Seb and the City – Sam

machineàecrireJe suis Sébastien, jeune carolomacérien, et auteur de la série Seb and the City: chroniques gay de Charlestown. Le troisième tome est en cours d’écriture et vous pouvez les retrouver sur la page Facebook “Seb and the City”. Il ne s’agit pas d’écrire pour la gloire, ni pour la célébrité, mais tout simplement parce qu’être gay a beau être perçu comme une différence il n’en reste pas moins qu’elle rassemble énormément de personnes et que les chemins que nous devons tous emprunter ne sont pas toujours des routes éclairées mais pour certains des sentiers obscurs, et ce que l’on soit seul ou accompagné. C’est pourquoi il est bon que la lumière soit faite. Tantôt gaies, tantôt tristes, ces chroniques ont aussi pour but de divertir. Alors bonne lecture à toutes et à tous.

Sam -

“Allongé sur son canapé, il n’avait plus la force de se lever. Le cuir bruissait à chacun de ses mouvements et l’empêchait de trouver le sommeil. Rassemblant le peu de courage qui lui restait il attrape ses cigarettes, posées sur la table basse et en alluma une. Plus que de deux heures, pensa-t-il en tirant doucement sur ce qui représentait pour lui un calumet de la paix. En effet le temps lui était toujours compté, et il devait lutter pour un peu de repos, un peu de silence. Le temps c’est de l’argent… Ironiquement il sourit lorsque l’horloge sonna onze coups. Ses minutes, ses heures valaient effectivement de l’argent depuis un an, mais leur prix avait beaucoup augmenté depuis quelques semaines. Il en était finalement fier, comme on l’est lorsque l’on a gravi les échelons un à un à la sueur de son front, à ceci prêt que c’est son corps tout entier qui avait dû transpirer.

Samuel était un prostitué ; pas une une pute de bas étage mais un objet de désir, de luxure et de luxe. Cela avait pris du temps et des sacrifices, cependant il avait déjà perdu ce qui lui était le plus cher, d’une valeur inestimable: son grand amour. Ainsi il était temps que les autres hommes paient.

S’extirpant de ces instants de oisiveté, il se leva pour se diriger vers la douche. L’eau chaude caressa sa peau, embrasa ses sens, au fur et à mesure que ses mains parcouraient son corps, et toute courbature disparut dans un frisson. Les senteurs exotiques qui s’exhalaient tandis que la crème pénétrait ses bras, son torse, ses jambes, le transportèrent un instant loin de cette réalité qu’il avait cherché, dure, insensible, et si tangible, mais vite il revint à lui.

Il fallait choisir la bonne tenue pour le bon client. Quelque chose de gentil en apparence et qui regorgerait cependant de malice, d’ostentation érotique, pour que l’avocat soit, pour leur première séance, enchanté, dérouté et plus que tout excité, puisque plus vite il le serait plus vite il viendrait. Faisons durer le jeu des préliminaires, se dit-il, et abrégeons le reste, sa première heure est indivisible. De nouveau il sourit mais le miroir lui renvoya une image inconnue. Ce visage, cette expression, était-ce vraiment lui? Ce sourire du coin des lèvres, à l’air malsain, s’était-il réellement dessiné ou n’était-ce qu’illusion? La vapeur d’eau se retira petit à petit alors qu’il reprenait ses esprits et dévisageait le miroir. Suis-je vraiment ce que je donne à voir, s’interrogea-t-il. L’illusion parfaite d’une assurance, d’une arrogance, voila ce que ses traits laissaient transparaître.

L’horloge sonna treize heures exactement lorsqu’il sortit de la chambre. L’avocat serait là d’une minute à l’autre. Il ne l’avait jamais vu mais le devinait comme il connaissait ses goûts, ses envies, grâce aux courriels qu’ils avaient échangé, et dont le ton l’avait touché par le style utilisé, qui lui semblait si familier, pourtant tellement lointain.

Quelqu’un frappa à la porte, timidement, trois coups. Etonné, Samuel avança lentement vers l’entrée. Quelque chose l’effrayait légèrement, résonnait dans sa tête comme un bruit venu du passé. Mais pourquoi cette angoisse? Il était chez lui, dans cette forteresse, ce boudoir sécurisé. Il ouvrit doucement la porte et, tandis qu’il leva les yeux vers l’avocat, son sourire peu à peu s’effaça. Le silence demeura. Figé, comme le temps à ce moment précis, il ne pouvait que sentir ce chaud ruissellement le long de ses joues.

«Samuel?»

Sa réalité s’effondra tandis que l’illusion s’envola. Son grand amour était revenu… Pour Sam… le prostitué…”