Quand on nous accuse de violer la loi …

Voici la fin d’un article rédigé par François C., professeur de droit privé à l’Université de Rennes, publié dans le magazine AJ Famille, au sujet de la délégation de l’autorité parentale sur notre fille, que nous avons obtenu du Tribunal de grande Instance de Paris en septembre 2009 :

« Une dernière remarque pour conclure, car les faits de l’espèce révèlent une difficulté qui est trop souvent, pour ne pas dire toujours, passée sous silence par les juges saisis d’une telle demande en délégation d’autorité parentale. En effet, dans cette affaire, comme dans tant d’autres, c’est au mieux un détournement, au pire une violation de la loi française, qui est à l’origine de la situation de fait invoquée par les demanderesses. Rappelons, en effet, que le droit français réserve la procréation médicalement assistée aux couples hétérosexuels. C’est donc à l’étranger, aux Pays-Bas en l’espèce, que les femmes homosexuelles se rendent pour bénéficier d’une telle aide à la procréation. De retour sur le territoire national, elles n’hésitent pas alors à demander au juge français, qui ne semble pas s’en offusquer, de reconnaître et d’organiser cette réalité prohibée par la loi nationale. Autrement dit, ce qu’on admet en autorisant la délégation-partage de l’autorité parentale dans de telles affaires, c’est la possibilité d’éluder délibérément la loi française pour mieux la solliciter par la suite. Cette démarche suscite tout de même un certain malaise … et sa légitimité, avouons-le, quelques doutes.

François C. »

Voici la réponse (énervée) que je lui ai envoyée :

Bonjour,

Vous avez rédigé un article dans AJ Famille qui me concerne personnellement et qui m’a donné envie de vous répondre.

Il s’agit de l’article ”Délégation d’autorité parentale: nouvelle application” dans le numéro de décembre 2009, au sujet de la décision du Tribunal de grande Instance de Paris, le 18 septembre 2009, qui a permis la délégation de l’autorité parentale, sur l’enfant Elisa, de la mère à sa compagne.

Je suis la mère biologique d’Elisa et je me permets de vous écrire pour vous dire combien votre article m’a blessée.

Je peux comprendre que, pour des raisons idéologiques, vous regrettiez cette décision, mais je vous remercie de ne pas nous faire passer pour des fraudeuses qui “violent la loi française” comme vous l’écrivez à la fin de vos commentaires.

Si en effet, nous sommes allées en Hollande pour pratiquer des inséminations qui ont permis la naissance d’Elisa, c’est parce que la loi française nous l’interdisait. Quand on considère qu’une situation dans son pays est injuste et qu’elle est permise dans les pays voisins, il est facile de traverser les frontières pour en bénéficier. Les femmes françaises qui souhaitaient un avortement et qui n’en avaient pas le droit dans leur pays, faisaient la même chose il y a des années (pas si lointaines que ça …).

Sur ce point, je suis d’accord avec vous pour dire que nous avons pratiqué “ailleurs”, ce qui nous était interdit “ici”. Mais je vous rappelle que le ventre qui a accueilli l’enfant né de cette insémination est français et que l’enfant qui en est né, l’est aussi.

Et c’est là que je ne vous suis plus.

Nous n’avons pas “violer la loi” en demandant la délégation de l’autorité parentale puisque cette possibilité est offerte aux couples de femmes vivant en France. Que l’enfant soit né d’une méthode de procréation interdite en France ne change rien ! Auriez-vous mieux accepté la protection de ma fille si j’avais couché avec un homme ?

Est-ce que la morale aurait été sauve dans ce cas ? Et la loi respectée du fait de la procréation hétérosexuelle ?

Qu’est-ce qui est le plus important ? La façon dont a été conçue ma fille ou la protection de celle-ci ?

 En France, des enfants naissent et ne sont pas désirés, d’autres sont maltraités ou délaissés. Certains vivent dans des familles déchirées, séparées ou recomposées. N’appelez-vous pas à leur protection dans leur cas ? Est-ce à dire que vous ne regrettez la protection des enfants que lorsqu’ils sont nés du désir de leurs parents homosexuels ?

Elisa est née en France, grâce au désir de deux françaises qui travaillent ici, paient leurs impôts et participent à la vie sociale, économique et démographique de leur pays. Elle a droit, comme n’importe quel enfant, à la protection juridique de sa famille.

Nous sommes deux femmes et notre union physique ne nous permettait pas de donner naissance à un enfant. Pourtant, notre désir d’en élever un et de lui faire partager la chaleur de notre foyer, nous est venue comme chez n’importe quel couple d’amoureux.

Un homme inconnu, dans un pays étranger, nous a offert cette possibilité de son plein gré (en Hollande, les donneurs sont volontaires et non-rémunérés). Il s’est engagé à lever son identité si plus tard, notre fille demandait à le connaître.

Depuis la naissance de notre fille, nous sommes au plus près de son écoute, de son affection et de son éducation. Nous nous comportons comme deux adultes responsables de l’enfant né de leur désir et nous nous considérons comme deux parents à part égale.

