Stéphane, 34 ans, Bordeaux

Youngblood

Frères de glace

Un soir d’octobre, l’an dernier, à la patinoire de bordeaux. Le comité directeur du club de hockey sur glace se termine. Les sentiments se mélangent dans ma tête, je suis à la fois heureux et nostalgique. Je me demande ce que Stéphane serait en train de faire, en ce moment précis. Serait-il sur la glace, avec l’équipe professionnelle, pour l’entraînement? Où à la maison, avec Jordi, mon fils, notre fils? Le président me sort de mes pensées. «Pour l’apéro, c’est ta tournée!» Mon élection comme numéro 2 du club va me coûter cher. Je me sens bien avec mes collègues dirigeants, j’ai toujours pu évoluer dans le club malgré ma différence, dans un milieu – le sport de haut niveau – d’ordinaire homophobe, ou en tout cas peu ouvert à l’homosexualité. L’entraînement se termine, nous sortons. Sur la même glace, dans le même club, des années plus tôt, j’ai connu tant de joies. Quelquefois aussi, des heures plus sombres…

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Géraud, 17 ans, Belgique

Sur les traces de Christopher

J’ai 17 ans, et jusqu’à ces vacances d’été, je n’avais parlé à personne de mon homosexualité. Là, je l’ai dit à mes meilleurs amis et ensuite, à l’occasion de Mon Incroyable Fiancé, je l’ai dit à ma mère et à ma sœur.

Le soir de la diffusion du dernier épisode de l’émission, j’étais dans le salon avec ma mère. J’avais déjà eu envie, depuis quelque temps, de lui avouer ma sexualité. Quand mon père était en vie, cela ne me serait jamais venu à l’esprit de dire quoi que ce soit. Il avait toujours des propos méchants à ce sujet. C’était quelqu’un de bien, mais il était alcoolique, et l’ambiance à la maison, c’était pas toujours ça… Il s’est suicidé, il y a deux ans et depuis, je vis avec ma mère et ma sœur. À un certain moment de l’émission, quand Christopher parlait du coming out et de son importance, ma mère s’est tournée vers moi et m’a regardé avec des yeux qui voulaient dire: «Tu as entendu? Tu as bien compris? Alors, n’hésite pas!» dans ma tête, il était temps, c’était décidé, j’allais lui dire… J’avais malgré tout la trouille. Et plus le temps passait et la fin de l’épisode approchait, plus une boule grossissait en moi. Il était temps que j’y mette un terme. Mais quand je me suis retourné vers ma mère, ma sœur est arrivée et s’est installée avec nous. Mon enthousiasme est retombé d’un coup. J’attendais qu’elle parte, mais elle restait. Je suis finalement parti me coucher.

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David, 36 ans, Guadeloupe

daniel guichard - mon vieuxMon père

Mon père et moi ne nous sommes jamais dit je t’aime. Il fut durant toute mon enfance une figure distante, nous ne nous parlions pour ainsi dire jamais. Son peu d’éducation et son absence de culture générale m’ont parfois conduit, moi qui réussissais si bien en classe, à mépriser ce père que je trouvais inculte. Il m’est même arrivé, chose horrible à dire pour un fils, d’avoir honte de lui.

Avec le recul,  et connaissant un peu mieux son histoire, je regrette énormément d’être ainsi passé à côté de lui. Il avait perdu son propre père très jeune, au début de la Seconde Guerre mondiale. Fils unique, il a été contraint de quitter l’école à l’âge de 12 ans, en sachant tout juste écrire et compter, pour apprendre un métier manuel et aider sa mère. Ça se passait comme ça, à la campagne, dans les années 1940. cet homme qui n’a pratiquement pas connu de figure paternelle dans sa jeunesse allait avoir quatre enfants qu’il saurait parfaitement élever et qui seraient sa fierté. Car pendant que moi j’avais honte de lui, lui était fier de moi. C’est le jour où j’ai reçu mon diplôme d’ingénieur que j’ai pu voir toute cette fierté dans son regard: lui, simple menuisier qui avait été ouvrier toute sa vie, lui qui avait commencé à travailler si jeune, avait un fils ingénieur. Si le titre n’a rien de très prestigieux de nos jours, ça semblait représenter pour lui une consécration. Deux ans plus tard, une personne mal intentionnée lui annonçait de manière brutale que ce fils dont il était si fier était homosexuel.

