La France moche ?

Télérama titrait il y a quelques semaines sur cet adage, un brin provocateur: “Halte à la France moche !”.

http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php

Chaque fois que je voyage, je suis stupéfaite et déconfite, par les alentours des villages et des villes, recouverts de zones industrielles, commerciales et pavillonnaires.

Quand je rends visite à mes parents, je suis chaque fois dégoûtée par la laideur accélérée de leur village, devenu, au fil des années, un dortoir dont les cités rasent le sol et s’étalent sur les champs environnants: des pavillons saumons à perte de vue.

Il y a trente ans, je jouais aux billes avec mes petits voisins au beau milieu de la route et nous nous écartions toutes les quinze minutes pour laisser passer une voiture. Aujourd’hui, quand je sors promener ma fille, c’est tout juste si je n’ai pas l’impression de la balader au milieu des pots d’échappement des grandes villes tellement la circulation est dense. Et je suis aussi inquiète de la tenir par la main que quand je vais avec elle sur les trottoirs parisiens.

La maison de mes parents a été construite, avec des centaines d’autres, à la place du parc d’un chateau, lui-même détruit. C’était il y a trente cinq ans, et personne à l’époque ne se souciait d’écologie. Abattre un cèdre du liban vieux de centaines d’années, pour mettre sa maison à sa place, comme l’ont fait leurs voisins, posait peu de cas de conscience.

Dix ans plus tard, le champ d’en face, en bordure de bois, et qui nous servait de potager, a été remplacé par de nouveaux pavillons. Un peu plus serrés que ceux de mes parents et de leurs voisins.

Il y a encore deux ans, leur rue était bordée, à droite, d’un champ aux abords d’un bois, et à gauche, du plus grand et joli jardin du village. Ce jardin était celui de la maison qui abritait autrefois le gardin du chateau.  Retournement de situation, elle était devenue l’une des plus coquettes maisons du village, du fait de ses colombages, des dentelles ciselées dans le bois de sa toiture et de son perron à l’avant. Bref de son charme, raffiné en comparaison des maisons d’aujourd’hui.

Depuis, le champ de droite s’est couvert d’une trentaine de pavillons, tellement serrés qu’ils sont à peine distants d’un ou deux mètres, quant au joli jardin de gauche, il a été ratiboisé pour laisser place à une quinzaine de pavillons du même genre.

Ces maisons sans charme ne sont là que pour satisfaire le besoin qu’a chaque humain d’avoir SA maison, SON jardin, SON espace. Peu importe que cet espace ne contienne pas d’arbres (puisqu’il s’agit souvent de champs) ou pire, qu’il nécessite la destruction d’arbres pour s’implanter.

Que ceux qui parlent de “cadre de vie” soient ceux qui détruisent l’environnement pour y planter leur maison me fait bondir.  Jamais je ne ferais construire ma maison à la place d’un bois ou d’un champ, cette simple idée m’apparait comme l’anti-thèse de ce qu’il faut faire, alors que dans l’avenir, nous serons encore plus nombreux à réclamer un bout de terre pour y installer notre nid. Encore plus nombreux à réclamer à manger d’une terre dont les surfaces agricoles se réduisent chaque année d’avantage.

L’apât du gain des maires et des régions n’a de cesse de repousser les limites du raisonnable et les maisons poussent comme des champignons … à la place des champignons. Ce qui s’est passé lors de la tempête Xynthia est révélateur de cet entêtement à construire n’importe où, à répondre avec l’obstination du porte monnaie, à la demande de maison individuelle de tout un chacun.

Et tant pis si ces maisons sont anti-écolos au possible: très proches de celles des voisins mais pas assez pour que la chaleur soit partagée, isolée des commerces et des transports collectifs avec deux voitures (voire plus) garées devant, sans panneaux solaires, récupération des eaux, et même construites dans des zones à risque.

Dans les Pyrénées, les jolies maisons de couleur, aux balcons de dentelle, sont abandonnées et tombent en ruine, emportant avec elles, l’esprit du lieu et les caractéristiques décoratives locales, alors que les alentours se couvrent de maisons individuelles neuves, roses et prétentieuses.

Quand est-ce que l’Etat obligera Bouygues et consoeurs à construire des logements sains et soucieux de leur environnement ?

Comment se fait-il qu’aujourd’hui, à l’heure de Kyoto et de Copenhague , on construise avec la même frénesie qu’il y a trente ans, sans remettre un cause un système que l’on sait voué à sa perte ?

xynthia

Anonymat ou pas ?

Ca fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Mille questions se bousculent dans ma tête, à quelques jours de rencontrer la directrice de la future école de ma fille.

Le temps est passé tellement vite depuis sa naissance que je m’étonne de la voir bientôt rejoindre les rails de la scolarité. L’école primaire n’est que l’apéritif de ce qui l’attend et je sais qu’une fois dans la place, elle ne quittera pas le système avant 20 ans. Et ça ne me rassure pas, tellement sont vifs les souvenirs de ma propre scolarité. L’école c’est une énorme pression, un examen continu et le théâtre d’une représentation permanente. Quand on sait que l’entreprise fonctionne sur le même schéma, il n’y a plus qu’à penser que son petit, une fois le pied en primaire, est embarqué pour un bon paquet d’année, dans le cirque infernal de notre société de concurrence et de vanité.

eleveMais ce n’est pas le sujet de ce post.