La décision du Tribunal de grande Instance de Paris n’a fait que conforter notre réalité (la fameuse « symbolique » que nous reprochait le procureur) mais surtout, elle a reconnu le lien entre ma compagne et ma fille qui, jusqu’à présent, bénéficiait de ma seule protection.

Alors non, « de retour sur le territoire national » avec notre bébé dans le ventre, nous n’avons « pas hésité à demander à un juge français (…) de reconnaître et d’organiser » une réalité qui n’est en aucun cas « prohibée par la loi » !

Souvenez-vous que l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis 1981 et que le PACS date de 1999 : deux personnes du même sexe ont le droit de jouir d’une vie commune et de leur propre corps (en l’occurrence, une femme ou un homme, même homosexuel(le) peuvent avoir des enfants) !

Si j’avais pratiqué des inséminations en France en cachant mon homosexualité, vous auriez pu me taxer d’avoir  « délibérément éluder la loi française », or ce n’est pas le cas.

« En l’espèce », nous n’avons fait que demander la protection de notre enfant, citoyen français, pour garantir son futur sur le sol français.

 Bien cordialement,

 MD

Qui de la butch ou de la fem portera l’enfant ?

Depuis que j’ai publié mon premier livre pour enfants, intitulé “Dis mamanS” (dans lequel un petit garçon est confronté aux réactions de ses camarades de classe parce qu’il a deux mamans à la maison) la principale critique qu’on m’ait faite, c’est celle de colporter un cliché sur le couple lesbien, en représentant l’une des femmes plus féminine que l’autre.

Voilà l’objet du délit:

page dis mamans6

Comme vous pouvez le constater, l’une des femmes est en jupe (et en tablier !) et fait la cuisine, quand l’autre est en pantalon et … donne le biberon. Au moment de dessiner, j’ai tenté de montrer l’équilibre des tâches au sein du couple et pourtant, le représenter me posait un dilemme. Si je mettais les deux en jupes, on pouvait me dire que je prenais mes désirs pour la réalité, si je mettais les deux en pantalon, on pouvait m’accuser de colporter les clichés. J’ai donc tranché en choisissant d’en mettre une en jupe et l’autre en pantalon mais peine perdue ! Malgré leurs cheveux longs à toutes les deux (fait exprès pour ne pas tomber dans … les clichés), on me reproche de colporter … les clichés.

Je suis d’avis que les clichés ont toujours un fond de vérité et qu’ils ne sont, bien souvent, qu’une accentuation de la réalité. Si le clichés sur les Gays et les lesbiennes existent, c’est bien parce que les homosexuels les plus visibles étaient, au départ, les folles pour les Gays et les Butchs (ou camionneuses) pour les filles. Ce qui est dommage, et ce que je regrette, avec les clichés, c’est qu’ils ont la vie dure et que bien souvent, ils continuent de représenter aux yeux des autres, une catégorie de personnes qui ne s’y retrouve, elle, pas du tout.

Quand je vois le couple d’hommes qui habitent juste en face de chez moi (un couple de filles et un couple de garçons sur le même palier: on fait exploser les quotas !) et dont l’un des deux est instit’, je me dis que personne n’imaginerait que ces deux-là sont en couple depuis 20 ans.

Quand une copine me raconte que sa collègue, mariée et mère de famille, lui tombe dans les bras à la première occasion, qu’une autre de mes amies voit sa collègue (encore !) quitter son mec pour vivre avec elle, et qu’une dernière fait exploser un mariage, je me dis que, soit mes copines sont des serial-lovers, soit la réalité est bien plus complexe qu’on voudrait nous le faire croire.

Les couples de filles de mon entourage sont d’une telle diversité qu’il est impossible d’en faire un portrait-robot. Certaines sont ultra-féminines (les Fems comme on les appelle), d’autres ultra-masculines, et pour beaucoup, dans un entre-deux pratique et passe-partout (comme la plupart des gens quoi). A l’intérieur du couple, certaines sont absolument semblables dans leur féminité (Fem+Fem) ou leur non-féminité (Butch+Butch), d’autres sont associées à leur exact opposé (Butch+Fem). Mais dans la plupart des cas, elles se ressemblent juste dans leur “banalité” avec peut-être, un peu plus de féminité pour l’une des deux.

Or sur la maternité dans les couples de femmes, j’ai constaté que c’est bien souvent la plus féminine des deux femmes du couple qui porte l’enfant, en tout cas le premier. Ce n’est pas une généralité, juste une constatation fréquente. Chez la quasi-totalité de mes copines, ou des lesbiennes que j’ai rencontré, c’est celle qui se sent le plus “fille” qui est enceinte, ou qui accepte son désir de grossesse en premier.

Et quand je rencontre un couple de femmes avec enfants, je sais d’avance qui est la mère biologique. Bien sûr, il y a des exceptions, bien sûr, je ne peux pas faire de généralité sur ma simple expérience, mais c’est quand même une constatation récurrente et rarement démentie.

Même quand les deux ont chacune un enfant biologique, c’est souvent la plus féminine des deux qui a porté le premier, et ce n’est pas toujours l’âge des protagonistes le premier critère pour les “départager”, comme on pourrait le penser.

