Sale Pédé

TOUT COMMENÇA AVEC LE JOURNAL D’ANNE FRANK

homophobie-1sur8Avec Eole nous sortons beaucoup – C’était donc un samedi pluvieux, il y’a quelques semaines – nous avions décidé d’occuper notre après-midi au Théâtre Rive Gauche où se jouait la pièce d’Eric Emmanuel Schmitt – Anne Frank, avec le monstre des planches, Francis Huster. La pièce était sympathique mais Eole était bouleversé, il avait passé sa matinée au cinéma où il avait assisté à la projection du documentaire de Sébastien Lifshitz, les Invisibles et m’en a parlé au café où nous nous rendîmes à la fin de la pièce.

De mot en mot, de soupirs en soupirs, de thé en thé, la conversation dévia vers ce sujet de société bien actuel : le Mariage Pour Tous.

Comme je l’avais déjà exposé dans un précédent billet, je me suis toujours tenu à l’écart du débat, évitant d’exposer mes convictions politiques, convictions tout court par rapport à ce droit que j’estimais déjà acquis. Il ne s’agissait pour moi que d’une question de temps, préférant donc adopter une attitude de totale équanimité en attendant et m’amuser des élucubrations et agissements risibles des Anti-Mariage.

Avec le relatif recul, je ne sais pas s’il s’agit d’un reflex de protection ou d’une réelle naïveté. Un peu des deux surement.

DORIAN AU PAYS DES MERVEILLES

Mon monde a toujours été une bulle, une bulle de douceur, de réconfort et de chaleur. Je n’ai presque pas eu à faire de coming out, mon homosexualité se lisant depuis tout jeune sur mon visage, mes choix vestimentaires et mes jouets de fille. Je n’ai jamais eu à me battre ou à souffrir de l’acceptation de ma sexualité par mes proches. Je n’ai jamais eu à prétendre vivre une vie qui n’était pas la mienne.

Je me souviens de ces brunchs familiaux le dimanche où tout naturellement, déjà à 10 ans je parlais à mes proches de ces garçons que je trouvais beaux à l’école. Je ne me souviens pas d’avoir été l’objet de remarques homophobes ou d’un sentiment de rejet, que cela ait été en société ou dans mes études. Jamais. Jamais.

L’homophobie était donc presque chimérique. On pense tout naturellement que l’on vit dans une société civilisée, contemporaine, moderne et décomplexée et l’on renvoie toute homophobie à des temps révolus au mieux, ou à ces gens qui vivent de l’autre côté du périphérique Parisien au pire.

Je ne connaissais pas. Les seules piqûres de rappel étaient télévisuelles par le biais de reportages divers traitant de la problématique. De l’homophobie LCD. De l’homophobie sur papier ou sur écran d’Ipad.

Ce n’est que la semaine précédente, à 21 ans, 4 mois et 11 jours que je vais essuyer mon premier « sale pédé », en plein Paris, à quelques pas du Marais, vers l’Hôtel de Ville, alors que j’attendais Thomas, en retard pour aller diner dans un restaurant pas loin.

Ce n’est que récemment, alors qu’Hugues me rendait visite pour l’apéritif en s’amusant à décoller les affiches de la Manif Pour Tous sur le chemin et se voyant pris à parti et agressé par deux femmes des beaux quartiers endimanchées l’ayant vu faire, que j’ai réalisé que cette homophobie avait un visage et qu’elle pouvait porter des carrés Hermès et des chignons.

Ce n’est que cette semaine, après ces affiches du GUD incitant expressément à la violence, les deux agressions homophobes qui animent nos réseaux sociaux depuis quelques jours, l’illumination de Chantal Jouanno, l’explosion des standards d’SOS Homophobie,  le vandalisme contre la voiture de la sénatrice Esther Benbassa et l’espace des Blancs Manteaux où se tenait le Printemps des associations LGBT mais aussi les obstacles aux interventions d’Erwann Binet, que j’ai peur, réellement peur.

Ce n’est que cette semaine, me rendant à la Gare près de chez moi et en y rencontrant ces mêmes gens qui vous livrent votre courrier, qui vous vendent votre baguette de pain le matin, qui vous sourient d’habitude chez le traiteur italien pas loin, qui sonnent à votre porte à Halloween pour vous quémander des bonbons, qui vous envoient des cartes de vœux au nouvel an et qui se préparent, bariolés de bleu et de rose à se rendre à une manifestation contre un droit auquel vous prétendez, contre votre sexualité, contre vous en fin de compte, que l’on se rend compte que les masques tombent et que les langues se délient.

BOITE DE PANDORE ET MORPHOLOGIES

La boîte de pandore est ouverte. Ma bulle aseptisée et javelisée a éclaté. L’homophobie n’a pas un visage, elle en a plusieurs et c’est ce qui l’a rend aujourd’hui encore plus perverse. Elle a des rides parfois, un visage rebondi et poupin souvent. Elle s’habille tantôt en tailleur-smoking ou skets et casquette quand ça l’amuse. Elle peut gagner très bien sa vie et faire partie de l’intelligentsia tout comme elle peut vivre d’allocations et ne pas avoir fini ses études. Elle peut vivre dans les contrées les plus perdues de France tout comme elle peut occuper un appartement en plein Marais. Elle est métamorphe, transversale, pluriforme.

Cette homophobie est institutionnalisée, organisée, financée, médiatisée. Elle se cache derrière des couleurs pastels rose et bleu et des visages souriants d’enfants qui manifestent. Cette homophobie a une représentante officielle à qui le blond ne va pas du tout. Cette représentante qui porte très bien son quolibet, qui avant m’amusait et me révulse aujourd’hui. Illuminée crasseuse, narcissique, mondaine des bas-fonds et opportuniste de la première heure qui ne voit en cette situation qu’une occasion de se mettre sur le devant des projecteurs et d’une pseudo scène politique et de vendre des livres car les apéros au Ritz commençaient à l’ennuyer à l’amorce de sa ménopause. Celle-là même qui ne mesure pas la portée de ses actes, et dont le nom sera pour toujours marqué du sceau peu flatteur de l’obscurantisme, du remugle et de la décomplexification de l’homophobie.  Au fond, j’espère qu’elle profite de ce moment de gloire, et j’espère vraiment que cette bonne dame a réellement la bêtise qu’on lui reconnait, car c’est le meilleur voile pour apaiser sa conscience et faire des nuits complètes.

J’en veux aussi aux responsables politiques – ceux là – tantôt molletons ou silencieux devant ces appels clairs à la violence – et qui font stagner le débat, resté bien trop longtemps au premier plan des préoccupations politiques. Rappelons que, tout comme le racisme, l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit. Juriste et Gay, je ne peux qu’être choqué à double titre devant tant de placidité, tant de haine cautionnée.

J’en tire cependant quelque chose d’éminemment positif : le travail de l’histoire et du temps qui passe – ce travail impitoyable, inexorable et intransigeant qui saura, comme il l’a toujours fait, faire la part des choses, et à ce jeu-là, l’opportunisme et la haine ne paient jamais.

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14 commentaires

En effet, le temps fera son œuvre… Je vois autant au USA qu’en France le débat commence a s’essouffler: il n’y à plus d’arguments logique! En 2004, au Québec il n’y avait plus rien a dire sur ce débat, nous l’avons fermé et le mariage entre conjoints de même sexe est maintenant tout a fait normal.

Écrit par Louis-Philip le 9 avril 2013 à 13:13

J’aurais presque pu vous dire que vous étiez devenu adulte, en réalisant que la foule de ceux qui ne partagent pas votre point du vue ne se réduisait pas à des rombières homophobes du 16ème ou à des bouseux vivant au-delà du périph. Comme vous devez le vivre mal, et quelque part j’ai envie de dire bien fait tant cette vision élitiste m’insupporte.
Je me retiens car manifestement vous faites encore preuve d’une belle naïveté. Gagnez en maturité et ouvrez encore davantage les yeux : non, tous ces gens ne sont pas homophobes. Ne sombrez pas dans la victimologie adolescente.

