Vincent Nicolas, 27 ans, Montreuil (Seine-Saint-Denis)

Vincent Nicolas, 27 ans, MontreuilJ’ai 20 ans, j’habite chez mes parents. Je ne leur parle plus depuis 1 an. Je suis gay. Les vacances d’été arrivent, je reste à Versailles pour travailler et me faire de l’argent de poche. Mes parents partent en vacances. Le jour qui suit leur départ je leur envoie une lettre:

«C’est parfois très imprudent de dire aux gens  ce qu’ils n’ont pas envie de savoir. Ce que vous voulez savoir, vous le savez depuis longtemps, inconsciemment. Maman tu l’as toujours su, mais quoi de plus normal que de refuser ce mode de vie. On ne veut rien voir, il vaut mieux faire semblant et attendre.

OUI JE SUIS HOMOSEXUEL.

Ne vous posez pas de question, ne culpabilisez pas et surtout ne déprimez pas. J’ai arrêté de réfléchir sur ma sexualité pour pouvoir vivre, normalement, de mes envies, de tout ce qui est moi et de tout ce qui m’appartient. J’ai détesté l’idée d’être homosexuel, mais je me faisais à chaque fois un peu plus mal. J’ai voulu vous épargner, mais maintenant le vent a tourné, ce n’est plus à moi de faire des efforts. C’est aux autres de s’adapter à la situation telle qu’elle est ou bien de fermer les yeux pour toujours.

Je n’ai jamais pu vivre complètement auprès de vous et ne le pourrais probablement jamais. Ma liberté est ailleurs. Vous comprendrez certainement mieux mes besoins d’indépendance qui sont encore plus vrais aujourd’hui. J’ai eu des idées destructrices puisque rien ne me faisait correspondre à votre idéal. La perfection que vous m’imposez m’est inaccessible. Il faut tout simplement motiver ses enfants à leur propre échelle.

Maintenant vous savez tout, même si cela vous dégoûte. Je suis prêt pour n’importe quelle situation, je n’attends ni mépris, ni pitié de votre part. Sachez que votre regard réprobateur ne changera rien. Je suis, maintenant, intérieurement indépendant. J’ai appris la plus grande chose: n’écouter que soi, n’avoir confiance qu’en soi, et ne laisser personne avoir la moindre influence sur le chemin de sa vie. Pas même ses propres parents.

Maman, j’ai très tôt rejeté tes gestes affectifs qui m’ont tellement manqué par la suite. Je voulais que l’on se détache très tôt, car je savais qu’un jour je te décevrais énormément. Toi, papa, un mur invisible nous a toujours séparé.

Mon homosexualité n’est ni un bref passage, ni une maladie, ni une défaillance mentale, ni une anormalité, ni le mal, mais juste une façon de vivre ma sexualité. Elle ne vous convient peut-être pas, je ne réclame pas votre approbation.

Ce que je vous dis aujourd’hui me sert à  vivre pleinement, pour pouvoir profiter de la vie comme je ne l’ai jamais fait. Il faut avoir toutes les chances de son côté pour réussir. Je veux simplement vivre comme je suis. J’ai fait tous les efforts pour lutter et nier tout ce qui m’embêtait, tout ce qui ne correspondait pas à une norme.

J’ai finalement appris à vivre comme j’étais.

«La vérité, ils veulent tous la vérité, surtout ceux qui vous aiment, mais comment leur dire s’ils n’en supportent pas l’éclat»

Ne m’en voulez pas si je suis comme ça.

Votre fils, Vincent.»

Mes parents sont rentrés dans les 24h qui ont suivi la réception de ce courrier. Nous avons été obligés de communiquer. Un calvaire. J’en suis venu aux mains avec mon propre père. Chose impensable. Puis a commencé une longue période d’observation, de compréhension et d’écoute. 2 ans de travail pour expliquer, montrer, démontrer que j’étais un garçon comme les autres: Des rêves, des envies, des angoisses, des besoins, des rires, des peines, des joies…. la vie quoi.

