Vases Communicants et Fumées Evanescentes

tumblr_mg8n8hZH1U1r53ogvo1_500La vie est bizarre parfois – cyclique souvent.

Vous savez, ces moments que l’on vit et que l’on croirait tirés de l’imaginaire d’Oscar Wilde ou de Tim Burton. Ces moments où l’on a l’impression de revivre des scènes de vie que l’on a déjà vécu dans une autre vie, dans un univers parallèle. A l’heure où j’écris ce billet, j’ai l’impression de revivre ce moment dont je garde encore fraîche mémoire où, chez moi, dans ce bon vieux divan, verre de vin à la main et musique soul en fond, j”écrivais ici mon tout premier billet, qui aura été l’amorce à 18 autres textes, tous essayant d’exprimer avec la vision la plus personnelle, mes opinions sur divers sujets. Nous avons ainsi été amenés à parler aussi bien de minorités ethniques homosexuelles que de mariage pour tous, aussi bien de la notion de virilité que du manque de confiance en soi. Étrange sensation que de remonter ainsi le temps.

Je me rappelle de ce premier post, au filigrane d’une présentation sommaire, je vous évoquais de façon très évasive, la motivation sous-jacente qui guidait la création de ce Blog. Oui, j’aime écrire et cet espace de liberté qui m’a été accordé par la “feue” équipe Internet de Têtu, dont je suis reconnaissant et qui fut un réel défouloir où chaque post était le fruit d’une jouissance stylistique. Oui, écrire m’aide à organiser mes idées et à poser sur papier, ou sur clavier, des brides de points de vue, d’analyse ou même de vie. Oui, la confrontation de ces opinions aux vôtres, par le biais de vos commentaires et diverses interactions fut éminemment stimulante et je vous en remercie.

Et au fond je n’ai pas vu le temps passer, les mois devenant des jours, les jours des secondes, les articles des bouts de mots.

Ces mots et l’emploi du passé simple sonnent le glas de l’arrêt de ce Blog? Oui.

Pourquoi? Pour diverses raisons à vrai dire. Tout d’abord, des changements profonds intervenus dans les équipes TETU ont transversalement affecté la visibilité à moyen et long terme de l’avenir des TETUBlogs. L’incertitude n’étant pas bonne conseillère et ne me sentant de moins en moins légitime, je lui concède en partie la paternité de cette décision. Le reste, mon esprit que nous supputerons torturé, l’a fait: peur d’avoir le temps de moins écrire, ou pire, d’écrire moins bien; peur de ne plus trouver de sujets sur lesquels m’épancher sans pourtant vous ennuyer de détails de ma (pieuse) vie personnelle. Difficultés à gérer deux Blogs concomitamment tout en évitant d’en faire des doublons. Je retiens des scénaristes du 7ème art que j’admire, qu’il faut savoir se retirer sur la note la plus positive possible et éviter la fin par dépit. Le portrait de Dorian n’est pas achevé et c’est bien comme cela. Ce qui est bien avec les choses inachevées c’est qu’elles font place au “si?”, “peut-être que”, et tous autres marqueurs d’incertitude et de doutes et je crois que le doute est un moteur.

C’est l’occasion pour moi de vous remercier toutes et tous, anonymes et connus, lecteurs éphémères et fidèles, pour vos messages que je conserve encore. vos témoignages, le temps que vous avez perdu passé ici, tous vos encouragements. les échos que vous m’avez renvoyé. Je suis heureux lorsque je me rends compte de tout ce que ce modeste Blog, ce ridicule petit espace virtuel perdu dans l’immensité d’internet a changé pour moi, toutes ces rencontres, ces chemins qui ne se seraient pas entrecroisés. Je continue ma route, à parcourir le monde qui nous entoure  et à écrire… ailleurs…   car oui, ne soyons pas fatalistes: j’écrirais toujours ici, sur mon Blog originel (www.doriangay.fr), sous une autre forme,dans un cadre plus intimiste et une plume peut être un moins anonyme.

Merci.

Dorian

“Tu fais Gay…”

maquillage-hommeJe scrute avec l’œil le plus aiguisé mon reflet dans la glace, j’observe avec attention chaque détail de ma physionomie, chaque crevasse, chaque rebondi, chaque angle, chaque pli de peau – je baisse les yeux sur les vêtements dont je suis vêtu ce matin, me préparant pour une énième journée monotone et fade de travail sous les auspices d’une météo exécrable, je soupire, me rince les mains, y enduit une crème et sors de la salle de bains.

« Il fait un peu gay le monsieur » avait soufflé, un peu trop fort, une jeune adolescente à sa mère dans le bus, la veille, lorsque je me levais du siège dans lequel j’étais installé pour me diriger vers les portes pivotantes et m’engouffrer vers la sortie.

« Faire gay ? » – Je ne comprenais pas, je ne saisissais pas la quintessence de cette détermination. En 2013, qu’est-ce cela signifie et suppute de « faire gay » ?

Cela fit inéluctablement remonter à la surface de ma mémoire toutes ces allusions très souvent portées sur des minorités de tous azimuts, toutes ces réflexions souillées de stéréotypes qu’on a pour la plupart déjà entendu : « faire viril, faire gouine, faire gay » ; « faire immigré, étranger, intégré ou “Français de souche ” », « faire bobo, faire modeste » et quelques autres perles.

L’apparence a toujours été reine dans la société dans laquelle nous vivons : elle sert à faire des liens (il)logiques, de socle aux préjugés, de justifications aux conclusions hâtives. Dans de nombreuses situations, elle est utilisée pour niveler et permettre de distinguer les minorités de la majorité.

De réflexion en réflexion, de verre de vin en verre de vin et de piste en piste (de la compil de Susan Graham), le sentiment qui se dégagea de mon analyse fut celui d’injustice : on ne choisit pas (toujours) son apparence. De ce principe découlent deux conséquences : on l’accepte et on s’en complait, peu importe le folklore qui y est rattaché ou on décide de nager à contre-courant et de le modifier afin d’échapper à ces renvois, et à cela aucune minorité n’échappe, les phénomènes de blanchiment de peau dans les communautés colorées, de débridement de yeux ou que sais-je encore suffisent à étayer cette affirmation.

Donc pour en revenir à mon questionnement, qu’est-ce donc « faire gay » ? C’est porter un sac au coude pour un garçon ? Porter un baggy et des cheveux courts pour une fille ? C’est faire « folle » ? C’est apprécier porter des couleurs ? Ne porter que des jeans slims ? Avoir des traits fins et féminins ? C’est être, quelque part, perdu, égaré, entre l’image dogmatique de l’homme puissant, poilu et viril et la femme douce, fragile, dépendante et parfumée ?

Lorsqu’on est jeune, jusqu’à un certain âge, on ne se pose généralement pas ces questions : nos parents décident de nos coiffures et de nos styles vestimentaires et on est, au pire, légèrement efféminé chez les garçons ou un tantinet garçon manqué chez les filles. Là où le bât commence à blesser c’est à l’adolescence et ses premières indépendances : on s’affirme, on se façonne un style, une image, un look, un univers et on l’assume … ou pas.

Pour ma part, dès que j’ai obtenu mon indépendance vestimentaire vis-à-vis de mes parents, avec le naturel le plus absolu, j’ai toujours eu un style « non-conventionnel » pour un garçon de l’époque : j’aimais les couleurs, j’appréciais les pantalons valorisants par leur étroitesse, les coiffures un peu osées, les accessoires, etc. Et, au fond, ce style qui en tout point pourrait donc correspondance à la checklist du « parfait dandy homosexuel des années 2000 » ne m’a jamais causé de souci, étant à cette époque dans une période d’excès.

Cependant, avec l’âge adulte viennent des choix impératifs : continuer à se laisser lire comme un livre ouvert ou se conformer à un style cliché plus « intégrant », de bon père de famille ? En d’autres termes, décider pour la suite de sa vie, notamment professionnelle si on veut se noyer dans l’anonymat, le quelconque, ou continuer à cultiver une certaine différence ? Facilité ou challenge ? Si certains homos n’ont jamais eu à se poser ce type de questions, étant naturellement et originellement « non-identifiables » par leurs looks, la plus grande majorité, dont je fais partie, s’est une fois au moins penchée sur cette épineuse préoccupation.

