Bart, 49 ans, Avignon

martin_baby

Les premiers numéros de Têtu, je les ai lus en cachette. Quatorze années plus tard, je l’achète désormais librement à la gare d’Avignon. Il atterrit désormais sur la table basse du salon, avec les journaux et les autres magazines. Et, en plus de cela, ma fille s’enflamme devant «autant de beaux mâles», allant jusqu’à découper leurs photos pour les placarder au-dessus de son lit. Je me révolte et voilà le résultat de ma (r)évolution! Un tel changement est le fruit d’un long chemin, celui d’un père de famille qui élève seul ses enfants et qui, un jour, fatigué de mentir à lui-même et à ses proches, décide de faire son coming out à 48 ans.

Certes, j’étais terrifié ce matin-là. Le spectre d’une rupture définitive avec mes enfants, la douleur que j’allais provoquer… Mon tourment avait assez duré, il fallait se lancer.

Lire le reste de cet article »

Pascal, 45 ans, Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin)

OuaisDésir d’amour

Le destin m’a permis de serrer entre mes bras le garçon idéalisé et, me semblait-il, inaccessible. Il avait 20 ans, j’en avais le double. Il n’a pas fait de cas pour monter dans ma voiture à notre première rencontre. Yanis m’est apparu dans toute sa splendeur de jeune homme, au sourire timide et ravissant. Sa parka et son pantalon de toile beige se mariaient admirablement à ses cheveux châtains éclairés d’épis dorés. Derrière de fines lunettes ovales, des yeux marron à vous faire fondre.

Difficile d’imaginer que ce magnifique éphèbe, incarnation même de la beauté, allait être pour quelques heures à jamais gravé dans ma mémoire.

A sa vue, mon cœur chavira, mon sexe se cabra. Un ange passa, un rêve se matérialisait. Mon corps tout entier réclamait le sien. Notre premier contact : des baisers fougueux et profonds. Sa langue était onctueuse comme une friandise. Je ferai miennes ces quelques lignes de Christophe Honoré: «La douceur des gens, c’est dans la bouche qu’on la ressent. Pas sur les lèvres, non, dedans, je le sais maintenant, le toucher de la langue, voilà, tout est dans la langue…»

Lire le reste de cet article »

Cyrille, 37 ans, Lyon

handsJe sentais un regard sur moi

Un samedi d’avril, je ne travaillais pas. Je décidais quand même de me rendre en centre ville pour me promener. C’était l’un de ces jours où tout vous semble beau. J’avais envi d’un café. Et le café en centre ville c’est forcément au Galion, Place du Marché aux Légumes. Je me dirigeais au fond du café afin de prendre le journal du jour. Je fis demi-tour et revenais vers la vitrine. Je sentais un regard sur moi. Je n’osais pas regarder ce visage et en même temps j’étais attiré comme un aimant. J’avais du mal à résister à l’envie de tourner franchement ma tête et de regarder cette personne. Malheureusement, je m’assaillais de telle façon que je ne voyais que son dos. Tout avait l’air tellement simple et naturel. L’histoire  et les paroles de  Mamie Colombe me revenaient en mémoire: «Si vous sentez qu’il faut oser aller jusqu’au bout, alors allez y! Rien ni personne ne pourra aller à l’encontre de ça!» Je savais que j’allais y aller, mais je ne savais pas encore quand? Une force incroyable m’attirait vers cette personne qui continuait sa conversation avec ses amis. Sa voix était forte  et douce en même temps. Je n’arrivais pas à lire mon journal. Je l’écoutais sans l’écouter et je me disais sans encore l’avoir vraiment vu:

Putain, viens me chercher, viens devant moi si tu l’oses. Putain! Bouge-toi, viens me dire  que c’est moi que tu attendais, que c’est moi que tu cherchais. Putain regarde-moi encore, regarde-moi toujours. Viens là devant moi et embrasse-moi. Oui, embrasse-moi devant tout le monde. Enlève-moi, emmène-moi avec toi loin du monde, loin du bruit. Putain! Viens-là, devant moi, prends-moi par la main et emmène-moi. Putain! Caresse-moi.  Emmène-moi dans ta chambre. Faisons l’amour comme jamais. Love me please, love me. Embrasse-moi, embrasse-moi encore. Viens toucher ma peau, viens toucher mes lèvres, viens toucher mes mains, viens toucher mon corps. Enroule-toi autour de moi, entièrement. Mets tes mains dans les miennes. Putain! Serre-moi, serre-moi fort. Je sais que c’est toi, c’est une évidence. Putain! Touche-moi, je n’attends que ça. Prends mon visage dans tes mains. Putain! Viens, viens! Demande-moi la lune, le flacon, l’ivresse et la chaleur. Demande tout. Je suis prêt. Enfin!

