
Ca fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Mille questions se bousculent dans ma tête, à quelques jours de rencontrer la directrice de la future école de ma fille.
Le temps est passé tellement vite depuis sa naissance que je m’étonne de la voir bientôt rejoindre les rails de la scolarité. L’école primaire n’est que l’apéritif de ce qui l’attend et je sais qu’une fois dans la place, elle ne quittera pas le système avant 20 ans. Et ça ne me rassure pas, tellement sont vifs les souvenirs de ma propre scolarité. L’école c’est une énorme pression, un examen continu et le théâtre d’une représentation permanente. Quand on sait que l’entreprise fonctionne sur le même schéma, il n’y a plus qu’à penser que son petit, une fois le pied en primaire, est embarqué pour un bon paquet d’année, dans le cirque infernal de notre société de concurrence et de vanité.
Mais ce n’est pas le sujet de ce post.
Quand j’ai écrit mon premier livre pour enfants, mes éditrices m’ont proposé de prendre un pseudonyme avant la publication. Ca me semblait totalement incongru puisque je ne pouvais espérer que d’autres s’assument publiquement comme homosexuel, sans le faire moi-même. J’ai simplement demandé à mes parents si cela les dérangeaient, et leur réponse a été aussi évidente que la mienne: “Mais non, pourquoi ?”.
J’ai un instant pensé à ma grand-mère, qui ferait une syncope si elle voyait son nom de famille chéri inscrit sur un livre publié aux “Editions gaies et lesbiennes” mais je savais que la probabilité qu’elle le voit un jour était quasi-nulle (effectivement, depuis presque dix ans et trois bouquins “à caractère homosexuel” publiés sous mon nom, elle n’est toujours pas au courant).
Aujourd’hui, je me pose la question de l’anonymat. Car ma fille s’apprête à rentrer à l’école et il sera facile pour la directrice, les parents d’élèves et très bientôt les élèves eux-mêmes, d’aller voir ce qui se trame sur la toile et de trouver ce blog. Ma fille, du haut de ses deux ans et demi, me demande déjà “Tu regardes internet ?” quand je suis devant l’ordinateur, je pense donc que le temps qui me reste avant de la voir naviguer sur l’écran, est infime. Et que des sueurs froides m’attendent quand je pense à la facilité qu’offre la toile de tomber sur des images dégradantes ou choquantes.
Mais je m’égare.
Si je veux continuer de raconter ici, les péripéties qui nous attendent avec le monde scolaire, les parents des autres enfants et ce qui fait la particularité d’une famille homo évoluant dans un contexte hétéro, je n’ai pas d’autre choix que de revenir au pseudo de mon précédent blog, ou de devenir Muriel D.
Mais cela me pose un problème de conscience.
Car je rêve d’un monde où chacun pourrait dire qui il est sans subir le jugement ou la réprobation des autres. Et nous en sommes loin quand je vois les images de ce qui s’est passé durant le Kiss-In de ce week-end:
Je suis convaincue que si tous les homos sortaient du placard, dans leur famille ou leur entreprise, les mentalités feraient un grand pas en avant. Car en parlant avec les gens, je suis toujours stupéfaite de les entendre me dire “Ma cousine est homo”, “Mon frère est bi” ou ”Dans la famille, nous sommes deux à être homos sur trois enfants”.
Peu de temps après la naissance de ma fille, ma belle-mère a croisé une amie à elle dans les rues de sa ville:
“Bonjour ! Comment vas-tu ?
- Bien, merci.
- Et tes filles ?
- Bien, bien. Et toi, comment vas-tu ?
Ma belle-mère, radieuse:
- Je dois te dire quelque chose. Je suis grand-mère !
- Ah bon ?! S. a eu un enfant ?
- Non ! C’est sa compagne qui l’a porté !
Et ma belle-mère de raconter notre aventure. A la fin de son histoire, son amie fond en larmes et dans ses sanglots, lui raconte ce qu’elle n’avait jamais osé lui dire: que l’une de ses filles est lesbienne mais qu’elle n’en avait jamais parlé à ses amies tellement elle en avait honte.
Cette anecdote est éloquente. Il suffit qu’une personne soit courageuse et dise la vérité pour que les autres sortent du silence et osent enfin. Ma belle-mère, en avouant la vérité de la conception de sa petite fille, a permis à d’autres de ses amis de sortir de leur cachette et d’avouer, après des années, que leur enfant était homo, lui aussi, ou que dans la famille, y’avait un cousin, un oncle ou une nièce qui “en était”.
Je suis certaine que nous sommes bien plus nombreux qu’on voudrait nous le faire croire mais que les tabous, les secrets et la honte, font mentir les statistiques. L’effet serait donc radical si tous les homos s’assumaient enfin et si les personnalités se dévoilaient.
Je rêve d’un couple français à la Ellen Degeneres/Portia de Rossi qui ont le culot d’être sexy, séduisantes, riches, médiatiquement puissantes, et qui ne se privent jamais de dire haut et fort combien elles s’aiment et que, peut-être, elles auront des enfants.
Imagine-t-on ici une Audrey Tautou déclarant publiquement sa flamme à une femme ? Il n’y en a que quelques uns, comme Amélie Mauresmo, qui ont eu ce courage et cette simplicité, et qui l’ont payé cher.
Alors prendre un pseudo pour continuer à raconter et témoigner, parce que ma fille rentre à l’école, me pose un problème. Médiatiquement je ne représente rien mais internet dévoile en un instant les propos ou les activité des moins connus d’entre nous.
Or continuer ici, faire d’autres livres sur le sujet, en sachant que ma fille pourrait en pâtir un jour, me donne envie de revenir à mon seul rôle de maman. Et de fermer ma gueule une bonne fois pour toute.
- Par Indilou |
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