Car épineuse, elle l’est en effet. Ce sont des situations lourdes de conséquences. Les premiers ont le choix : choix de dissocier leur vie privée de l’image qu’ils reflètent, choix de cultiver un certain anonymat, choix de la parfaite intégration. Les seconds n’ont pas ce choix, pas cette facilité, ils sont dépossédés en partie du contrôle de leur image et par corollaire d’une partie de leur vie privée qui se lit sur eux, sans qu’ils l’eurent voulu.  Certains opposeront que reprendre le contrôle de son image est aisé ; certains s’y essaient même : une barbe par ci, quelques biceps par-là, un style faussement négligé mais n’est-ce pas au fond une solution de compromis péremptoire à terme ?

Cette visibilité subie a, je l’accorde, d’indéniables avantages : impossibilité de mentir et de prétendre, nul besoin (ou presque) de réaffirmer à son entourage ou à de nouvelles connaissances que l’on est gay mais aussi facilité déconcertante à se faire aborder dans les lieux publics, les abordants étant certains de vos affinités sexuelles communes.

Mon choix est certes fait aujourd’hui, j’aime tout autant les foulards colorés que les jeans slims, mais alors que j’entame ma vie professionnelle je me rends compte que, malgré dans la relative tolérance de la société dans laquelle nous vivons, tout ne sera pas simple. Ma différence sexuelle se lit sur moi, comme ma différence de colorimétrie de peau, je n’ai pas le luxe du secret, pas le luxe de prétendre être ce que je ne suis pas, honnête malgré moi… et peut être aussi remarqué, discriminé, haï, moqué pour une chose que je n’ai pas pu cacher. Il n’est pas question ici d’acceptation, elle est pleine et entière pour moi et pour une grande partie de ceux qui vivent cet affichage subi, ce coming-out automatique. Nous aimerions juste, de temps à autre, nous fondre dans la masse et ne pas être résumés à une apparence corollaire d’une sexualité ; pouvoir de temps à autre être « X » ; pouvoir de temps en temps fermer le livre de nos vies privées…

Chose à quoi, Sébastien, ami métrosexuel et amoureux d’une bonne amie, a répondu : « tu augmentes l’entropie de l’univers sans raison, est ce que tu veux passer chez moi boire un thé avant mon rendez-vous chez la pédicure ? ». Et puis merde, s’ils s’y mettent aussi eux…

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Mariage Pour Tous: Le Jour d’après – Et maintenant?

tumblr_mgs3msymzd1qjipi2o1_500Quand j’étais gamin j’adorais les films Disney. J’aimais ces histoires tantôt féeriques, tantôt contemporaines, mais toujours teintées d’optimisme, de merveilles pixélisées et de chansonnettes niaiseuses sur fond d’amour impossible. Ces histoires où, bien souvent, une méchante bonne dame à la voix criarde, veut en découdre avec une gentille-belle-blonde-princesse-un-peu-naive-et-qui-parle-aux-animaux.

Ces histoires qui finissent toujours bien, où l’on retrouve toujours celles qui perdent leurs pantoufles de verre après une soirée trop arrosée, où les petits garçons de bois un peu menteurs deviennent de vrais garçons de chair, où ceux qui croquent dans des pommes empoisonnées s’en sortent toujours in extremis grâce au baiser salvateur d’un éphèbe blond (qui, comme par hasard, est toujours jeune, célibataire, vivant dans un 300m2 édifié dans les nuages avec vue sur le Taj Mahal, et accessoirement pété de thunes). Bref ces contes télévisuels où les choses rentrent toujours en ordre, où l’intransigeance du karma n’oublie personne ; des Happy Ends en VHS quoi.

Gays, pendant toute notre jeunesse, notre construction sur le chemin d’acceptation de notre sexualité, un doute a souvent pesé, celui de la peur de l’avenir, que nous avons presque tous, à un moment ou un à autre, imaginé âpre, incertain ou bâti sur des clichés encore vivaces.

Stéréotypes d’avenir donc, avenir de stéréotypes : éternel célibat des homosexuels, prédestination pour des métiers artistiques et culturels, vie sociale trépidante, revenus supérieurs à la moyenne, succession d’aventures d’un soir, d’une heure, (et même de quelques minutes pour les plus expéditifs), PACS pour les plus vernis, solitude bien souvent… et la liste est loin d’être exhaustive mais bien excluante en ce que des mots comme Amour, Relation durable, Stabilité n y trouvent généralement pas leur place… Alors « Mariage »… « Enfants »… « Famille »… encore moins, vous vous imaginez bien. « Absurde » nous auraient rétorqué nos propres pairs, il y’a encore quelques décennies.

Si jeunes donc parfois et déjà promis à une vie standardisée. Une vie presque sans surprises, sans coups de théâtre – une vie, pour les plus rebelles d’entre nous, souvent marquée du goût amer de la frustration de l’inégalité, de la frustration du « non-choix » : non choix quant à la volonté de fonder légalement et pleinement une Famille, non choix quant à la volonté d’officialiser aux yeux de la loi un beau sentiment, non choix quant à la couleur des cartons d’invitation et du parfum de la pièce montée. Amputés du droit au choix, du droit à l’alternative, du droit à l’auto-détermination. Comme tout, on s’y fait, on digère, on assimile.

Votre mère se fait à l’idée que vous aurez peut être quelqu’un dans votre vie, qui sera « un concubin » au mieux. Votre grand-mère se fait à l’idée qu’elle n’aura pas de petit Thomas à babysitter et à couver de tendresse pendant les vacances scolaires. Votre père se fait à l’idée qu’il n’ira pas chercher Antonin le mercredi soir à la sortie des classes pour l’hebdomadaire balade au parc qui se finit pas une glace à la pistache. Votre patron se fait à l’idée que vous ne prendrez jamais de congés maternité/paternité, ni pour vos noces. Tout le monde s’y fait.

Après les remous d’une adolescence tumultueuse et rebelle et les premiers émois de jeune adulte, je ne me voyais pas échapper à ces carcans : en couple si j’ai un peu de chance – un PACS si j’en ai beaucoup – une vieillesse heureuse main fripée dans main fripée, déambulateur dans déambulateur, si j’en ai énormément. Point question de mariage donc, d’enfants encore moins. Pourquoi ? Parce que c’était comme ça et que je ne fais pas partie de ces braves-là qui vont outre le cadre législatif pour s’octroyer, en fait, ces droits. Mon père vous dira que je n’ai jamais su faire la part des choses : tout ou rien, rien à moitié, pas de verre à demi plein, pas de jambon sans couenne, pas de café sans sucre, pas de demie –victoire.

Cela se faisait ailleurs me direz-vous, dans des pays précurseurs, où j’aurais pu faire sauter ces verrous et me redonner ce choix dont j’ai été amputé ; mais je vous répondrais que c’est comme me sous-tendre que l’herbe est plus verte ailleurs – elle peut en effet l’être… mais souvent on préfère lorsqu’elle l’est juste en dessous de nos pieds nus.

23 avril 2013, nous disons enfin oui à cette loi, oui, cette loi qui aura vu, tout au long de ces mois, des vertes et des pas mûres, des cheveux décolorés et des crucifix, des visages tuméfiés et des accoutrements roses, des évanouissements sur les Champs et des ballerines dans des Assemblées Nationales. Elle aura essuyé les affres de la bêtise humaine dans sa quintessence et celles de la manifestation la plus sournoise de la haine la plus latente. Mais elle est là cette loi, elle est là, belle, fière, forte – elle effacera lentement les meuglements « Pas de mariage pour les pédés » par d’émouvants « Oui, oui, François, moi, ton homme, je te dis oui » et rien que pour cela ça en valait la peine.

