Le genre des mots

machineàecrireLe saviez-vous ? Twitter est un poète. Les comptes dédiés à la twittérature se dénombrent par centaines sur le site de microblogging. Écrire sur “la Vie-l’Amour-la Mort” en 140 signes et en vers, tel est le défi de Mes Mots (@_mes_mots_). Des micro-poèmes tour à tour amusés, désabusés, décalés, engagés… à picorer d’une traite ou à laisser fondre sur la langue.

Le poète inspiré aime à marier les mots
Faisant fi de leur genre fût-il mauvais ou bon
Seule compte l’harmonie du couple en devenir

Masculins féminins s’unissent sans complexe
Tendrement accordés les “la” se disent oui
L’aumônier de l’écrit bénit l’union des “le”

En les vers en les strophes les mots sont à la noce
La Vie la Mort convolent à jamais épousées
Le Bien sans le Malin en soi ne rime à rien

Sur l’autel de sa feuille d’un blanc immaculé
Le poète consacre l’hymen des mots aux mots
Sous l’œil des tolérantes Thémis et Aphrodite

À mon amour, mort du sida

gaykissJe m’appelle Christophe, je suis un jeune auteur de 27 ans. J’écris depuis l’âge de douze ans. À cette époque, j’ai eu besoin de l’appui de ma plume pour me sentir épanoui, bien intérieurement. J’avais un réel manque quelque part. J’ai trouvé la voie de la sérénité en compagnie de l’écriture. Mes écrits, mes mots sont ma manière de m’exprimer. Je me permets, aujourd’hui, de les montrer, pour me libérer. J’ai entrepris de faire cette démarche afin de livrer un message au monde qui m’entoure. De me prouver que je suis vivant et non un semblant de vagabond, qui marche sans relâche et qui se cherche, maintes et maintes fois. De plus, je l’ai fait dans le but de faire partager mes émotions, de livrer une partie de moi. Tous mes mots sont le langage que je n’exprime pas, que je n’arrive pas à entrevoir, à poser. Grâce au soutien de ma plume, j’arrive à me livrer, à m’exprimer.

Je me permets de livrer quelques passages de ma brève existence, temps de vie en compagnie de mon ami, de mon confident, de mon être cher, de ma moitié: mon cher Etienne. Je me mets à nu dans cette histoire qui est la mienne. Je partage mes émotions à travers ces quelques mots que j’ai mis bout à bout. Pour que d’où il se trouve, il sache que je ne l’oublie pas. Je pense à lui à chaque instant de ma vie, de mes pas; il fait partie de moi. Une séparation n’est jamais simple à accepter. A travers ma plume, j’ai essayé de cicatriser la plaie, qui malgré tout est toujours présente, elle le sera à jamais. Je me suis permis de retranscrire mon vécu, pour essayer d’aider des personnes qui se trouvent dans la même situation que moi ou ayant connu ce drame: la maladie du sida au sein de son couple en tant qu’homosexuel.

À cette rencontre

Il était âgé de dix-huit ans et moi de seize ans et demi. Nous nous aimions, comme la rivière qui coule, elle qui donne vie. Un jour, une absence de l’autre nous faisait peur. Un sourire de l’un, c’était un battement de cœur. Un mot d’amour, c’était le soleil qui entrait. Lui, il s’appelait Etienne Villard, de son vrai nom. C’est la première fois de ma vie que j’inscris son nom de famille sur papier, à la suite de son prénom. Pour moi, c’est encore difficile de repenser à lui. Ma plaie n’est pas cicatrisée, elle ne le sera jamais. La nuit, je veille pour lui, je prie pour lui. Tout ce que je fais, j’entreprends, je le fais en son honneur. En le faisant, je lui prouve mon amour, mon attachement. Il fait partie intégrante de ma vie. Il vit en moi, comme je vis en lui. Mon amour pour lui est si grand, que je serais prêt à me tuer s’il me le demandait de là où il est. J’aimerais tellement être à ses côtés en ce moment. C’est trop injuste ce qui se déroule à l’heure actuelle. C’est cruel, infâme, diabolique. Pire que démentiel. Quelque part en moi, ça me fait du bien de l’écrire. Il m’a fallu de nombreux jours, de nombreux mois, de nombreuses années, avant de pouvoir y parvenir. J’avais et j’ai encore cette blessure au fond de moi. Elle me ronge de l’intérieur, me fait du mal. Son sourire, je ne l’ai jamais oublié, abandonné. Je ne pourrai le faire. Sa silhouette, son regard, son sourire, je les aperçois quelquefois. Berceau de lumière, rêverie, imaginaire, songe, hallucination, folie…

