Anonymat ou pas ?

Ca fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Mille questions se bousculent dans ma tête, à quelques jours de rencontrer la directrice de la future école de ma fille.

Le temps est passé tellement vite depuis sa naissance que je m’étonne de la voir bientôt rejoindre les rails de la scolarité. L’école primaire n’est que l’apéritif de ce qui l’attend et je sais qu’une fois dans la place, elle ne quittera pas le système avant 20 ans. Et ça ne me rassure pas, tellement sont vifs les souvenirs de ma propre scolarité. L’école c’est une énorme pression, un examen continu et le théâtre d’une représentation permanente. Quand on sait que l’entreprise fonctionne sur le même schéma, il n’y a plus qu’à penser que son petit, une fois le pied en primaire, est embarqué pour un bon paquet d’année, dans le cirque infernal de notre société de concurrence et de vanité.

eleveMais ce n’est pas le sujet de ce post.

Quand j’ai écrit mon premier livre pour enfants, mes éditrices m’ont proposé de prendre un pseudonyme avant la publication. Ca me semblait totalement incongru puisque je ne pouvais espérer que d’autres s’assument publiquement comme homosexuel, sans le faire moi-même. J’ai simplement demandé à mes parents si cela les dérangeaient, et leur réponse a été aussi évidente que la mienne: “Mais non, pourquoi ?”.

J’ai un instant pensé à ma grand-mère, qui ferait une syncope si elle voyait son nom de famille chéri inscrit sur un livre publié aux “Editions gaies et lesbiennes” mais je savais que la probabilité qu’elle le voit un jour était quasi-nulle (effectivement, depuis presque dix ans et trois bouquins “à caractère homosexuel” publiés sous mon nom, elle n’est toujours pas au courant).

Aujourd’hui, je me pose la question de l’anonymat. Car ma fille s’apprête à rentrer à l’école et il sera facile pour la directrice, les parents d’élèves et très bientôt les élèves eux-mêmes, d’aller voir ce qui se trame sur la toile et de trouver ce blog. Ma fille, du haut de ses deux ans et demi, me demande déjà “Tu regardes internet ?” quand je suis devant l’ordinateur, je pense donc que le temps qui me reste avant de la voir naviguer sur l’écran, est infime. Et que des sueurs froides m’attendent quand je pense à la facilité qu’offre la toile de tomber sur des images dégradantes ou choquantes.

Mais je m’égare.

Si je veux continuer de raconter ici, les péripéties qui nous attendent avec le monde scolaire, les parents des autres enfants et ce qui fait la particularité d’une famille homo évoluant dans un contexte hétéro, je n’ai pas d’autre choix que de revenir au pseudo de mon précédent blog, ou de devenir Muriel D.

Mais cela me pose un problème de conscience.

Car je rêve d’un monde où chacun pourrait dire qui il est sans subir le jugement ou la réprobation des autres. Et nous en sommes loin quand je vois les images de ce qui s’est passé durant le Kiss-In de ce week-end:

intégrisme religieux

Je suis convaincue que si tous les homos sortaient du placard, dans leur famille ou leur entreprise, les mentalités feraient un grand pas en avant. Car en parlant avec les gens, je suis toujours stupéfaite de les entendre me dire “Ma cousine est homo”, “Mon frère est bi”  ou ”Dans la famille, nous sommes deux à être homos sur trois enfants”.

Peu de temps après la naissance de ma fille, ma belle-mère a croisé une amie à elle dans les rues de sa ville:

“Bonjour ! Comment vas-tu ?

- Bien, merci.

- Et tes filles ?

- Bien, bien. Et toi, comment vas-tu ?

Ma belle-mère, radieuse:

- Je dois te dire quelque chose. Je suis grand-mère !

- Ah bon ?! S. a eu un enfant ?

- Non ! C’est sa compagne qui l’a porté !

Et ma belle-mère de raconter notre aventure. A la fin de son histoire, son amie fond en larmes et dans ses sanglots, lui raconte ce qu’elle n’avait jamais osé lui dire: que l’une de ses filles est lesbienne mais qu’elle n’en avait jamais parlé à ses amies tellement elle en avait honte.

Cette anecdote est éloquente. Il suffit qu’une personne soit courageuse et dise la vérité pour que les autres sortent du silence et osent enfin. Ma belle-mère, en avouant la vérité de la conception de sa petite fille, a permis à d’autres de ses amis de sortir de leur cachette et d’avouer, après des années, que leur enfant était homo, lui aussi, ou que dans la famille, y’avait un cousin, un oncle ou une nièce qui “en était”.

 Je suis certaine que nous sommes bien plus nombreux qu’on voudrait nous le faire croire mais que les tabous, les secrets et la honte, font mentir les statistiques. L’effet serait donc radical si tous les homos s’assumaient enfin et si les personnalités se dévoilaient.

Je rêve d’un couple français à la Ellen Degeneres/Portia de Rossi qui ont le culot d’être sexy, séduisantes, riches, médiatiquement puissantes, et qui ne se privent jamais de dire haut et fort combien elles s’aiment et que, peut-être, elles auront des enfants.

Imagine-t-on ici une Audrey Tautou déclarant publiquement sa flamme à une femme ? Il n’y en a que quelques uns, comme Amélie Mauresmo, qui ont eu ce courage et cette simplicité, et qui l’ont payé cher.

Alors prendre un pseudo pour continuer à raconter et témoigner, parce que ma fille rentre à l’école, me pose un problème. Médiatiquement je ne représente rien mais internet dévoile en un instant les propos ou les activité des moins connus d’entre nous.

Or continuer ici, faire d’autres livres sur le sujet, en sachant que ma fille pourrait en pâtir un jour, me donne envie de revenir à mon seul rôle de maman. Et de fermer ma gueule une bonne fois pour toute.

