David aka AmyWineOURS, 36 ans, Paris

MAGAZINESTout ou rien!

Serais-je si têtu, si je n’étais pas pédé? En tout cas, je déteste qu’on s’organise pour limiter ma liberté, dans la limite de celle d’autrui. Mais alors justement, embrasser mon mari sur la Canebière ou le coller serré aux Halles, est-ce acceptable ? Je suis expansif, visible, le serais-je autant si j’étais hétéro ? Finalement, gays ou hétéros, cela ne doit pas se faire de se rouler des pelles en public. Tant pis, j’ai toujours été un chenapan.

Nous sommes très collés depuis six mois, et je n’ai pas encore entendu la moindre remarque. C’est dingue en fait. Spécial dédicace à ma copine Pumpkin qui s’est pointée en travesti à la foire aux bestiaux! «Je suis arrivée, me suis mise sur le capot et ai commencé mes jeux de jambes! Le Gitan qui tenait la buvette est venu me voir, et m’a payé à boire toute la nuit.»

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Jacques Collard, Paris

soldat01Mon beau déserteur

J’avais 17 ans et j’habitais la banlieue de Bruxelles. Un soir, tard, j’ai raté le dernier tramway qui devait me ramener chez moi. En face de l’arrêt d’autobus se trouvait un bar de nuit. J’y suis entré pour me réchauffer. L’endroit était sinistre, peu de monde, quelques ivrognes. Je me suis installé au bar, à côté d’un jeune homme aux cheveux blonds coupés à ras, avec des yeux bleus étonnés et étonnants. Un Brad Pitt avant l’heure. Je lui ai proposé une bière. Il était américain et s’appelait Bill. Quelques bières plus tard, il s’est mis à pleurer. Il avait déserté de son camp d’occupation en Allemagne, parce qu’il ne voulait pas partir se battre en Corée. Il allait tenter de passer clandestinement en Espagne. Je ne pouvais rien pour lui, sauf le consoler.

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Alex, 20 ans, Sèvres (Hauts-de-Seine)

IMG_8304Ma différence

Depuis quand sais-tu que tu l’es? Auquel ou à laquelle d’entre nous on n’a jamais posé cette question? En ce qui me concerne, on me la pose régulièrement et il m’est souvent arrivé de répondre que je l’ai toujours su. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout à fait exact…

La scène se passe dans un TGV, au retour d’une colo dans l’aveyron. Nicolas, qui vit non loin de chez moi, est là. Plutôt grand avec des lunettes, les cheveux bruns (s’il se reconnaît, qu’il me fasse signe, ça me ferait très plaisir). Il disait de moi que j’étais mature. Nul doute qu’il l’était aussi. Avec le recul, je me dis que peut-être c’est une qualité propre à beaucoup d’homos… Il lit Têtu. Le numéro en question comportait un livret dont le contenu, si mes souvenirs sont bons, donnait quelques indices permettant de savoir si l’on était gay. Je le lui emprunte et tombe sur l’une des pages du livret. J’y apprends que nos rêves nocturnes illustrent notre orientation sexuelle. C’est ce jour-là que j’ai réellement compris que beaucoup de mes rêves étaient occupés par des images d’hommes et que j’étais «différent». Alors oui, le chemin jusqu’à aujourd’hui a été long, très long, mais merci à lui de m’avoir ouvert les yeux et d’avoir fait ressortir mon côté… Têtu.

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Josy, 62 ans, et Christian, 42 ans, Guadeloupe

2604293546_1Notre mariage au Québec

Après dix-sept ans de vie commune dont neuf ans de pacs, nous avons décidé de nous marier. Le canada étant le seul pays acceptant le mariage entre hommes n’ayant pas la nationalité du pays, nous avons débuté nos recherches sur internet en mai 2008. Après quelques refus, je me suis tourné vers le coin du planificateur, un organisateur de mariages, qui a transmis mon courriel au révérend Johanne Bérubé. cette femme pasteur de Québec m’a dirigé vers le révérend Jeems, à Montréal, qui officie pour l’Eglise Croisade Evangélique du Canada-Maison d’Espoir de l’Outaouais, et représentant de l’état civil pour le mariage. Nous avions besoin de deux témoins canadiens. J’ai demandé au révérend Jeems de les trouver parmi les hommes qu’il avait déjà mariés. Nous avons correspondu par courriels avec eux. Le choix de la date de notre mariage correspondant à la semaine des fêtes de fin d’année, nous ne pouvions pas obtenir la chapelle de notre choix pour la cérémonie.

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Fabien, 37 ans, Auxerre

fabien.fregonaLa Déclaration

À quand remonte mon orientation sexuelle? Difficile de le dire, je me pose beaucoup de questions pour lesquelles je n’ai pas de réponses précises. Certainement très loin dans mon enfance. En étais-je conscient? Je me rappelle, gamin, avoir feuilleté (sûrement comme beaucoup) des catalogues de vente par correspondance, et notamment les pages de sous-vêtements masculins. Ensuite, l’adolescence: pas grand-chose à signaler de ce côté-là. Que des expériences hétéros. Après des études (courtes), à 20 ans, je rencontre la jeune femme qui devient ensuite mon épouse et avec qui nous avons deux merveilleux garçons. Mais quelque chose cloche chez moi et je me sens de plus en plus mal. Je ressens de l’attirance pour les hommes. lorsque je croise un couple hétéro, je regarde le garçon et reste indifférent à la fille. Rien ne va plus. Que dois-je faire ? Je doute. Je suis perdu.