Effectivement, du haut de mes 35 ans, athée et aux relations très diversifiées, je n’ai rien d’une catho coincée, et même si je ne vis pas intra-muros je n’ai rien non plus du bouseux réactionnaire homophobe à première vue. Et en grattant un peu? Pas d’avantage!
Je condamne ouvertement les agressions homophobes, il y a des cons partout. Mais encore faut-il prouver le caractère homophobe de la dite agression, et espérer qu’il ne s’agisse pas là d’une manoeuvre. Dois-je vous rappeler l’issue du fait divers à l’origine de la loi Perben?
Je ne suis pas ravi d’avoir Frigide pour représentante. Et je serais favorable au mariage gay s’il n’y avait la question de l’adoption inévitablement à sa suite.

Car vous avez forcément compris que c’est l’adoption par les couples homosexuels qui ne passe pas ; c’est de cela dont il s’agit à peine masqué derrière cette revendication de mariage. Mariage qui ne poserait, autrement, pas tant de souci. Mais l’un ne va pas sans l’autre dans la loi française.

Ainsi associée, l’adoption ferait que ce texte, et vous le savez sans doute, serait refusé par une très large majorité des français (près des 2/3, sondage ifop de février) . C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on veut nous faire croire que ce sont deux sujets totalement séparés. Pensez-vous vraiment que 2 français sur 3 puissent être homophobes?? Etes-vous à ce point naïf?

Je suis anti, pourquoi? Pas pour priver ces couples du bonheur d’avoir des enfants, mais pour offrir à ces enfants celui d’avoir un père et une mère, schéma évidemment préférable, toute chose égale par ailleurs, pour sa construction et son équilibre.
Ne pas pouvoir avoir d’enfant est une souffrance? C’est incontestable et je compatis.
Mais je ne veux pas que la société la soulage en en créant une autre, celle de priver un enfant d’un père ou d’une mère.

L’adoption par les couples gay est-elle possible à l’étranger? Oui, mais on ne mesure pas les effets d’une telle mesure sur une société en quelques années, aussi le retour d’expérience des autres pays, quel qu’il soit, n’est pas un argument recevable.

Un couple gay peut-il élever convenablement un enfant? Oui!
Est-il préférable à l’orphelinat? C’est incontestable! Le jour où les 20000 couples hétéro français en attente d’adoption depuis des années auront pu faire le bonheur d’un enfant, on en reparle.

Existe-t-il des couples hétéro élevant mal leurs enfants, des familles mono-parentales ou autres contextes qui ne sont pas idéaux? Oui, mais pourquoi en rajouter? C’est quoi cet argument? Faut-il comprendre que “c’est la merde de toutes façons alors prendre le risque d’en ajouter, fusse-t-il réduit, ne devrait gêner personne”?
Des couples ayant eu recours à la gpa existent-ils déjà? Oui, mais le légaliser généralisera cette déviance dont personne ne veut. Par analogie, doit-on autoriser le port d’arme pour tous sous prétexte que certains s’en sont procurées illégalement?

J’ajoute que les couples homosexuels ne sont pas les seuls à connaître cette douleur. Nous n’avons pas pour autant légalisé la gpa, et cela ne fait pas de nous des phobiques des couples stériles. Par analogie, préférer qu’un enfant ait un père ET une mère ne fait pas de nous des homophobes.
Pas plus que de refuser à ma fille de 13 ans de conduire, alors qu’elle se débrouillerait sans doute très bien, ne change quoi que ce soit à l’amour que je lui porte.

Et les conséquences pour tous d’une telle loi?
Les enfants. Comme expliqué à l’instant, nous ne nous battons pas pour vous priver d’un droit mais pour défendre ceux de l’enfant, un autre qui n’est pas en capacité de se défendre lui-même.
Les couples hétéros, et au final tous les couples, souhaitant adopter. Le nombre d’enfants à adopter a diminué de façon considérable dans les pays occidentaux. Les couples occidentaux se sont alors tournés vers l’adoption internationale, mais celle-ci se tarit aussi avec la nouvelle donne géopolitique. Dans les pays pourvoyeurs, le développement économique et l’émergence d’une classe moyenne signifie que de plus en plus d’enfants peuvent être adoptés dans leur propre pays. Qui pourra nier qu’il vaut mieux ne pas couper un enfant – qui plus est un enfant qui a déjà subi le traumatisme de l’abandon – de ses racines et de sa culture ? Faire le contraire, c’est l’exposer à un double manque, et à une double quête identitaire. Cette voie déjà de plus en plus étroite de l’adoption internationale va bientôt se fermer encore plus pour tous les couples français en mal d’enfant car certains pays et non des moindres – Chine, Vietnam – refuseront de laisser leurs orphelins partir vers un pays où ils peuvent être adoptés par des couples homosexuels. Cela nuira à tous les adoptants français, comme les spécialistes de l’adoption ont essayé de le souligner dans un silence assourdissant. Tant pis donc pour les adoptants hétérosexuels. Et tant pis aussi pour les adoptants homosexuels ! Vous vous en fichez?
La pma, sans parler de son coût, entraînerait une discrimination de fait aux dépends des couples homosexuels hommes. Et la gpa, aux coûts bien plus graves encore pour la société, s’imposerait alors.

Enfin, oui Hollande a été élu, mais on peut voter pour un candidat et ne pas être en accord avec l’ensemble de son programme, et attendre qu’il demande clairement sa position au peuple quand la nature et les impacts de la décision à prendre l’exigent.
C’est le cas ici, tant cette question non seulement divise, mais touche au fondement même de la société, la famille. Il ne s’agit pas de se prononcer sur le taux d’imposition des grandes fortunes ou sur l’ajout du contrôle du déficit budgétaire à la constitution. C’est bien plus profond.
Ce gouvernement serait prêt à nous demander par référendum inutile s’il faut moraliser la vie publique, mais méprise au plus haut point une action citoyenne colossale contre son projet de loi? Non. A agir ainsi, Hollande va finir par radicaliser l’action des anti, que l’on montrera du doigt et traitera de fascistes ; cela semble même être le but recherché pour gagner, quelque part, en légitimité.

Mais à bien y regarder, qui est fasciste?
Ceux qui demandent pacifiquement que le peuple se prononce sur une modification profonde de l’un des fondements de notre conception sociétale? Ou ceux qui méprisent, stigmatisent et répriment cet élan citoyen et imposent leur façon de voir, gazant des familles tentant d’échapper à l’étouffement d’un espace insuffisant qu’un ministre de l’intérieur leur imposait tant il voulait minimiser l’impact médiatique du mouvement?
Ou encore les “pro” mariage gay traitant d’homophobe toute personne qui ne penserait pas comme elle, quand il ne déclare pas vouloir faire usage de violence à leur encontre?

N’ayez crainte, votre boulangère n’est pas homophobe, elle ne partage pas la même vision de la famille que vous, nuance.

Écrit par abrico le 11 avril 2013 à 10:20

berk un abrico avarié qui manifestement n’ rien compris à la loi qui se voile la face avec des arguments complètement faux!!!

@Dorian je te comprends pour subir des remarques au taf… D’ailleurs y a une collègue style abrico avariée a qui j’ai démontré au combien tout ces arguments étaient stupides; la pauvre…

T’inquiète pas, c’est sur:; cela fait mal ce que ces gens peuvent penser de nous (sachant que la plupart ne connaissent rien du tout sur nous et ne font que véhiculer de sordides clichés) Mais cela doit nous rendre plus fort! :)

Écrit par korial le 11 avril 2013 à 12:08

Merci pour ce message, ces commentaires que j’accueille toujours avec plaisir, avec un plaisir encore moins contenu lorsqu’ils ne convergent pas vers mes opinions, ma façon de voir les choses: c’est le débat. J’aime donc le débat et c’est pour cette raison que j’estime que droit à réponse s’impose ici. Par souci d’ergonomie, de clarté et de logique, permettez moi chère commentatrice de reprendre par ordre chronologique les points que vous avez soulevés successivement.