Quand on nous accuse de violer la loi …

Voici la fin d’un article rédigé par François C., professeur de droit privé à l’Université de Rennes, publié dans le magazine AJ Famille, au sujet de la délégation de l’autorité parentale sur notre fille, que nous avons obtenu du Tribunal de grande Instance de Paris en septembre 2009 :

« Une dernière remarque pour conclure, car les faits de l’espèce révèlent une difficulté qui est trop souvent, pour ne pas dire toujours, passée sous silence par les juges saisis d’une telle demande en délégation d’autorité parentale. En effet, dans cette affaire, comme dans tant d’autres, c’est au mieux un détournement, au pire une violation de la loi française, qui est à l’origine de la situation de fait invoquée par les demanderesses. Rappelons, en effet, que le droit français réserve la procréation médicalement assistée aux couples hétérosexuels. C’est donc à l’étranger, aux Pays-Bas en l’espèce, que les femmes homosexuelles se rendent pour bénéficier d’une telle aide à la procréation. De retour sur le territoire national, elles n’hésitent pas alors à demander au juge français, qui ne semble pas s’en offusquer, de reconnaître et d’organiser cette réalité prohibée par la loi nationale. Autrement dit, ce qu’on admet en autorisant la délégation-partage de l’autorité parentale dans de telles affaires, c’est la possibilité d’éluder délibérément la loi française pour mieux la solliciter par la suite. Cette démarche suscite tout de même un certain malaise … et sa légitimité, avouons-le, quelques doutes.

François C. »

Voici la réponse (énervée) que je lui ai envoyée :

Bonjour,

Vous avez rédigé un article dans AJ Famille qui me concerne personnellement et qui m’a donné envie de vous répondre.

Il s’agit de l’article ”Délégation d’autorité parentale: nouvelle application” dans le numéro de décembre 2009, au sujet de la décision du Tribunal de grande Instance de Paris, le 18 septembre 2009, qui a permis la délégation de l’autorité parentale, sur l’enfant Elisa, de la mère à sa compagne.

Je suis la mère biologique d’Elisa et je me permets de vous écrire pour vous dire combien votre article m’a blessée.

Je peux comprendre que, pour des raisons idéologiques, vous regrettiez cette décision, mais je vous remercie de ne pas nous faire passer pour des fraudeuses qui “violent la loi française” comme vous l’écrivez à la fin de vos commentaires.

Si en effet, nous sommes allées en Hollande pour pratiquer des inséminations qui ont permis la naissance d’Elisa, c’est parce que la loi française nous l’interdisait. Quand on considère qu’une situation dans son pays est injuste et qu’elle est permise dans les pays voisins, il est facile de traverser les frontières pour en bénéficier. Les femmes françaises qui souhaitaient un avortement et qui n’en avaient pas le droit dans leur pays, faisaient la même chose il y a des années (pas si lointaines que ça …).

Sur ce point, je suis d’accord avec vous pour dire que nous avons pratiqué “ailleurs”, ce qui nous était interdit “ici”. Mais je vous rappelle que le ventre qui a accueilli l’enfant né de cette insémination est français et que l’enfant qui en est né, l’est aussi.

Et c’est là que je ne vous suis plus.

Nous n’avons pas “violer la loi” en demandant la délégation de l’autorité parentale puisque cette possibilité est offerte aux couples de femmes vivant en France. Que l’enfant soit né d’une méthode de procréation interdite en France ne change rien ! Auriez-vous mieux accepté la protection de ma fille si j’avais couché avec un homme ?

Est-ce que la morale aurait été sauve dans ce cas ? Et la loi respectée du fait de la procréation hétérosexuelle ?

Qu’est-ce qui est le plus important ? La façon dont a été conçue ma fille ou la protection de celle-ci ?

 En France, des enfants naissent et ne sont pas désirés, d’autres sont maltraités ou délaissés. Certains vivent dans des familles déchirées, séparées ou recomposées. N’appelez-vous pas à leur protection dans leur cas ? Est-ce à dire que vous ne regrettez la protection des enfants que lorsqu’ils sont nés du désir de leurs parents homosexuels ?

Elisa est née en France, grâce au désir de deux françaises qui travaillent ici, paient leurs impôts et participent à la vie sociale, économique et démographique de leur pays. Elle a droit, comme n’importe quel enfant, à la protection juridique de sa famille.

Nous sommes deux femmes et notre union physique ne nous permettait pas de donner naissance à un enfant. Pourtant, notre désir d’en élever un et de lui faire partager la chaleur de notre foyer, nous est venue comme chez n’importe quel couple d’amoureux.

Un homme inconnu, dans un pays étranger, nous a offert cette possibilité de son plein gré (en Hollande, les donneurs sont volontaires et non-rémunérés). Il s’est engagé à lever son identité si plus tard, notre fille demandait à le connaître.

Depuis la naissance de notre fille, nous sommes au plus près de son écoute, de son affection et de son éducation. Nous nous comportons comme deux adultes responsables de l’enfant né de leur désir et nous nous considérons comme deux parents à part égale.

La décision du Tribunal de grande Instance de Paris n’a fait que conforter notre réalité (la fameuse « symbolique » que nous reprochait le procureur) mais surtout, elle a reconnu le lien entre ma compagne et ma fille qui, jusqu’à présent, bénéficiait de ma seule protection.

Alors non, « de retour sur le territoire national » avec notre bébé dans le ventre, nous n’avons « pas hésité à demander à un juge français (…) de reconnaître et d’organiser » une réalité qui n’est en aucun cas « prohibée par la loi » !

Souvenez-vous que l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis 1981 et que le PACS date de 1999 : deux personnes du même sexe ont le droit de jouir d’une vie commune et de leur propre corps (en l’occurrence, une femme ou un homme, même homosexuel(le) peuvent avoir des enfants) !

Si j’avais pratiqué des inséminations en France en cachant mon homosexualité, vous auriez pu me taxer d’avoir  « délibérément éluder la loi française », or ce n’est pas le cas.

« En l’espèce », nous n’avons fait que demander la protection de notre enfant, citoyen français, pour garantir son futur sur le sol français.

 Bien cordialement,

 MD

Qui de la butch ou de la fem portera l’enfant ?

