J’ai eu 18 ans en 1997, jusqu’alors je pensais être tout à fait dans la norme: plusieurs flirts hétéros durant l’adolescence, j’ai même eu une copine pendant deux ans avec laquelle quelques moments intimes ont été partagés (essais, tentatives de… mais on n’était pas compatibles!), puis en avril 1997, cette relation a pris fin. Quelques mois se sont écoulés, les derniers de l’année scolaire, année du baccalauréat.
J’ai vu cette lueur chez cet inconnu…
Le 1er juillet, je prenais mon service dans ma fonction estivale qui allait durer un mois. J’étais en charge des espaces verts pour le compte de ma municipalité au sein d’une résidence de personnes âgées. Arrivé avec quelques minutes d’avance, comme à mon habitude, j’ai fait connaissance de mes supérieurs qui commencèrent à m’expliquer mes tâches, mais sans trop vouloir en dire, car ils attendaient l’arrivée d’un autre saisonnier et voulaient s’éviter les redites. À l’heure dite, la porte s’est ouverte et j’ai vu des yeux… J’ai vu cette lueur chez cet inconnu, je n’ai pas quitté ses yeux jusqu’à ce qu’ils me dépassent… Et là, c’est sur une partie qu’on souhaite souvent douce que mon regard s’est posé… Un petit fessier sympathique pour une heure si matinale.
Ces yeux et ces fesses, que je désirais ainsi pour la première fois de mon existence, étaient celles d’un homme… La fin du lycée m’aurait-t-elle donné des ailes??
On a vite fait connaissance avec ce collègue saisonnier, on vivait dans la même ville, pas très loin l’un de l’autre. J’avais 18 ans, j’étais beau comme un enfant, fort comme un homme, et lui de ses 24 ans m’impressionnait. Il s’appelle Tony. Le soir même, Tony allait donner son sang, ce qu’il faisait depuis de nombreuses années. J’avais toujours voulu le faire, je l’ai donc suivi. On a donné notre sang puis je l’ai invité à partager une cigarette étrange dans la maison de mes parents qui étaient habitués à ce que je reçoive des amis dans ma chambre.
Deuxième jour de travail, deuxième soirée à la maison, troisième soirée de travail, troisième soirée à la maison. La quatrième soirée, le vendredi, fut toute autre. Tony participait durant ce même week-end aux «jeux des cantons» espèce d’Intervilles local, et m’avait demandé si je souhaitais y participer et me joindre à son équipe, ce à quoi j’avais évidemment répondu «oui». Vendredi était donc l’ouverture officielle de cette manifestation et la soirée sponsorisée par un apéritif anisé du Sud fut bien arrosée.
Nous n’avions jamais eu de relation homo
Après avoir bu jusqu’à plus soif, après avoir participé à toutes les chorégraphies des girls et boys bands de l’époque que nous passait le DJ, la soirée est arrivée à son terme. Enfin, la soirée organisée… Car nous, nous n’avions pas envie de nous quitter si tôt… J’ai suivi Tony jusqu’aux bords du Grand Large, un lac partagé entre plusieurs communes des environs de Lyon qui était un peu le fief de tous les banlieusards que nous étions. Nous parlions de tout, de rien, assis dans la 205 blanche (mon prince des temps modernes est arrivé sur ses six chevaux blancs?)… Ça a duré, duré… On parlait de tout de rien, en toute innocence, enfin, presque… Innocence dont je doute lorsque nous avons évoqué la possibilité pour l’un comme pour l’autre d’avoir une expérience homosexuelle… Nous n’avions jamais eu, ni l’un, ni l’autre, de relation homo, mais n’y étions pas fermés… Le temps passait, le jour allait poindre. Tony me proposa alors de dormir dans sa chambre, chez ses parents. J’ai accepté. Il a installé mon coin lit, on discutait encore, encore… On tournait autour du pot… Les oiseaux chantaient quand je lui ai dit que s’il ne venait pas maintenant, il ne se passerait rien, que j’étais trop terrorisé pour venir moi-même à sa rencontre. Tony est venu. Nous avons fait la première fois l’amour.
Nous avons ensuite mis à profit notre job pour pratiquer dans de multiples recoins de notre lieu de travail, mais toujours à l’abri des regards, de petites expériences fort amusantes et excitantes ! La cave à outils était assez chargée en testostérone, semblait-il…
Le mois de travail s’est ainsi achevé avec une constante, Tony et moi ne nous quittions plus…déjà.