Tambour d’un temps, musique d’autrefois. Lui, il aimait tant la musique, la vraie musique. Ses idoles furent Beethoven, Schumann, Mozart…
Il était pianiste. Il en jouait merveilleusement bien. Il aurait voulu que son œuvre soit reconnue par ses pairs. Il était doué dans ce domaine. Hélas, la maladie l’a emporté. Oui, ce virus qu’on appelle VIH! Il n’avait même pas vingt et un ans. Et moi, pas encore dix neuf ans. C’était un automne comme les autres, un soir comme les autres. Tout semblait à sa place, à son habitude. Mais je sentais en moi que quelque chose se passait. Tout cela me paraissait étrange. Je ne dis mot ce jour-là. J’allais à son chevet pour lui dire ces quelques mots. Ceux qu’on évoque naturellement. Je ne voulais pas qu’il voie ma peine dans mes yeux, dans mon regard. Je m’efforçais de lui donner le meilleur de moi-même. Le meilleur de ce que je pouvais lui donner. Ce qui n’était pas facile, je l’avoue. Parfois, je réussissais à le faire rire en inventant des personnages, des histoires. Il aimait ces instants d’ivresse. Il me disait que ça l’aidait à oublier son mal, sa souffrance. Il luttait chaque jour. Même moi, je ne savais pas combien de temps il lui restait. L’amour est cruel parfois. Il avait, lui restait, tant de belles choses à découvrir, à vivre. Sa jeunesse venait juste de se faire, de se sentir. La vie lui avait offert une seconde chance, à l’âge de cinq ans.

Oui, il fut violemment accidenté par un chauffard qui avait oublié de marquer son stop. À cet instant, ses parents crurent au pire. Ils pensèrent l’avoir perdu. Que tout était fini. Que le sort s’acharnait une fois de plus sur eux. Lui, qui les avait empêchés d’exaucer leur plus beau rêve: donner la vie. Maryse et Bernard eurent beaucoup de mal à avoir Etienne. Ils mirent plusieurs années avant que celui-ci ne devienne réel. Ils ne pouvaient s’empêcher de penser que leur monde s’écroulait à nouveau, devant eux. Ils ne voulaient pas y croire. Cet accident n’était qu’un fait divers parmi tant d’autres. De cela, Etienne en gardait une cicatrice, sur la joue gauche. Les médecins n’avaient pas pu la lui enlever. Ils avaient fait du mieux qu’ils pouvaient. Ils l’avaient sauvé. C’est ce qui comptait. Etienne disait que c’était une balafre, qu’elle était sa force. Il aimait le dire. Que sans elle, il ne serait pas le même. Maryse, sa mère, avait beau lui dire de se faire opérer pour l’enlever, il ne voulait rien entendre. À l’époque de son accident, il était trop jeune pour une telle opération. Mais aujourd’hui, il était en âge. Il pouvait subir une intervention de cette envergure. Cette cicatrice marquait une bonne partie de sa joue. Plusieurs fois, à maintes reprises, ses parents, ainsi que les médecins, lui conseillèrent de s’en séparer, il refusait catégoriquement. En prétextant que personne ne pouvait la lui ôter. Elle faisait partie de lui. Elle lui donnait une part de différence, qui ne lui déplaisait pas. Il lui vouait des vertus, des pouvoirs qui n’étaient qu’à lui. Il n’a jamais cessé de le dire et de le répéter. Les regards des gens, il en faisait abstraction. Il s’en moquait. À une époque, il en a véritablement souffert. De cette période, il n’aime pas parler, discuter. Un soir, dans sa chambre, il m’en a parlé. C’était quand il se sentait très mal. Il ne voulait pas que ça se sache, que ça s’ébruite. Jusqu’au bout, il avait voulu en garder le secret. Lire le reste de cet article »