Depuis que j’ai publié mon premier livre pour enfants, intitulé “Dis mamanS” (dans lequel un petit garçon est confronté aux réactions de ses camarades de classe parce qu’il a deux mamans à la maison) la principale critique qu’on m’ait faite, c’est celle de colporter un cliché sur le couple lesbien, en représentant l’une des femmes plus féminine que l’autre.

Voilà l’objet du délit:

page dis mamans6

Comme vous pouvez le constater, l’une des femmes est en jupe (et en tablier !) et fait la cuisine, quand l’autre est en pantalon et … donne le biberon. Au moment de dessiner, j’ai tenté de montrer l’équilibre des tâches au sein du couple et pourtant, le représenter me posait un dilemme. Si je mettais les deux en jupes, on pouvait me dire que je prenais mes désirs pour la réalité, si je mettais les deux en pantalon, on pouvait m’accuser de colporter les clichés. J’ai donc tranché en choisissant d’en mettre une en jupe et l’autre en pantalon mais peine perdue ! Malgré leurs cheveux longs à toutes les deux (fait exprès pour ne pas tomber dans … les clichés), on me reproche de colporter … les clichés.

Je suis d’avis que les clichés ont toujours un fond de vérité et qu’ils ne sont, bien souvent, qu’une accentuation de la réalité. Si le clichés sur les Gays et les lesbiennes existent, c’est bien parce que les homosexuels les plus visibles étaient, au départ, les folles pour les Gays et les Butchs (ou camionneuses) pour les filles. Ce qui est dommage, et ce que je regrette, avec les clichés, c’est qu’ils ont la vie dure et que bien souvent, ils continuent de représenter aux yeux des autres, une catégorie de personnes qui ne s’y retrouve, elle, pas du tout.

Quand je vois le couple d’hommes qui habitent juste en face de chez moi (un couple de filles et un couple de garçons sur le même palier: on fait exploser les quotas !) et dont l’un des deux est instit’, je me dis que personne n’imaginerait que ces deux-là sont en couple depuis 20 ans.

Quand une copine me raconte que sa collègue, mariée et mère de famille, lui tombe dans les bras à la première occasion, qu’une autre de mes amies voit sa collègue (encore !) quitter son mec pour vivre avec elle, et qu’une dernière fait exploser un mariage, je me dis que, soit mes copines sont des serial-lovers, soit la réalité est bien plus complexe qu’on voudrait nous le faire croire.

Les couples de filles de mon entourage sont d’une telle diversité qu’il est impossible d’en faire un portrait-robot. Certaines sont ultra-féminines (les Fems comme on les appelle), d’autres ultra-masculines, et pour beaucoup, dans un entre-deux pratique et passe-partout (comme la plupart des gens quoi). A l’intérieur du couple, certaines sont absolument semblables dans leur féminité (Fem+Fem) ou leur non-féminité (Butch+Butch), d’autres sont associées à leur exact opposé (Butch+Fem). Mais dans la plupart des cas, elles se ressemblent juste dans leur “banalité” avec peut-être, un peu plus de féminité pour l’une des deux.

Or sur la maternité dans les couples de femmes, j’ai constaté que c’est bien souvent la plus féminine des deux femmes du couple qui porte l’enfant, en tout cas le premier. Ce n’est pas une généralité, juste une constatation fréquente. Chez la quasi-totalité de mes copines, ou des lesbiennes que j’ai rencontré, c’est celle qui se sent le plus “fille” qui est enceinte, ou qui accepte son désir de grossesse en premier.

Et quand je rencontre un couple de femmes avec enfants, je sais d’avance qui est la mère biologique. Bien sûr, il y a des exceptions, bien sûr, je ne peux pas faire de généralité sur ma simple expérience, mais c’est quand même une constatation récurrente et rarement démentie.

Même quand les deux ont chacune un enfant biologique, c’est souvent la plus féminine des deux qui a porté le premier, et ce n’est pas toujours l’âge des protagonistes le premier critère pour les “départager”, comme on pourrait le penser.

D’ailleurs c’est une remarque qui m’a été confirmée dans une des nombreuses études réalisées sur l’homoparentalité (celles que nos détracteurs continuent à négliger en hurlant qu’on n’a “pas assez de recul”) que j’ai lu au moment où je cherchais des réponses à mes questions: c’est souvent la plus féminine des deux qui porte l’enfant.

Souvent, je m’interroge sur le désir de celle qui est la moins féminine des deux. Parfois il est totalement absent, mais parfois, il est là, quelque part au fond d’elles, elles ont simplement plus de mal que leur compagne à le reconnaître ou à l’avouer. Comme si le fait de s’être toujours senties plus “masculines” que leurs moitiés, les contraignaient à taire leur éventuel désir de grossesse, à accepter de jouer le rôle masculin jusqu’au bout. Quand l’une d’elles m’avoue un désir non assumé, ou révélé trop tard, je la trouve d’une rare galanterie et j’estime qu’elle a fait preuve d’une grande agnégation pour laisser place à son amie.

Est-ce que ça les arrange de ne pas avoir à assumer ce désir ? D’éviter ainsi la grossesse et ses désagréments, ou d’échapper au regard d’autrui sur elles, elles qui ont toujours été considérées comme les “garçons” du couple ?

Et nous, les fems, sommes-nous toujours à l’écoute de leur désir ? Est-ce que ça ne nous arrange pas de les voir se défiler et nous laisser la place que nous convoitons ?

Sommes-nous prêtes, nous aussi, à les voir enceintes alors que ce qui nous attire chez elles c’est aussi leur part de masculinité ?

Dans un couple de femmes, il y a forcément “concurrence” si les deux souhaitent porter l’enfant. Si elles s’y prennent assez tôt, chacune peut vivre l’expérience de la grossesse, mais si celle qui commence met des années avant d’être enceinte, ce sera, non seulement au détriment de sa fécondité, mais aussi de celle de sa compagne !

Je me demande si, sur cette question, nous sommes complètement à égalité dans le couple et si le fait d’avoir deux ventres disponibles n’est pas un poids plutôt qu’un bénéfice …

Après tout, dans les couples hétéros la question de “Qui portera l’enfant ?” est d’une telle évidence qu’elle ne se pose pas et la différence biologique entre l’homme et la femme détermine le rôle de chacun.