D’ailleurs c’est une remarque qui m’a été confirmée dans une des nombreuses études réalisées sur l’homoparentalité (celles que nos détracteurs continuent à négliger en hurlant qu’on n’a “pas assez de recul”) que j’ai lu au moment où je cherchais des réponses à mes questions: c’est souvent la plus féminine des deux qui porte l’enfant.

Souvent, je m’interroge sur le désir de celle qui est la moins féminine des deux. Parfois il est totalement absent, mais parfois, il est là, quelque part au fond d’elles, elles ont simplement plus de mal que leur compagne à le reconnaître ou à l’avouer. Comme si le fait de s’être toujours senties plus “masculines” que leurs moitiés, les contraignaient à taire leur éventuel désir de grossesse, à accepter de jouer le rôle masculin jusqu’au bout. Quand l’une d’elles m’avoue un désir non assumé, ou révélé trop tard, je la trouve d’une rare galanterie et j’estime qu’elle a fait preuve d’une grande agnégation pour laisser place à son amie.

Est-ce que ça les arrange de ne pas avoir à assumer ce désir ? D’éviter ainsi la grossesse et ses désagréments, ou d’échapper au regard d’autrui sur elles, elles qui ont toujours été considérées comme les “garçons” du couple ?

Et nous, les fems, sommes-nous toujours à l’écoute de leur désir ? Est-ce que ça ne nous arrange pas de les voir se défiler et nous laisser la place que nous convoitons ?

Sommes-nous prêtes, nous aussi, à les voir enceintes alors que ce qui nous attire chez elles c’est aussi leur part de masculinité ?

Dans un couple de femmes, il y a forcément “concurrence” si les deux souhaitent porter l’enfant. Si elles s’y prennent assez tôt, chacune peut vivre l’expérience de la grossesse, mais si celle qui commence met des années avant d’être enceinte, ce sera, non seulement au détriment de sa fécondité, mais aussi de celle de sa compagne !

Je me demande si, sur cette question, nous sommes complètement à égalité dans le couple et si le fait d’avoir deux ventres disponibles n’est pas un poids plutôt qu’un bénéfice …

Après tout, dans les couples hétéros la question de “Qui portera l’enfant ?” est d’une telle évidence qu’elle ne se pose pas et la différence biologique entre l’homme et la femme détermine le rôle de chacun.

Je n’ai pas de réponse à ces questions mais je me les pose parce que derrière notre grand combat pour plus d’égalité au sein de la société, il y a les petits combats à l’intérieur du couple, ceux qui doivent être menés pour réinventer un système imposé par l ‘ordre biologique qui a, jusqu’à présent, servi de fondement aux règles familiales.

La coiffeuse face à l’homoparentalité

Chez le coiffeur, un matin pluvieux.

La coiffeuse soulève ma fille et l’assoit sur un fauteuil, surélevé par un gros coussin noir. Elle pose sur elle une blouse blanche décorée d’un affreux Mickey. La blouse est tellement grande qu’on dirait que ma petite est enfouie sous une bâche.

Au fur et à mesure qu’elle coupe ses cheveux, elle la transforme en vraie petite fille. La maman énamourée que je suis, regarde sa progéniture avec satisfaction, dans le miroir.

Et puis, la coiffeuse, qui n’a pas arrêté de bavasser, dit soudain à son attention:

- En rentrant à la maison, tu vas montrer à ton PAPA comme tu es jolie !

Je ne rétorque rien mais je déglutis avec difficulté. J’hésite à répondre mais je me dis que je n’ai pas à réagir à chaque fois qu’on nous ramène à la norme.

Sauf que la coiffeuse continue:

- Ta maman te voit elle, mais ton PAPA n’est pas là ! Il va te trouver très jolie quand tu vas rentrer !

Ma petite la regarde dans le miroir, puis me regarde, puis se regarde. Je la sens perplexe, un peu perdue. Elle ne répond rien.

Alors je craque et je décide d’assumer:

- Elle n’a pas de papa mais une ama.

La coiffeuse se tourne vers moi et s’exclame, d’un air ahuri:

- Une QUOI ?!

- Une ama. Une deuxième maman.

Et comme je la sens encore sceptique, j’ajoute:

- Je vis avec une femme.

- Aaaaaah ! Je ne savais pas que ça s’appelait comme ça.

- Ca ne s’appelle pas comme ça. Ca dépend des couples, chacun trouve son petit mot.

-Aaaaaah, mais c’est géniiiiaaal ! C’est la première fois que j‘en rencontre !

(J’encaisse le “en” au passage)

Et pour bien faire, la coiffeuse se retourne vers ma fille:

- Alors ton AMA va te trouver très jolie quand tu vas rentrer à la maison !

Ma poupée n’a pas dit un mot. Elle est maintenant en âge de comprendre sa différence familiale, mais bien jeune pour devoir l’assumer.