Leur faire accepter que nous n’avons pas changé…
Nous sommes partis fin août pour nos premières vacances ensemble, direction Lloret de Mar sur la Costa Brava. Cette semaine sans nous quitter nous a conforté dans notre relation. Nous avons passé une excellente semaine. Hélas, le temps file et la rentrée apporta son lot de complications. Tony devait intégrer son poste d’objecteur de conscience, moi je commençais la fac et mon premier job d’étudiant en restauration rapide. Et nos amis se posaient des questions, nos familles aussi. C’est là que commença le drame psychologique de tous les jeunes qui apprennent à s’accepter… La difficile acceptation par notre entourage de qui nous sommes. Surtout leur faire accepter que nous n’avons pas changé, nous sommes restés les mêmes, cette vérité ne change pas l’homme que nous sommes. Il faut qu’ils l’entendent tous.
C’est une première année d’apprentissage de ma nouvelle condition d’être humain hors des normes qui s’annonçait… À moi d’en tirer les leçons, les expériences. J’ai perdu au passage quelques amitiés. J’ai aussi appris que les mots font mal, les mots blessent davantage que les coups. Mais j’avais à mes côtés ce petit être qui, déjà, avait envahi mon cœur. Notre belle aventure aura duré presque dix ans, et même si nos chemins se sont séparés, l’amour de cet homme m’aura construit dans cette identité de gay à laquelle je ne peux nier appartenir autant que je ne peux nier mon éducation.
J’accepte toujours difficilement les injustices à notre encontre
Aujourd’hui, je m’assume dans ma condition de gay, je me suis construit face à une société dure envers notre communauté et j’accepte toujours difficilement les injustices à notre encontre, les injures, les violences de tout genre. Je suis lucide et le combat pour la tolérance est loin d’être terminé. Malheureusement, je crois que nous devrions balayer devant nos portes. Dans notre propre communauté aussi l’intolérance est reine.
Mais la constante dans tout ça, c’est Têtu! Il était là à chacune des étapes de mon histoire, et l’est toujours. Je pourrais aussi raconter mon histoire d’amour avec Têtu… Du jour où je l’ai demandé courageusement au buraliste à aujourd’hui ou le facteur glisse le nouveau numéro dans ma boîte à lettres chaque mois, du chemin a été parcouru! Fini de chercher mon Têtu à côté des magazines pornos, il s’affiche en grand, même une petite ville comme Bourg-en-Bresse, Têtu s’affiche sur les devantures des points presse! Têtu partenaire et témoin de la cause de la tolérance, vers le chemin de l’indifférence. Restons Têtu!
- Par TÊTU |
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2 commentaires
Je suis en Argentine pour deux semaines, mon pote Vincent m’a laissé Têtu en partant (lui n’avait q’une semaine de congés), je bouquinais quand j’ai vu que Têtu avait un site, je m’y connecte donc, pour la première fois.
Et je tombe presque tout de suite sur l’article d’un mec de Bourg, 30 ans. Je le lis de bout en bout. Une bien belle histoire, dans une ville ou la vie gaie n’a pas toujours de belles histoires à raconter.
Jérôme, 32 ans, Bourg en Bresse…
Ton histoire, Alexandre, réchauffe le cœur. Tu incarnes – c’est ta vie – qu’il est impossible d’être sincère en amour, ou dans n’importe quelle relation, avant de l’être avec soi-même. Tu es capable de t’ouvrir. Tu refuses les discriminations, les cases, les sectarismes, les jugements. Tu acceptes celui que tu es, et fais don de ta sincérité, de ta vérité : en te respectant – en reconnaissant tes sentiments comme ton être d’abord en toi –, tu ne fais pas un vil don à celui que tu aimes, tu lui fais un beau cadeau, toi intègre et entier : et c’est pour lui. (Est-ce bien “la santé” d’offrir celui dont on a honte, soi, – par homophobie intériorisée – à celui que l’on croit aimer, et qu’on implore à genoux d’accepter celui qu’on méprise ?) L’être aimé par celui qui aime vraiment, et s’aime aussi dans l’épanouissement qu’est le don déjà précieux de soi, ressent la sincérité, reçoit la générosité du vrai don, et se sait aimé. Deux êtres qui n’ont pas honte d’eux, et d’aimer, éprouvent d’emblée l’amour vrai de l’autre. C’est immédiat, épanouissant. Ils s’emplissent splendides de leur amour, l’un l’autre, qui croît de leur vraie générosité. Sans l’acceptation, sans la générosité, le don de soi qui converge à vous remplir, l’amour n’est qu’un faux-semblant et un faux-fuyant, une convention bancale qui enserre le cœur, et souvent se casse la gueule. Les cyniques et les hypocrites sont les vrais naïfs (et sont des lâches qui se croient forts en manipulant) ; à un moindre degré la honte de soi enferme dans une prison également vaine, inutile : voilà bien du temps perdu, un beau gâchis de soi et de tous. – La sincérité à soi et aux autres, qui est le vrai courage, libère, ouvre les portes du cœur : des cœurs libres d’aimer, des cœurs aimants. Merci de partager ici ta vie avec nous aussi, lecteurs, et plein de bonheur pour ta vie belle et tes amours.