Mon père
Mon père et moi ne nous sommes jamais dit je t’aime. Il fut durant toute mon enfance une figure distante, nous ne nous parlions pour ainsi dire jamais. Son peu d’éducation et son absence de culture générale m’ont parfois conduit, moi qui réussissais si bien en classe, à mépriser ce père que je trouvais inculte. Il m’est même arrivé, chose horrible à dire pour un fils, d’avoir honte de lui.
Avec le recul, et connaissant un peu mieux son histoire, je regrette énormément d’être ainsi passé à côté de lui. Il avait perdu son propre père très jeune, au début de la Seconde Guerre mondiale. Fils unique, il a été contraint de quitter l’école à l’âge de 12 ans, en sachant tout juste écrire et compter, pour apprendre un métier manuel et aider sa mère. Ça se passait comme ça, à la campagne, dans les années 1940. cet homme qui n’a pratiquement pas connu de figure paternelle dans sa jeunesse allait avoir quatre enfants qu’il saurait parfaitement élever et qui seraient sa fierté. Car pendant que moi j’avais honte de lui, lui était fier de moi. C’est le jour où j’ai reçu mon diplôme d’ingénieur que j’ai pu voir toute cette fierté dans son regard: lui, simple menuisier qui avait été ouvrier toute sa vie, lui qui avait commencé à travailler si jeune, avait un fils ingénieur. Si le titre n’a rien de très prestigieux de nos jours, ça semblait représenter pour lui une consécration. Deux ans plus tard, une personne mal intentionnée lui annonçait de manière brutale que ce fils dont il était si fier était homosexuel.
Sa réaction fut violente… envers cette personne. À quoi a-t-il pensé, alors? Que savait-il de ces choses-là, lui qui n’avait pratiquement jamais quitté sa campagne limousine? Il ne devait connaître l’homosexualité qu’à travers les caricatures que l’on pouvait voir à la télévision. Il a souffert, c’est certain. Mais, malgré cela, à aucun moment, il n’a envisagé de me fermer sa porte. Il a accepté même s’il ne comprenait pas, tout simplement parce que j’étais, avant tout, son fils. Plus tard, il a accueilli sans aucun problème mon copain, comme il avait accueilli ceux de mes sœurs. Mon père n’a peut-être pas beaucoup connu le sien, mais il a tout compris au rôle de père. Il n’a peut-être pas eu beaucoup d’éducation, mais il pourrait donner des leçons à beaucoup de personnes sur ce qu’est l’amour paternel. Je souhaite à tous les futurs jeunes homos d’avoir un père comme lui. Je leur conseille aussi de ne jamais sous-estimer l’amour qu’un père peut porter à son fils, même s’il ne sait pas le montrer.
Je t’aime papa.
- Par TÊTU |
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Un commentaire
Juste pour te dire que j’avais trouvé ton témoignage très émouvant, et très sincère. Bonne continuation …