Je n’ai pas de réponse à ces questions mais je me les pose parce que derrière notre grand combat pour plus d’égalité au sein de la société, il y a les petits combats à l’intérieur du couple, ceux qui doivent être menés pour réinventer un système imposé par l ‘ordre biologique qui a, jusqu’à présent, servi de fondement aux règles familiales.

La coiffeuse face à l’homoparentalité

Chez le coiffeur, un matin pluvieux.

La coiffeuse soulève ma fille et l’assoit sur un fauteuil, surélevé par un gros coussin noir. Elle pose sur elle une blouse blanche décorée d’un affreux Mickey. La blouse est tellement grande qu’on dirait que ma petite est enfouie sous une bâche.

Au fur et à mesure qu’elle coupe ses cheveux, elle la transforme en vraie petite fille. La maman énamourée que je suis, regarde sa progéniture avec satisfaction, dans le miroir.

Et puis, la coiffeuse, qui n’a pas arrêté de bavasser, dit soudain à son attention:

- En rentrant à la maison, tu vas montrer à ton PAPA comme tu es jolie !

Je ne rétorque rien mais je déglutis avec difficulté. J’hésite à répondre mais je me dis que je n’ai pas à réagir à chaque fois qu’on nous ramène à la norme.

Sauf que la coiffeuse continue:

- Ta maman te voit elle, mais ton PAPA n’est pas là ! Il va te trouver très jolie quand tu vas rentrer !

Ma petite la regarde dans le miroir, puis me regarde, puis se regarde. Je la sens perplexe, un peu perdue. Elle ne répond rien.

Alors je craque et je décide d’assumer:

- Elle n’a pas de papa mais une ama.

La coiffeuse se tourne vers moi et s’exclame, d’un air ahuri:

- Une QUOI ?!

- Une ama. Une deuxième maman.

Et comme je la sens encore sceptique, j’ajoute:

- Je vis avec une femme.

- Aaaaaah ! Je ne savais pas que ça s’appelait comme ça.

- Ca ne s’appelle pas comme ça. Ca dépend des couples, chacun trouve son petit mot.

-Aaaaaah, mais c’est géniiiiaaal ! C’est la première fois que j‘en rencontre !

(J’encaisse le “en” au passage)

Et pour bien faire, la coiffeuse se retourne vers ma fille:

- Alors ton AMA va te trouver très jolie quand tu vas rentrer à la maison !

Ma poupée n’a pas dit un mot. Elle est maintenant en âge de comprendre sa différence familiale, mais bien jeune pour devoir l’assumer.

Elle qui joue au papa et à la maman avec ses peluches. Qui m’affirme que si l’une de ces celles-ci est triste c’est parce qu’elle cherche “sa maman” ou “son papa”. Elle qui a déjà compris que c’était différent chez les autres et que la plupart des enfants de son âge avaient un papa et une maman à la maison.
Mais quand même. J’ai pensé que cette coiffeuse prenait des risques à parler avec une telle assurance, du paternel de l’enfant qu’elle coiffait. J’ai pensé qu’à la place de ma fille, il y aurait pu avoir un petit que le père avait abandonné ou un autre qui subissait le divorce de ses parents. Bref, un de ces enfants qui, comme ma fille, n’a pas le modèle majoritaire sous son toit et qui se retrouvent confronté aux affirmations des autres.

Je reconnais que la coiffeuse avait peu de chance de se tromper et qu’il y avait 90% (80, 70% ?) de chance pour que l’enfant en question ait un papa à la maison et qu’elle flatte sa cliente en parlant de lui.

Mais je l’ai quitté en me disant que c’était pour ma fille, sa première confrontation au regard extérieur et qu’elle quittait définitivement le cocon protecteur de la toute petite enfance, quand l’incompréhension des mots empêche d’être blessé par autrui.

mickey

Merci Madame la juge ou comment obtenir la délégation parentale- fin

Nous l’avons appris de notre avocate, avant de recevoir la lettre de confirmation, quelques jours plus tard: c’est OUI, nous avons obtenu la délégation totale de l’autorité parentale, et ce grand OUI est une récompense d’une telle force que nous en avons pleuré aussi fort qu’à l’annonce de ma grossesse.

Obtenir la délégation de l’autorité parentale, c’est une victoire, un soulagement considérable dans la protection de notre famille, mais c’est aussi, et surtout, un symbole fort de notre reconnaissance. Nous avons l’impression d’avoir décroché le Graal, le seul moyen légal de faire valoir notre composition familiale atypique dans une société qui refuse encore de nous regarder en face.

Ma compagne, maman dite sociale, passionnée d’amour pour sa fille, voulait cette délégation pour protéger son lien avec elle et ne plus vivre avec l’angoisse de ne jamais être considéré comme le « vrai » parent aux yeux des institutions. Moi, maman dite biologique, je voulais cette délégation pour les mêmes raisons, mais aussi par solidarité avec celle que j’aime. J’ai la chance, du fait d’avoir porté et accouché de notre enfant, de ne pas connaître la précarité du lien, quand l’engagement et l’affection les plus absolus ne suffisent pas, et que les accidents de la vie peuvent tout remettre en question, sans soutien légal pour les protéger (séparation, maladie, décès …).

Aujourd’hui, c’est écrit noir sur blanc:

“Si l’enfant n’a de filiation établie qu’à l’égard de sa mère, Me X, qui exerce l’autorité parentale, sa compagne, Me Y, apparaît comme le second parent de fait de l’enfant, s’occupant au quotidien de l’enfant à l’égal de la mère, prenant les décisions avec elle, et pourvoyant à tous ses besoins, d’ordre extra patromonial (éducation, santé, surveillance) ou d’ordre patrimonial (contribution financière à son éducation).”

C’est la réalité de notre quotidien, enfin reconnu par la loi. Madame la Juge l’a dit et sa parole, simplement lucide, donne une force, jusqu’alors inconnue, à notre famille. Elle n’a pas suivi le procureur, représentant du Ministère Public, qui estimait, que “s’il existe certes un mouvement d’opinion en faveur de l’homoparentalité, il n’appartient pas à la justice de modifier un texte de loi exigeant l’existence de circonstances particulières pour la délégation parentale”.