Naif pendant ces 21 belles années de ma vie, oui l’ai surement été – cela est indiscutable, cependant je crains que nous ne parlons pas de la même acception de la naïveté, nos visions sont presque antinomiques: vous voyez en ma naïveté presque candide le fait qu’aujourd’hui “je verrais de l’homophobie partout”, partagé entre paranoïa et “victimologie adolescente”, alors que moi, moi, je l’analyse plutôt comme le fait de ne pas en avoir essuyé les affres plus tôt. Il est vrai que si j’avais été harcelé par les “coupains” du quartier, me faisant traiter joyeusement d’enculé et de tapette et me faisant défigurer à 17 ans parce que j’avais eu la présomptueuse idée de caresser la joue de mon compagnon dans la rue, oui je ne tiendrais pas ce discours, ou du moins je l’aurais tenu depuis longtemps, quelques dents en moins et une belle dépression plus tard aussi. Dommage donc pour moi, dommage pour l’histoire, je suis né et j’ai grandi dans mon “eden” Parisien, entouré de famille, amis, camarades aimants – je suis toujours passé au travers des mailles du filet de l’homophobie frontale – après donc, si cette “non-homophobie teintée d’élitisme” comme vous dites si éloquemment vous exècre je crois bien, chère commentatrice que le problème est ailleurs.

“catho coincée” vous n’êtes pas, intra-muros vous ne vivez pas, religieuse vous n’êtes pas non plus, bouseuse réactionnaire homophobe à première vue vous ne semblez pas être… outre le fait que je trouve cette catégorisation bipartite superficielle, inobjective et indue (je suis justement le premier à affirmer que l’homophobie n’a pas de physique… et pas forcément de batte de baseball pour vous défigurer, permettez moi la pointe d’humour) permettez moi de vous apprendre que l’homophobie n’est pas non plus corollaire de violences physiques ou verbales. Elle peut être latente, silencieuse, mimée. Ma chère Boutin la définit comme “toute personne qui ose exprimer quelque forme de désaccord face aux mensonges du lobby homosexuel”. Le Petit Robert (que nous supposerons plus neutre) nous enseigne ainsi que “L’homophobie est l’hostilité, explicite ou implicite, envers des individus dont les préférences amoureuses ou sexuelles concernent des individus de même sexe”. J’insisterais donc sur “l’implicité” de la chose et vous renvoie à cette planche d’une autre bloggeuse qui sera instructive sur le sujet (http://gami.yagg.com/page/3/). Encore heureux donc du fait que vous affirmiez être contre toute force de violence homophobe (je crois que Civitas et le GUD devraient prendre conseils auprès de votre sage intelligence), mais que faites vous de toute cette homophobie non exprimée par des coups de poings, celle là même qui est prépondérante et qui vicie plus que jamais l’air Français depuis plusieurs mois?

Par ailleurs vous vous avouez sceptique par rapport au caractère homophobe de l’agression? Oui, oui je comprend que cela puisse être une énième manoeuvre de manipulation du méchant lobby gay. Je comprend aussi que lorsqu’on est noir et qu’on se fait rouer de coups par un groupe de jeunes crânes rasés vous berçant de belles insultes négrophobes tout au long, l’aient fait parce qu’ils n’aimaient pas votre coupe de cheveux. Je comprend qu’un Juif qui se agresser et traiter de ‘’sale feuj” l’ait été parce que le parfum qu’il portait ne plaisait pas. Je comprend donc tout à fait que les deux agressions qui ont eu lieu cette semaine alors que les deux couples se tenaient bras dessus bras dessous, et qui se sont fait tabassés par des individus vociférant des “sales pédés” et sans rien leur voler en finalité, l’aient fait parce qu’ils n’aimaient pas leur style vestimentaire. Oui, oui chère commentatrice je comprend tout à fait. Ce n’est pas de l’homophobie, c’est de la mode. Les goûts, les vêtements et les couleurs vous savez….

Revenons à nos moutons, à nos enfants, à nos petites futures têtes blondes (ou crépues me concernant) plutôt, vu que l’adoption semble être le nerf de votre commentaire.

Vous expliquez votre position anti-mariage en y avançant la connexité avec l’adoption qui “en découlerait de suite”, estimant que le mariage est “juste une couverture, un voile à peine opaque”. Vu que vous ne contestez pas au fond la revendication du droit au mariage, je ne m’y attarde pas et préfère aborder la question de l’adoption.

Avant toute chose permettez moi de vous rappeler que les homos ne vous demandent pas le droit, ni l’autorisation – les familles homoparentales – je repète “FAMILLES” homoparentales sont un fait – 40.000 enfants,souvent adoptés, vivent avec deux parents de même sexe. Faisons un petit calcul mathématique donc: ces 40.000 enfants ont deux parents, certes parents parfois de fait, mais parents quand même – il y’aurait donc 80.000 parents homos en France (et je ne compte même pas ceux qui élèvent des enfants à 3 ou 4). Je ne compte même pas ces grands parents, ces tantes, ces oncles, ces neveux, ces parrains et marraines qui participent à l’éducation de ces enfants. Il ne s’agit donc pas là d’un caprice, ou d’une revendication isolée et fantastaque d’un illuminé portant la cause homosexuelle mais de la nécessaire formalisation et “normativation” d’un fait sociétal indéniable qui tient en une question “reconnait on à ces familles, à CES FAMILLES, les mêmes droits que les autres?”

Vous vous dites anti pour “ne pas pour priver ces couples du bonheur d’avoir des enfants, mais pour offrir à ces enfants celui d’avoir un père et une mère, schéma évidemment préférable, toute chose égale par ailleurs, pour sa construction et son équilibre”. Cette affirmation péremptoire est totalement dogmatique. J’estime qu’assez de spécialistes, psychologues, psychanalystes et acteurs sociaux se sont déjà assez épanchés sur la question et ont affirmé en majorité que ce schéma biologique normatif n’est en aucun cas synonyme de “construction et d’équilibre”. Argument donc irrecevable en ce qui me concerne, et je crois que tous ces 40.000 enfants qui vivent sous les câlins de deux parents de même sexe et qui ne finissent (dieu merci) pas tous dépressifs, ni suicidaires, ni drogués ou cas sociaux seront du même avis que moi. En avez vous déjà rencontré? Avez vous déjà eu l’opportunité d’échanger avec leurs parents sur l’éducation de leurs enfants? Permettez moi d’en doutez et de croire que vous faites partie de ces gens qui combattent contre un “ennemi” fantomatique et fantasmagorique qu’ils ne connaissent même point.

Enfin, venons à votre dernier argument, qui est, permettez moi de contenir ma surprise, la crainte que le processus de l’adoption ne devienne concurrentiel et s’étrique avec l’arrivée de ces nouveaux adoptants que seront les couples homosexuels. “Il n’ y a pas assez de pain pour toute la foule” lisait on dans la Bible. Il est certain que je m’attend pas à un miracle divin sur le nombre des enfants à adopter mais je crois encore à l’efficacité et à l’objectivité de nos services d’adoption, qui sont ceux là qui délivreront le sésame aussi aux aspirants adoptants aussi bien homos qu’hétéros, et cela, j’ai l’optimisme de le penser, selon des critères pertinents et qui ne seront plus le fait de savoir si les deux parents ont tous les deux une paire de seins ou tous les deux un pénis, bref sans critère de sexualité. C’est ce droit là, cette égalité de traitement là qu’aujourd’hui nous revendiquons. Il ne s’agit pas de supputer que tous les gays, dès promulgation de la loi ouvrant droit à adoption vont se sentir monter des désirs de parternité/maternité (comme vous l’avez déjà dit, sur le plan juridique cela est déjà possible à l’international et je ne crois pas que l’on ai assisté à une quelconque vendetta), mais de se reconnaître au moins éligible à ce droit, de savoir ce désir concrétisable. Et s’il y’a de moins à moins d’enfant à adopter, soit, c’est un fait, et bien j’ose croire que ces mêmes Services de l’Adoption feront, comme ils ont toujours su le faire leur travail en gardant en filigrane cet impératif qu’est l’intérêt de l’enfant – que ces Services puissent considérer ensuite qu’un couple homo soit dans une situation X, à un moment Y, dans un lieu Z, considéré comme potentiel meilleur adoptant qu’un couple hétéro est au fond, ne nous le cachons pas chère commentatrice ce qui vous gêne. C’est bien vous qui avancez l’intérêt de l’enfant non? Alors pourquoi dans telle situation, faites vous du reverse-argumentation? Connaissez vous la légende de l’Ourobouros? le Serpent qui se mord la queue? A la fin il s’avale. A défaut d’être à quia, clamez vos opinions cachées : “un couple homosexuel pourrait potentiellement faire de l’ombre aux déjà nombreux aspirants couples hétérosexuels – intérêt de l’enfant ou pas – objectivité des Services de l’Adoption ou pas”. Ne reviendrais t’on pas à un présupposé teinté d’homophobie “couple homo inférieur à couple hétéro”. Excusez moi, je me méprend encore… je vois de l’homophobie partout – ça en devient compulsif.