Nous sommes donc lundi, la veille du vote. La loi, sereine dort une dernière fois sur les Tribunes froides de l’Assemblée Nationale et je suis ému et déstabilisé, presque euphorique. J’écoute Dire Straits, c’est vous dire…  Pourquoi ? Parce que maintenant, j’ai le choix et ça change tout… cela change mon regard sur toutes ces 21 années où je ne l’avais pas ; cela change mon regard sur l’avenir, sur les marches de mon Hôtel de Ville, sur les Powerpoints pourris, sur tout. Les digues cèdent, les verrous sautent, les portes s’ouvrent et elles mènent à tous les chemins imaginables. Le sentiment de se sentir s’approprier cet aspect de nos vies est enivrant et libérateur. Libre, Libres – amputés réhabilités – Hommes entiers – Citoyens pleins.

Je pourrais mourir aux côtés de mon chat, célibataire endurci et refroidi par les turbulences d’une piètre vie sentimentale. Je pourrais répondre « non » à un garçon, genou à terre, bras tendu (séquence niaiseuse – bis) ou au contraire décider d’infliger à nos amis l’intégrale de Boney M et d’Aqua entre deux photos de mariage. Je pourrais divorcer à Las Vegas, après 3 jours et 11 heures de mariage comme Paris Hilton parce que « c’est cool » comme je pourrais porter un bel anneau argenté à l’annulaire pendant quelques bonnes années. le plus important, dans ces hypothèses quelque peu ubuesques est le choix, ce choix que je pourrais exercer et qui nous prouve qu’Egalité peut tenir en cinq lettres. Vous pouvez CHOISIR.

C’est peut-être pour cela que j’aime moins les films Disney : Happy Ends inévitables. Amour, Gloire et Beauté, version pré pubères, où tout est prédictible et linéaire et où les Princesses finissent toujours dans les bras imberbes de leurs Princes, sans choix, sans coup de théâtre, presque condamnées, et parce qu’au fond c’est beau, c’est joli, ça scintille, ça pétille… mais c’est triste.

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A ma commentatrice Abricot (Cf Commentaire à mon Post Précédent “Sale Pédé”)

2012-02-01-FamilyPortrait_2Merci pour ce message (voir commentaires billet précédent), ces commentaires que j’accueille toujours avec plaisir, avec un plaisir encore moins contenu lorsqu’ils ne convergent pas vers mes opinions, ma façon de voir les choses: c’est le débat. J’aime donc le débat et c’est pour cette raison que j’estime que droit à réponse s’impose ici. Par souci d’ergonomie, de clarté et de logique, permettez-moi chère commentatrice de reprendre par ordre chronologique les points que vous avez soulevés successivement.

Naif pendant ces 21 belles années de ma vie, oui l’ai surement été – cela est indiscutable, cependant je crains que nous ne parlons pas de la même polarité de la naïveté, nos visions sont presque antinomiques: vous voyez en ma naïveté presque candide le fait qu’aujourd’hui “je verrais de l’homophobie partout”, partagé entre paranoïa et  “victimologie adolescente”, alors que moi, moi, je l’analyse plutôt comme le fait de ne pas en avoir essuyé les affres plus tôt. Il est vrai que si j’avais été harcelé par les “coupains” du quartier, me faisant traiter joyeusement d’enculé et de tapette et me faisant passer à tabac à 17 ans parce que j’avais eu la présomptueuse idée de caresser la joue de mon compagnon dans la rue, oui je ne tiendrais pas ce discours, ou du moins je l’aurais tenu depuis longtemps, quelques dents en moins et une belle dépression plus tard aussi. Dommage donc pour moi, dommage pour l’histoire, je suis né et j’ai grandi dans  mon “eden” Parisien, entouré de famille, amis, camarades aimants – protégé, je suis toujours passé au travers des mailles du filet de l’homophobie frontale – après donc, si cette “non-homophobie teintée d’élitisme” comme vous dites si éloquemment vous exècre je crois bien, chère commentatrice que le problème est ailleurs.

“catho coincée” vous dites ne pas être,  intra-muros vous ne vivez pas, religieuse vous n’êtes pas non plus, bouseuse réactionnaire homophobe à première vue vous ne semblez pas être…  outre le fait que je trouve cette catégorisation bipartite superficielle, inobjective et indue (je suis justement le premier à affirmer que l’homophobie n’a pas de physique… et pas forcément de batte de baseball pour vous défigurer, permettez-moi la pointe d’humour) homophobie n’est pas non plus corollaire de violences physiques ou verbales. Elle peut être latente, silencieuse, mimée. Ma chère Boutin la définit comme “toute personne qui ose exprimer quelque forme de désaccord face aux  mensonges du lobby homosexuel”. Le Petit Robert (que nous supposerons plus neutre) nous enseigne ainsi que “L’homophobie est l’hostilité, explicite ou implicite, envers des individus dont les préférences amoureuses ou sexuelles concernent des individus de même sexe”. J’insisterais donc sur “l’implicité” de la chose et vous renvoie à cette planche d’une autre bloggeuse qui sera instructive sur le sujet (http://gami.yagg.com/page/3/). Encore heureux donc du fait que vous affirmiez être contre toute force de violence homophobe (je crois que Civitas et le GUD devraient prendre conseils auprès de votre sage intelligence), mais que faites-vous de toute cette homophobie non exprimée par des coups de poings, celle-là même qui est prépondérante et qui vicie plus que jamais l’air Français depuis plusieurs mois?

Par ailleurs vous vous avouez sceptique par rapport au caractère homophobe des agressions qui ont eu lieu cette semaine? Oui, oui je comprends que cela puisse être une énième manœuvre de manipulation du méchant lobby gay. Je comprends aussi que lorsqu’on est noir et qu’on se fait rouer de coups par un groupe de jeunes crânes rasés vous berçant de belles insultes négrophobes tout au long, l’aient fait parce qu’ils n’aimaient pas votre coupe de cheveux. Je comprends qu’un Juif qui se agresser et traiter de ‘’sale feuj” l’ait été parce que le parfum qu’il portait ne plaisait pas. Je comprends donc tout à fait que les deux agressions qui ont eu lieu cette semaine alors que les deux couples se tenaient bras dessus bras dessous, et qui se sont fait tabassés par des individus vociférant des “sales pédés” et sans rien leur voler en finalité, l’aient fait parce qu’ils n’aimaient pas leur style vestimentaire. Oui, oui chère commentatrice je comprends tout à fait. Ce n’est pas de l’homophobie, c’est de la mode, c’est la fashion police. Les goûts, les vêtements et les couleurs vous savez….

Revenons à nos moutons, à nos enfants, à nos petites futures têtes blondes (ou crépues me concernant) plutôt, vu que l’adoption semble être le nerf de votre commentaire.

Vous expliquez votre position anti-mariage en y avançant la connexité avec l’adoption qui “en découlerait de suite”, estimant que le mariage est “juste une couverture, un voile à peine opaque”. Vu que vous ne contestez pas au fond la revendication du droit au mariage, je ne m’y attarde pas et préfère aborder la question de l’adoption.

Avant toute chose permettez-moi de vous rappeler que les homos ne vous demandent pas le droit, ni l’autorisation – les familles homoparentales – je répète “FAMILLES” homoparentales sont un fait – 40.000 enfants, souvent adoptés, vivent avec deux parents de même sexe. Faisons un petit calcul mathématique donc: ces 40.000 enfants ont deux parents, certes parents parfois de fait, mais parents quand même – il y’aurait donc 80.000 parents homos en France (et je ne compte même pas ceux qui élèvent des enfants à 3 ou 4). Je ne compte même pas ces grands parents, ces tantes, ces oncles, ces neveux, ces parrains et marraines qui participent à l’éducation de ces enfants. Il ne s’agit donc pas là d’un caprice, ou d’une revendication isolée et fantasque d’un illuminé portant la cause homosexuelle mais de la nécessaire formalisation et “normativation” d’un fait sociétal indéniable qui tient en une question “reconnait-on à ces familles, à CES FAMILLES, les mêmes droits que les autres?”