Madame la juge a, au contraire, considéré qu’ “en l’espèce, les circonstances et l’intérêt de l’enfant exigent qu’E., qui n’a pas de filiation paternelle établi, puisse bénéficier de la conjonction de deux parents également investis de l’autorité parentale, afin que soit poursuivi le rôle éducatif et affectif continu auprès d’elle, notamment en cas d’absence ou d’empêchement de la mère biologique”

Et de conclure, par cette phrase simpliste, qui proclame enfin que l’engagement de ma compagne auprès de notre enfant, doit être reconnu et respecté: “Me X et Me Y, partageront l’exercice de l’autorité parentale sur l’enfant, par l’application des articles 377-alinéa 1 et 377-1-alinéa 2 du code civil”.

Les minorités doivent toujours se battre pour faire valoir leur présence. Pour exister, ne serait-ce qu’un minimum, dans une société, qui voudrait aliéner les diffèrences et imposer un modèle unique. L’homosexualité est tolérée depuis peu dans l’histoire de nos sociétés occidentales, et elle l’est grâce à ceux qui, avant nous, sont sortis dans la rue pour demander à vivre librement.

L’homoparentalité est un bébé dont le cri s’entend depuis dix ans à peine. Avec notre victoire, celles avant nous, et celles à venir, j’ose croire que les mentalités sont mûres pour reconnaître la diversité des familles et l’engagement comme principale motivation du parent. Ma compagne, et mes ami(e)s qui élèvent des enfants, sans aucun lien biologique avec eux, sont la preuve, vivante et enthousiasmante, que le lien du sang, qui gère toutes les questions familiales en France, ne fait pas tout.

Le combat de coqs ou comment obtenir la délégation parentale-2

Des mois plus tard (en tout, la procédure aura duré presque deux ans), nous sommes convoquées au Tribunal des Affaires familiales de Paris. Devant Madame le juge, la greffière et le procureur, notre avocate, très énervée par une altercation avec le procureur juste avant la séance, a expliqué les motivations de notre demande, la réalité de notre famille et de notre enfant, né de notre désir, par insémination à l’étranger. Elle a appuyé sur le fait que tout allait bien aujourd’hui, mais que personne n’était à l’abri d’un accident de la vie, que ma compagne s’occupait très souvent de notre fille sans ma présence, et que son rôle, au quotidien dans sa vie, n’était absolument pas protégé dans l’état actuel des choses.

Je ne m’attendais pas à un tel combat de coqs. Je ne pensais pas que nous serions dans une logique manichéenne, avec le bien d’un côté, et le mal de l’autre. Je n’aurais jamais imaginé qu’une avocate et un procureur puissent se parler avec tant de véhémence, aux limites du manque de respect parfois. Quand le procureur s’est levé pour énoncer son opposition à notre demande, je me suis demandée pourquoi il se posait en contradicteur, par principe, et sans même nous connaître.

Ma compagne m’a dit qu’il représentait la société (dans le rapport du Tribunal, il est présenté comme le représentant du Ministère Public) et qu’il se voulait protecteur de celle-ci. C’est vrai qu’avec nos comportements inhabituels, nous mettons en danger la bienséance, l’avenir des enfants, et j’en passe.

Il ne nous a jamais regardé. Il parlait à notre avocate mais évitait de se tourner vers nous.

Il prenait des détails de notre dossier (l’avait-il consulté cinq minutes seulement avant la séance ? c’est possible … ) et, contrairement au commissaire dans son rapport, les tournait à notre désavantage.

Par exemple :

« Je note que la demandeuse (moi) est travailleur indépendant, ce qui signifie donc qu’elle a beaucoup de temps libre pour s’occuper de son enfant ».

Mon cœur qui bondit dans la poitrine. Je suis travailleur indépendant certes, mais j’ai justement beaucoup de travail à fournir et je me contente à peine des heures de bureau pour l’effectuer.

S’entendre dire ce genre de choses par quelqu’un qu’on n’a jamais vu de sa vie, quand la vérité est tout autre (ma compagne a des horaires bien plus souples que les miennes) et quand l’enjeu est aussi important, donne envie de se lever pour crier : « Mais non, ce n’est pas vrai ! ». Or on ne se lève pas pendant une plaidoirie, on n’interpelle ni l’avocat, ni le procureur, et on reste bien sagement assis sur le banc en bois, à écouter ce que les autres disent de nous, à coups de paroles virulentes et d’arguments plus ou moins percutants.

Et quand Madame la juge remercie, qu’elle annonce « Délibération le 18 septembre », il faut se lever et partir, garder la rancœur de ce qui n’a pas été exprimé et la méchanceté qu’on a ressenti à l’écoute du procureur, qui s’oppose à notre demande pour des raisons obscures d’instrumentalisation de la justice pour notre cause homoparentale et de « circonstances qui ne l’exigent pas » (certes non, je ne suis ni le coma ni morte, sinon je ne me serais pas présentée devant lui dans l’espoir de protéger ma fille si cela devait arriver un jour).

Nous avons quitté le Tribunal sceptiques, absolument pas rassurées par ce que nous venions de vivre. Nous y étions rentrées en nous disant que c’était quitte ou double, et nous en sommes sorties en nous disant la même chose: au bond vouloir du juge !

Le 18- jour de mon anniversaire !- nous ne pensions qu’à ça, à cet enjeu concernant notre vie, qui se jouait dans notre dos et qui pouvait changer bien des choses dans notre quotidien …

(suite au prochain épisode)

Les flics à la maison ou comment obtenir la délégation parentale- 1

Se protéger, quand on est une famille homoparentale, se réduit à une seule possibilité appelée délégation de l’autorité parentale. Il s’agit, pour le parent légal, de déléguer une partie de son autorité à un tiers digne de confiance, afin de reconnaître son rôle dans le quotidien de l’enfant.

Cette loi, d’abord conçue pour les familles recomposées (hétérosexuelles, cela va sans dire), les homoparents se sont jetés dessus, voyant en elle un (petit) souffle de salut et un brin de reconnaissance.