Quand j’ai écrit mon premier livre pour enfants, mes éditrices m’ont proposé de prendre un pseudonyme avant la publication. Ca me semblait totalement incongru puisque je ne pouvais espérer que d’autres s’assument publiquement comme homosexuel, sans le faire moi-même. J’ai simplement demandé à mes parents si cela les dérangeaient, et leur réponse a été aussi évidente que la mienne: “Mais non, pourquoi ?”.

J’ai un instant pensé à ma grand-mère, qui ferait une syncope si elle voyait son nom de famille chéri inscrit sur un livre publié aux “Editions gaies et lesbiennes” mais je savais que la probabilité qu’elle le voit un jour était quasi-nulle (effectivement, depuis presque dix ans et trois bouquins “à caractère homosexuel” publiés sous mon nom, elle n’est toujours pas au courant).

Aujourd’hui, je me pose la question de l’anonymat. Car ma fille s’apprête à rentrer à l’école et il sera facile pour la directrice, les parents d’élèves et très bientôt les élèves eux-mêmes, d’aller voir ce qui se trame sur la toile et de trouver ce blog. Ma fille, du haut de ses deux ans et demi, me demande déjà “Tu regardes internet ?” quand je suis devant l’ordinateur, je pense donc que le temps qui me reste avant de la voir naviguer sur l’écran, est infime. Et que des sueurs froides m’attendent quand je pense à la facilité qu’offre la toile de tomber sur des images dégradantes ou choquantes.

Mais je m’égare.

Si je veux continuer de raconter ici, les péripéties qui nous attendent avec le monde scolaire, les parents des autres enfants et ce qui fait la particularité d’une famille homo évoluant dans un contexte hétéro, je n’ai pas d’autre choix que de revenir au pseudo de mon précédent blog, ou de devenir Muriel D.

Mais cela me pose un problème de conscience.

Car je rêve d’un monde où chacun pourrait dire qui il est sans subir le jugement ou la réprobation des autres. Et nous en sommes loin quand je vois les images de ce qui s’est passé durant le Kiss-In de ce week-end:

intégrisme religieux

Je suis convaincue que si tous les homos sortaient du placard, dans leur famille ou leur entreprise, les mentalités feraient un grand pas en avant. Car en parlant avec les gens, je suis toujours stupéfaite de les entendre me dire “Ma cousine est homo”, “Mon frère est bi”  ou ”Dans la famille, nous sommes deux à être homos sur trois enfants”.

Peu de temps après la naissance de ma fille, ma belle-mère a croisé une amie à elle dans les rues de sa ville:

“Bonjour ! Comment vas-tu ?

- Bien, merci.

- Et tes filles ?

- Bien, bien. Et toi, comment vas-tu ?

Ma belle-mère, radieuse:

- Je dois te dire quelque chose. Je suis grand-mère !

- Ah bon ?! S. a eu un enfant ?

- Non ! C’est sa compagne qui l’a porté !

Et ma belle-mère de raconter notre aventure. A la fin de son histoire, son amie fond en larmes et dans ses sanglots, lui raconte ce qu’elle n’avait jamais osé lui dire: que l’une de ses filles est lesbienne mais qu’elle n’en avait jamais parlé à ses amies tellement elle en avait honte.

Cette anecdote est éloquente. Il suffit qu’une personne soit courageuse et dise la vérité pour que les autres sortent du silence et osent enfin. Ma belle-mère, en avouant la vérité de la conception de sa petite fille, a permis à d’autres de ses amis de sortir de leur cachette et d’avouer, après des années, que leur enfant était homo, lui aussi, ou que dans la famille, y’avait un cousin, un oncle ou une nièce qui “en était”.

 Je suis certaine que nous sommes bien plus nombreux qu’on voudrait nous le faire croire mais que les tabous, les secrets et la honte, font mentir les statistiques. L’effet serait donc radical si tous les homos s’assumaient enfin et si les personnalités se dévoilaient.

Je rêve d’un couple français à la Ellen Degeneres/Portia de Rossi qui ont le culot d’être sexy, séduisantes, riches, médiatiquement puissantes, et qui ne se privent jamais de dire haut et fort combien elles s’aiment et que, peut-être, elles auront des enfants.

Imagine-t-on ici une Audrey Tautou déclarant publiquement sa flamme à une femme ? Il n’y en a que quelques uns, comme Amélie Mauresmo, qui ont eu ce courage et cette simplicité, et qui l’ont payé cher.

Alors prendre un pseudo pour continuer à raconter et témoigner, parce que ma fille rentre à l’école, me pose un problème. Médiatiquement je ne représente rien mais internet dévoile en un instant les propos ou les activité des moins connus d’entre nous.

Or continuer ici, faire d’autres livres sur le sujet, en sachant que ma fille pourrait en pâtir un jour, me donne envie de revenir à mon seul rôle de maman. Et de fermer ma gueule une bonne fois pour toute.