Lire le reste de cet article »

Josselin, 26 ans, Rennes

symmonds-2

J’ai toujours préféré aux voisines les voisins

Ce matin, le soleil perce généreusement entre les arbres du Parc de Pignerolle. Le ciel bleu aidant, je me suis résolu à venir faire quelques foulées pour entamer ce dimanche avec bonne conscience, en plus d’être passé par le bureau de vote. Quelques mètres devant moi, une brochette de trois joggeurs a fait de même. Leurs mollets ne laissent pas de place au doute: ce sont des adeptes réguliers de la torture respiratoire en sous-bois.

Les mollets sont savamment dessinés par l’effort, bien accordés avec les cuisses tout comme leurs bras que les manches courtes laissent découvrir au grand jour. Le bronzage est également de mise, cela va sans dire. On déplorera simplement que les shorts ne soient pas un peu mieux ajustés (le cycliste a parfois du bon ;-) ). Je reste un petit moment derrière le groupe qui a choisi d’adopter une allure très modérée me permettant de les conserver dans mon champ de vision à portée de tir. Pendant quelque temps, je me sens même mu par une énergie insoupçonnée qui me permet de suivre bien plus longuement que je ne l’aurais pensé (comme c’est étonnant…).

Lire le reste de cet article »

Gérald, 44 ans, Berne (Suisse)

Spencer_TunickUn torride été à Berlin, ses bosquets, ses mecs…

Jamais je n’avais vécu autant de nouvelles expériences en si peu de temps.

Loin d’être habituellement volage, j’avais envie d’une parenthèse que ce séjour à Berlin, que je découvrais, allait m’offrir d’autant plus facilement qu’une chaleur moite enrobait la ville qui s’apprêtait à vivre sa Loveparade.

Jamais je n’ai eu autant d’aventures

Certes mon esprit et ma libido étaient disponibles, la chaleur excitante et la densité de beaux mecs impressionnante, mais jamais je n’ai eu autant d’aventures, sans compter les rencontres agréables mais sans suite. Le beau Cubain (qui dansait plus tard sur un char, quelle santé!), dans une chambre d’hôtel au petit matin, le jeune étudiant allemand, d’à peine 18 ans (une vraie petite crevette à la douceur qui n’a d’égal que l’accueil qu’offrait son petit cul quasi vierge et néanmoins musclé, dans un petit parc du quartier chaud de Schöneberg où nous fûmes à peine dérangés par une passante…)… Quels souvenirs! C’était la première fois que je batifolais ainsi dans le gazon entre deux bancs et trois massifs de fleurs.

Mais le sommet interviendra un peu plus tard, après la parade, dans les forêts qui bordent l’Allée du 18 juin, je crois (la fameuse avenue reliant la colonne des victoires à la porte de Brandebourg). Alors que des milliers de fêtards s’amusaient dans les nombreux stands, ma curiosité instinctive m’a incité à aller voir ce qui se passait derrière, dans les bois, d’où arrivaient trop de mecs pour croire qu’ils ne revinssent que de pisser… Et là, ô surprise. Écrire qu’il y avait en coulisses autant de monde que côté cour est certes exagéré mais affirmer qu’on se marchait dessus n’est pas un euphémisme. Ça circulait comme dans les cruisings des back-rooms les plus fréquentés et des cris et chuchotements s’échappaient de chaque bosquet. Dans une obscurité quasi-totale, il était difficile de discerner autre chose que des ombres. Et dans ce labyrinthe de chemins, une silhouette m’est apparue plus intéressante que les autres. Ce fut réciproque puisqu’il usa d’un stratagème pour prendre un chemin qui lui fera croiser le mien, laissant croire au heureux hasard.

Lire le reste de cet article »