Avant 2008, il y avait la possibilité, pour le parent social, d’adopter l’enfant de son partenaire, mais le mode d’application était très compliqué (il fallait par exemple, que le parent biologique renonce, dans un premier temps, aux droits sur son enfant !) et les tribunaux, s’apercevant des manœuvres homoparentales pour adapter cette loi à leur situation, ont purement et simplement interdit son application dans leur cas.

Aujourd’hui en France, il n’y a qu’une seule famille homoparentale (Carla, Marie-Laure et leurs trois filles) qui ait pu obtenir cette reconnaissance suprême de l’adoption réciproque. Les deux mères le sont à part égale et leurs enfants portent leurs deux noms accolés. Mais malheureusement, leur cas n’a pas fait jurisprudence, et aujourd’hui encore, alors que leur jugement date de plusieurs années, elles sont considérées comme la seule famille homoparentale reconnue par la loi …

Reste donc la délégation de l’autorité parentale et sa valeur moindre, dans la protection de l’enfant. Mais bon, ne soyons pas chiches et voyons ce qu’il faut pour l’obtenir et donner une reconnaissance légale au parent sans droits.

D’abord, il faut trouver un avocat et prévoir un budget : plus de 3000 euros pour une hypothétique réponse positive, ça fait cher l’espoir !

Nous sommes allées au plus évident et avons choisi Caroline Mécary pour nous représenter. Célèbre dans la communauté homo pour ses prises de position et les batailles juridiques qu’elle a mené (mariés de Bègles, condamnation pour discrimination de la France, dans son refus d’accorder l’adoption à une femme homosexuelle, …), nous avons pensé qu’elle serait la meilleure pour aller au front.

Ensuite, il faut se tourner vers ses proches et leur demander de témoigner en notre faveur, par écrit. Le soutien des familles est essentiel. Sans elles, point de salut ! Dans les cas comme nous, où la famille est solidaire de notre existence, c’est une avalanche d’amour qui nous ait tombé dans les mains, sous la forme de lettres adorables, pleines de compassion, de révolte et de solidarité.

Mais l’exercice est périlleux. Certains se désistent, d’autres révèlent leurs doutes. Alors que la demande de témoignage émanait de ma compagne, l’un de mes oncles m’a téléphoné pour me dire que quand même, j’étais plus « concernée » par ma fille qu’elle ne l’était , et qu’il voulait entendre de ma bouche que j’étais d’accord pour déléguer mon autorité parentale. Gloups.

On pense que tout le monde a compris, et finalement non. Le lien biologique est rarement détrôné.

Ce sont quand même des exceptions. Les témoignages ont été nombreux et particulièrement émouvants. Une pédiatre, une nounou, une sociologue célèbre, un prêtre engagé dans notre cause (sisi !), nos parents, nos tantes et amis … tous ont répondu à notre demande et la valeur de leurs pensées et de leur affection, inscrites sur le papier, va bien au-delà de leur poids juridique.

(Sauf que le commissariat a perdu les originaux de ces témoignages et que nous devrons nous contenter de leur vilaines photocopies …)

Après la constitution du dossier par l’avocat, avec l’appui des témoignages, la demande est transmise au parquet. Et là, il n’y a rien d’autre à faire qu’à attendre.

Des mois passent et un jour, dans la boite aux lettres, nous recevons une convocation au commissariat de notre quartier, pour un entretien à accorder l’une après l’autre, quelques jours plus tard. L’angoisse revient d’un coup.

L’avocate nous rassure en nous disant que ce n’est qu’un petit rendez-vous de routine qui dure cinq minutes. Or, au lieu de cinq minutes, l’entretien a duré une heure et demi, en tête à tête avec le commissaire, et les questions étaient aussi précises et indiscrètes que « Comment va votre couple ? », « Combien dépensez-vous en alimentation par mois ? », « Donnez moi la description de votre logement », « Comment vous-êtes vous rencontrées ? », etc. … A moins d’avoir envie de raconter sa vie à un flic et de tenir ses dépenses comme un comptable, les hésitations sont nombreuses, les approximations aussi, sans compter que, dans notre cas, nous n’étions pas préparées à ça. On se sent dans l’œil du collimateur, jugées sur nos capacités parentales.

En me raccompagnant, le commissaire me dit qu’il doit venir inspecter notre appartement pour vérifier qu’il correspond à mes dires. De stupeur, je demande: « Mais quand ? ». Il me répond « Je ne peux pas vous le dire … » puis ajoute, pour me rassurer: « Ne vous inquiétez pas, ce sera certainement la semaine prochaine ».

Je rentre à la maison le pas lourd. Je reste un peu dans le jardin de la résidence pour jouer avec ma fille et ma compagne et je remonte chez moi. J’ai à peine le temps d’enlever mon manteau que l’interphone retentit : « Commissaire machin, je viens inspecter votre logement ! ».

Panique à bord. Je l’ai quitté il y a trente minutes à peine, il m’a dit qu’il viendrait la semaine prochaine et le voilà à ma porte. J’appelle ma compagne en vitesse pour qu’elle remonte et je range ce qui me tombe sous la main : les livres de ma fille étalés sur le sol, ses doudous qui traînent dans l’entrée, les fringues négligemment posées sur le canapé du salon. Je me sens soulagée de ne pas habiter un rez-de-chaussée.

Le voilà avec un collègue à lui qui ne se présente pas. Ils sont charmants tous les deux mais je lui en veux d’avoir trahi ma confiance et l’intimité qui, malgré moi, du fait de ses questions, s’était installée entre nous. Je remarque avec inquiétude, le petit carnet et le stylo qu’il sort de sa poche. Ma compagne arrive sur leurs pas, notre fille dans les bras. Celle-ci semble contrariée par la présence de ces deux étrangers dans sa maison. Elle ne dit pas un mot, ne fait pas un sourire, et garde les sourcils froncés. En moi je n’arrête pas de penser : « Fais des risettes ma chérie, montre leur que tu es heureuse avec nous, que ta vie est agréable … ». Mais non, elle va tirer la tronche tout au long de leur visite et surtout, elle ne quittera pas les bras de mon amie, prouvant par là combien elle est rassurée par sa présence.