Quand on nous accuse de violer la loi …

Voici la fin d’un article rédigé par François C., professeur de droit privé à l’Université de Rennes, publié dans le magazine AJ Famille, au sujet de la délégation de l’autorité parentale sur notre fille, que nous avons obtenu du Tribunal de grande Instance de Paris en septembre 2009 :

« Une dernière remarque pour conclure, car les faits de l’espèce révèlent une difficulté qui est trop souvent, pour ne pas dire toujours, passée sous silence par les juges saisis d’une telle demande en délégation d’autorité parentale. En effet, dans cette affaire, comme dans tant d’autres, c’est au mieux un détournement, au pire une violation de la loi française, qui est à l’origine de la situation de fait invoquée par les demanderesses. Rappelons, en effet, que le droit français réserve la procréation médicalement assistée aux couples hétérosexuels. C’est donc à l’étranger, aux Pays-Bas en l’espèce, que les femmes homosexuelles se rendent pour bénéficier d’une telle aide à la procréation. De retour sur le territoire national, elles n’hésitent pas alors à demander au juge français, qui ne semble pas s’en offusquer, de reconnaître et d’organiser cette réalité prohibée par la loi nationale. Autrement dit, ce qu’on admet en autorisant la délégation-partage de l’autorité parentale dans de telles affaires, c’est la possibilité d’éluder délibérément la loi française pour mieux la solliciter par la suite. Cette démarche suscite tout de même un certain malaise … et sa légitimité, avouons-le, quelques doutes.

François C. »

Voici la réponse (énervée) que je lui ai envoyée :

Bonjour,

Vous avez rédigé un article dans AJ Famille qui me concerne personnellement et qui m’a donné envie de vous répondre.

Il s’agit de l’article ”Délégation d’autorité parentale: nouvelle application” dans le numéro de décembre 2009, au sujet de la décision du Tribunal de grande Instance de Paris, le 18 septembre 2009, qui a permis la délégation de l’autorité parentale, sur l’enfant Elisa, de la mère à sa compagne.

Je suis la mère biologique d’Elisa et je me permets de vous écrire pour vous dire combien votre article m’a blessée.

Je peux comprendre que, pour des raisons idéologiques, vous regrettiez cette décision, mais je vous remercie de ne pas nous faire passer pour des fraudeuses qui “violent la loi française” comme vous l’écrivez à la fin de vos commentaires.

Si en effet, nous sommes allées en Hollande pour pratiquer des inséminations qui ont permis la naissance d’Elisa, c’est parce que la loi française nous l’interdisait. Quand on considère qu’une situation dans son pays est injuste et qu’elle est permise dans les pays voisins, il est facile de traverser les frontières pour en bénéficier. Les femmes françaises qui souhaitaient un avortement et qui n’en avaient pas le droit dans leur pays, faisaient la même chose il y a des années (pas si lointaines que ça …).

Sur ce point, je suis d’accord avec vous pour dire que nous avons pratiqué “ailleurs”, ce qui nous était interdit “ici”. Mais je vous rappelle que le ventre qui a accueilli l’enfant né de cette insémination est français et que l’enfant qui en est né, l’est aussi.

Et c’est là que je ne vous suis plus.

Nous n’avons pas “violer la loi” en demandant la délégation de l’autorité parentale puisque cette possibilité est offerte aux couples de femmes vivant en France. Que l’enfant soit né d’une méthode de procréation interdite en France ne change rien ! Auriez-vous mieux accepté la protection de ma fille si j’avais couché avec un homme ?

Est-ce que la morale aurait été sauve dans ce cas ? Et la loi respectée du fait de la procréation hétérosexuelle ?

Qu’est-ce qui est le plus important ? La façon dont a été conçue ma fille ou la protection de celle-ci ?

 En France, des enfants naissent et ne sont pas désirés, d’autres sont maltraités ou délaissés. Certains vivent dans des familles déchirées, séparées ou recomposées. N’appelez-vous pas à leur protection dans leur cas ? Est-ce à dire que vous ne regrettez la protection des enfants que lorsqu’ils sont nés du désir de leurs parents homosexuels ?

Elisa est née en France, grâce au désir de deux françaises qui travaillent ici, paient leurs impôts et participent à la vie sociale, économique et démographique de leur pays. Elle a droit, comme n’importe quel enfant, à la protection juridique de sa famille.

Nous sommes deux femmes et notre union physique ne nous permettait pas de donner naissance à un enfant. Pourtant, notre désir d’en élever un et de lui faire partager la chaleur de notre foyer, nous est venue comme chez n’importe quel couple d’amoureux.

Un homme inconnu, dans un pays étranger, nous a offert cette possibilité de son plein gré (en Hollande, les donneurs sont volontaires et non-rémunérés). Il s’est engagé à lever son identité si plus tard, notre fille demandait à le connaître.

Depuis la naissance de notre fille, nous sommes au plus près de son écoute, de son affection et de son éducation. Nous nous comportons comme deux adultes responsables de l’enfant né de leur désir et nous nous considérons comme deux parents à part égale.

La décision du Tribunal de grande Instance de Paris n’a fait que conforter notre réalité (la fameuse « symbolique » que nous reprochait le procureur) mais surtout, elle a reconnu le lien entre ma compagne et ma fille qui, jusqu’à présent, bénéficiait de ma seule protection.

Alors non, « de retour sur le territoire national » avec notre bébé dans le ventre, nous n’avons « pas hésité à demander à un juge français (…) de reconnaître et d’organiser » une réalité qui n’est en aucun cas « prohibée par la loi » !

Souvenez-vous que l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis 1981 et que le PACS date de 1999 : deux personnes du même sexe ont le droit de jouir d’une vie commune et de leur propre corps (en l’occurrence, une femme ou un homme, même homosexuel(le) peuvent avoir des enfants) !