Vous vous dites anti pour “ne pas pour priver ces couples du bonheur d’avoir des enfants, mais pour offrir à ces enfants celui d’avoir un père et une mère, schéma évidemment préférable, toute chose égale par ailleurs, pour sa construction et son équilibre”. Cette affirmation péremptoire est totalement dogmatique. J’estime qu’assez de spécialistes, psychologues, psychanalystes et acteurs sociaux se sont déjà assez épanchés sur la question et ont affirmé en majorité que ce schéma biologique normatif n’est en aucun cas synonyme de “construction et d’équilibre”. Argument donc irrecevable en ce qui me concerne, et je crois que tous ces 40.000 enfants qui vivent sous les câlins de deux parents de même sexe et qui ne finissent (dieu merci) pas tous dépressifs, ni suicidaires, ni drogués ou cas sociaux seront du même avis que moi. En avez-vous déjà rencontré? Avez-vous déjà eu l’opportunité d’échanger avec leurs parents sur l’éducation de leurs enfants? Vous vous battez contre des licornes ? Contre un remake de « Albin et Renato adoptent Shi Hun Zun et Makumba ». Permettez-moi d’en doutez et de croire que vous faites partie de ces gens qui combattent contre un “ennemi” fantomatique et fantasmagorique qu’ils ne connaissent même point.

Enfin, venons à votre dernier argument, qui est, permettez-moi de contenir ma surprise : la crainte que le processus de l’adoption ne devienne concurrentiel et s’étrique avec l’arrivée de ces nouveaux adoptants que seront les couples homosexuels. “Il n’y a pas assez de pain pour toute la foule mon Seigneur” lisait-on dans la Bible. Il est certain que je m’attend pas à un miracle divin sur le nombre des enfants à adopter mais je crois encore à l’efficacité et à l’objectivité de nos services d’adoption, qui sont ceux-là qui délivreront le sésame aussi aux aspirants adoptants aussi bien homos qu’hétéros, et cela, j’ai l’optimisme de le penser, selon des critères pertinents et qui ne seront plus le fait de savoir si les deux parents ont tous les deux une paire de seins ou tous les deux un pénis, bref sans critère de sexualité.

C’est ce droit-là, cette égalité de traitement là qu’aujourd’hui nous revendiquons. Il ne s’agit pas de supputer que tous les gays, dès promulgation de la loi ouvrant droit à adoption vont se sentir monter des désirs de paternité/maternité (comme vous l’avez déjà dit, sur le plan juridique cela est déjà possible à l’international et je ne crois pas que l’on ait assisté à une quelconque vendetta), mais de se reconnaître au moins éligible à ce droit, de savoir ce désir concrétisable. Et s’il y’a de moins à moins d’enfant à adopter, soit, c’est un fait, et bien j’ose croire que ces mêmes Services de l’Adoption feront, comme ils ont toujours su le faire leur travail en gardant en filigrane cet impératif qu’est l’intérêt de l’enfant – que ces Services puissent considérer ensuite qu’un couple homo soit dans une situation X, à un moment Y, dans un lieu Z, considéré comme potentiel meilleur adoptant qu’un couple hétéro est au fond, ne nous le cachons pas chère commentatrice ce qui vous gêne. C’est bien vous qui avancez l’intérêt de l’enfant non? Il me semble après cette courte analyse qu’il s’agit en réalité plutôt de sauvegarde des intérêts potentiellement lésés des aspirants adoptants hétéros.

Alors pourquoi dans telle situation, faites-vous du reverse-argumentation? Connaissez-vous la légende de l’Ourobouros? Le Serpent qui se mord la queue? A la fin il s’avale. A défaut d’être à quia, clamez vos opinions cachées : “un couple homosexuel pourrait potentiellement faire de l’ombre aux déjà nombreux aspirants couples hétérosexuels – intérêt de l’enfant ou pas – objectivité des Services de l’Adoption ou pas”. Ne reviendrais t-on pas à un présupposé teinté d’homophobie “couple homo inférieur à couple hétéro”. Excusez-moi, je me méprends encore… je vois de l’homophobie partout – ça en devient compulsif.

Permettez-moi donc d’user de mon droit de réponse en concluant sur Hollande, notre Président, NOTRE cher Président, non pas le Président des pédés ou des pauvres, pas le Président des Maliens ou des Libyens, non, NOTRE cher Président à tous, à vous encore chère commentatrice pour les 4 ans à venir, élu au suffrage universel le 15 mai 2012; suffrage exprimé en connaissance de son programme, programme qui contenait déjà ce projet de loi. Cela fait donc déjà 11 mois, j’estime pour ma part, que le peuple s’est déjà exprimé sur la question en lui accordant son crédit, cela fait déjà plusieurs semaines que ce crédit a été renouvelé à l’Assemblée Nationale, et voilà que ce crédit est en train d’être renouvelé au Sénat – pourquoi me parlez-vous alors de référendum?

Que ce soit par voie directe et intuitu personae (élections présidentielles) ou par voie de représentation législative (Assemblée Nationale et Sénat) le peuple s’est exprimé. Il l’a juste fait dans le sens qui n’est pas le vôtre, contre cette vision dogmatique et poussiéreuse de la famille que vous entretenez- en mépris de toute réalité sociétale; vision teintée d’un conservatisme irraisonné et appuyé de prétextes faisant peser la crainte d’une imminente anomie. La famille… la famille… concept bien mouvant ma Margueritte. Même le Larousse qui en 1988 nous la définissait comme étant un “Ensemble formé par le père, la mère et les enfants”, nous le définit aujourd’hui comme un “Ensemble des personnes unies par un lien de parenté ou d’alliance”. La famille ce n’est plus cet ensemble rigide et idyllique que vous vous imaginez encore – bienvenue à l’ère des familles plurielles, le prince charmant n’existe pas, l’homophobie existe et le coca cola zéro est dégueulasse.

Vous êtes au fond bien curieuse chère commentatrice mais à la fois bien triguade: que les homos fassent ce qu’ils veulent, qu’ils se marient même – qu’ils occupent une zone géographique dans le 4 ème arrondissement si ça leur chante du moment, du moment… que moi hétérosexuelle bienpensante et ancrée de les valeurs de “ma” France contemporaine, mes intérêts ne sont pas affectés par leurs désirs, déjà que “j’ai” du mal à adopter et qu’un pauvre enfant qui n’a rien demandé à qui que soit souffre d’un choix qu’il n’a pas fait. Vous auriez pu vous épargner la longueur du texte et résumer vos positions de manière aussi synthétique.

Vous avez cependant une belle prose, j’aime la prose, la vôtre est belle et comment ne pas amorcer mon mot de fin en analogie au vôtre. “Hollande va finir par radicaliser l’action des anti que l’on montrera du doigt et traitera de fascistes  ” dites-vous? J’en plussoie. C’est comme dire à une fille violée qu’elle aurait dû mettre un jean moins moulant et une culotte moins courte.

“Mais à bien y regarder, qui est fasciste?” me demandez-vous? Vous estimez que ce ne sont pas, permettez-moi de citer cette belle, que dis-je, cette merveille phrase “Ceux qui demandent pacifiquement que le peuple se prononce sur une modification profonde de l’un des fondements de notre conception sociétale? Ou ceux qui méprisent, stigmatisent et répriment cet élan citoyen et imposent leur façon de voir, gazant des familles tentant d’échapper à l’étouffement d’un espace insuffisant qu’un ministre de l’intérieur leur imposait tant il voulait minimiser l’impact médiatique du mouvement”.

Je crois en effet qu’Esther, Wilfried, Tiphaine, et tous ces autres prénoms anonymes et qui s’empilent sur le bureau de SOS Homophobie peuvent témoigner avec la plus grande ferveur de la pacificité de votre mouvement – mais bon quel candide impotent je fais, ça ne vaudra jamais les pauvres petits yeux larmoyants de Jean-Eudes et de Marie-Christine, 6 et 8 ans, gazés, pas parce que le Ministre de l’Intérieur a fait son travail, mais plutôt parce que des inconscients et des parents irresponsables ont décidé de braver une interdiction à deux fois réaffirmée et d’y emmener leurs enfants pour grossir cet “élan citoyen”, bel élan qui sondage après sondage, manif après manif, tract après tract, ne représente toujours que 42% de la population Française.