Elle qui joue au papa et à la maman avec ses peluches. Qui m’affirme que si l’une de ces celles-ci est triste c’est parce qu’elle cherche “sa maman” ou “son papa”. Elle qui a déjà compris que c’était différent chez les autres et que la plupart des enfants de son âge avaient un papa et une maman à la maison.
Mais quand même. J’ai pensé que cette coiffeuse prenait des risques à parler avec une telle assurance, du paternel de l’enfant qu’elle coiffait. J’ai pensé qu’à la place de ma fille, il y aurait pu avoir un petit que le père avait abandonné ou un autre qui subissait le divorce de ses parents. Bref, un de ces enfants qui, comme ma fille, n’a pas le modèle majoritaire sous son toit et qui se retrouvent confronté aux affirmations des autres.

Je reconnais que la coiffeuse avait peu de chance de se tromper et qu’il y avait 90% (80, 70% ?) de chance pour que l’enfant en question ait un papa à la maison et qu’elle flatte sa cliente en parlant de lui.

Mais je l’ai quitté en me disant que c’était pour ma fille, sa première confrontation au regard extérieur et qu’elle quittait définitivement le cocon protecteur de la toute petite enfance, quand l’incompréhension des mots empêche d’être blessé par autrui.

mickey

A Girl in NYC

New-York étale ses buildings avec arrogance à un mètre du niveau de la mer.

Vue de loin, elle ressemble à un jeu de légo imposant mais  fragile car les pieds dans l’eau, elle ne resisterait pas aux caprices de la nature.

Symbole puissant de l’évolution humaine, de son extraordinaire capacité à envahir l’espace (le développement de NY s’est fait en hauteur car les habitants ne disposaient que de peu de place au sol), elle m’a procuré un sentiment d’énergie intense et néanmoins éphémère.

Mon pessimisme quant à l’avenir s’est matérialisé dans cette ville. J’ai pensé que son incroyable présence était précaire, qu’elle aurait du mal à surmonter les enjeux écologiques.

Le gâchis d’énergie y est constant. A Times Square, la nuit n’est jamais la nuit. Les voitures sont d’un volume aberrant, elles rutilent sous les néons car elles sont symboles de réussite et de pouvoir. La sollicitation à consommer ne s’arrête ni le soir, ni le dimanche, et les écrans (dans les taxis ou les ascenseurs) nous encouragent à acheter, encore et encore, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Cette sollicitation permanente est fatigante, illusoire, et mieux vaut avoir le porte-monnaie bien fourni pour la supporter.

D’ailleurs les homeless sont invisibles, disparus de la circulation pour ne pas ébranler la vision triomphante de l’Amérique qui avance, réussit, en impose.

Mais pourtant, on lui pardonne.

New-York est époustouflante car elle donne le sentiment que tout est possible, que l’avenir sera brillant, alors même qu’elle représente l’antithèse de ce qu’il faudrait faire. New-York est jeune par rapport aux villes d’Europe, elle est riche d’un melting-pot comme nulle part ailleurs. On y court pour travailler, sortir, consommer. On y vient de loin dans l’espoir d’une vie meilleure.

Mais il suffit d’emprunter une rue sur le côté pour que le rythme se calme, pour que le quartier ressemble à un village aux maisons coquettes et confortables, loin du fracas de la ville. Et Central Park, de part sa taille gigantesque, donne la sensation étonnante que la nature s’incruste au beau milieu de la ville.

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New-York appartient à l’imaginaire collectif. Avant d’y mettre les pieds, on l’a déjà vu sous toutes ses coutures, dans les films, les feuilletons policiers ou dans les magazines. Tellement photogénique et fantasmée !

J’ai souvent imaginé qu’Audrey Hepburn allait surgir d’un de ces magnifiques immeubles bourgeois, à l’auvent caractéristique qui s’avance sur les trottoirs. Ou que j’allais croiser Woody Allen à Central Park.

A Soho, dans une soirée de filles organisée dans un bar, j’ai cotoyé le casting d’LWord et les butchs à cravates.

Parfois j’y ai ressenti le même sentiment d’étouffement que dans les villes d’Asie comme Bangkok ou Bombay, bondées, polluées et surpeuplées. L’instant d’après, j’y ressentais le calme de certains quartiers des villes européennes, comme Amesterdam ou Londres. Un mix parfait entre le vrombissement de la modernité et l’apaisement du vieux continent.

La statue brandit sa torche pour attirer le monde. Et le monde y court, fasciné par son énergie, abandonné par son propre pays, dans le besoin, l’urgence, ou juste l’envie de profiter de l’aubaine.

J’ai vu les affiches du film catastrophe 2012, en grand format, dans les couloirs du métro, juste avant mon départ. C’était saisissant et j’ai pensé qu’il n’y avait que New-York pour représenter à ce point l’humanité triomphante mais en péril.

Chacun son doudou

Chaque soir avant de me coucher, je rentre sur la pointe des pieds dans sa chambre pour la regarder. Je me penche si près de son visage que je sens presque son souffle sur mes lèvres.

Absorbée dans le sommeil définitif des enfants, elle ne sent ni ma présence au dessus d’elle, ni la couverture que je pose sur son petit corps lourd.