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Ilmann Bel, 28 ans, Paris

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Des beurs gays à l’écran

Aujourd’hui, ma vie est monopolisée par un projet né il y a quatre ans, un projet qui a représenté une montagne de travail, mais que j’ai toujours mené avec un énorme plaisir, qui m’a permis de rencontrer des personnes telles que Hugo di Verdura, Rachid Adjane, Karim Hammour, Manuela Marsolle, Myke Wilson ou encore Mehdi Hachémi, qui sont tous devenus de vrais amis. Ce projet, c’est Beurs appart’, une aventure vidéographique, mais surtout humaine. Nous avions évoqué le concept dès ma première rencontre avec Hugo di Verdura, en janvier 2005. comme moi, l’écrivain est fan de séries américaines du style Dynastie ou Desperate Housewives. Nous avons envisagé une série mettant en scène des beurs gays qui s’installent en colocation loin de leurs familles et des traditions, pour vivre leur vie. Nous pensions à une comédie hilarante, qui ne se prenne pas au sérieux, mais avec du fond. On voulait casser les clichés sur les beurs dans le milieu gay, et ceux sur les gays dans le milieu arabe. J’espère que nous avons un peu réussi.

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Bruno, 46 ans, Saint-Martin-de-Pallières (Var)

Bruno, 46 ans, Saint-Martin-de-Pallières (Var)Un village transformé

On a l’habitude de dire que l’homophobie est particulièrement présente dans les villages français. Je crois que mon expérience montre que ce n’est pas pire qu’ailleurs. On peut même avoir, parfois, de bonnes surprises.

J’ai rencontré Anthony en mai dernier. Ça a été le coup de foudre. J’habitais alors une ville moyenne du sud de la France. J’occupais un poste au service contentieux d’une banque. Quelques semaines plus tard, j’ai tout plaqué et je me suis retrouvé, à 46 ans, à faire l’accueil et le service dans un restaurant épicerie à Saint-Martin-de-Pallières, un village du var d’environ 350 habitants. L’établissement est tenu par la mère d’Anthony. De son côté, il l’aide à tout gérer.

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Sarah, 23 ans, Paris

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Ma première gay pride

J’ai 23 ans. Cela ne fait que deux ans que j’assume entièrement mon lesbianisme. Tout le monde autour de moi est au courant. Je n’en fais plus une annonce désormais, les nouvelles rencontres s’en rendent compte d’elles-mêmes. Je trouve cela plus cohérent.

Cette année, je suis allée à ma première gay pride, à paris.

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Valentin, 17 ans, Lille

Valentin, 17 ans, Lille«Papa, Maman

Je ne sais pas trop comment vous annoncer ça… C’est difficile pour moi de le dire, de m’assumer. J’aimerais dire tout ce que j’ai sur le cœur, mais c’est trop dur pour moi, car je m’énerverais sûrement… Alors c’est pour ça que j’écris. J’aurais aimé vous l’annoncer de vive voix, mais je suis terrorisé. Je pense qu’il est temps pour moi de faire le «grand saut», car je pense que mon manque de confiance en moi vient de là…

J’ai maintenant 16 ans et demi, et comme vous le savez, je ne vais plus très bien depuis le mois d’avril… Les grandes vacances ont été magnifiques, merci.

Lors de ma «petite déprime», nous avons beaucoup parlé de la danse, que je voulais peut-être arrêter, mais je me suis rendu compte que ce n’était pas ça la vraie cause de mes problèmes… Comme vous le savez, c’est à mon âge qu’on se cherche, physiquement, psychologiquement et sexuellement (vous êtes passés par là). C’est aussi à cet âge que commence la crise d’adolescence et je pense qu’elle ne m’a pas beaucoup aidé. Comme je le disais, j’ai peur, peur de le dire, peur de votre réaction, peur de vous décevoir, peur de vous faire honte…

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Patrick, 54 ans, Argentan (Orne)

Col de Fenestre  (9)

L’histoire commence en juillet 1982. Je débarque à Argentan, dans l’Orne, avec ma femme et mes deux petites filles. Argentan est mon premier poste à la SNCF, et je ne connais personne, ni même la région. Accueil sympa de la plupart des collègues et, petit à petit, au fil des mois, je fais connaissance des un-e-s et des autres, des fils d’amitié se nouent… L’un des collègues est particulièrement intéressant. On est toujours d’accord sur tout (le travail et le reste). sa femme et sa fille de 2 ans se mettent à fréquenter ma famille. Apéritifs, rencontres, balades, quelques week-ends ensemble… et le même plaisir à se retrouver le lundi matin au boulot, tous les deux. Je sens que je suis en train de tomber amoureux, mais, bien sûr, j’ai un grand entraînement pour lutter et refouler tout cela, parce que de toute façon, pour moi, l’autre ne peut pas être homo, par définition. La vie avec un autre gars est invraisemblable car, pour moi, il est impossible de tomber sur un autre homo comme d’expliquer tout cela aux autres (famille, amis, la société…). Ça paraît peut-être incroyable qu’à 28 ans on ait ce genre de choses dans la tête, mais à l’époque, c’était pourtant ma stricte vérité et je vivais avec depuis toujours.

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