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p.s. “Oui, mais le légaliser généralisera cette déviance dont personne ne veut.” —-> Je vous assure, non, non cela n’est point homophobe – les corrections automatiques ne sont plus de nos jours ce qu’elles étaient, c’est bien connu.

Sale Pédé

TOUT COMMENÇA AVEC LE JOURNAL D’ANNE FRANK

homophobie-1sur8Avec Eole nous sortons beaucoup – C’était donc un samedi pluvieux, il y’a quelques semaines – nous avions décidé d’occuper notre après-midi au Théâtre Rive Gauche où se jouait la pièce d’Eric Emmanuel Schmitt – Anne Frank, avec le monstre des planches, Francis Huster. La pièce était sympathique mais Eole était bouleversé, il avait passé sa matinée au cinéma où il avait assisté à la projection du documentaire de Sébastien Lifshitz, les Invisibles et m’en a parlé au café où nous nous rendîmes à la fin de la pièce.

De mot en mot, de soupirs en soupirs, de thé en thé, la conversation dévia vers ce sujet de société bien actuel : le Mariage Pour Tous.

Comme je l’avais déjà exposé dans un précédent billet, je me suis toujours tenu à l’écart du débat, évitant d’exposer mes convictions politiques, convictions tout court par rapport à ce droit que j’estimais déjà acquis. Il ne s’agissait pour moi que d’une question de temps, préférant donc adopter une attitude de totale équanimité en attendant et m’amuser des élucubrations et agissements risibles des Anti-Mariage.

Avec le relatif recul, je ne sais pas s’il s’agit d’un reflex de protection ou d’une réelle naïveté. Un peu des deux surement.

DORIAN AU PAYS DES MERVEILLES

Mon monde a toujours été une bulle, une bulle de douceur, de réconfort et de chaleur. Je n’ai presque pas eu à faire de coming out, mon homosexualité se lisant depuis tout jeune sur mon visage, mes choix vestimentaires et mes jouets de fille. Je n’ai jamais eu à me battre ou à souffrir de l’acceptation de ma sexualité par mes proches. Je n’ai jamais eu à prétendre vivre une vie qui n’était pas la mienne.

Je me souviens de ces brunchs familiaux le dimanche où tout naturellement, déjà à 10 ans je parlais à mes proches de ces garçons que je trouvais beaux à l’école. Je ne me souviens pas d’avoir été l’objet de remarques homophobes ou d’un sentiment de rejet, que cela ait été en société ou dans mes études. Jamais. Jamais.

L’homophobie était donc presque chimérique. On pense tout naturellement que l’on vit dans une société civilisée, contemporaine, moderne et décomplexée et l’on renvoie toute homophobie à des temps révolus au mieux, ou à ces gens qui vivent de l’autre côté du périphérique Parisien au pire.

Je ne connaissais pas. Les seules piqûres de rappel étaient télévisuelles par le biais de reportages divers traitant de la problématique. De l’homophobie LCD. De l’homophobie sur papier ou sur écran d’Ipad.

Ce n’est que la semaine précédente, à 21 ans, 4 mois et 11 jours que je vais essuyer mon premier « sale pédé », en plein Paris, à quelques pas du Marais, vers l’Hôtel de Ville, alors que j’attendais Thomas, en retard pour aller diner dans un restaurant pas loin.

Ce n’est que récemment, alors qu’Hugues me rendait visite pour l’apéritif en s’amusant à décoller les affiches de la Manif Pour Tous sur le chemin et se voyant pris à parti et agressé par deux femmes des beaux quartiers endimanchées l’ayant vu faire, que j’ai réalisé que cette homophobie avait un visage et qu’elle pouvait porter des carrés Hermès et des chignons.

Ce n’est que cette semaine, après ces affiches du GUD incitant expressément à la violence, les deux agressions homophobes qui animent nos réseaux sociaux depuis quelques jours, l’illumination de Chantal Jouanno, l’explosion des standards d’SOS Homophobie,  le vandalisme contre la voiture de la sénatrice Esther Benbassa et l’espace des Blancs Manteaux où se tenait le Printemps des associations LGBT mais aussi les obstacles aux interventions d’Erwann Binet, que j’ai peur, réellement peur.

Ce n’est que cette semaine, me rendant à la Gare près de chez moi et en y rencontrant ces mêmes gens qui vous livrent votre courrier, qui vous vendent votre baguette de pain le matin, qui vous sourient d’habitude chez le traiteur italien pas loin, qui sonnent à votre porte à Halloween pour vous quémander des bonbons, qui vous envoient des cartes de vœux au nouvel an et qui se préparent, bariolés de bleu et de rose à se rendre à une manifestation contre un droit auquel vous prétendez, contre votre sexualité, contre vous en fin de compte, que l’on se rend compte que les masques tombent et que les langues se délient.

BOITE DE PANDORE ET MORPHOLOGIES

La boîte de pandore est ouverte. Ma bulle aseptisée et javelisée a éclaté. L’homophobie n’a pas un visage, elle en a plusieurs et c’est ce qui l’a rend aujourd’hui encore plus perverse. Elle a des rides parfois, un visage rebondi et poupin souvent. Elle s’habille tantôt en tailleur-smoking ou skets et casquette quand ça l’amuse. Elle peut gagner très bien sa vie et faire partie de l’intelligentsia tout comme elle peut vivre d’allocations et ne pas avoir fini ses études. Elle peut vivre dans les contrées les plus perdues de France tout comme elle peut occuper un appartement en plein Marais. Elle est métamorphe, transversale, pluriforme.

Cette homophobie est institutionnalisée, organisée, financée, médiatisée. Elle se cache derrière des couleurs pastels rose et bleu et des visages souriants d’enfants qui manifestent. Cette homophobie a une représentante officielle à qui le blond ne va pas du tout. Cette représentante qui porte très bien son quolibet, qui avant m’amusait et me révulse aujourd’hui. Illuminée crasseuse, narcissique, mondaine des bas-fonds et opportuniste de la première heure qui ne voit en cette situation qu’une occasion de se mettre sur le devant des projecteurs et d’une pseudo scène politique et de vendre des livres car les apéros au Ritz commençaient à l’ennuyer à l’amorce de sa ménopause. Celle-là même qui ne mesure pas la portée de ses actes, et dont le nom sera pour toujours marqué du sceau peu flatteur de l’obscurantisme, du remugle et de la décomplexification de l’homophobie.  Au fond, j’espère qu’elle profite de ce moment de gloire, et j’espère vraiment que cette bonne dame a réellement la bêtise qu’on lui reconnait, car c’est le meilleur voile pour apaiser sa conscience et faire des nuits complètes.

J’en veux aussi aux responsables politiques – ceux là – tantôt molletons ou silencieux devant ces appels clairs à la violence – et qui font stagner le débat, resté bien trop longtemps au premier plan des préoccupations politiques. Rappelons que, tout comme le racisme, l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit. Juriste et Gay, je ne peux qu’être choqué à double titre devant tant de placidité, tant de haine cautionnée.

J’en tire cependant quelque chose d’éminemment positif : le travail de l’histoire et du temps qui passe – ce travail impitoyable, inexorable et intransigeant qui saura, comme il l’a toujours fait, faire la part des choses, et à ce jeu-là, l’opportunisme et la haine ne paient jamais.

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Nos Petites Vies Virtuelles – Rehab, I Said No No No

tumblr_mi20ttWbUk1qmgwxto1_500C’est un monde comme le vôtre, mais pas tant que ça.

Un monde de gens ordinaires, comme vous, pleins de frustrations, de chewing-gums collés sous les bancs des parcs et de nids-de-poule dans les rues. Un monde de larmes et de rires, de smoothies à la fraise et de gin-tonic, un monde d’argent et d’argent.

Un monde de gars et de filles, de filles et de gars, de filles qui aiment des filles et des garçons qui aiment des garçons et de tout ce qu’il y’a entre les deux. Un monde d’images et de sons. Je vous jure que c’est un monde qui ressemble beaucoup au vôtre. Sauf que.