Permettez moi donc d’user de mon droit de réponse en concluant sur Hollande, notre Président, NOTRE cher Président, non pas le Président des pédés ou des pauvres, pas le Président des Maliens ou des Libyens, non, NOTRE cher Président à tous, à vous encore chère commentatrice pour les 4 ans à venir, élu au suffrage universel le 15 mai 2012; suffrage exprimé en connaissance de son programme, programme qui contenait déjà ce projet de loi. Cela fait donc déjà 11 mois, j’estime pour ma part, que le peuple s’est déjà exprimé sur la question en lui accordant son crédit, cela fait déjà plusieurs semaines que ce crédit a été renouvelé à l’Assemblée Nationale, et voilà que ce crédit est en train d’être renouvelé au Sénat – pourquoi me parlez vous alors de réferendum? Que ce soit par voie directe et intitu personae (élections présidentielles) ou par voie de représentation législative (Assemblée Nationale et Sénat) le peuple s’est exprimé. Il l’a juste fait dans le sens qui n’est pas le vôtre, contre cette vision dogmatique et poussiéreuse de la famille que vous entretenez – en mépris de toute réalité sociétale; vision teintée d’un conservatisme irraisonné et appuyé de prétextes faisant peser la crainte d’une imminente anomie. La famille… la famille… concept bien mouvant ma Margueritte. Même le Larousse qui en 1988 nous la définissait comme étant un “Ensemble formé par le père, la mère et les enfants”, nous le définit aujourd’hui comme un “Ensemble des personnes unies par un lien de parenté ou d’alliance”. La famille ce n’est plus cet ensemble rigide et idyllique que vous vous imaginez encore – bienvenue à l’ère des familles plurielles, le prince charmant n’existe pas, l’homophobie existe et le coca cola zéro est dégueulasse.

Vous êtes au fond bien curieuse chère commentatrice mais à la fois bien triguade: que les homos fassent ce qu’ils veulent, qu’ils se marient même – qu’ils occupent une zone géographique dans le 4 ème arrondissement si ça leur chante du moment, du moment… que moi hétérosexuelle bien pensante et ancrée de les valeurs de “ma” France comtemporaine, mes intérêts ne sont pas affectés par leurs désirs, déjà que “j’ai” du mal à adopter et qu’un pauvre enfant qui n’a rien demandé à qui que soit souffre d’un choix qu’il n’a pas fait. Vous auriez pu vous épargner la longueur du texte et résumer vos positions de manière aussi synthétique.

Vous avez cependant une belle prose, j’aime la prose, la vôtre est belle et comment ne pas amorcer mon mot de fin en analogie au vôtre. “Hollande va finir par radicaliser l’action des anti que l’on montrera du doigt et traitera de fascistes ” dites vous? J’en plussoie. C’est comme dire à une fille violée qu’elle aurait du mettre un jean moins moulant et une culotte plus courte. “Mais à bien y regarder, qui est fasciste?” me demandez vous? Vous estimez que ce ne sont pas, permettez moi de citez cette belle, que dis -je, cette merveille phrase “Ceux qui demandent pacifiquement que le peuple se prononce sur une modification profonde de l’un des fondements de notre conception sociétale? Ou ceux qui méprisent, stigmatisent et répriment cet élan citoyen et imposent leur façon de voir, gazant des familles tentant d’échapper à l’étouffement d’un espace insuffisant qu’un ministre de l’intérieur leur imposait tant il voulait minimiser l’impact médiatique du mouvement”. Je crois en effet qu’Esther, Wilfried, Tiphaine, et tous ces autres prénoms anonymes et qui s’empilent sur le bureau de SOS Homophobie peuvent témoigner avec la plus grande ferveur de la pacificité de votre mouvement – mais bon quel candide impotent je fais, ça ne vaudra jamais les pauvres petits yeux larmoyants de Jean-Eudes et de Marie-Christine, 6 et 8 ans, gazés, pas parce que le Ministre de l’Intérieur a fait son travail, mais plutôt parce que des inconscients et des parents irresponsables ont décidé de braver une interdiction à deux fois réaffirmée et d’y emmener leurs enfants pour grossir cet “élan citoyen”, bel élan qui sondage après sondage, manif après manif, tract après tract, ne représente toujours que 42% de la population Française.

p.s. “Oui, mais le légaliser généralisera cette déviance dont personne ne veut.” —-> Je vous assure, non, non cela n’est point homophobe – les corrections automatiques ne sont plus de nos jours ce qu’elles étaient, c’est bien connu.