Un espoir dans l’Océan-Indien

OcéanIndienJe m’appelle Florian, j’ai 29 ans et je viens d’une petite île de l’océan Indien,  l’île de la Réunion, où l’homosexualité reste diabolisée malgré la douceur des cocotiers et du soleil. Cependant, la nature a su sauvegarder des âmes généreuses, dont fait partie ma grand-mère. Agée de 83 ans, elle a toujours défendu une certaine idée de la tolérance, et a beaucoup écrit sur l’homosexualté avant même que, moi son petit fils, sois concerné. Elle vit au bord de l’océan et l’appel du grand large ouvre son coeur et sa maison à tout voyageur  de notre monde.

Mon Ami Homo

Mon ami homo au coeur de la ville
A l’abri des loups, de la chasse à courre
Ouvre son piano, serein et tranquille
Il a décidé d’être aveugle et sourd Lire le reste de cet article »

Drôle de stress pour une rencontre

machineàecrireJe m’appelle Yves Dereims, je suis enseignant formateur en langue vivante. J’ai publié des travaux en rapport avec mon métier, et cela fait quelques temps que je me suis lancé dans l’aventure de la fiction, qui m’attire de plus en plus. Je trouve palpitant d’imaginer des histoires à partir de moments de vie que l’on me raconte ou que je vis moi-même, dans des lieux existants ou fictifs, et de les peupler de personnages imaginés à partir de rencontres… que celles-ci soient réelles, ou totalement imaginaires…Qu’en pensez-vous?

J’aurais dû traverser.

* * *

Dans la salle de cinéma, je lisais un bouquin en attendant que le film commence. Plus bas, sur ma droite, le mur était orné d’un faux grand vitrail rétro-éclairé de toutes les couleurs, de la taille d’un immense miroir.

Il était arrivé quelques minutes après moi. J’avais tout de suite accroché. Il était brun, les yeux noirs, les cheveux un peu ébouriffés, mais la nuque suffisamment dégagée pour que d’emblée cela me donne envie de nicher mon visage dans le creux de son épaule.

Il avait choisi un fauteuil à deux rangées de moi, un peu sur ma gauche, à l’opposé du vitrail dont les couleurs se reflétaient subtilement sur sa chemise blanche. Il avait enlevé sa veste, son écharpe et sa sacoche, les avait posés sur le siège à côté de lui, et ça l’avait obligé à se tourner légèrement vers moi. Nos regards s’étaient croisés, et tout de suite, il m’avait fait un sourire. Et moi aussi. Un peu timidement.

Je n’osais pas le regarder franchement. Lui arrivait-il de tourner son visage vers moi ? Je tentais bien par moment de percevoir son profil, l’air de rien, mais sans succès. N’y tenant plus, je finis tout de même par risquer un coup d’œil ; juste à ce moment-là, il détourna rapidement la tête pour se replonger dans le journal qu’il feuilletait.

C’était inattendu. Ça aurait été trop beau !

Son regard était intense, profond : je fus pris d’un tremblement nerveux. Il y avait peut-être enfin l’espoir d’une rencontre ? Une boule se noua dans mon ventre. L’adrénaline, certains appellent ça ! Ça les stimule ! … On verra bien.

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Seb and the City – Sam

machineàecrireJe suis Sébastien, jeune carolomacérien, et auteur de la série Seb and the City: chroniques gay de Charlestown. Le troisième tome est en cours d’écriture et vous pouvez les retrouver sur la page Facebook “Seb and the City”. Il ne s’agit pas d’écrire pour la gloire, ni pour la célébrité, mais tout simplement parce qu’être gay a beau être perçu comme une différence il n’en reste pas moins qu’elle rassemble énormément de personnes et que les chemins que nous devons tous emprunter ne sont pas toujours des routes éclairées mais pour certains des sentiers obscurs, et ce que l’on soit seul ou accompagné. C’est pourquoi il est bon que la lumière soit faite. Tantôt gaies, tantôt tristes, ces chroniques ont aussi pour but de divertir. Alors bonne lecture à toutes et à tous.