Sauf que, dans ce monde-là, les raisons ont tous des pépins, le papier toilettes est toujours au bout du rouleau et les cravates sont toutes à pois. Dans ce monde-là, le temps s’arrête de temps en temps, histoire de laisser le monde respirer, histoire de calmer la vie qui trépigne un peu trop.

Dans ce monde-là, il y a moi. Minet ordinaire, pas grand-pas petit, pas trop con, pas trop mal fait mais sympathique. Moi qui me demande du fond de mon appartement ce qu’il peut bien avoir de si tripant à l’extérieur.

Moi, à qui Internet, mon Mac Book, Grindr et ma Nespresso suffisent.

Le problème avec toutes ces choses c’est qu’elles peuvent devenir vos amis. Et quand elles deviennent vos amis, forcément, vous leur faites confiance.  Ce qui signifie que quand Internet vous dit qu’une belle fille c’est une fille de publicité pour Gemey Maybelline ou qui se déhanche en franglisant un « J’adore Dior », et qu’un beau garçon c’est celui qui répond « What Else ? » dans une réclame pour du café, et bien vous le croyez.  Et plouf, vous voilà plongé dans le triste ravin de l’illusion d’optique. De l’illusion tout court. Et quand, dans ce ravin là, vous croisez quelqu’un de vrai, ce quelqu’un est ordinaire. Trop ordinaire. Ryan Gosling dans The Place Beyond The Pines, les Ephèbes dans Dante’s Cove, Les sculptures qui font la frontpage de TETU ou de Vogue Hommes Intl. Tout ce qui est dessiné et qui a de belles boules (vous avez le choix de l’interprétation à ce niveau) et qui se dandinent devant vos yeux LCD ou Plasma. La nouvelle réalité. La vôtre. Celle qui rend l’ancienne plate à mourir.

C’est dur l’amitié. C’est dur l’amour.

Aujourd’hui c’est samedi, et je devrais aller au supermarché, ou du moins commander sur internet et me faire livrer. Mais il fait froid, et je suis paralysé. Paralysé non physiologiquement mais psychologiquement. Alors fuck le supermarché, ce sera smoothie et derniers macarons Hermé qui trainaient.

Il est 13 heures, c’est l’heure de se lever, puis marche de la chambre au bureau adjacent. Quoi de mieux que l’exercice pour se maintenir en forme ? Je suis un gars ordinaire avec mes rêves et ma collection de foulards et de chaussures, avec mes joies et mes surprises. A mon arrivée dans la pièce qui me sert de bureau, le Mac s’illumine de joie, le smartphone aussi – salutations et témoignages d’affection. Mes amis et moi sommes en route pour une autre journée pleine d’inaction – de tchats virtuels, de visages pixelisés. Nous sommes en 2013, personne ne drague plus ou ne se fait plus draguer dans ce qu’il reste de la « vraie » vie. Nous faisons tous online, agrippés à nos smartphones ou avachis devant nos écrans d’ordinateur. Ceux qui daignent encore mettre les pieds dans de vrais lieux physiques dédiés, et draguer à la « old school » s’aperçoivent généralement assez vite que ceux qui les entourent sont bel et bien physiquement présents mais tous éblouis par le rétroéclairage de leur smartphone où tourne en fond Grindr. Bref.

-         Page temporairement indisponible – veuillez vérifier votre connexion internet. Pire mon ordinateur bugge et ne répond plus à mes cliquetis sur le clavier. Drame intersidéral.

J’attends une minute, deux, cinq, cent vingt. Toujours rien. J’ai mal aux pouces à force de me les tourner, mal aux yeux, à l’égo, au cœur, au sexe et au cerveau de ne rien avoir à les offrir à manger.  J’ai besoin de voir des pseudos, des images de torses nus décapités, d’images en rafale, de conversations niaiseuses ou stéréotypées. J’appelle mon meilleur ami, Ingénieur Informatique. Il ne peut pas venir aujourd’hui mais il me donne le contact d’un de ses proches amis, que je ne connaissais que de prénom, réputé habiter près de chez moi et qui pourrait m’aider après ses recommandations.

Ça sonne.

-          Euh, salut, c’est Dorian, pas « Dori-anne », j’anticipe. l’ami à Hugues, je t’…

-          Oui, oui je sais, il m’a prévenu. Tu ne me déranges pas.

-          Je n’ai pas posé la question…

-          J’anticipe aussi ! Problèmes avec ta connexion internet donc ?

-          Oui, mes voisins n’ont pas de souci, je pense donc que cela vient de ma box. En plus mon Mac bugge, il ne répond plus. Tu me sauverais si tu pouvais intervenir. Je créerais une religion animiste et je t’érigerais en dieu que je louerais chaque matin.

-          Ha ha ha. Bien trop d’honneur. Je pourrais voir ce que je peux faire pour le bug mais pour la box et ta connexion, je crains que tu aies à appeler ton assistance technique. Tu habites où ?

-          Boulevard Lannes. Pas loin de …

-          Ah oui, je vois, c’est faisable en 6 minutes à pied

-          Parfait. Et tu pourrais venir quand ?

-          Là, le temps de sortir mon chien

Il sonne à la porte, j’accoure vers mon sauveur, Il est beau, fin et tout gêné, quelques clics et miracle : plus de bug, j’appelle l’assistance technique pour la connexion internet, ils disent que la connexion est mise à mal par un défaut technique généralisée et que cela sera rétabli d’ici demain, je suis content même si j’ai mon ordinateur sans la connexion, nous prenons le thé. Ça fait bizarre de rencontrer des gens dans la vraie vie et de façon aussi originale. Il m’invite à prendre l’apéro chez lui le soir même « pour éviter de me morfondre chez moi tout seul et de sauver un jeune homme du suicide ». Je ris, j’accepte.

Il est 20h01 et dans deux minutes je vais cogner à sa porte. Je me suis préparé pendant une heure, ça fait longtemps que je n’ai pas eu de date aussi naturel, vrai et spontané, je ne sais plus comment cela est sensé se passer mais je rappelle qu’il faut que je sois beau. Alors je me suis préparé tout bien, tout longtemps et je ne me trouve pas mal ; en tout cas je sens bon.

Il est 20h02 et je me demande si j’ai mauvaise haleine. Je fouille dans les poches de mon trench, je trouve un fond de boite de Tic-Tac surement périmés depuis le temps, mais bon cela fera l’affaire.

Il est 20h03 et je cogne à sa porte. Je sonne, il n’a pas répondu au cognement. La porte s’ouvre et c’est lui : il est tout beau, tout souriant, tout sent-bon.

On a bu du porto et on n’a parlé des émissions que nous regardions, d’Almodovar, de Nabila, des Pubs Dolce & Gabanna, du Franprix d’à côté. Quand je suis rentré chez moi, il devait être 4 heures du matin. Mes pas résonnant sur le pavé humide, j’ai pensé à lui. On avait baisé comme dans Bleu Nuit, doucement et dans le noir, j’avais passé une belle soirée.

Je me suis couché en diagonale dans mon lit, à moitié habillé, l’autre moitié heureux. J’ai fait de beaux rêves.

Clic. Le temps qui reprend.

C’est dimanche, il est 14h, je me réveille. J’ai envie de pisser, j’ai les yeux collés. Débarbouillette, la vie qui se réveille, je prends un paquet de toasts dans la cuisine, lance ma machine à café, et, dans le bureau, j’allume mes amis.

Yes ! Internet est revenu – trêve de réalités, retour à la vie virtuelle.

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Song: After the Fall – Norah Jones – 2012

Slt. Pics Tu ch

guy with iphone (2)Les règles de courtoisie sur la toile gay sont relativement pauvres comme nous l’avons vu. Les premiers échanges e-pistolaires ne sont pas dignes des manuels de cette chère Nadine et se résument bien souvent au simplissisme et lapidaire

« Slt, t’as pics ? »

TU AS PICS?