Écrit par doriangay le 11 avril 2013 à 12:45

Pour commencer je suis un abricot mâle.
Je ne pense pas que ça change quoi que ce soit mais bon c’est dit.
Je maintiens gpa = déviance, j’espère que vous n’insinuez pas que j’aie pu parler ainsi de l’ homosexualité. Ou alors je n’ai pas compris votre remarque.
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Merci pour cette réponse, votre désir affirmé de vouloir débattre, votre prise de conscience, peut-être, du fait que si je viens en débattre avec vous sur ce support c’est que votre point de vue, votre cause m’importent, bref, que je me sens concerné et que je souhaite le débat constructif plutôt que l’affrontement qui se met doucement en place.
Mais quel dommage de voir s’effondrer cette bonne volonté lorsque vous vous mettez à réduire mon argumentation à quelques lignes, caricaturant mes positions, en revenant au fascisme et à la stigmatisation dont je parlais dans mon premier post. Oui, moi aussi je peux être caricatural. Et cette malhonnêteté caractérisée de votre discours ne me pousse pas vraiment à vouloir le poursuivre.
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Je reviens 2 minutes sur les agressions de cette semaine. Il y a effectivement toutes les chances que le caractère homophobe soit avéré. Mon scepticisme est exagéré. Mais comment ne pas se méfier de tout quand on se rappelle celle qui fut à l’origine de la loi Perben, cet homme qui disait avoir été tabassé parce qu’il était homo, avec force détails sur les insultes qui avaient plu en même temps que les coups, et qui s’est avéré être un dépressif en mal d’attention s’étant infligé ces coups lui-même?
Ceci étant dit, même si on leur donne une tout autre signification ces mois-ci, il y a de toutes façons des agressions homophobes, tout comme il y a des agressions anti feuj et anti rebeu. Je ne les excuserai jamais, mais il y a dans nos rangs des cons qu’on pousse à de tels actes parce que l’ensemble du message, respectable quoi que vous puissiez en penser, est tout simplement méprisé par le gouvernement, incompris et caricaturé puisque taxé d’homophobe par l’autre camp. Quand on n’est pas entendu comme on le mériterait, on est poussé à se radicaliser. Vous réalisez depuis peu le mépris, voire même la haine, que les homos peuvent parfois subir, et ça vous pousse à voir des homophobes partout. Vous vous radicalisez quelque part.
Il y a encore, je vous l’accorde, une part non négligeable de la population qui, explicitement ou implicitement, conserve des a priori sur la population homo. Que vous les appeliez homophobes n’engagent que vous. Vous mettez ainsi dans le même panier les abrutis qui cherchent à “casser de la tapette” et les personnes respectables qui jugent ce qu’ils ne connaissent pas.
Non, s’opposer à l’adoption n’est pas conserver un a priori sur la population homo. Considérer respectueusement la population homo n’implique pas qu’il faille tout lui accorder.
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Je ne suis pas concerné directement par l’adoption. Je le serai peut-être un jour. Tout comme je serai peut-être un jour concerné par l’homosexualité plus directement encore que je ne le suis aujourd’hui.
Je ne craignais pas la mise en concurrence des couples hétéro avec les couples homo dans le cadre de l’adoption.
Je pense désormais que j’étais naïf à mon tour parce qu’il est évident maintenant que les services d’adoption seront contraints d’allouer des enfants à des couples homosexuels qui crieront, sans cela, à la discrimination, à l’homophobie.
Parce que personnellement, oui, je maintiens, et que ça vous fasse une formule choc “couple homo inférieur au couple hétéro” n’y changera rien même si elle me paraît simpliste, qu’à partir du moment où un couple hétéro dispose de tous les atouts pour accueillir un enfant, même s’il est par exemple moins riche qu’un couple homo ou n’a pas de jardin, lui sera préférable. Un père, une mère, référents, repères, construction, équilibre. Ca ne constitue pas une différence colossale selon vous. Je dis qu’elle n’est pas à minimiser. Vous pensez que c’est dogmatique, je ne le pense pas. Concernant les avis de “spécialistes”, vous trouverez tout et son contraire sur la toile. Les études qui ne vous donnent pas raison, études homophobes à vos yeux peut-être, sont tout simplement écartées du débat. Et au final, la moindre des choses que l’on puisse dire c’est que l’on ne peut être sur de rien.
Sur la pénurie d’enfants à adopter, je ne dis pas tant que les couples homos seront demain une concurrence des couples hétéro, je dis que la pénurie s’accentuera, les pays pourvoyeurs n’acceptant pas de laisser partir ces enfants dans des pays où ils “risquent” d’être adoptés par des couples homosexuels.
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Oui je connais des couples homo. Oui j’en débats avec eux et tous finissent par comprendre, plus facilement souvent que les hétéro pro d’ailleurs avec qui ce n’est pas simple parce que ce sujet est sensible et qu’il ne fait pas bon être anti et le dire. Ca aussi ça me gêne, cette dictature de la pensée qui me pousse à vous parler de “stigmatisation” : on parle de pourcentages de pro et de pourcentages d’anti, mais admettez-vous qu’il est bien plus facile cool et socialement acceptable d’être pro, car finalement quel risque prend-on à adopter cette position quelque part imposée par les médias majoritairement pro, et bien plus difficile d’être anti, montré du doigt, taxé d’homophobe? Les pourcentages qu’on se jette à la gueule n’ont finalement que peu d’importance, mais ils seraient tout autres s’il n’y avait cette dictature de la pensée.
Oui les couples homoparentaux existent déjà. J’ai déjà répondu sur ce point : si on partage ma vision du schéma biologique normatif, il est cohérent de dire qu’il ne faut pas légiférer dans un sens qui risquerait d’augmenter encore le nombre de ces familles où l’enfant risque de ne pas trouver ses repères.
Et une union civile qui accorderait davantage de droits que le PACS, sans pour autant permettre le droit à l’adoption?

Bref, sur la construction de l’enfant, admettons 5 minutes que l’on ne puisse pas se prononcer avec certitude.

Vous ne répondez pas aux autres points : admettons que l’on autorise adoption et disons pma.
Affirmez-vous que ça ne débouchera pas sur la gpa??
Les couples lesbiens seraient servis, mais il y aurait alors une discrimination forte envers les couples gays.
Et la gpa, la commercialisation d’uterus, serait un pas en arrière majeur à mes yeux, et une source incontestable, toujours à mes yeux, de déséquilibre dans la construction de l’enfant et dans sa quête d’identité.

Vous finissez votre prose en caricaturant à la fois mon propos, le mouvement des anti (jusque dans le choix des prénoms très cathos des beaux quartiers, et en réduisant ce mouvement aux actions honteuses de quelques casseurs de pédés qui ne représentent pas le message que le mouvement prétend délivrer). Allez jusqu’à dire que c’est irresponsable d’emmener des enfants et des aînés manifester pour défendre une certaine conception de la famille, c’est lamentable. Donc, pour manifester, il faut être prêt à en découdre, même si notre but est de manifester pacifiquement?
Personnellement je n’aime pas cette façon d’assimiler ses enfants quelque part par la force à ses manière de penser. Mais tout le monde le fait, pro ou anti. Et, pratiquement, je ne me vois pas chercher à faire garder mes enfants sous prétexte que je souhaite aller manifester façon balade pour faire connaître ma vision de la famille.
Ma façon de voir les choses, c’est que Valls avait tout fait pour que le mouvement soit le moins impressionnant possible, a sous-estimé le nombre des manifestants, que les forces de l’ordre ont donc étaient débordées et n’ont pas adopté la réaction adéquate. C’est quand même bien plus facile à défendre que de prétendre que ces vieux et ces gosses voulaient en découdre avec les crs juste pour le plaisir d’en découdre, comme des casseurs désoeuvrés, ou pour le moins ont eu un comportement suffisamment dangereux pour le sacro saint ordre public pour qu’on les gaze.

Je ne souhaite pas tomber dans la guerre des chiffres et des sondages, mais dans le dernier en date, jugeant l’action de Hollande, 55% disent que cette loi est une de celles qui les déçoivent le plus. Une de celles qui les déçoivent le plus : le nombre de ceux qui y sont opposés est donc logiquement supérieur. Et j’ai la certitude que, si on expliquait dans les détails les implications inévitables qu’elle aurait à moyen ou long terme, jusqu’à la gpa, ce chiffre exploserait.

Écrit par abrico le 12 avril 2013 à 11:03

J’oubliais.
Admettez-vous que l’on touche à l’un des fondements de la société en modifiant la définition de ce qu’est une famille? Que la société connaît là, au moins dans les textes, une évolution majeure?
A quoi voudriez-vous que le référendum serve si ce n’est au peuple de se prononcer sur des changements majeurs tels que celui-là?
Je ne me souviens pas que l’on ait présenté en détails le pour et le contre de ce projet de loi qui n’existait alors pas, bref le minimum pour que les français se prononcent. Ce n’est même pas encore le cas aujourd’hui, alors…
Objectivement, pour moi le référendum, d’une manière générale, est utile, dans la mesure où le vote pour un candidat ne signifie pas que l’on est prêt à accepter toutes ses actions, surtout quand on lui accorde sa voix plus par opposition à un autre candidat que par adhésion pleine et entière à ses idées, qu’on ne connaît pas en détails d’ailleurs.
Puisque le referendum est possible, et indéniablement plus juste et démocratique pour écouter ce que le peuple pense sur un sujet aussi clivant, usons-en!
Seulement voilà, vous savez ce que le peuple dirait, je comprends donc que vous y soyez opposé.

Écrit par abrico le 12 avril 2013 à 12:07

abricot,

Je souhaite répondre sur plusieurs points.

Admettons que le facteur “composition du couple élevant l’enfant” n’a aucune importance pour son développement et son bonheur et sa complétude et tout ce que vous voulez.
Alors, sur la PMA, je ne comprends pas du tout ce discours consistant à parler de discrimination envers les couples gays.
Une loi autorise la PMA pour les couples hétérosexuels. Si elle est vue comme injuste, c’est parce qu’elle ne permet pas à tous ceux qui, de fait, pourraient jouir de la PMA, d’en disposer. Il n’y a pas de discrimination, les couples gays ne pourraient de toute façon pas en disposer.
La seule manière d’y voir une discrimination, à mon sens, c’est de considérer encore que la PMA serait accordée pour répondre à ce soi disant droit à l’enfant (soi disant réclamé réclamé par les homosexuels) pour les couples lesbiens. Mais il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de ne pas refuser quelque chose à quelqu’un sans raison, arbitrairement (vu qu’on a admis que l’enfant sera épanoui dans tous les cas). Il s’agit de considérer à égalité tous les couples.