Si j’avais pratiqué des inséminations en France en cachant mon homosexualité, vous auriez pu me taxer d’avoir  « délibérément éluder la loi française », or ce n’est pas le cas.

« En l’espèce », nous n’avons fait que demander la protection de notre enfant, citoyen français, pour garantir son futur sur le sol français.

 Bien cordialement,

 MD

Qui de la butch ou de la fem portera l’enfant ?

Depuis que j’ai publié mon premier livre pour enfants, intitulé “Dis mamanS” (dans lequel un petit garçon est confronté aux réactions de ses camarades de classe parce qu’il a deux mamans à la maison) la principale critique qu’on m’ait faite, c’est celle de colporter un cliché sur le couple lesbien, en représentant l’une des femmes plus féminine que l’autre.

Voilà l’objet du délit:

page dis mamans6

Comme vous pouvez le constater, l’une des femmes est en jupe (et en tablier !) et fait la cuisine, quand l’autre est en pantalon et … donne le biberon. Au moment de dessiner, j’ai tenté de montrer l’équilibre des tâches au sein du couple et pourtant, le représenter me posait un dilemme. Si je mettais les deux en jupes, on pouvait me dire que je prenais mes désirs pour la réalité, si je mettais les deux en pantalon, on pouvait m’accuser de colporter les clichés. J’ai donc tranché en choisissant d’en mettre une en jupe et l’autre en pantalon mais peine perdue ! Malgré leurs cheveux longs à toutes les deux (fait exprès pour ne pas tomber dans … les clichés), on me reproche de colporter … les clichés.

Je suis d’avis que les clichés ont toujours un fond de vérité et qu’ils ne sont, bien souvent, qu’une accentuation de la réalité. Si le clichés sur les Gays et les lesbiennes existent, c’est bien parce que les homosexuels les plus visibles étaient, au départ, les folles pour les Gays et les Butchs (ou camionneuses) pour les filles. Ce qui est dommage, et ce que je regrette, avec les clichés, c’est qu’ils ont la vie dure et que bien souvent, ils continuent de représenter aux yeux des autres, une catégorie de personnes qui ne s’y retrouve, elle, pas du tout.

Quand je vois le couple d’hommes qui habitent juste en face de chez moi (un couple de filles et un couple de garçons sur le même palier: on fait exploser les quotas !) et dont l’un des deux est instit’, je me dis que personne n’imaginerait que ces deux-là sont en couple depuis 20 ans.

Quand une copine me raconte que sa collègue, mariée et mère de famille, lui tombe dans les bras à la première occasion, qu’une autre de mes amies voit sa collègue (encore !) quitter son mec pour vivre avec elle, et qu’une dernière fait exploser un mariage, je me dis que, soit mes copines sont des serial-lovers, soit la réalité est bien plus complexe qu’on voudrait nous le faire croire.

Les couples de filles de mon entourage sont d’une telle diversité qu’il est impossible d’en faire un portrait-robot. Certaines sont ultra-féminines (les Fems comme on les appelle), d’autres ultra-masculines, et pour beaucoup, dans un entre-deux pratique et passe-partout (comme la plupart des gens quoi). A l’intérieur du couple, certaines sont absolument semblables dans leur féminité (Fem+Fem) ou leur non-féminité (Butch+Butch), d’autres sont associées à leur exact opposé (Butch+Fem). Mais dans la plupart des cas, elles se ressemblent juste dans leur “banalité” avec peut-être, un peu plus de féminité pour l’une des deux.

Or sur la maternité dans les couples de femmes, j’ai constaté que c’est bien souvent la plus féminine des deux femmes du couple qui porte l’enfant, en tout cas le premier. Ce n’est pas une généralité, juste une constatation fréquente. Chez la quasi-totalité de mes copines, ou des lesbiennes que j’ai rencontré, c’est celle qui se sent le plus “fille” qui est enceinte, ou qui accepte son désir de grossesse en premier.

Et quand je rencontre un couple de femmes avec enfants, je sais d’avance qui est la mère biologique. Bien sûr, il y a des exceptions, bien sûr, je ne peux pas faire de généralité sur ma simple expérience, mais c’est quand même une constatation récurrente et rarement démentie.

Même quand les deux ont chacune un enfant biologique, c’est souvent la plus féminine des deux qui a porté le premier, et ce n’est pas toujours l’âge des protagonistes le premier critère pour les “départager”, comme on pourrait le penser.

D’ailleurs c’est une remarque qui m’a été confirmée dans une des nombreuses études réalisées sur l’homoparentalité (celles que nos détracteurs continuent à négliger en hurlant qu’on n’a “pas assez de recul”) que j’ai lu au moment où je cherchais des réponses à mes questions: c’est souvent la plus féminine des deux qui porte l’enfant.

Souvent, je m’interroge sur le désir de celle qui est la moins féminine des deux. Parfois il est totalement absent, mais parfois, il est là, quelque part au fond d’elles, elles ont simplement plus de mal que leur compagne à le reconnaître ou à l’avouer. Comme si le fait de s’être toujours senties plus “masculines” que leurs moitiés, les contraignaient à taire leur éventuel désir de grossesse, à accepter de jouer le rôle masculin jusqu’au bout. Quand l’une d’elles m’avoue un désir non assumé, ou révélé trop tard, je la trouve d’une rare galanterie et j’estime qu’elle a fait preuve d’une grande agnégation pour laisser place à son amie.