Les deux flics vont inspecter chaque recoin de notre appartement, jusqu’aux placards de la cuisine et de la salle de bain. C’est un peu humiliant d’être ainsi espionné, de devoir montrer son quotidien à des policiers, et surtout, de devoir prouver ce que les autres parents n’ont jamais besoin de prouver : que notre enfant vit dans de bonnes conditions et qu’il a tout ce qu’il faut pour sa subsistance et son épanouissement.

Nous apprendrons le lendemain, lors de l’entretien de mon amie et par l’avocate qui, révoltée par ses méthodes, demandera des comptes, que c’est la nouvelle procédure de contrôle dans la demande de délégation d’autorité parentale.

Quand nous lirons le compte-rendu du commissaire, bien plus tard, nous découvrirons qu’il a d’abord sonné chez nos gardiens, puis chez nos voisins. Qu’il a repéré les nouilles dans le placard de la cuisine, les jouets sur le bord de la baignoire et le chat sur la chaise. Que notre appartement est propre et bien rangé.

Nous avons pensé qu’heureusement, nous n’avions pas sorti la bouteille de vin blanc trop tôt, que la nounou avait passé le balai, que nous nous entendons très bien avec nos voisins (dont un couple de garçons !) et que ce soir-là, ma compagne jouait avec notre fille dans le jardin (ce que le flic a remarqué et noté dans son rapport). Bref, que tout était parfait.

Sauf que dans le rapport du commissaire, nous avons senti la subjectivité de son interprétation, et son envie de nous présenter sous notre meilleur profil. Qu’il a interprété des éléments de notre vie et remarqué des choses, à notre avantage.  Alors je n’ose imaginer le même rapport écrit par un flic homophobe …

(suite au prochain épisode …)

Non, tu ne stresseras pas

Quand on forme une famille homoparentale, mieux vaut éviter de se demander ce qui se passerait en cas de malheur car sinon, on peut voir l’avenir comme un grand point d’interrogation. Après tout, si les deux adultes qui élèvent leur progéniture ne sont pas reconnus par la loi de la même façon (l’un étant le parent légal, l’autre n’étant rien du tout vis-à-vis de la loi), il est facile(ment angoissant) d’imaginer les problématiques qu’il est possible de rencontrer à l’avenir:

- Si le parent biologique décède, l’enfant est considéré comme un orphelin (puisque l’autre parent n’existe légalement pas) et c’est au juge de décider de son placement, ainsi qu’à la famille du parent biologique.

- Si le parent biologique est malade, qu’il n’a plus l’usage de ses capacités intellectuelles ou qu’il est dans le coma, l’enfant est déclaré sans tuteur légal et là encore, ce sont le juge et la famille qui doivent prendre les décisions le concernant.

- Si le couple se sépare, le parent biologique peut évincer le parent social sans aucune difficulté.

- Dans le cas contraire, si le parent social quitte le parent biologique, il peut se désintéresser totalement de l’enfant et ne plus subvenir à ses besoins, sans subir de réprobation de la loi qui ne le reconnait pas (ce cas paraît incroyable mais malheureusement, j’ai une amie qui se retrouve seule avec son fils après qu’ils aient tous deux été lâchement abandonnés par sa compagne …).

- Si le couple achète un bien commun, dans l’état actuel des choses, l’enfant héritera de la part de son parent biologique et sera imposé au maximum sur la part de son parent social, comme si cette part du bien émanait d’un total étranger.

Dans tous les cas (sauf le dernier), la place du parent social dépend du bon vouloir du juge (qui décidera du placement de l’enfant, du tuteur ou d’une éventuelle garde partagée) mais aussi de la famille du parent biologique. Les rapports familiaux ne sont pas toujours rose bonbon, mais quand l’homosexualité est officialisée, ils peuvent carrément virer au gris foncé, voir au noir. Dépendre de la belle-mère qu’on apprécie pas forcément, ou du beau-père qui nous fait la gueule aux repas familiaux, pour conserver sa place auprès de l’enfant qu’on aime passionnément, a de quoi nous donner la chair de poule …

Avant, les homos pouvaient se faire mettre à la porte de l’appartement qu’ils avaient partagé pendant des années avec leur compagne ou compagnon, par la famille de celle ou celui-ci qui voulaient le récupérer. Maintenant, une loi permet de faire reconnaître le couple, quoiqu’en pense la famille, et donc de protégre les liens amoureux, mais en ce qui concerne les enfants, c’est le néant.

C’est aberrant de penser qu’on reconnait le couple mais pas l’enfant au milieu, rageant de lire sur le contrat de PACS que les enfants d’un des signataires du contrat ne sont aucunement reliés à l’autre. Vous êtes un couple oui, vous vous aimez, ok, ça vous regarde, mais les enfants, c’est autre chose, et ça n’a rien à voir là-dedans. Qu’ils soient légalement à vous et que vous aimiez votre conjoint(e), censé vivre avec vous (il faut vivre sous le même toit pour signer un PACS) ne change rien.

On est censé vivre avec son enfant et son partenaire de PACS, n’y-a-t’il aucun lien à faire entre eux ?

Mieux vaut donc se savoir jeunes et en bonne santé, capables de mener sa barque sereinement et le plus proche possible de l’horizon. Vieillir, penser aux accidents de la vie ou s’imaginer un jour gravement malade est exclu, sous peine de devenir complètement insomniaque !

Alors que faire pour calmer ses nerfs ? Faire l’autruche et attendre (plein d’espoir !) que les lois changent, ou bien faire avec le peu qu’on nous donne dés maintenant ?

(suite au prochain épisode)

Le Gaybyboom est en marche !

Quand Ursula m’a proposé de tenir un blog au sujet de l’homoparentalité, sur le site de Têtue.com, ma première pensée a été pour  celles qui ne veulent pas d’enfants. Celles, parmi nous, qui trouvent qu’on les bassinent un peu trop souvent avec les gosses, avec le désir que chaque femme est censée ressentir un jour où l’autre dans ses ovaires, et qui luttent contre cette désespérante évolution sociétale qui fait que dorénavant, être lesbienne, ne permet plus d’échapper à la pression familiale.