Je prends le temps de contempler son visage au repos : sa petite bouche ourlée et rose, enfin délivrée des paroles incessantes de la journée, son front bombé sur lequel ses cheveux fins sont déjà collés par la sueur, et ses paupières fermées, qui laissent apparaître l’épaisseur de ses cils.

Un ours blanc au sourire figé semble se pencher pour coller sa tête à la sienne, un lapin rose tout mou, face contre le matelas, est aplati sous sa jambe, une petite souris habillée en danseuse est négligemment oubliée dans un coin du lit. Ma petite poupée dort paisiblement, entourée par sa cour. Les animaux affectifs au sourire rassurant sont ses compagnons de nuit après avoir été ses jouets de la journée. Elle a dansé avec l’ours, joué avec le lapin, emporté le mouton chez la nounou, la garderie ou le parc. Elle les a malmenés avant de les consoler, les a punis avant de les câliner. Puis elle leur a longuement parlé, dans l’obscurité de sa chambre, avant de trouver le sommeil et de les oublier.

Parfois je cherche son visage au milieu de cette foule, je devine les contours de sa silhouette qui écrase celle des autres. Personne ne bouge mais c’est la seule endormie.

Je peux ranger les jouets oubliés sur le sol dans le coffre, ramasser les livres étalés par terre ou bien éteindre la lampe illustrée qui continue de tourner en créant des volutes de lumière sur le plafond, sans qu’elle ne fasse aucun mouvement. Absolument abandonnée dans son sommeil, elle n’entend rien de mon agitation autour d’elle. A de rares occasions, elle entrouvre les yeux pour me voir, mais je ne suis qu’un fantôme familier qui ne peut l’effrayer. Alors elle se retourne, pose la tête sur son petit coussin et replonge aussitôt dans sa nuit.

Et quand je quitte sa chambre à regret c’est pour retrouver mon doudou à moi, plus grand, plus vivant et plus doux qu’un ours en peluche.

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Papa méchant

Avant, je ne voyais jamais les parents au delà des gens. Forcément, puisque je ne voyais pas les enfants non plus. Ni leurs sourires, ni leurs paroles ne m’intéressaient, à peine les gazouillis des bébés qui parfois, du fond de leur landau, attiraient mon attention.

Maintenant que je suis mère, aucun geste parental ne m’échappe. Je les jauge à hauteur de ma propre expérience et souvent, j’ai les nerfs à vif.

Ce week-end, nous étions dans un lieu dédié à la famille: enfants et parents partout, heureux ou furieux, colères et crises de larmes, menus hypercaloriques  (soda+frites+jambon+gâteau) et attractions pour les satisfaire.

Assises à la table d’un bar en début de soirée, ma fille nous a, comme à son habitude, rapidement délaissées pour aller batifoler avec les enfants qui jouaient sur une estrade. Elle a, comme à son habitude, jeté son dévolu sur un des petits du groupe, cette fois-ci une blondinette à couettes qui répondait au nom de Clara.

Elles étaient adorables toutes les deux, la brune et la blonde, et couraient l’une derrière l’autre en riant, pour se bisouiller dés qu’elles s’arrêtaient. Je les trouvais touchantes et j’admirais la facilité de leurs échanges, quand deux petits se découvrent pour la première fois et s’accordent immédiatement pour jouer ou s’embrasser, sans s’embarrasser des codes ou des manières des adultes.

Mais tous les parents ne semblent pas de mon avis et certains considèrent qu’un petit de deux ans doit se comporter avec la même bienséance que les grands. Car très vite, le père de Clara a montré des signes d’impatience devant la course  effrenée de ma fille et de la sienne. Alors qu’elles couraient d’un bout à l’autre du bar et qu’elles faisaient demi-tour dés qu’elles en atteignaient les limites, il s’est levé d’un air excédé pour attraper sa fille et la poser brutalement sur sa chaise. La mienne s’est retrouvée seule au milieu de la piste, un peu décontenancée par l’abandon de sa copine (car bien sûr, le père de Clara n’a pas eu un regard d’explication pour elle) et j’ai senti mon coeur triste de la voir ainsi délaissée. Ca n’a pas duré longtemps puisqu’elle s’est mise à danser devant les musiciens, ce qui m’a prouvé, encore une fois, l’inconstance étonnante des enfants.

Très vite, Clara l’a rejointe car on ne tient pas longtemps un petit enfant sur sa chaise quand tous les autres s’agitent et s’amusent autour de lui. Mais le regard de son père sur elle s’est durci, il semblait furieux. On sentait que l’agitation de sa petite le rendait fou et qu’il l’aurait attaché sur sa chaise s’il avait pu le faire. Clara est revenue vers nous, nous a parlé avant de repartir en courant derrière ma fille.

Son père s’est levé brusquement. A pied de l’estrade, il a attrapé son fils par les épaules, le soulevant sans aucun mal du haut de ses 1.80 mètres. Il a pris son menton dans sa main droite, tout en le maintenant en l’air, l’a regardé et parlé d’un air si méchant que son fils semblait se ratatiner sur lui-même.