Mais oui, concrètement, la PMA pour les couples lesbiens et pas pour les couples d’hommes engendrerait probablement une frustration encore plus grande chez ces derniers. Et ils revendiqueraient d’autant plus la GPA. Et… après ? D’une, reconnaissez-vous qu’il y a un gros tabou sur ce sujet, que tout débat semble impossible (je me demande bien pourquoi d’ailleurs) ? De deux, vous sortirez alors vos arguments de “on ne va pas vous accorder ça juste pour que vous ne soyez pas frustrés alors que de fait, les conséquences seront désastreuses sur x ou y”. Le faire avant, brandir le spectre d’une prochaine revendication, c’est assez nauséabond.
Être contre une loi à cause des revendications qui pourront alors surgir, pourquoi pas, mais vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’on comprenne. “Au fond, on aurait dû continuer à stigmatiser l’homosexualité dans la loi, ça les aurait empêché de demander le mariage. Au fond, on ne devrait pas laisser les musulmans avoir leur liberté de culte, on sait jamais qu’ils demanderaient la polygamie, avec leur part démographique en plus.” C’est ça ? Comprenez qu”un tel discours n’est pas soutenable. Enfin, vous pouvez, évidemment. Pensez ce que vous voulez, demandez ce que vous voulez. Mais ne vous attendez pas à convaincre vos opposants avec cet argument.

Concernant la manif avec ses enfants, il faut être naif pour croire que les manifestations se passent en général bien, ou arrogant pour penser qu’il suffit de vouloir manifester pacifiquement pour que des situations limites ne se présentent pas ! Et donc, il me semble qu’il est dommage de ne pas se rendre compte qu’en emmenant des enfants, on les expose à un danger dont la probabilité n’est pas nulle. A partir de là, à chacun de prendre la décision qui lui semble la plus raisonnable. Si vous acceptez ce risque, alors je ne suis pas choqué que vous emmeniez vos enfants. Par contre, acceptez qu’on considère les chiffres du nombre de manifestants en ayant en tête qu’un nombre élevé de ceux-ci ne sont pas volontaires…

Enfin, je n’aime pas non plus qu’on mélange tout, ceux qui tabassent et ceux qui défilent, etc.

Vous passez bien vite sur cette affirmation : un couple hétérosexuel est préférable à un couple homosexuel. Pourtant tout est là, c’est central.
Que voulez-vous dire par là ?
Vous dites qu’un couple homosexuel peut convenablement élever un enfant. Que demander de plus alors ?
Comment ne pas voir une contradiction entre ces deux affirmations ? (je répondrais que vous voulez dire que l’enfant aura peut-être des troubles psychologiques liés à ceci, pas forcément grave, mais quelque chose, qui sera conscient ou non, pour dépasser cela)
Vous mentionnez des études, sont-elles capables de montrer que toutes choses égales par ailleurs, avoir un père et une mère est mieux qu’avoir deux pères ? Je ne crois pas. Pas celles que j’ai lu. Ou alors donnez moi le lien qui pointe ceci.
On est capable de pointer du doigt des adultes élevés par deux personnes de même sexe et ne pensant pas avoir de troubles liés à cela (je note bien que je parle là de conscience et pas d’inconscient, mais l’impossibilité, à l’heure actuelle, et pour longtemps, de dénouer tout ce qui se joue dans notre vie psychique comme deux plus deux font quatre fait que je ne peux m’arrêter sur l’inconscient), se sentant heureux en général. Ils existent, ils s’expriment. Donc, couple homosexuel n’entraine pas forcément enfant puis adulte malheureux.
J’espère pouvoir continuer plus tard cette partie.
Une remarque en tout cas :
J’espère que la phrase “vous savez ce que le peuple dirait, je comprends donc que vous y soyez opposé.” ne montre pas que vous considérez déjà que votre interlocuteur est de mauvaise foi, car alors, il n’y a plus de débat possible. Si ce n’est pas le cas, je suis curieux de comprendre ce que vous vouliez dire par là (peut-être des histoires d’utilitarisme, de suspension de jugement, ou que sais-je…).

Écrit par Ferdiad le 12 avril 2013 à 21:18

Il y a ici une chose amusante qu’abrico semble ignorer. [et d’ailleurs abrico relis ce que j'ai écris, je ne te considère pas comme une femelle (par opposition à ton ''mâle'')]

Abrico ignore sans doute que des enfants sont déjà éduqués dans des familles homoparentales. Et qu’ils sont ni plus ni moins malheureux que des enfants qui sont élevés dans des couples hétéros Et que même ces enfants sont déjà parfois parents et donc les homos qui les ont éduqués grand parents!!!…
Quant à la référence du sexe opposé, comment dire… Et les familles monoparentales?

Tout ça pour dire qu’on le veuille ou non, aujourd’hui la famille ce n’est plus UN type mais UNE MULTITUDE de types.

@dorian je suis tout à fait ok avec ce que tu dis et ton ressenti.

Écrit par korial le 14 avril 2013 à 17:15

1) Il est quand meme a noter que Abrico s’est lui meme qualifié d’athéE, d’ou peut etre la confusion que j’avais également fait en lisant son commentaire.

2) J’ai simplement envie de répondre que ses arguments sont simplement ceux rabachés a la télé par des journalistes peu scrupuleux et qui de plus ont certainement modifié une phrase initiale afin qu’elle fasse plus choc!!

Les arguments de l’équilibre de l’enfant sont de gros mensonges pensés par des antis pour les antis, se basant sur des études qu’ils savaient ne seraient jamais lues par quiconque comme par exemple l’etude de M. Regnerus tant souvent citée par Alain Escada et la Barjot pour justifier leur action.
Mais MOI, je l’ai lue et en version originale!! Je peux vous assurer que rien de l’étude de Mr Regnerus qui, outre le fait qu’elle ait été totalement discréditée par ses confrères car le protocole n’avait pas été respecté, ne dit en rien qu’un enfant est moins épanoui dans une famille homoparentale, et lui meme en a convenu par la suite, son étude n’est pas objective et savoir si un couple homoparentale stable etait capable d’élever un enfant n’etait pas son sujet.

Les gens répètent bêtement ce qu’ils entendent a la télévision, se donnant un semblant d’importance car ils “s’impliquent” dans une cause. Pourtant l’idée de lire plus de choses, de travailler tous les textes portés a notre connaissance et de s’en faire leur propre opinion ne leur vient meme pas a l’idée. Ca fait toujours bien de dire qu’on est impliqué faut il encore s’en donner des moyens objectifs!

De plus, laissez moi vous expliquez une chose: On peut tout faire dire a un sondage! TOUT ET SON CONTRAIRE en meme temps!! Un sondage partant du principe qu’il n’interroge pas l’intégralité de la population est par conséquent nul car on peut cibler un quartier, ou tomber par hasard sur plus de personnes pour ou contre… Bref, un sondage ifop de mars indiquait que 54% des francais etaient contre (tres loin donc de vos 2/3) et un autre montrait que 55% etait pour!!

Enfin Abrico, je te poserait une simple question: As tu deja parlé avec des enfants devenus adultes qui ont vécu et grandi dans des familles homoparentales? Leur as tu demandé leur opinion, qu’ils te racontent leur expérience, ce qu’ils ont vecu et ressenti??
Une fois toutes ces choses faites (lectures complementaires, parler avec des familles homoparentales et rendre ton discours un peu plus objectif par rapport a ce que tu entends dans les médias et surtout, surtout sans prendre exemple sur Barjot et compagnie, qui il y a peu de temps montrer son entrejambe a tout va sur des bars dans des boites gays alors qu’elle aurait du etre chez elle a s’occuper de ses gosses et qui aujourd’hui prétend savoir ce qui est bon pour les enfants) alors et seulement alors, merci de faire une nouvelle intervention

Remy

Écrit par Remy le 15 avril 2013 à 12:38

Abrico & co
Je me pose inlassablement une question en lisant, à la fois blessée, atterrée et révoltée, votre texte : d’où peut donc venir cette certitude selon laquelle un enfant aurait impérieusement besoin d’un père et d’une mère pour grandir de façon équilibrée ? Comment peut-on affirmer cela avec si peu de nuances ? Comment peut-on se montrer si catégorique ? N’est ce pas preuve de bêtise ?
Si mon enfance s’est déroulée, ou non, de façon équilibrée, ce n’est bien heureusement pas dû au sexe de mes parents