Cette accroche conversationnelle représente bien cette obsession de la beauté extérieure qu’a notre communauté.

Mais on constate couramment que les profils les plus demandeurs de pics ne sont ceux qui en affichent le plus souvent. La réciprocité est un concept qui semble leur échapper. Mais nous savons bien que dans ce cas-là que les photos ne servent pas à apprécier la possibilité d’une rencontre mais plutôt à satisfaire quelque besoin pressant solitairement…surtout lorsqu’il se fait tard.

Passons en revue les principales typologies rencontrées sur la toile

Le bodybuilder/les torses : les muscles sont saillants, huilés, parfaits….presque trop. La prise de vue est léchée. Hélas souvent la tête manque et c’est plutôt symptomatique. Effacez tout sourire de son visage et plantez-y une bouche en cul de poule. S’y ajoutent également quelques shoots de vestiaire de salle de fitness au cas où on n’aurait pas compris que ledit profil y passe beaucoup de temps. L’avantage : cela permet d’engager la conversation selon une problématique cruciale, voire vitale pour lui : quel Club Med Gym me conseillerais tu? Mais cela peut vite tourner court…

Le paysagiste bucolique : l’amoureux de la nature et des grands espaces ! Il vous gratifie de magnifiques panoramiques où il apparaît en tout petit devant un glacier emmitouflé dans un anorak avec lunettes de soleil et bonnet. Ah mais c’est bête il n’a pas d’autre photo – Zut !

Le communautaire/lifestyle : il pose toujours entouré d’amis voire souvent avec sa meilleure amie (souvent blonde et trop bronzée). Lui a-t-il- demandé si elle est d’accord pour se retrouver sur un site gay de rencontres ? Certains ont même le mauvais goût de laisser ces photos avec un gommage Photoshop basique des visages qui les entourent. N’ont-ils aucune photo où ils apparaissent seuls ? L’avantage de ces photos de soirée permet de deviner cependant quels sont les goûts du profil. Quelles soirées fréquente-t-il ? Skets ou pull en cachemire ? T-shirt Nike ou polo Ralph Lauren ?

La photo immuable – les immortels : avez-vous remarqué que certains gardent la même photo d’année en année ? Et lorsqu’on y regarde de près la photo date souvent des heures de gloire de la trentaine alors que le profil affiche une bonne quarantaine. Souvent les statistiques poids et taille trahissent : 80 kg pour 1.82 m ? Cela ne semble pas coller avec ce torse musclé et ce ventre plat. D’aucuns y laissent aussi l’affichage numérique de la date de prise de vue : si la photo date de juillet 2007 vous feriez mieux de redemander une seconde photo. Juste histoire de vérifier…

Les photos de studio : une prise de vue professionnelle arrange tout c’est bien connu. Les visages sont lisses, les muscles ressortent, la lumière magnifie la peau. Tyson Beckford peut se rhabiller. C’est beau certes mais cela manque de naturel. On regrette presque l’amateurisme des photos de vacances. On a presque peur d’être déçu une fois la personne rencontrée. Et cela oblige à les refaire de temps en temps car une fois fait, vous ne pouvez pas revenir à des photos Iphone. Le choc serait trop rude !

Le décalé : aucune photo de lui si ce n’est une prise de vue décadrée. Des tableaux, des paysages, la décoration de son appart, des citations comme texte. Il ne se montre pas tout de suite mais il aime bien regarder votre profil quand même…Quelques bonnes surprises à prévoir mais attention il va falloir déployer tous vos talents littéraires pour lui plaire.

Le discret : vous n’aurez droit qu’à des photos de torses tronqués, de jambes poilues prises en cachette dans la salle de bain. Mais pas de visage. A vous de voir et de prendre le risque : soit vous comprendrez pourquoi il n’a pas envoyé de photo soit, et c’est plus souvent le cas, un bi qui veut être 100% discret !

Le profil sans photo : il n’en affiche aucune mais il ne les donne qu’une fois son intérêt suscité. Vous avez deux possibilités : soit vous comprenez pourquoi il n’en affiche pas (reminder : double check des statistiques) soit un trésor caché s’offre à vous. Personnellement j’ai eu quelques très bonnes surprises. Vous avez alors le même plaisir que de dénicher une pièce unique dans un magasin vintage ! Vous avez mis la main sur la perle rare !

Je ne pouvais conclure  sans parler des photos X ! N’y voyez pas une pudibonderie de ma part ! Ces photos que l’on reçoit parfois dès le premier message (surtout tard dans la soirée lorsqu’on zappe les banalités d’usage pour aller à l’essentiel) feraient parfois rougir un habitué des backrooms. Que de sexe turgescents, de postérieurs offerts, de slips mouillés, de secrétions séminales ou de jockstraps bien remplis … avec parfois de véritables scènes d’action qui vous obligent à tourner l’ordinateur pour bien comprendre l’angle de vue et qui fait quoi. Ah la poésie et le charme amateur des photos de cul …

Certains pourront regretter cette dictature des photos qui casse la magie des rencontres. Cette personne qui nous aurait plu dans un bar pourra tout aussi bien susciter un blocage online par un simple détail esthétique. Malheur aux personnes non photogéniques ou peu gâtées par la nature ! Dura lex sed lex.

En conclusion rien ne vaut des photos normales (et récentes) comme celles de vacances, de soirées ou celles prises par Iphone. Cela a l’avantage de l’honnêteté ! Mais les lois du marketing online vous obligent à une seule chose : en changer souvent ! Le marché aime la nouveauté ! L’œil du consommateur s’habitue vite, il faut susciter son intérêt en permanence.

TU CHERCHES ?


Cette autre question arrive très vite dans les chats gay, juste après « Salut », « T’as des pics ? » ou « Cho ?».

Une question banale, trop entendue qui a le mérite de la concision mais dont les réponses possibles sont très vastes.

Cette accroche est pour de nombreux chatteurs un moyen de ne pas lire le texte de présentation et de recevoir la synthèse par écrit.

Souvent la réponse est clairement affichée dans le texte ou dans le statut. (Bravo d’ailleurs à ceux qui donnent des précisions sur leurs intentions).

Que peut-on chercher un samedi soir à 2 heures du matin avec un statut Plans cul, des images coquines et une accroche aussi romantique que « Envie d’un plan direct now sans blabla» ?

Un partenaire de scrabble ? Discuter philosphie kantienne ? Parler broderie ?….

Une des réponses les plus courantes reste « Rien (de spécial) » ou « Un peu de tout », ce qui finalement revient au même !

Car nous sommes tous finalement sur les sites de rencontres pour quelque chose. On n’y vient pas pour « jeter un œil » comme dans un magasin ! Soyons honnête avec nous-mêmes ! Le lèche vitrine n’est pas une motivation sauf pour certains qui n’arrivent pas vraiment à passer du virtuel au réel et qui se cantonnent aux plaisirs solitaires.

Il existe deux minorités d’utilisateurs : ce qui cherchent exclusivement l’amour et les 100% plans cul.  Et encore il y a un fort écart entre ceux qui l’affichent et ceux qui accordent leurs actes.

Mais la vaste majorité sont ouverts à tout : donc fermés à rien, donc ne cherchent rien de spécial, mais un peu tout en même temps…vous suivez ? Bref…

Dans notre société ou le sexe s’est extrêmement banalisé, les sentiments sont devenus la nouvelle indécence. Cela sonnerait niais. Nous ne voulons point montrer que nous cherchons une relation donc nous préférons rester ouverts.  Et faute de grives, nous mangeons des merles…

Il est aussi vrai que l’Homo Erectus Gay avec son grand esprit pratique sait que le plan cul d’une nuit peut parfois se transformer en partenaire de vie. Alors autant essayer et ne se priver d’aucun plaisir…

21h15: “Bon, je te propose qu’on couche ensemble, qu”on passe un bon moment et que l’on voit si l’on est bien et si cela peut nous mener vers une relation sérieuse” – Checked…

L’expérience nous enseigne également que c’est lorsque l’on recherche absolument quelque chose que l’on ne le trouve pas. .. Cette loi de la nature est tout aussi vérifiable que celle de la tartine beurrée qui tombe du mauvais côté !