Alors, quand est-ce que tu nous fais un enfant avec ta nouvelle chérie ?

Avant c’était simple. Vous annonciez votre homosexualité à vos proches et vous étiez convaincus d’anéantir dans l’instant l’espoir que chaque parent entretient (consciemment ou inconsciemment) au sujet de son enfant : celui de devenir grand parent grâce à lui. L’idée instinctive qu’un homosexuel ne peut pas se reproduire persiste encore, mais les mentalités ont évoluées et la plupart savent maintenant qu’homosexuel ne rime pas avec stérile et que le désir d’enfant n’est pas l’apanage des hétéros.

En ce qui me concerne, je suis absolument ravie de ce changement et j’espère qu’il ira encore plus loin, pour que demain, les familles homoparentales soient protégées au même titre que les autres (ce qui n’est pas le cas- loin de là !- mais nous en reparlerons ici probablement).

Mais pour celles qui ne souhaitent pas d’enfant dans leur vie, les voilà soumises à une double obligation : celle d’avouer son homosexualité à ses parents d’une part et celle d’ajouter dans la seconde non-maman-je-ne-pars-pas-faire-des-inséminations-en-Belgique !  de l’autre.

Quand je tenais mon blog précédent, le temps du long parcours qui a précédé à la naissance de ma fille, la plupart de mes lecteurs étaient des lectrices, la majorité d’entre elles étaient lesbiennes et quasiment toutes espéraient avoir un enfant, un jour dans leur vie. Mais je me souviens d’une poignée d’irréductibles qui venaient se confronter à moi parce qu’elles ne voulaient pas d’enfant et trouvaient que l’ actuelle évolution que je représentais (lesbienne ET mère) n’augurait rien de bon.

Je suis bien d’accord avec elles pour admettre la pression sociale qui rend chaque femme dépendante de son système reproductif.  Etre une femme qui ne veut pas d’enfant aujourd’hui – malgré les luttes féministes passées et la place des femmes dans la société actuelle, qui n’a tout de même rien à voir avec celle de nos grands-mères – c’est être regardée avec suspicion, rejet , ou du moins, incompréhension.

Mais voilà. Malgré le féminisme qui m’habite, malgré mon envie de comprendre et de soutenir ces femmes qui ne s’en laissent pas compter et qui mènent leur vie loin des schémas imposés, je suis maintenant maman d’une petite fille de deux ans. Et je dois dire que ça change tout.

Avant d’être mère, avant même de ressentir le moindre désir d’enfant (parce que je ne faisais pas partie de ses filles qui a 18 ans annonçaient à qui veut l’entendre qu’elles auraient trois enfants avant trente ans), je regardais avec méfiance et, je dois le reconnaître, une pointe d’agacement, mes amis devenus parents qui s’extasiaient sur leur progéniture que, pour ma part, je trouvais inintéressante, bruyante et capricieuse.

Depuis que je suis mère, mon sujet principal c’est ma fille, mon obsession c’est ma fille, ma vie à venir c’est ma fille. Et je ne peux rien faire contre ça. Pourtant, j’ai des projets, des envies, des besoins d’écrire et de m’exprimer, une lassitude certaine du rythme contraignant des enfants et de l’absence de liberté. Bref, je sens que la femme que je suis existe au-delà de son rôle de mère et je sais que je ne pourrais me contenter d’élever un enfant pour être épanouie.

Mais je pense à celles (et ceux !) qui ne veulent pas d’enfant et je me demande : comment être sûr de ne pas le regretter un jour ?
Une femme (un homme a toute sa vie pour devenir père) qui décide de ne pas faire d’enfant prend une décision irrévocable qui, à 40 ans passés, la condamne à ne jamais pouvoir changer d’avis. Quel courage !

Je constate autour de moi que beaucoup de filles paniquent à l’approche de la date fatidique et cherchent un géniteur désespérément, avant qu’il ne soit trop tard (dans les cliniques quand elles sont homos, dans leurs lits quand elles sont hétéros). Je vois bien dans leur cas, que le choix de ne pas porter d’enfant est perturbé par l’horloge biologique et remis en question au dernier moment, juste avant que la décision ne devienne définitive.

J’aimerais que les autres, celles qui ont passé -ou s’apprêtent à passer- ce cap sereinement, me donnent une réponse : comment être sûr de ne pas le regretter un jour ?
Et dans le cas inverse, peut-on regretter d’avoir eu son enfant un jour ?

Je pense sincèrement que c’est absolument impossible.  Ma fille est toute petite, adorable, douce et drôle, elle dort 12 heures par nuit sans interruption depuis ses deux mois révolus et n’est jamais malade. Je suis vernie. Peut-être qu’à l’approche de l’adolescence, quand elle sera dans l’âge ingrat et dans l’ingratitude vis-à-vis de ses mères, j’aurais un autre discours et je serais titillée par l’envie de la jeter par la fenêtre un jour sur deux. Peut-être que plus tard, quand nous serons en pleine confrontation mère-fille, je me dirais que si j’avais su ce qui m’attendait, j’aurais donné un coup de pied à l’infirmière au moment où celle-ci introduisait la pipette de sperme dans mon vagin pour effectuer la sixième insémination.
Mais comment dire … quand on voit son enfant pour la première fois, on sait que c’est le sien, et c’est absolument définitif. L’engagement se fait au premier regard, dés le premier instant partagé. Je suppose qu’il est possible de regretter de ne pas avoir eu d’enfant un jour. Parce qu’on ne saura jamais, du fait de ne pas être devenu parent, ce qu’aurait pu apporter un enfant à sa vie. Mais qu’il est impossible de regretter d’avoir eu un enfant un jour. Parce qu’à partir du moment où il existe, il s’intègre à notre vie de façon irrévocable et absolue … comme une cerise sur le gâteau. 

2 mamans 1 bébé- couv