Écrit par celine le 15 avril 2013 à 14:54

Il faut bien avouer que lire toute cette conversation n’est pas reposant ! Si le style est extrêmement agréable (c’est si rare), la tonalité est souvent déroutante. On y ressent la passion du débat, comme un jeu, et en même temps, j’imagine des personnes , face à face, prêtes à en venir aux mains, mais donc la bonne éducation dicte une bonne maîtrise de soi .
Je retiens trois thèmes dans ce débat:
le mariage pour tous
l’homophobie
l’engagement de M.Hollande
- Mariage pour tous et enfants pour tous ! Mais pourquoi se marier ? La première réponse, c’est que l’on s’aime !(j’ai été étonné de constater que dans tout votre débat, le mot “amour” n’a jamais été écrit, sauf peut-être par Dorian qui dit avoir grandi au milieu d’un environnement “aimant”.) En effet, l’amour devrait être le MOTEUR de toute vie. Deux êtres s’aiment au point de vouloir partager leurs jours et leurs nuits, de vouloir marcher vers un même idéal, avec le projet de valoriser les talents de chacun. Et ils choisissent d’officialiser ce voeu devant la communauté civile par l’acte du mariage. Même si le mot “mariage” signifie à l’origine “se donner un mari” ce qui implique couple homme-femme, l’acte lui-même me semble convenir pour des couples homme-homme, femme-femme.
S’ensuit la question de l’enfant. j’ai lu plusieurs fois vos courriers. Il est beaucoup question d’éduquer, d’élever. Parlons d’AIMER. Peut-on désirer un enfant sinon pour l’aimer ? (Hélas oui aujourd’hui où l’on FAIT parfois un enfant pour soi plus que pour lui).Mais gageons qu’en général, on accueille un enfant dans son foyer pour pouvoir partager avec lui notre amour de couple, et le faire grandir dans cet amour, avec ses qualités propres que l’on découvre au fur et à mesure qu’il grandit et s’épanouit (comme vous Dorian, dans un milieu aimant).
Enfant du couple ? enfant adopté ?même idéal !Alors quel couple est le mieux placé pour ce projet. Je ne reprends pas les arguments des uns et des autres car ils sont tous vrais. Je redis seulement que si le couple respire le véritable amour, pas celui des caricatures qu’on nous affiche trop souvent, fait d’une sexualité exagérée, de vie dont l’argent et le luxe et les loisirs sont les seuls buts, mais le vrai amour d’une vie ordinaire, à la ville ou à la campagne (eh oui, à la campagne on peut vivre très épanoui et loin de tout obscurantisme ).Alors je crois que tout couple qui le désire peut aimer un enfant au point de vouloir l’aider à devenir un adulte autonome.
Et puisqu’il est question de FAMILLE, je crois qu’il ne faut pas essayer d’en détruire le principe sous prétexte de modernité. Elle doit rester la cellule base de notre société. Mais acceptons de la voir vivre et se modifier. Nous avons déjà accepté les termes de “Famille monoparentale”, “famille recomposée”, pourquoi pas d’autres, mais à condition que l’on reconnaisse la valeur fondamentale de ce noyau de départ de vie pour un enfant. J’ajouterai que je crois quand même que la légèreté dont font preuve certains couples influe malgré tout sur le bonheur de leurs enfants et l’image qu’ils en auront quand ils commenceront leur vie d’adulte.(les enfants qui ne sont pas marqués par un divorce de leurs parents sont rares, ensuite, le temps cicatrise, mais il y a cicatrice !)

Je n’insisterai pas sur l’homophobie qui existe, que l’on découvre dans la douleur quand on est soi-même contesté, qui est un crime et que l’on doit combattre. De là à qualifier tous les manisfestants d’homophobes, n’exagérons pas!
La manisfestation contre le mariage pour tous n’est pas contre les personnes homosexuelles. Qui n’ a pas plus ou moins dans sa propre famille enfants, cousins, neveux, ou voisins homosexuels, aimés, respectés comme tout le monde ! La manifestation était, est et sera dirigée contre un gouvernement sourd, aveugle et muet.

Si M.Hollande est effectivement notre Président à tous et pour tous, il n’a quand même été choisi que par une moitié des français, et encore souvent par refus du précédent, ce qui n’enlève rien à sa légitimité, mais qui devrait le rendre plus attentif. Alors qu’on prend le temps pour une éniemme réforme de l’éducation nationale (une par ministre): on dialogue avec les intéressés, les enseignants, les parents d’élèves, les maires …sachant que le prochain ministre y apportera certainement sa marque à son tour, pour un sujet qui met en cause un pilier de notre société, on passe en force.
C’était dans le projet de M.Hollande ? Mais qui l’a lu dans le détail ?Qui pouvait croire que ce serait la première chose à faire dans la débacle économique où nous vivons ? Que ce soit l’ouverture d’une grande information, que chacun écoute, lise, échange comme vous le faites:voilà le rôle du gouvernement, qui ensuite organise un referendum, et vote ensuite la loi. Avez-vous vu avec quel mépris les parlementaires ont écouté les représentants des religions ?Ils représentaient pourtant des millions de français qui ne sont quand même pas tous des rétrogrades ! C’est tout cela qui fâche et l’obstination du Président à ne rien écouter, les consignes du Ministre de l’Intérieur font que la tension ne va pas baisser. Et c’est cela qui fait que les extrémistes de tout poil s’infiltrent et font dégénérer le mouvement.
Je termine par un petit clin d’oeil: le mot “Athée” s’adapte aux deux sexes puisqu’il prend toujours un “e”. Par contre, il pouvait y avoir doute puisqu’il était suivi de “une catho coincée”; mais il y avait plus loin “je ne suis pas ravi” qui rétablissait la vérité ! Vive la bonne orthographe française !

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Écrit par philou le 16 avril 2013 à 8:06

Je ne suis pas de ceux qui disent “c’était dans son programme” pour cesser de considérer toute question liée à la manière dont la loi sur le mariage pour tous passe.
Mais je ne comprends pas pourquoi il faudrait absolument un référendum. Combien de décisions, combien de lois qui changent autrement le quotidien et la vie de TOUS les français ou qui pourraient changer complètement leur vie sont prises ou votées chaque jour ?
La guerre au Mali, en Afghanistan, c’est exposer les expatriés, c’est s’exposer à des représailles, c’est du budget, c’est… Il y a aussi beaucoup de points en faveur. Là n’est pas la question. Mais nous demande t-on, à nous, français, de décider de cela ?
Toutes les réformes de l’Education Nationale, de l’enseignement supérieur… Quand on parle de l’enseignement et de l’instruction de nos enfants, sujet majeur de mon point de vue, est-ce qu’on fait un référendum pour demander l’avis des français ?
Qu’est-ce qui fait que sur ce sujet là, de l’adoption d’enfants par des couples de même sexe, on doit absolument faire un référendum juste parce que ça dérange des gens ? En quoi est-ce un changement radical de société ? Toute la tension se trouve sur le bien-être de l’enfant. Évidemment, dès lors que celui-ci est mis en cause, le référendum semble justifié. Mais encore faudrait-il avoir des arguments raisonnables pour affirmer un mal-être à venir des enfants élevés (et aimés) exclusivement dans une famille homoparentale. Que nous présentent les anti-mariages ? Des études qui peuvent montrer tout et n’importe quoi. Ils nous présentent des arguments liés à la foi (dur de débattre alors !), agitent le spectre de lois à venir, bref, hors du domaine de la raison ou hors-sujet.