Est-ce que ça les arrange de ne pas avoir à assumer ce désir ? D’éviter ainsi la grossesse et ses désagréments, ou d’échapper au regard d’autrui sur elles, elles qui ont toujours été considérées comme les “garçons” du couple ?

Et nous, les fems, sommes-nous toujours à l’écoute de leur désir ? Est-ce que ça ne nous arrange pas de les voir se défiler et nous laisser la place que nous convoitons ?

Sommes-nous prêtes, nous aussi, à les voir enceintes alors que ce qui nous attire chez elles c’est aussi leur part de masculinité ?

Dans un couple de femmes, il y a forcément “concurrence” si les deux souhaitent porter l’enfant. Si elles s’y prennent assez tôt, chacune peut vivre l’expérience de la grossesse, mais si celle qui commence met des années avant d’être enceinte, ce sera, non seulement au détriment de sa fécondité, mais aussi de celle de sa compagne !

Je me demande si, sur cette question, nous sommes complètement à égalité dans le couple et si le fait d’avoir deux ventres disponibles n’est pas un poids plutôt qu’un bénéfice …

Après tout, dans les couples hétéros la question de “Qui portera l’enfant ?” est d’une telle évidence qu’elle ne se pose pas et la différence biologique entre l’homme et la femme détermine le rôle de chacun.

Je n’ai pas de réponse à ces questions mais je me les pose parce que derrière notre grand combat pour plus d’égalité au sein de la société, il y a les petits combats à l’intérieur du couple, ceux qui doivent être menés pour réinventer un système imposé par l ‘ordre biologique qui a, jusqu’à présent, servi de fondement aux règles familiales.

La coiffeuse face à l’homoparentalité

Chez le coiffeur, un matin pluvieux.

La coiffeuse soulève ma fille et l’assoit sur un fauteuil, surélevé par un gros coussin noir. Elle pose sur elle une blouse blanche décorée d’un affreux Mickey. La blouse est tellement grande qu’on dirait que ma petite est enfouie sous une bâche.

Au fur et à mesure qu’elle coupe ses cheveux, elle la transforme en vraie petite fille. La maman énamourée que je suis, regarde sa progéniture avec satisfaction, dans le miroir.

Et puis, la coiffeuse, qui n’a pas arrêté de bavasser, dit soudain à son attention:

- En rentrant à la maison, tu vas montrer à ton PAPA comme tu es jolie !

Je ne rétorque rien mais je déglutis avec difficulté. J’hésite à répondre mais je me dis que je n’ai pas à réagir à chaque fois qu’on nous ramène à la norme.

Sauf que la coiffeuse continue:

- Ta maman te voit elle, mais ton PAPA n’est pas là ! Il va te trouver très jolie quand tu vas rentrer !

Ma petite la regarde dans le miroir, puis me regarde, puis se regarde. Je la sens perplexe, un peu perdue. Elle ne répond rien.

Alors je craque et je décide d’assumer:

- Elle n’a pas de papa mais une ama.

La coiffeuse se tourne vers moi et s’exclame, d’un air ahuri:

- Une QUOI ?!

- Une ama. Une deuxième maman.

Et comme je la sens encore sceptique, j’ajoute:

- Je vis avec une femme.

- Aaaaaah ! Je ne savais pas que ça s’appelait comme ça.

- Ca ne s’appelle pas comme ça. Ca dépend des couples, chacun trouve son petit mot.

-Aaaaaah, mais c’est géniiiiaaal ! C’est la première fois que j‘en rencontre !

(J’encaisse le “en” au passage)

Et pour bien faire, la coiffeuse se retourne vers ma fille:

- Alors ton AMA va te trouver très jolie quand tu vas rentrer à la maison !

Ma poupée n’a pas dit un mot. Elle est maintenant en âge de comprendre sa différence familiale, mais bien jeune pour devoir l’assumer.

Elle qui joue au papa et à la maman avec ses peluches. Qui m’affirme que si l’une de ces celles-ci est triste c’est parce qu’elle cherche “sa maman” ou “son papa”. Elle qui a déjà compris que c’était différent chez les autres et que la plupart des enfants de son âge avaient un papa et une maman à la maison.
Mais quand même. J’ai pensé que cette coiffeuse prenait des risques à parler avec une telle assurance, du paternel de l’enfant qu’elle coiffait. J’ai pensé qu’à la place de ma fille, il y aurait pu avoir un petit que le père avait abandonné ou un autre qui subissait le divorce de ses parents. Bref, un de ces enfants qui, comme ma fille, n’a pas le modèle majoritaire sous son toit et qui se retrouvent confronté aux affirmations des autres.

Je reconnais que la coiffeuse avait peu de chance de se tromper et qu’il y avait 90% (80, 70% ?) de chance pour que l’enfant en question ait un papa à la maison et qu’elle flatte sa cliente en parlant de lui.

Mais je l’ai quitté en me disant que c’était pour ma fille, sa première confrontation au regard extérieur et qu’elle quittait définitivement le cocon protecteur de la toute petite enfance, quand l’incompréhension des mots empêche d’être blessé par autrui.

mickey

A Girl in NYC

New-York étale ses buildings avec arrogance à un mètre du niveau de la mer.

Vue de loin, elle ressemble à un jeu de légo imposant mais  fragile car les pieds dans l’eau, elle ne resisterait pas aux caprices de la nature.