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Xavier, 27 ans, Bruxelles

CocktailL’ange gardien

J’ai 15 ans. Mon beau-père se fait opérer d’un cancer à l’estomac. Des journées sombres, il se venge de sa souffrance sur moi, ma mère n’intervient pas, elle regarde, un verre à la main… Je fais mon coming out au coin de notre petite table dans la cuisine, elle m’entend, mais ne se retourne pas et continue de laver sa salade. Les mois passent et se ressemblent: confrontation, chaque soir, avec mon beau-père. Et puis, le clash. Il m’attrape à la gorge: «Pas de tapette sous mon toit!» Je suis à un carrefour: je regarde au loin ma mère continuer son chemin, me laissant là, assis au croisement de ces chemins sombres.

Mes bagages sont faits. Je pars. Ma mère passe la soirée avec des amies. J’arrive devant chez moi, je suis dans la camionnette d’un ami, je sonne à la porte et lui dis: «Voilà…» elle ne répond rien, elle comprend, me laisse passer la porte et emporter ma vie avec moi. Je n’ai plus de repères, je loge dans un petit studio payé par un ami… Bien plus qu’un ami, un gardien. Il me rapporte des caisses de biscuits d’un centre de transfusion de la Croix-Rouge pour que je puisse manger et me fait de la viande deux fois par semaine.

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David aka AmyWineOURS, 36 ans, Paris

MAGAZINESTout ou rien!

Serais-je si têtu, si je n’étais pas pédé? En tout cas, je déteste qu’on s’organise pour limiter ma liberté, dans la limite de celle d’autrui. Mais alors justement, embrasser mon mari sur la Canebière ou le coller serré aux Halles, est-ce acceptable ? Je suis expansif, visible, le serais-je autant si j’étais hétéro ? Finalement, gays ou hétéros, cela ne doit pas se faire de se rouler des pelles en public. Tant pis, j’ai toujours été un chenapan.

Nous sommes très collés depuis six mois, et je n’ai pas encore entendu la moindre remarque. C’est dingue en fait. Spécial dédicace à ma copine Pumpkin qui s’est pointée en travesti à la foire aux bestiaux! «Je suis arrivée, me suis mise sur le capot et ai commencé mes jeux de jambes! Le Gitan qui tenait la buvette est venu me voir, et m’a payé à boire toute la nuit.»

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Michaela, 33 ans, Paris

DyingÀ toi, à Act Up

1994. Il s’appelait Bernard. Il avait 38 ans, moi seulement 18. On s’est rencontrés dans une école maternelle, lui instituteur, moi progéniture d’une de ses collègues. Cynique, drôle, charmant et tellement gay. Premiers échanges, tu me mets en boîte, tu as raison, je suis terriblement sage, pas un mot de travers et des vêtements qui ne font pas un seul pli. Ton irrévérence me séduit. Je ne connais pas encore bien le monde dans lequel tu évolues, je viens d’une planète très protégée où le coton est roi. L’alchimie est là, et peu à peu un lien très fort se tisse entre nous. On a hâte de se retrouver. Je viens te chercher à la sortie de l’école, un livre ou un éclair au chocolat à la main. On sait que le temps est contre nous. Transmets-moi tout ce que tu peux, j’aime ce que tu es. Les mots à la bouche (une librairie) sont comme une seconde maison pour nous. Je connais déjà bien l’œuvre d’Hervé Guibert, tu m’ouvres les yeux sur celle d’Hocquenghem et de Mishima.