Au fond, ce que j’entends dans les discours extrémistes des représentants de la manif pour tous et consorts, ce sont des adultes qui viennent de se rendre compte que la frustration est malheureusement le lot de notre forme de démocratie ou en l’occurrence de la 5e République, et qui n’arrivent pas à accepter cela. Et quand j’en discute avec d’autres personnes sur d’autres sujets, je me rends compte que le principe de majorité qui décide pour tous n’a décidément pas la faveur des gens, dès lors qu’on touche à ce qui leur tient à cœur (et ce qui tient à cœur variera grandement d’une personne à une autre, évidemment) : prenons par exemple une hypothétique élection de leader du FN menant à des réformes drastiques [ne touchant aux droits fondamentaux de personnes, sinon l'expérience de pensée est biaisée] pour certains, de l’extrême gauche pour d’autres, etc.

Écrit par Ferdiad le 18 avril 2013 à 9:23

Madame,

Votre réflexion centrale s’articule sur la question cruciale suivante:

“Un couple gay peut il élever convenablement un enfant ?” à laquelle vous même répondez : “Oui”

Puis vous ajoutez , en évoquant – je suppose- les difficultés de certains couples hétérosexuels à élever convenablement leurs enfants:

“C’est la merde de toutes façons alors prendre le risque d’en rajouter …ne devrait gêner personne”
ce à quoi bien entendu nous avons compris que vous ne souscrivez pas.

C’est bien sur ce point que les opinions des pro et anti mariage pour tous divergent :

puisqu’aujourd’hui la loi républicaine ne peut à elle seule garantir de façon absolue et implacable le bonheur aux enfants élevés sur son territoire, au coeur de familles parfaitement hétérosexuelles et bien intentionnées , pourquoi interdirait elle à des familles homoparentales la possibilité d’offrir ce bonheur à d’autres enfants ?

Autrement dit, puisqu’il existe des familles hétérosexuelles où malheureusement les enfants grandissent dans des contextes extrêmement difficiles ( violences conjugales, alcoolisme, ruptures brutales où les enfants sont instrumentalisés et j’en passe..)

et que la loi ne peut les protéger ( les enfants vivant de telles difficultés en France sont très rarement retirés à leur famille pour être placés dans d’autres )

alors pour quel motif n’accorderait on pas la possibilité à des couples homosexuels d’élever des enfants ?

Pour caricaturer on pourrait poser la question suivante: puisque certaines familles hétéro ne peuvent fournir à leurs enfants une “note de bonheur” égale à seulement 4/10 ou parfois même à 1/10 pourquoi interdit on à des familles homoparentales de fournir à des enfants la “note de bonheur” 7/10 ???

Si je prends un exemple plus évident qui aujourd’hui pourrait faire sourire, on pouvait à l’époque de la discrimination raciale aux USA- où les noirs n’avaient pas le droit d’emprunter les transports en commun- raisonner de la même façon que vous en disant

“puisque les noirs peuvent être violents et qu’il y a déja des incivilités avec les blancs dans les bus, on ne va pas prendre le risque d’autoriser les noirs à monter dans les transports en commun”

Ceci souligne le noeud de la confusion: ce n’est pas la couleur de peau qui fait que l’on est violent , c’est bien d’autres causes qui rendent les gens, noirs , blancs, jaunes, vieux, jeunes, pauvres, riches, homos, hétéros… violents.

Ce n’est pas parce que l’on est attiré par un sexe plutôt que l’autre que l’on est capable ou incapable de transmettre de l’amour et d’éduquer un enfant avec tous les ingrédients nécessaires à son épanouissement: c’est parqu’on dispose d’une bonne intention à le rendre heureux et des ressources suffisantes : de l’affection à donner, du temps, de l’énergie, de l’attention , de l’écoute, le respect de sa personne, les limites qu’on lui fixe…toutes ces choses que savent donner une majorité de parents.

Par ailleurs, levons tout de suite l’argument consistant à dire que les enfants d’homos seraient plus enclins eux mêmes à devenir homos: si c’était le cas cela signifierait que l’on devient homo par mimétisme de ses parents !!! C’est entièrement faux et absurde puisqu’une très grande majorité d’homosexuels sont issus de couple hétérosexuesl.
Par aileurs interrogez des homosexuels autour de vous et ils vous diront, pour la grande majorité d’entre eux qu’ils n’ont pas choisi d’être homos !!!! On ne choisit pas d’être homo, pas plus qu’on chosit d’être hétérosexuel !!! Posez vous la question: pourquoi tel sexe me laisse indifférente et pas l’autre ??? Est ce que je peux changer cela en moi ???Je suis moi même homosexuel et je le sais depuis mon plus jeune âge : dès 6 ou 7 ans, je comprenais que j’étais différent sans savoir exactement ce que cette différence était; vers l’adolescence j’ai compris que j’étais très nettement attiré par les garçons et que je souhaitais ardemment des histoires d’amour avec eux. Tout autre scénario avec les filles me laissait de marbre .

Si vous voulez approfondir la compréhension des causes de l’homosexualité je vous recommande vivement la lecture du livre “Biologie de l’homosexualité” de J. Balthazart

Les arguments pourraient ainsi continuer longtemps.

Ouf, le texte est enfin voté

Si vous avez des remarques n’hésitez pas.

Merci pour votre attention.

Lolote

Écrit par lolote le 24 avril 2013 à 15:26

Quel débat intéressant, pour une fois! Dommage que je ne le découvre que maintenant. Bon, pour résumer rapidement mes positions: je suis “pro-mariage” et je pense que l’épanouissement d’un enfant n’est corrélé ni au sexe ni à la sexualité de ses parents. Voilà c’est dit. Mais, parce que je deviens avec l’âge extrêmement tolérant, j’accepte, au risque de m’attirer les foudres de certains, la position d’abrico. Après tout s’il pense que sa conception de la famille est meilleure, c’est son droit le plus inaliénable. Soit. Et ce n’est pas à ce niveau que je souhaite réagir, tout a été dit au-dessus. Non, je souhaite simplement poser une question: et après? Qu’est-ce que cette loi va changer, d’un point de vue pratique j’entends, pour les couples gays désireux d’avoir un enfant? Et bien pas grand chose. Mon cher abrico vous pouvez être soulagé.

Pas grand chose car l’adoption restera très compliquée et très longue pour les homos. Oui, “restera”, vous avez bien lu. Ce que vous ne semblez pas saisir c’est que, oui, les homosexuels pouvaient adopter en France jusqu’à présent. Récemment ils ont même pu le faire sans avoir à cacher leur homosexualité. Ce qui est une avancée, avouez-le. Oui mais ils ne pouvaient le faire qu’en tant que célibataire. Voilà la différence. La seule et unique différence que cette loi apporte au sujet de l’adoption est précisément qu’un enfant pourra être adopté par un couple homoparental et non plus par une personne seule, quand bien même il serait, au final, élevé par le couple homoparental. Avouez à ce niveau là qu’il s’agit d’une avancée pour l’enfant, et d’une sécurité supplémentaire en cas de décès de l’un des parents.

Cette loi ne va pas entraîner un raz de marée d’enfants élevés par des familles homoparentales! En fait, il continuera à y en avoir, comme avant! A la différence près que ces familles seront reconnues.

A ceux qui me demandent: “alors, tu vas bientôt avoir un enfant, grâce à la loi?” Je réponds: “non, je n’ai toujours pas d’utérus et comme l’adoption est longue et complexe, la loi ne changera pas grand chose pour moi à ce niveau”. Sans compter que le regard réprobateur jeté sur la gpa effectuée à l’étranger durant le débat qui vient de s’écouler va sans doute complexifier encore cette démarche. Je ne serai pas étonné que les contrôles liés à la gpa à l’étranger soient plus suivis qu’avant. Mais là n’est pas le débat car la gpa n’est pas dans le projet de loi, et n’est pas prête d’y être.

Donc pour finir, rassurez-vous abrico. En fait avec cette loi, tout le monde sera content. Les enfants d’abord, à qui on reconnaîtra le droit d’avoir deux parents plutôt qu’un seul. Vous, les “antis” car, croyez-moi, le nombre d’adoption par les couples homo ne va pas exploser, il se maintiendra et sera encadré par la loi, c’est tout. Et nous, les “pro” à qui on reconnaîtra, enfin, le droit d’aimer un enfant dans une structure familiale reconnue aux yeux de la loi.

Écrit par mirabelle le 1 mai 2013 à 18:09

Réagissez