Je n’ai réellement connu mon père qu’à l’âge de 20 ans, après mon coming out. Il aura fallu attendre toutes ces années pour que nos chemins se croisent et se comprennent. Il finira par m’écrire une longue lettre terminant par: «Vincent, je t’aime a en pleurer.»

C’est à ce moment-là que nous découvrons que mon père a un cancer. Ma mère et moi l’accompagnerons pendant ses 2 années de traitement. Il décédera.

Je pense que mon coming out a été douloureux pour mes parents et pour moi.

Certains coming out sont probablement plus difficiles que le mien, mais je ne regrette vraiment pas de l’avoir fait. Cela m’a permis de découvrir et de connaître mon père tellement absent auparavant. Il aurait été insupportable qu’il parte sans qu’il sache qui je suis.

Pour ceux qui veulent échanger: vinfromparis@hotmail.fr

3 commentaires

tu m’a fait pleurer .je n’ai jamais pu ou eu le courage d’avoir écrit une telle lettre .et pourtant elle colle au mot près à ma situation de jadis .de ne pas l’avoir fait j’en souffre et souffrirais jusqu’à mon dernier souffle.marié par obligation ,un père me donnant pas le choix ,personne autour pour m’aider .ma femme est super gentille ,elle sait .je pars souvent pour vivre des bribes de vie gay ,trop de petit morceau .je me suis perdu dans ce puzzle .à 52 ans tout est trop tard ,plus le courage ,plus l’espoir de trouver la paix avec soi ..
bonne route à toi et sache que ta lettre sera publié sur mon site cela peut aider des mecs dans la même situation que toi .un grand merci…

Écrit par keyouest le 24 novembre 2009 à 17:22

J’ais été très toucher par ton histoire de c out
Moi aussi j’ais eu le même soucis au début bon j’ais 39a j’ais eu le même soucis a 18 a ma mère a découvert un mot doux d’un mec dans ma poche de jeans, pareil les pleurs etc…après y a eu l’armée mais en sortant j’étais bizarrement plutôt bi/hetero et je ramener beaucoup de fille a la maison mais je voyer aussi des mecs en lousdé puis en 1994 j’ais rencontrer ma moitie(je ne le savais pas au début) ! et vu que cela perdurais j’ais assumer et expliquer la situation petit a petit à mes parents et au jour d’aujourd’hui nous somme pacse et mes parents ont accepter la situation et nous avons construit quelque chose ensemble de concret et nous somme heureux
Tu vois laisse leurs le temps de digérer puis avec le temps si tes parents ils t’aime vraiment il t’accepterons comme tu ais
Et surtout ne gâche pas ta vie mec ! profite de ta jeunesse pour assouvir tes fantasmes certes ! mais garde une ligne directrice qui dois d’emmener à construire ta vie avec ton homme car avec le temps les homo sont seul et reste seul sans amour ! car l’amour reste contrairement au coup de b… çà reste et puis pour que tes parents n’est plus de doute sur toi et qu’il puissent être fière de toi et être sur que tu sois heureux.

Les homos sont considérer la plupart du temps comme des p…. pour les bi et les hétérosexuel mais c’est tout !
Ont est là pour assouvir leurs fantasmes , mais en realite il ne seront jamais se que toi tu est !

alors bon courage a toi mec tu as du pain sur la planche !!

sorry pour les fautes !!!
laurent

Écrit par loulou le 24 novembre 2009 à 18:37

Cette lettre m’a beaucoup touchée,
Quelle maturité, quel cataclysme dans une vie. Quel courage surtout !
J’admire ce que tu as fait.
Je suis très heureuse d’être toujours surprise et émue par toi ! Quel bonheur de t’avoir comme ami
A bientôt

Écrit par laure le 17 février 2010 à 10:20

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