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Jacques Collard, Paris

soldat01Mon beau déserteur

J’avais 17 ans et j’habitais la banlieue de Bruxelles. Un soir, tard, j’ai raté le dernier tramway qui devait me ramener chez moi. En face de l’arrêt d’autobus se trouvait un bar de nuit. J’y suis entré pour me réchauffer. L’endroit était sinistre, peu de monde, quelques ivrognes. Je me suis installé au bar, à côté d’un jeune homme aux cheveux blonds coupés à ras, avec des yeux bleus étonnés et étonnants. Un Brad Pitt avant l’heure. Je lui ai proposé une bière. Il était américain et s’appelait Bill. Quelques bières plus tard, il s’est mis à pleurer. Il avait déserté de son camp d’occupation en Allemagne, parce qu’il ne voulait pas partir se battre en Corée. Il allait tenter de passer clandestinement en Espagne. Je ne pouvais rien pour lui, sauf le consoler.

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Alex, 20 ans, Sèvres (Hauts-de-Seine)

IMG_8304Ma différence

Depuis quand sais-tu que tu l’es? Auquel ou à laquelle d’entre nous on n’a jamais posé cette question? En ce qui me concerne, on me la pose régulièrement et il m’est souvent arrivé de répondre que je l’ai toujours su. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout à fait exact…

La scène se passe dans un TGV, au retour d’une colo dans l’aveyron. Nicolas, qui vit non loin de chez moi, est là. Plutôt grand avec des lunettes, les cheveux bruns (s’il se reconnaît, qu’il me fasse signe, ça me ferait très plaisir). Il disait de moi que j’étais mature. Nul doute qu’il l’était aussi. Avec le recul, je me dis que peut-être c’est une qualité propre à beaucoup d’homos… Il lit Têtu. Le numéro en question comportait un livret dont le contenu, si mes souvenirs sont bons, donnait quelques indices permettant de savoir si l’on était gay. Je le lui emprunte et tombe sur l’une des pages du livret. J’y apprends que nos rêves nocturnes illustrent notre orientation sexuelle. C’est ce jour-là que j’ai réellement compris que beaucoup de mes rêves étaient occupés par des images d’hommes et que j’étais «différent». Alors oui, le chemin jusqu’à aujourd’hui a été long, très long, mais merci à lui de m’avoir ouvert les yeux et d’avoir fait ressortir mon côté… Têtu.

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Josy, 62 ans, et Christian, 42 ans, Guadeloupe

2604293546_1Notre mariage au Québec

Après dix-sept ans de vie commune dont neuf ans de pacs, nous avons décidé de nous marier. Le canada étant le seul pays acceptant le mariage entre hommes n’ayant pas la nationalité du pays, nous avons débuté nos recherches sur internet en mai 2008. Après quelques refus, je me suis tourné vers le coin du planificateur, un organisateur de mariages, qui a transmis mon courriel au révérend Johanne Bérubé. cette femme pasteur de Québec m’a dirigé vers le révérend Jeems, à Montréal, qui officie pour l’Eglise Croisade Evangélique du Canada-Maison d’Espoir de l’Outaouais, et représentant de l’état civil pour le mariage. Nous avions besoin de deux témoins canadiens. J’ai demandé au révérend Jeems de les trouver parmi les hommes qu’il avait déjà mariés. Nous avons correspondu par courriels avec eux. Le choix de la date de notre mariage correspondant à la semaine des fêtes de fin d’année, nous ne pouvions pas obtenir la chapelle de notre choix pour la cérémonie.

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Fabien, 37 ans, Auxerre

fabien.fregonaLa Déclaration

À quand remonte mon orientation sexuelle? Difficile de le dire, je me pose beaucoup de questions pour lesquelles je n’ai pas de réponses précises. Certainement très loin dans mon enfance. En étais-je conscient? Je me rappelle, gamin, avoir feuilleté (sûrement comme beaucoup) des catalogues de vente par correspondance, et notamment les pages de sous-vêtements masculins. Ensuite, l’adolescence: pas grand-chose à signaler de ce côté-là. Que des expériences hétéros. Après des études (courtes), à 20 ans, je rencontre la jeune femme qui devient ensuite mon épouse et avec qui nous avons deux merveilleux garçons. Mais quelque chose cloche chez moi et je me sens de plus en plus mal. Je ressens de l’attirance pour les hommes. lorsque je croise un couple hétéro, je regarde le garçon et reste indifférent à la fille. Rien ne va plus. Que dois-je faire ? Je doute. Je suis perdu.

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