C’était d’autant plus choquant que son enfant n’avait rien fait de particulier, ni esclandre ni colère, on ne l’avait même pas remarqué …

Quand il l’a reposé sur le sol, et qu’il s’est dirigé vers sa table, il a attrapé Clara au vol, par un seul de ses bras, et je l’ai vu emporté sa petite poupée désarticulée et la reposer brutalement sur sa chaise.

L’intimidation d’un adulte sur un enfant est d’autant plus embarrassante que l’un est bien plus fort que l’autre, que l’un possède l’autorité sur l’autre. L’abus de pouvoir existe dans les familles comme il existe dans les plus hautes sphères de l’état.

Le père se doit, dans l’inconscient collectif, d’assumer le rôle de l’autorité mais certains y trouvent le moyen d’exprimer leur agressivité et leur violence refoulée. Je me suis demandée si Madame ne se prenait pas quelques coups de temps à autre, vu le comportement de Monsieur avec ses enfants, et j’ai pensé qu’avec ce genre de cas, la famille nucléaire (papa-maman-enfant) n’est vraiment pas un bon exemple …

La liberté acquise est si fragile

J’ai pris un coup d’vieux ces temps-ci.

Ca vient subrepticement, sans tapage, juste un jour comme les autres durant lequel on s’aperçoit, au hasard d’un méchant chiffre qui se balade, qu’on ne fait plus partie des jeunes. Quand on découvre que le petit cousin de sa chérie, qui monte à Paris pour continuer ses études, est né en 1990,  par exemple, ou bien quand on remplit sa date de naissance sur internet, et que le menu déroulant nous dévoile un bon paquet de chiffres avant qu’on trouve le notre.

Quand celui qui nous contacte sur Facebook était le petit garçon de la maison d’à côté quand nous étions petits, et que malgré les 8 ou 9 ans qu’on a toujours eu de plus que lui, le voilà père d’une petite fille. Voire de deux enfants.

Quand la physionnomie de ceux qu’on a connu “avant”, qui nous contactent par internet et nous dévoilent leurs photos de famille,  n’a plus grand chose à voir avec celle qu’on leur a connu …

Quand nos meilleurs amis fêtent leur 40 ans et que d’autres se séparent, après 10 ans de vie commune.

Récemment, j’ai fait un tour à la soirée What’s Gouine On, parce qu’elle se déroule aux Disquaires, à deux pas de chez moi, que je peux y aller en voisine, et rentrer me coucher “pas trop tard” (…).

J’ai fait un petit tour et je me suis lourdement assise sur un tabouret, dans un coin discret, parce que j’étais subjuguée par la jeunesse des participantes. Je sentais les 10 ans qui nous séparaient aussi surement que la fatigue qui déjà, pesait sur mes épaules et me donnait envie de rentrer.

Très jolies, 20 ans en moyenne et visiblement à l’aise dans leur sexualité, j’ai pensé qu’au même âge, je venais à Paris vivre mon histoire d’amour interdite, protégée par les murs rassurants d’un appartement et que jamais je n’aurais osé m’afficher ainsi, dans un lieu qui vous colle l’étiquette homosexuelle sur le front, dés que vous mettez un pied dedans.

Ma première expérience de la nuit lesbienne, je la dois à l’antique Rive Gauche qui avait l’originalité de mixer des filles de 17 à 77 ans, du look camionneur à l’ultra-féminin, sur une minuscule piste de danse. Entre la ringardise rassurante du Rive Gauche ou la branchitude intimidante du Pulp, point de salut et pour les filles comme moi, débarquées de leur Province et vierges des codes de la nuit, le premier était bien plus facile à apprivoiser. Les soirées n’étaient pas aussi répandues et variées qu’aujourd’hui (de l’électro la plus pointue, à la soirée tendance mais pas trop, en passant par les passionarias des années 80), et il n’existait pas internet pour connaître les lieux de liberté sans réseau lesbien préalablement composé.

Océane Rose Marie le raconte très bien dans son show, et ses souvenirs ont ravivé les miens.

Un ami m’a présenté une fille de 20 ans qui est actuellement dans l’école d’Art Appliqués parisienne où j’ai fait mes études. Qu’elle ne fut pas ma stupeur de l’entendre me raconter qu’elle venait de quitter sa copine pour un mec mais qu’elle ferait probablement l’inverse très bientôt ! Je me suis rappelé qu’à son âge, j’étais complètement dans le placard (le placard pourtant doré d’une école d’Arts à Paris) et que si les 5 garçons de ma classe étaient tous des pédés non refoulés mais plutôt assumés (sauf 1), aucune fille, ne se présentait comme lesbienne. Apparemment 10 ans plus tard, j’aurais plus facilement rencontré des filles dans le même bateau que moi, ou du moins, pas obsédées par l’hétérosexualité.

