
Télérama titrait il y a quelques semaines sur cet adage, un brin provocateur: “Halte à la France moche !”.
http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php
Chaque fois que je voyage, je suis stupéfaite et déconfite, par les alentours des villages et des villes, recouverts de zones industrielles, commerciales et pavillonnaires.
Quand je rends visite à mes parents, je suis chaque fois dégoûtée par la laideur accélérée de leur village, devenu, au fil des années, un dortoir dont les cités rasent le sol et s’étalent sur les champs environnants: des pavillons saumons à perte de vue.
Il y a trente ans, je jouais aux billes avec mes petits voisins au beau milieu de la route et nous nous écartions toutes les quinze minutes pour laisser passer une voiture. Aujourd’hui, quand je sors promener ma fille, c’est tout juste si je n’ai pas l’impression de la balader au milieu des pots d’échappement des grandes villes tellement la circulation est dense. Et je suis aussi inquiète de la tenir par la main que quand je vais avec elle sur les trottoirs parisiens.
La maison de mes parents a été construite, avec des centaines d’autres, à la place du parc d’un chateau, lui-même détruit. C’était il y a trente cinq ans, et personne à l’époque ne se souciait d’écologie. Abattre un cèdre du liban vieux de centaines d’années, pour mettre sa maison à sa place, comme l’ont fait leurs voisins, posait peu de cas de conscience.
Dix ans plus tard, le champ d’en face, en bordure de bois, et qui nous servait de potager, a été remplacé par de nouveaux pavillons. Un peu plus serrés que ceux de mes parents et de leurs voisins.
Il y a encore deux ans, leur rue était bordée, à droite, d’un champ aux abords d’un bois, et à gauche, du plus grand et joli jardin du village. Ce jardin était celui de la maison qui abritait autrefois le gardin du chateau. Retournement de situation, elle était devenue l’une des plus coquettes maisons du village, du fait de ses colombages, des dentelles ciselées dans le bois de sa toiture et de son perron à l’avant. Bref de son charme, raffiné en comparaison des maisons d’aujourd’hui.
Depuis, le champ de droite s’est couvert d’une trentaine de pavillons, tellement serrés qu’ils sont à peine distants d’un ou deux mètres, quant au joli jardin de gauche, il a été ratiboisé pour laisser place à une quinzaine de pavillons du même genre.
Ces maisons sans charme ne sont là que pour satisfaire le besoin qu’a chaque humain d’avoir SA maison, SON jardin, SON espace. Peu importe que cet espace ne contienne pas d’arbres (puisqu’il s’agit souvent de champs) ou pire, qu’il nécessite la destruction d’arbres pour s’implanter.
Que ceux qui parlent de “cadre de vie” soient ceux qui détruisent l’environnement pour y planter leur maison me fait bondir. Jamais je ne ferais construire ma maison à la place d’un bois ou d’un champ, cette simple idée m’apparait comme l’anti-thèse de ce qu’il faut faire, alors que dans l’avenir, nous serons encore plus nombreux à réclamer un bout de terre pour y installer notre nid. Encore plus nombreux à réclamer à manger d’une terre dont les surfaces agricoles se réduisent chaque année d’avantage.
L’apât du gain des maires et des régions n’a de cesse de repousser les limites du raisonnable et les maisons poussent comme des champignons … à la place des champignons. Ce qui s’est passé lors de la tempête Xynthia est révélateur de cet entêtement à construire n’importe où, à répondre avec l’obstination du porte monnaie, à la demande de maison individuelle de tout un chacun.
Et tant pis si ces maisons sont anti-écolos au possible: très proches de celles des voisins mais pas assez pour que la chaleur soit partagée, isolée des commerces et des transports collectifs avec deux voitures (voire plus) garées devant, sans panneaux solaires, récupération des eaux, et même construites dans des zones à risque.
Dans les Pyrénées, les jolies maisons de couleur, aux balcons de dentelle, sont abandonnées et tombent en ruine, emportant avec elles, l’esprit du lieu et les caractéristiques décoratives locales, alors que les alentours se couvrent de maisons individuelles neuves, roses et prétentieuses.
Quand est-ce que l’Etat obligera Bouygues et consoeurs à construire des logements sains et soucieux de leur environnement ?
Comment se fait-il qu’aujourd’hui, à l’heure de Kyoto et de Copenhague , on construise avec la même frénesie qu’il y a trente ans, sans remettre un cause un système que l’on sait voué à sa perte ?

- Par Indilou |
- Commentaires (1) |
- 30 vues
Mais ce n’est pas le sujet de ce post.