Symbole puissant de l’évolution humaine, de son extraordinaire capacité à envahir l’espace (le développement de NY s’est fait en hauteur car les habitants ne disposaient que de peu de place au sol), elle m’a procuré un sentiment d’énergie intense et néanmoins éphémère.

Mon pessimisme quant à l’avenir s’est matérialisé dans cette ville. J’ai pensé que son incroyable présence était précaire, qu’elle aurait du mal à surmonter les enjeux écologiques.

Le gâchis d’énergie y est constant. A Times Square, la nuit n’est jamais la nuit. Les voitures sont d’un volume aberrant, elles rutilent sous les néons car elles sont symboles de réussite et de pouvoir. La sollicitation à consommer ne s’arrête ni le soir, ni le dimanche, et les écrans (dans les taxis ou les ascenseurs) nous encouragent à acheter, encore et encore, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Cette sollicitation permanente est fatigante, illusoire, et mieux vaut avoir le porte-monnaie bien fourni pour la supporter.

D’ailleurs les homeless sont invisibles, disparus de la circulation pour ne pas ébranler la vision triomphante de l’Amérique qui avance, réussit, en impose.

Mais pourtant, on lui pardonne.

New-York est époustouflante car elle donne le sentiment que tout est possible, que l’avenir sera brillant, alors même qu’elle représente l’antithèse de ce qu’il faudrait faire. New-York est jeune par rapport aux villes d’Europe, elle est riche d’un melting-pot comme nulle part ailleurs. On y court pour travailler, sortir, consommer. On y vient de loin dans l’espoir d’une vie meilleure.

Mais il suffit d’emprunter une rue sur le côté pour que le rythme se calme, pour que le quartier ressemble à un village aux maisons coquettes et confortables, loin du fracas de la ville. Et Central Park, de part sa taille gigantesque, donne la sensation étonnante que la nature s’incruste au beau milieu de la ville.

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New-York appartient à l’imaginaire collectif. Avant d’y mettre les pieds, on l’a déjà vu sous toutes ses coutures, dans les films, les feuilletons policiers ou dans les magazines. Tellement photogénique et fantasmée !

J’ai souvent imaginé qu’Audrey Hepburn allait surgir d’un de ces magnifiques immeubles bourgeois, à l’auvent caractéristique qui s’avance sur les trottoirs. Ou que j’allais croiser Woody Allen à Central Park.

A Soho, dans une soirée de filles organisée dans un bar, j’ai cotoyé le casting d’LWord et les butchs à cravates.

Parfois j’y ai ressenti le même sentiment d’étouffement que dans les villes d’Asie comme Bangkok ou Bombay, bondées, polluées et surpeuplées. L’instant d’après, j’y ressentais le calme de certains quartiers des villes européennes, comme Amesterdam ou Londres. Un mix parfait entre le vrombissement de la modernité et l’apaisement du vieux continent.

La statue brandit sa torche pour attirer le monde. Et le monde y court, fasciné par son énergie, abandonné par son propre pays, dans le besoin, l’urgence, ou juste l’envie de profiter de l’aubaine.

J’ai vu les affiches du film catastrophe 2012, en grand format, dans les couloirs du métro, juste avant mon départ. C’était saisissant et j’ai pensé qu’il n’y avait que New-York pour représenter à ce point l’humanité triomphante mais en péril.

Chacun son doudou

Chaque soir avant de me coucher, je rentre sur la pointe des pieds dans sa chambre pour la regarder. Je me penche si près de son visage que je sens presque son souffle sur mes lèvres.

Absorbée dans le sommeil définitif des enfants, elle ne sent ni ma présence au dessus d’elle, ni la couverture que je pose sur son petit corps lourd.

Je prends le temps de contempler son visage au repos : sa petite bouche ourlée et rose, enfin délivrée des paroles incessantes de la journée, son front bombé sur lequel ses cheveux fins sont déjà collés par la sueur, et ses paupières fermées, qui laissent apparaître l’épaisseur de ses cils.

Un ours blanc au sourire figé semble se pencher pour coller sa tête à la sienne, un lapin rose tout mou, face contre le matelas, est aplati sous sa jambe, une petite souris habillée en danseuse est négligemment oubliée dans un coin du lit. Ma petite poupée dort paisiblement, entourée par sa cour. Les animaux affectifs au sourire rassurant sont ses compagnons de nuit après avoir été ses jouets de la journée. Elle a dansé avec l’ours, joué avec le lapin, emporté le mouton chez la nounou, la garderie ou le parc. Elle les a malmenés avant de les consoler, les a punis avant de les câliner. Puis elle leur a longuement parlé, dans l’obscurité de sa chambre, avant de trouver le sommeil et de les oublier.

Parfois je cherche son visage au milieu de cette foule, je devine les contours de sa silhouette qui écrase celle des autres. Personne ne bouge mais c’est la seule endormie.

Je peux ranger les jouets oubliés sur le sol dans le coffre, ramasser les livres étalés par terre ou bien éteindre la lampe illustrée qui continue de tourner en créant des volutes de lumière sur le plafond, sans qu’elle ne fasse aucun mouvement. Absolument abandonnée dans son sommeil, elle n’entend rien de mon agitation autour d’elle. A de rares occasions, elle entrouvre les yeux pour me voir, mais je ne suis qu’un fantôme familier qui ne peut l’effrayer. Alors elle se retourne, pose la tête sur son petit coussin et replonge aussitôt dans sa nuit.