Il y a deux jours, en descendant les escaliers du métro à Bastille, j’ai surpris deux superbes filles, à l’allure féminines mais décontractées, s’embrasser à pleine bouche, au milieu d’un couloir. Elles m’ont entendues et sans se retourner, ont filé droit devant elles en riant. Elles n’ont pas caché leur tendresse puisque leurs doigts se frôlaient sans cesse et se cherchaient comme deux petits papillons dans leurs dos.  J’ai pensé avec mélancolie à mes 20 ans disparus pour toujours et au fait que, malgré la liberté aquise, deux filles d’aujourd’hui doivent toujours s’enfuir en courant, à l’approche d’un pas étranger, pour ne pas prendre le risque de dévoiler la vraie nature de leur relation.

Un p’tit clin d’oeil au Rive Gauche:

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Océane Rose Marie ou la lesbienne invisible

J’ai passé ma soirée avec Océane Rose Marie, « La lesbienne invisible » et mes zygomatiques en pleurent encore.

Les anecdotes qu’elle raconte avec un humour incisif, des mimiques étonnantes et un sens aigu de l’autodérision pendant son One Woman Show, parlent à toutes les lesbiennes, qu’elles soient assumées ou honteuses, en couple ou célibataires, fêtardes ou accros du canapé. Elle dissèque, avec beaucoup de finesse, l’expérience que nous avons toutes connues, à savoir être une provinciale « montée » à Paris pour respirer, et prise dans les affres du milieu lesbien, passage obligatoire pour faire des rencontres, qui n’est pas aussi tolérant et accueillant qu’on pourrait le croire (Qui, parmi celles qui ont fréquenté le Pulp, n’a pas connu le mépris cinglant des goudous branchées et du personnel hautain ?).

Le public, qui remplit la petite salle des Feux de la Rampe (Paris 9ème) est peuplé à 99.9% de lesbiennes bien que, malicieuse, Océane se demande, le sourire en coin aux lèvres, « s’il y en a dans la salle » !

La curiosité des hétéros, pas toujours très fine, les scènes lesbiennes dans les pornos, les séquences chez la pédopsy (avec un mime hilarant de l’utilisation des poupées Barbie chez les goudous en devenir), la révélation LWord, et j’en passe, tout, dans son spectacle est d’une justesse implacable et d’un drôlerie irrésistible.

Courez l’applaudir et retrouvez chez elle, avec le sourire, les travers et les difficultés, que vous-mêmes avez connus !

A voir en ce moment aux Feux de la Rampe, 2 rue Saulnier, Paris 9ème.

la lesbienne invisible

Merci Madame la juge ou comment obtenir la délégation parentale- fin

Nous l’avons appris de notre avocate, avant de recevoir la lettre de confirmation, quelques jours plus tard: c’est OUI, nous avons obtenu la délégation totale de l’autorité parentale, et ce grand OUI est une récompense d’une telle force que nous en avons pleuré aussi fort qu’à l’annonce de ma grossesse.

Obtenir la délégation de l’autorité parentale, c’est une victoire, un soulagement considérable dans la protection de notre famille, mais c’est aussi, et surtout, un symbole fort de notre reconnaissance. Nous avons l’impression d’avoir décroché le Graal, le seul moyen légal de faire valoir notre composition familiale atypique dans une société qui refuse encore de nous regarder en face.

Ma compagne, maman dite sociale, passionnée d’amour pour sa fille, voulait cette délégation pour protéger son lien avec elle et ne plus vivre avec l’angoisse de ne jamais être considéré comme le « vrai » parent aux yeux des institutions. Moi, maman dite biologique, je voulais cette délégation pour les mêmes raisons, mais aussi par solidarité avec celle que j’aime. J’ai la chance, du fait d’avoir porté et accouché de notre enfant, de ne pas connaître la précarité du lien, quand l’engagement et l’affection les plus absolus ne suffisent pas, et que les accidents de la vie peuvent tout remettre en question, sans soutien légal pour les protéger (séparation, maladie, décès …).

Aujourd’hui, c’est écrit noir sur blanc:

“Si l’enfant n’a de filiation établie qu’à l’égard de sa mère, Me X, qui exerce l’autorité parentale, sa compagne, Me Y, apparaît comme le second parent de fait de l’enfant, s’occupant au quotidien de l’enfant à l’égal de la mère, prenant les décisions avec elle, et pourvoyant à tous ses besoins, d’ordre extra patromonial (éducation, santé, surveillance) ou d’ordre patrimonial (contribution financière à son éducation).”

C’est la réalité de notre quotidien, enfin reconnu par la loi. Madame la Juge l’a dit et sa parole, simplement lucide, donne une force, jusqu’alors inconnue, à notre famille. Elle n’a pas suivi le procureur, représentant du Ministère Public, qui estimait, que “s’il existe certes un mouvement d’opinion en faveur de l’homoparentalité, il n’appartient pas à la justice de modifier un texte de loi exigeant l’existence de circonstances particulières pour la délégation parentale”.

Madame la juge a, au contraire, considéré qu’ “en l’espèce, les circonstances et l’intérêt de l’enfant exigent qu’E., qui n’a pas de filiation paternelle établi, puisse bénéficier de la conjonction de deux parents également investis de l’autorité parentale, afin que soit poursuivi le rôle éducatif et affectif continu auprès d’elle, notamment en cas d’absence ou d’empêchement de la mère biologique”

Et de conclure, par cette phrase simpliste, qui proclame enfin que l’engagement de ma compagne auprès de notre enfant, doit être reconnu et respecté: “Me X et Me Y, partageront l’exercice de l’autorité parentale sur l’enfant, par l’application des articles 377-alinéa 1 et 377-1-alinéa 2 du code civil”.

