde Guerre mondiale, étaient de gauche et me laissaient libre dans mes goûts. Je suis resté dans une école de garçons jusqu’à l’entrée en sixième, j’avais des jeux de garçons, on jouait aux billes, à la guerre (!!), aux soldats… Je me souviens des jours enchantés de l’enfance où l’avenir était encore une promesse. L’adolescence fut plus difficile. Je n’avais pas d’occupations sportives comme les autres garçons, et mes goûts vestimentaires, parfois un peu excentriques – bien que dans les années 1970 les couleurs vives et la mode fantaisie fussent bien tolérées –, me valaient de temps à autre des quolibets, des moqueries sur le chemin du collège. Depuis cette époque-là, j’ai intégré toutes les insultes: tapiole, tapette (le plus courant dans ces années-là), pédé, tarlouze, et les «va te faire enculer» ou «va te faire sucer». malgré tout, j’encaissais bien et mon sourire narquois faisait fi des remarques et décontenançait les moqueurs. Les choses se tassaient mais pour revenir ensuite, j’étais souvent sur la défensive. Mon meilleur copain à cette époque-là s’appelait Didier – le sida l’emportera en 1994 – et, par insolence, nous disions que nous nous marierions quand le mariage entre hommes existerait. Ça passait bien, les autres en riaient. Ma sexualité était précoce, mais pas d’homos autour de chez mes parents, alors je draguais les hétéros plus âgés en les entraînant dans des jeux coquins où nous finissions nus et excités. Belle époque!

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Jacques Collard, Paris

soldat01Mon beau déserteur

J’avais 17 ans et j’habitais la banlieue de Bruxelles. Un soir, tard, j’ai raté le dernier tramway qui devait me ramener chez moi. En face de l’arrêt d’autobus se trouvait un bar de nuit. J’y suis entré pour me réchauffer. L’endroit était sinistre, peu de monde, quelques ivrognes. Je me suis installé au bar, à côté d’un jeune homme aux cheveux blonds coupés à ras, avec des yeux bleus étonnés et étonnants. Un Brad Pitt avant l’heure. Je lui ai proposé une bière. Il était américain et s’appelait Bill. Quelques bières plus tard, il s’est mis à pleurer. Il avait déserté de son camp d’occupation en Allemagne, parce qu’il ne voulait pas partir se battre en Corée. Il allait tenter de passer clandestinement en Espagne. Je ne pouvais rien pour lui, sauf le consoler.

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Josy, 62 ans, et Christian, 42 ans, Guadeloupe

2604293546_1Notre mariage au Québec

Après dix-sept ans de vie commune dont neuf ans de pacs, nous avons décidé de nous marier. Le canada étant le seul pays acceptant le mariage entre hommes n’ayant pas la nationalité du pays, nous avons débuté nos recherches sur internet en mai 2008. Après quelques refus, je me suis tourné vers le coin du planificateur, un organisateur de mariages, qui a transmis mon courriel au révérend Johanne Bérubé. cette femme pasteur de Québec m’a dirigé vers le révérend Jeems, à Montréal, qui officie pour l’Eglise Croisade Evangélique du Canada-Maison d’Espoir de l’Outaouais, et représentant de l’état civil pour le mariage. Nous avions besoin de deux témoins canadiens. J’ai demandé au révérend Jeems de les trouver parmi les hommes qu’il avait déjà mariés. Nous avons correspondu par courriels avec eux. Le choix de la date de notre mariage correspondant à la semaine des fêtes de fin d’année, nous ne pouvions pas obtenir la chapelle de notre choix pour la cérémonie.

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Patrick, 54 ans, Argentan (Orne)

Col de Fenestre  (9)

L’histoire commence en juillet 1982. Je débarque à Argentan, dans l’Orne, avec ma femme et mes deux petites filles. Argentan est mon premier poste à la SNCF, et je ne connais personne, ni même la région. Accueil sympa de la plupart des collègues et, petit à petit, au fil des mois, je fais connaissance des un-e-s et des autres, des fils d’amitié se nouent… L’un des collègues est particulièrement intéressant. On est toujours d’accord sur tout (le travail et le reste). sa femme et sa fille de 2 ans se mettent à fréquenter ma famille. Apéritifs, rencontres, balades, quelques week-ends ensemble… et le même plaisir à se retrouver le lundi matin au boulot, tous les deux. Je sens que je suis en train de tomber amoureux, mais, bien sûr, j’ai un grand entraînement pour lutter et refouler tout cela, parce que de toute façon, pour moi, l’autre ne peut pas être homo, par définition. La vie avec un autre gars est invraisemblable car, pour moi, il est impossible de tomber sur un autre homo comme d’expliquer tout cela aux autres (famille, amis, la société…). Ça paraît peut-être incroyable qu’à 28 ans on ait ce genre de choses dans la tête, mais à l’époque, c’était pourtant ma stricte vérité et je vivais avec depuis toujours.

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Bernard, 49 ans, Paris

blog-0601C’était ça, le Palace!

La herse de néons multicolores s’élève dans les cintres du théâtre et laisse apparaître la statue immense du dieu Horus qui verse de ses mains, des flots d’hystérie dans la salle. Aussitôt, chaque danseur semble à la fois le vénérer et le remercier de cette nuit qui est un moment bouleversant: la fête règne et nous en sommes tout à la fois les acteurs et les témoins. Depuis le balcon, je rejoins le fumoir, je prends une coupe de champagne et je vais m’asseoir. Les bulles dans mon verre ont pris les couleurs de cette fête, et d’où je suis assis, j’aperçois les lumières puis le laser qui s’écrasent sur la fresque de l’allégorie de la Danse. Je me sens heureux. Les musiques sont divines et dans ce paradis assourdissant un garçon me regarde…

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