Sam -

“Allongé sur son canapé, il n’avait plus la force de se lever. Le cuir bruissait à chacun de ses mouvements et l’empêchait de trouver le sommeil. Rassemblant le peu de courage qui lui restait il attrape ses cigarettes, posées sur la table basse et en alluma une. Plus que de deux heures, pensa-t-il en tirant doucement sur ce qui représentait pour lui un calumet de la paix. En effet le temps lui était toujours compté, et il devait lutter pour un peu de repos, un peu de silence. Le temps c’est de l’argent… Ironiquement il sourit lorsque l’horloge sonna onze coups. Ses minutes, ses heures valaient effectivement de l’argent depuis un an, mais leur prix avait beaucoup augmenté depuis quelques semaines. Il en était finalement fier, comme on l’est lorsque l’on a gravi les échelons un à un à la sueur de son front, à ceci prêt que c’est son corps tout entier qui avait dû transpirer.

Samuel était un prostitué ; pas une une pute de bas étage mais un objet de désir, de luxure et de luxe. Cela avait pris du temps et des sacrifices, cependant il avait déjà perdu ce qui lui était le plus cher, d’une valeur inestimable: son grand amour. Ainsi il était temps que les autres hommes paient.

S’extirpant de ces instants de oisiveté, il se leva pour se diriger vers la douche. L’eau chaude caressa sa peau, embrasa ses sens, au fur et à mesure que ses mains parcouraient son corps, et toute courbature disparut dans un frisson. Les senteurs exotiques qui s’exhalaient tandis que la crème pénétrait ses bras, son torse, ses jambes, le transportèrent un instant loin de cette réalité qu’il avait cherché, dure, insensible, et si tangible, mais vite il revint à lui.

Il fallait choisir la bonne tenue pour le bon client. Quelque chose de gentil en apparence et qui regorgerait cependant de malice, d’ostentation érotique, pour que l’avocat soit, pour leur première séance, enchanté, dérouté et plus que tout excité, puisque plus vite il le serait plus vite il viendrait. Faisons durer le jeu des préliminaires, se dit-il, et abrégeons le reste, sa première heure est indivisible. De nouveau il sourit mais le miroir lui renvoya une image inconnue. Ce visage, cette expression, était-ce vraiment lui? Ce sourire du coin des lèvres, à l’air malsain, s’était-il réellement dessiné ou n’était-ce qu’illusion? La vapeur d’eau se retira petit à petit alors qu’il reprenait ses esprits et dévisageait le miroir. Suis-je vraiment ce que je donne à voir, s’interrogea-t-il. L’illusion parfaite d’une assurance, d’une arrogance, voila ce que ses traits laissaient transparaître.

L’horloge sonna treize heures exactement lorsqu’il sortit de la chambre. L’avocat serait là d’une minute à l’autre. Il ne l’avait jamais vu mais le devinait comme il connaissait ses goûts, ses envies, grâce aux courriels qu’ils avaient échangé, et dont le ton l’avait touché par le style utilisé, qui lui semblait si familier, pourtant tellement lointain.

Quelqu’un frappa à la porte, timidement, trois coups. Etonné, Samuel avança lentement vers l’entrée. Quelque chose l’effrayait légèrement, résonnait dans sa tête comme un bruit venu du passé. Mais pourquoi cette angoisse? Il était chez lui, dans cette forteresse, ce boudoir sécurisé. Il ouvrit doucement la porte et, tandis qu’il leva les yeux vers l’avocat, son sourire peu à peu s’effaça. Le silence demeura. Figé, comme le temps à ce moment précis, il ne pouvait que sentir ce chaud ruissellement le long de ses joues.

«Samuel?»

Sa réalité s’effondra tandis que l’illusion s’envola. Son grand amour était revenu… Pour Sam… le prostitué…”