Et quand je quitte sa chambre à regret c’est pour retrouver mon doudou à moi, plus grand, plus vivant et plus doux qu’un ours en peluche.

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Papa méchant

Avant, je ne voyais jamais les parents au delà des gens. Forcément, puisque je ne voyais pas les enfants non plus. Ni leurs sourires, ni leurs paroles ne m’intéressaient, à peine les gazouillis des bébés qui parfois, du fond de leur landau, attiraient mon attention.

Maintenant que je suis mère, aucun geste parental ne m’échappe. Je les jauge à hauteur de ma propre expérience et souvent, j’ai les nerfs à vif.

Ce week-end, nous étions dans un lieu dédié à la famille: enfants et parents partout, heureux ou furieux, colères et crises de larmes, menus hypercaloriques  (soda+frites+jambon+gâteau) et attractions pour les satisfaire.

Assises à la table d’un bar en début de soirée, ma fille nous a, comme à son habitude, rapidement délaissées pour aller batifoler avec les enfants qui jouaient sur une estrade. Elle a, comme à son habitude, jeté son dévolu sur un des petits du groupe, cette fois-ci une blondinette à couettes qui répondait au nom de Clara.

Elles étaient adorables toutes les deux, la brune et la blonde, et couraient l’une derrière l’autre en riant, pour se bisouiller dés qu’elles s’arrêtaient. Je les trouvais touchantes et j’admirais la facilité de leurs échanges, quand deux petits se découvrent pour la première fois et s’accordent immédiatement pour jouer ou s’embrasser, sans s’embarrasser des codes ou des manières des adultes.

Mais tous les parents ne semblent pas de mon avis et certains considèrent qu’un petit de deux ans doit se comporter avec la même bienséance que les grands. Car très vite, le père de Clara a montré des signes d’impatience devant la course  effrenée de ma fille et de la sienne. Alors qu’elles couraient d’un bout à l’autre du bar et qu’elles faisaient demi-tour dés qu’elles en atteignaient les limites, il s’est levé d’un air excédé pour attraper sa fille et la poser brutalement sur sa chaise. La mienne s’est retrouvée seule au milieu de la piste, un peu décontenancée par l’abandon de sa copine (car bien sûr, le père de Clara n’a pas eu un regard d’explication pour elle) et j’ai senti mon coeur triste de la voir ainsi délaissée. Ca n’a pas duré longtemps puisqu’elle s’est mise à danser devant les musiciens, ce qui m’a prouvé, encore une fois, l’inconstance étonnante des enfants.

Très vite, Clara l’a rejointe car on ne tient pas longtemps un petit enfant sur sa chaise quand tous les autres s’agitent et s’amusent autour de lui. Mais le regard de son père sur elle s’est durci, il semblait furieux. On sentait que l’agitation de sa petite le rendait fou et qu’il l’aurait attaché sur sa chaise s’il avait pu le faire. Clara est revenue vers nous, nous a parlé avant de repartir en courant derrière ma fille.

Son père s’est levé brusquement. A pied de l’estrade, il a attrapé son fils par les épaules, le soulevant sans aucun mal du haut de ses 1.80 mètres. Il a pris son menton dans sa main droite, tout en le maintenant en l’air, l’a regardé et parlé d’un air si méchant que son fils semblait se ratatiner sur lui-même.

C’était d’autant plus choquant que son enfant n’avait rien fait de particulier, ni esclandre ni colère, on ne l’avait même pas remarqué …

Quand il l’a reposé sur le sol, et qu’il s’est dirigé vers sa table, il a attrapé Clara au vol, par un seul de ses bras, et je l’ai vu emporté sa petite poupée désarticulée et la reposer brutalement sur sa chaise.

L’intimidation d’un adulte sur un enfant est d’autant plus embarrassante que l’un est bien plus fort que l’autre, que l’un possède l’autorité sur l’autre. L’abus de pouvoir existe dans les familles comme il existe dans les plus hautes sphères de l’état.

Le père se doit, dans l’inconscient collectif, d’assumer le rôle de l’autorité mais certains y trouvent le moyen d’exprimer leur agressivité et leur violence refoulée. Je me suis demandée si Madame ne se prenait pas quelques coups de temps à autre, vu le comportement de Monsieur avec ses enfants, et j’ai pensé qu’avec ce genre de cas, la famille nucléaire (papa-maman-enfant) n’est vraiment pas un bon exemple …

La liberté acquise est si fragile

J’ai pris un coup d’vieux ces temps-ci.

Ca vient subrepticement, sans tapage, juste un jour comme les autres durant lequel on s’aperçoit, au hasard d’un méchant chiffre qui se balade, qu’on ne fait plus partie des jeunes. Quand on découvre que le petit cousin de sa chérie, qui monte à Paris pour continuer ses études, est né en 1990,  par exemple, ou bien quand on remplit sa date de naissance sur internet, et que le menu déroulant nous dévoile un bon paquet de chiffres avant qu’on trouve le notre.

Quand celui qui nous contacte sur Facebook était le petit garçon de la maison d’à côté quand nous étions petits, et que malgré les 8 ou 9 ans qu’on a toujours eu de plus que lui, le voilà père d’une petite fille. Voire de deux enfants.

