
Maman,
D’habitude, nous discutons autour d’un verre ou d’un bon repas, nous nous téléphonons régulièrement pour prendre de nos nouvelles respectives. Si je t’écris aujourd’hui, c’est pour te dire un mot tout simple: merci!
On peut dire que la vie ne t’a pas fait que des cadeaux mais pourtant, mes frères, ma sœur et moi n’avons jamais manqué de rien, même dans les moments plus difficiles. Je pense notamment à la période de notre adolescence où tu étais au chômage, où tu devais payer seule la maison après le divorce, cette période pendant laquelle tu t’es saignée pour nous offrir, malgré tout, le meilleur! Nous n’avons jamais manqué d’amour et tu as pu nous inculquer la valeur toute relative des choses et de l’argent. Je suis admiratif et impressionné par tout ce que tu as construit au fil des ans.
Mais il y a plus encore, si je t’écris aujourd’hui, c’est avant tout pour te remercier de ton amour, de ton acceptation de l’autre (et donc de moi) dans sa différence. J’avais 20 ans et, à la recherche de mon identité, j’étais au plus mal. Se rendre compte de son homosexualité, s’accepter différent dans notre société strictement codifiée et marquée par une tradition judéo-chrétienne pesante n’est pas une chose aisée. Mais la peur de décevoir ses propres parents, d’être rejeté, est probablement ce qui a causé le plus de tumultes dans mon for intérieur… J’étais torturé, dépressif. J’aurais dû avoir plus confiance en toi, toi qui depuis la naissance de mon frère aîné – qui, dans sa tête, restera toute sa vie un petit garçon de 5 ans – est confrontée à la différence et à ses conséquences lisibles dans le regard des autres. Tu m’as alors invité au restaurant. Au fond de moi, je savais que cette soirée serait spéciale, qu’il se passerait quelque chose entre nous, que je serais vrai pour la première fois envers quelqu’un d’autre. Je n’ai même pas eu à respirer un grand coup avant de te présenter le «nouveau moi». C’est toi qui me la présenté! Tu m’as dit: «Nicolas, tu es mon fils et tu le resteras toute la vie, quels que soient tes choix! Je voulais te dire que le jour où tu auras un petit copain, il sera le bienvenu à la maison, au même titre que le copain de ta sœur ou la copine de ton frère… Je pense qu’inconsciemment, je sais que tu es gay depuis que tu es tout petit… C’est sûr que j’aurais préféré qu’un jour tu te maries… C’est très difficile pour moi, mais j’accepte de faire le chemin avec toi…» Les larmes ont alors rafraîchi la soirée.
Tu ne t’en es peut-être pas rendu compte mais ce jour-là, tu m’as donné naissance une seconde fois, tu m’as permis d’être moi-même, de m’accepter, de me faire accepter, de m’assumer.
Merci pour ton amour, merci d’être toi.
Je t’aime,
Nicolas
- Par TÊTU |
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8 commentaires
C’est un très beau texte. Merci à toi, Nicolas, de nous avoir fait partager cet instant si fort, si intime, de ton existence.
Slt Nicolas,en lisant cet article touchant,je t’ai trop envié d’avoir qqn aussi ouvert d’esprit,compréhensif et tolérant,surtout quand il s’agit de ta chère maman!Je suis heureux du fond du coeur pour toi,mais je me demande si jamais j’aurais qqn aussi compréhensif que ta mère dans ma vie.En l’affût,je reste,malheureusement,toujours dans le placard(in the closet!)
Je te souahite tout le bonheur et la réussite du monde.Merci d’avoir partagé ce moment décisif dans ta vie!
Mido du MAROC
Gloups !
Ca me rappelle étrangement quelque chose …
tres touchant, j’en ai les larmes aux yeux (reel) tu as beaucoup de chance bien du bonheur a toi
C’est une très belle lettre, j’avais la gorge nouée à la fin tellement ça m’a ému! Gros bisous!
Cyrielle
btw, super belle photo!
ce sont les mêmes mots qu’a prononcés mon père: “c’est très difficile pour moi, mais je t’aime toujours autant et je serai là quand tu en auras besoin”. J’ai longtemps cherché à discerner ce qu’il pouvait ressentir, à le protéger. impossible.
Ces mots, tes mots, j’aurais pu les écrire. Ces larmes, les larmes qui ont vu ta “renaissance”, sont aussi les miennes puisque j’ai vécu un peu la même histoire.
Je lui dois tout, à ma maman, ce que je suis aujourd’hui, l’homme que je suis devenu malgré cette mélancolie qui m’a étreinte pendant si longtemps, malgré les doutes qui m’ont tourmenté et aliéné à l’incompréhension de moi, malgré mes débordements lyriques de poète inanimé…
Elle m’a donné la vie, elle m’a aussi délivré de mes peurs, de mes doutes et de mon indicible perte de moi-même. Elle m’a ainsi redonné la vie en m’offrant l’espoir, l’incroyable bonheur – même éphémère – qu’il existe un possible. Mon coming-out a été non pas libérateur car dévastateur de par la culpabilité et les souffrances que je pensais lui infliger…la route a été longue mais nous n’avons jamais été aussi proches au fil de ces années.
Merci pour ce touchant témoignage, il m’a fait du bien…