Les minorités doivent toujours se battre pour faire valoir leur présence. Pour exister, ne serait-ce qu’un minimum, dans une société, qui voudrait aliéner les diffèrences et imposer un modèle unique. L’homosexualité est tolérée depuis peu dans l’histoire de nos sociétés occidentales, et elle l’est grâce à ceux qui, avant nous, sont sortis dans la rue pour demander à vivre librement.

L’homoparentalité est un bébé dont le cri s’entend depuis dix ans à peine. Avec notre victoire, celles avant nous, et celles à venir, j’ose croire que les mentalités sont mûres pour reconnaître la diversité des familles et l’engagement comme principale motivation du parent. Ma compagne, et mes ami(e)s qui élèvent des enfants, sans aucun lien biologique avec eux, sont la preuve, vivante et enthousiasmante, que le lien du sang, qui gère toutes les questions familiales en France, ne fait pas tout.

Le combat de coqs ou comment obtenir la délégation parentale-2

Des mois plus tard (en tout, la procédure aura duré presque deux ans), nous sommes convoquées au Tribunal des Affaires familiales de Paris. Devant Madame le juge, la greffière et le procureur, notre avocate, très énervée par une altercation avec le procureur juste avant la séance, a expliqué les motivations de notre demande, la réalité de notre famille et de notre enfant, né de notre désir, par insémination à l’étranger. Elle a appuyé sur le fait que tout allait bien aujourd’hui, mais que personne n’était à l’abri d’un accident de la vie, que ma compagne s’occupait très souvent de notre fille sans ma présence, et que son rôle, au quotidien dans sa vie, n’était absolument pas protégé dans l’état actuel des choses.

Je ne m’attendais pas à un tel combat de coqs. Je ne pensais pas que nous serions dans une logique manichéenne, avec le bien d’un côté, et le mal de l’autre. Je n’aurais jamais imaginé qu’une avocate et un procureur puissent se parler avec tant de véhémence, aux limites du manque de respect parfois. Quand le procureur s’est levé pour énoncer son opposition à notre demande, je me suis demandée pourquoi il se posait en contradicteur, par principe, et sans même nous connaître.

Ma compagne m’a dit qu’il représentait la société (dans le rapport du Tribunal, il est présenté comme le représentant du Ministère Public) et qu’il se voulait protecteur de celle-ci. C’est vrai qu’avec nos comportements inhabituels, nous mettons en danger la bienséance, l’avenir des enfants, et j’en passe.

Il ne nous a jamais regardé. Il parlait à notre avocate mais évitait de se tourner vers nous.

Il prenait des détails de notre dossier (l’avait-il consulté cinq minutes seulement avant la séance ? c’est possible … ) et, contrairement au commissaire dans son rapport, les tournait à notre désavantage.

Par exemple :

« Je note que la demandeuse (moi) est travailleur indépendant, ce qui signifie donc qu’elle a beaucoup de temps libre pour s’occuper de son enfant ».

Mon cœur qui bondit dans la poitrine. Je suis travailleur indépendant certes, mais j’ai justement beaucoup de travail à fournir et je me contente à peine des heures de bureau pour l’effectuer.

S’entendre dire ce genre de choses par quelqu’un qu’on n’a jamais vu de sa vie, quand la vérité est tout autre (ma compagne a des horaires bien plus souples que les miennes) et quand l’enjeu est aussi important, donne envie de se lever pour crier : « Mais non, ce n’est pas vrai ! ». Or on ne se lève pas pendant une plaidoirie, on n’interpelle ni l’avocat, ni le procureur, et on reste bien sagement assis sur le banc en bois, à écouter ce que les autres disent de nous, à coups de paroles virulentes et d’arguments plus ou moins percutants.

Et quand Madame la juge remercie, qu’elle annonce « Délibération le 18 septembre », il faut se lever et partir, garder la rancœur de ce qui n’a pas été exprimé et la méchanceté qu’on a ressenti à l’écoute du procureur, qui s’oppose à notre demande pour des raisons obscures d’instrumentalisation de la justice pour notre cause homoparentale et de « circonstances qui ne l’exigent pas » (certes non, je ne suis ni le coma ni morte, sinon je ne me serais pas présentée devant lui dans l’espoir de protéger ma fille si cela devait arriver un jour).

Nous avons quitté le Tribunal sceptiques, absolument pas rassurées par ce que nous venions de vivre. Nous y étions rentrées en nous disant que c’était quitte ou double, et nous en sommes sorties en nous disant la même chose: au bond vouloir du juge !

Le 18- jour de mon anniversaire !- nous ne pensions qu’à ça, à cet enjeu concernant notre vie, qui se jouait dans notre dos et qui pouvait changer bien des choses dans notre quotidien …

(suite au prochain épisode)