Quand la physionnomie de ceux qu’on a connu “avant”, qui nous contactent par internet et nous dévoilent leurs photos de famille,  n’a plus grand chose à voir avec celle qu’on leur a connu …

Quand nos meilleurs amis fêtent leur 40 ans et que d’autres se séparent, après 10 ans de vie commune.

Récemment, j’ai fait un tour à la soirée What’s Gouine On, parce qu’elle se déroule aux Disquaires, à deux pas de chez moi, que je peux y aller en voisine, et rentrer me coucher “pas trop tard” (…).

J’ai fait un petit tour et je me suis lourdement assise sur un tabouret, dans un coin discret, parce que j’étais subjuguée par la jeunesse des participantes. Je sentais les 10 ans qui nous séparaient aussi surement que la fatigue qui déjà, pesait sur mes épaules et me donnait envie de rentrer.

Très jolies, 20 ans en moyenne et visiblement à l’aise dans leur sexualité, j’ai pensé qu’au même âge, je venais à Paris vivre mon histoire d’amour interdite, protégée par les murs rassurants d’un appartement et que jamais je n’aurais osé m’afficher ainsi, dans un lieu qui vous colle l’étiquette homosexuelle sur le front, dés que vous mettez un pied dedans.

Ma première expérience de la nuit lesbienne, je la dois à l’antique Rive Gauche qui avait l’originalité de mixer des filles de 17 à 77 ans, du look camionneur à l’ultra-féminin, sur une minuscule piste de danse. Entre la ringardise rassurante du Rive Gauche ou la branchitude intimidante du Pulp, point de salut et pour les filles comme moi, débarquées de leur Province et vierges des codes de la nuit, le premier était bien plus facile à apprivoiser. Les soirées n’étaient pas aussi répandues et variées qu’aujourd’hui (de l’électro la plus pointue, à la soirée tendance mais pas trop, en passant par les passionarias des années 80), et il n’existait pas internet pour connaître les lieux de liberté sans réseau lesbien préalablement composé.

Océane Rose Marie le raconte très bien dans son show, et ses souvenirs ont ravivé les miens.

Un ami m’a présenté une fille de 20 ans qui est actuellement dans l’école d’Art Appliqués parisienne où j’ai fait mes études. Qu’elle ne fut pas ma stupeur de l’entendre me raconter qu’elle venait de quitter sa copine pour un mec mais qu’elle ferait probablement l’inverse très bientôt ! Je me suis rappelé qu’à son âge, j’étais complètement dans le placard (le placard pourtant doré d’une école d’Arts à Paris) et que si les 5 garçons de ma classe étaient tous des pédés non refoulés mais plutôt assumés (sauf 1), aucune fille, ne se présentait comme lesbienne. Apparemment 10 ans plus tard, j’aurais plus facilement rencontré des filles dans le même bateau que moi, ou du moins, pas obsédées par l’hétérosexualité.

Il y a deux jours, en descendant les escaliers du métro à Bastille, j’ai surpris deux superbes filles, à l’allure féminines mais décontractées, s’embrasser à pleine bouche, au milieu d’un couloir. Elles m’ont entendues et sans se retourner, ont filé droit devant elles en riant. Elles n’ont pas caché leur tendresse puisque leurs doigts se frôlaient sans cesse et se cherchaient comme deux petits papillons dans leurs dos.  J’ai pensé avec mélancolie à mes 20 ans disparus pour toujours et au fait que, malgré la liberté aquise, deux filles d’aujourd’hui doivent toujours s’enfuir en courant, à l’approche d’un pas étranger, pour ne pas prendre le risque de dévoiler la vraie nature de leur relation.

Un p’tit clin d’oeil au Rive Gauche:

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Océane Rose Marie ou la lesbienne invisible

J’ai passé ma soirée avec Océane Rose Marie, « La lesbienne invisible » et mes zygomatiques en pleurent encore.

Les anecdotes qu’elle raconte avec un humour incisif, des mimiques étonnantes et un sens aigu de l’autodérision pendant son One Woman Show, parlent à toutes les lesbiennes, qu’elles soient assumées ou honteuses, en couple ou célibataires, fêtardes ou accros du canapé. Elle dissèque, avec beaucoup de finesse, l’expérience que nous avons toutes connues, à savoir être une provinciale « montée » à Paris pour respirer, et prise dans les affres du milieu lesbien, passage obligatoire pour faire des rencontres, qui n’est pas aussi tolérant et accueillant qu’on pourrait le croire (Qui, parmi celles qui ont fréquenté le Pulp, n’a pas connu le mépris cinglant des goudous branchées et du personnel hautain ?).

Le public, qui remplit la petite salle des Feux de la Rampe (Paris 9ème) est peuplé à 99.9% de lesbiennes bien que, malicieuse, Océane se demande, le sourire en coin aux lèvres, « s’il y en a dans la salle » !

La curiosité des hétéros, pas toujours très fine, les scènes lesbiennes dans les pornos, les séquences chez la pédopsy (avec un mime hilarant de l’utilisation des poupées Barbie chez les goudous en devenir), la révélation LWord, et j’en passe, tout, dans son spectacle est d’une justesse implacable et d’un drôlerie irrésistible.

Courez l’applaudir et retrouvez chez elle, avec le sourire, les travers et les difficultés, que vous-mêmes avez connus !

A voir en ce moment aux Feux de la Rampe, 2 rue Saulnier, Paris 9ème.

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