A l’inverse, les anglo-saxons ont le concept de serendipity : le fait de trouver quelque chose en cherchant tout autre chose. Ce qui appliqué au monde gay, signifie que c’est en cherchant un plan cul, que l’on trouve le grand amour et vice et versa… Restons donc ouverts à tout et fermés à rien

Donc à la question « Tu cherches quoi ? », je répondrais « juste des lecteurs et les divertir, et éventuellement 70.000 euros pour ma future PMA »

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Petit Traité de Bonnes Manières Gay – Volume 1

How-to-be-a-Gentleman-Season-1-promoCet article va être ce que nous pourrions communément nommer un « hors-série » ;

Hors-série en deux temps, qui vient marquer une petite pause avant d’aborder en fin de semaine, j’espère avec justesse (humour et dérision), un sujet éminemment sérieux.  Trève d’anticipation et de contextualisation, revenons à nos moutons – à notre service en argenterie plutôt, qui va symboliser à perfection ce thème – ce Petit Traité (non exhaustif) des Bonnes Manières Gay.

Et qui mieux que moi, jeune homme élevé par un Père légèrement maniaque et un tantinet psychorigide et une Mère soucieuse au plus haut point de l’étiquette et des convenances pour, comme Nadine (non pas celle à qui on pourrait dédicacer la Station de Métro « Poissonnière ») mais plutôt comme Nadine La Baronne, vous livrer quelques petites règles de conduite et de bonnes manières spécialement formulées pour notre communauté.

Les spécialistes des règles de politesse mondaine sont souvent gays. Un certain penchant pour l’apparât sans doute. Pourtant la politesse chez les gays n’est pas la chose la mieux partagée.

C’est encore plus probant lors des rencontres virtuelles. L’écran a dissout certaines règles de bienséance.  On ne peut pas perdre la face online, surtout lorsqu’on ne la montre pas….

DANS LA MATRICE

Répondre à un premier message en ligne

Il est hélas regrettable de constater souvent l’absence de réponse au premier message. Cette attitude est devenue un principe érigé en mode de fonctionnement (Pas de réponse = pas intéressé).

Répondez simplement par « Merci. Pas intéressé ». Certains sites proposent même d’envoyer des messages prédéfinis. Cela ne mange pas de pain et aura l’avantage de permettre à celui qui vous a abordé de passer sainement à un autre profil. Dans la vie, on ne peut détourner la tête lorsqu’on vous dit bonjour…

Vous pouvez cependant faire exception dans plusieurs cas :

L’expéditeur a un profil sans photo alors que vous vous affichez clairement

L’expéditeur n’a manifestement pas lu votre profil qui détaille vos attentes. Vous recherchez par exemple une relation et il vous gratifie de son sexe turgescent en photo plein écran en guise de bonjour. Une pratique qui à la rigueur sied à un samedi soir passé minuit…parce que si vous êtes en ligne à cette heure-là, et ce soir-là, ce n’est pas pour conter fleurette…ne niez pas !

L’expéditeur est fâché avec l’orthographe (rédhibitoire) ou carrément vulgaire

Recevoir un plan cul

Et bien déjà ouvrez lui et n’éteignez pas votre téléphone car vous avez sournoisement guetté son arrivée à votre fenêtre afin de vous assurer de la qualité de son physique. Vous l’avez fait venir et même s’il ne vous intéressait plus une fois-là il serait malvenu de le laisser mourir de froid sur le palier tentant désespérément de vous joindre. Assumez, quitte à lui dire, une fois réchauffé chez vous qu’il ne fera pas l’affaire.

Mis à part ces situations ubuesques donc, accueillez votre hôte avec cordialité (bon, je n’ai pas dit non plus de parler de vos enfances respectives et d’ouvrir une bouteille de Mumm) et proposez-lui quelque chose à boire. Après une courte conversation de courtoisie, vous pouvez lui proposer de se mettre plus à l’aise sans tarder dans votre chambre ou sur le canapé à votre convenance.  S’il vous embrasse ou vous met la main à des endroits intimes, perdez toute notion de bienséance dans l’instant. Elle ne vous sera d’aucune utilité…

A la fin de l’entrevue, proposez l’usage de la salle de bain. Un ou deux mots de remerciements sur la performance seront bienvenus.

« Merci c’était sympa » = merci mais on ne se reverra pas

« Merci c’était vraiment super » = merci, on se reverra peut être

« Merci ! Ouah tu es vraiment doué, j’ai adoré » = on se revoit quand ?

« …Pff… Ha… Ha…Pff… » (voix haletante) = épouses moi !

Si vous vous n’êtes pas présenté en bonne et due forme, c’est le moment de le faire. Vous pouvez donner votre vrai prénom ou votre nom de « scène » à votre guise selon votre appréciation de la rencontre.

Si vous avez envie de revoir la personne, il est de bon ton d’envoyer un SMS sur le chemin du retour.

Si c’est un plan direct-direct, les bonnes manières ne sont pas recommandées voire fortement déconseillées…

Participer à une partouze (bon j’anticipe, je ne parle PAS en connaissance de cause – je me suis renseigné c’est tout !)

Être en tenue d’Adam requiert justement une certaine aisance lorsqu’on se « présente ». Autant un contact corporel immédiat n’est pas du meilleur effet en société mais dans ce genre de situation il est fortement recommandé. Présentez-vous aussi avec assurance même si vous êtes dans une position corporelle assez offerte. Point n’est besoin de cartes de visite, de toute façon vous n’avez aucun endroit pour les ranger ! (j’ai bien pensé à un endroit mais pour cela il faudrait avoir un postérieur éminemment musclé)

Recroiser un plan cul par hasard

Avoir rencontré bibliquement une personne ne signifie pas que vous êtes vraiment intimes. Cependant si vous recroisez un ancien plan cul, il est quand même apprécié de montrer que vous reconnaissez la personne. Point n’est besoin de se faire la bise : un léger mouvement de tête voire un vague salut sonore fera très bien l’affaire.  Ceci dit ne vous attardez pas, vous ne sauriez quoi lui dire…

Dans un night-club un simple clin d’œil tout en continuant de mordiller la paille de votre Cosmopolitan suffira aussi amplement.

Si la personne vous a harcelé, ignorez-la vraiment par contre. Vous lui redonneriez un espoir.

Si vous comprenez subitement pourquoi la personne ne pouvait recevoir… elle vous sera fortement reconnaissante de l’ignorer complètement ! Si, si, ne cherchez pas à comprendre.

Parfois il semble aussi qu’on vous reconnaisse mais ce n’est pas réciproque… Le visage ne vous dit rien… C’est peut être que la dernière fois que vous aviez vu cet individu vous n’aviez pas vraiment les yeux sur son visage… Comme dit Madonna « Yeah I guess I just don’t recognize you with your clothes on. »

Souriez franchement mais zappez vite ! Ou faites semblant de reconnaître quelqu’un d’autre à l’autre bout de la salle.

Bref, ne faites pas comme moi, qui, il y’a quelques mois, tombait nez à nez avec une ex désastreuse aventure dans ma rue. Sous le coup de la surprise, je n’ai pu que balbutier un « euh, je vais sur les Champs, je suis très pressé. Navré ». Grosse erreur de débutant … « Ah tiens ! Belle coïncidence, je vais sur les Champs aussi ! Allons-y ». Faux – je n’allais pas sur les Champs, je me dirigeais vers mon Boulanger à une dizaine de mètres de là. 45 minutes de métro furent nécessaires pour faire l’aller – retour inutile et préserver le peu de dignité qu’il me restait. Bref, cela ne paye pas.

HORS DE LA MATRICE

Proposer une rencontre plus sérieuse

Le bon sens voudrait que vous évitiez de proposer des lieux de rencontres à forte connotation même si je ne doute pas que le Bar de la Fistinière ou du Dépôt peuvent être sympathiques pour d’autres occasions.

La bienséance voudrait aussi que vous n’arriviez pas en retard. Si vous êtes ce type de garçon, qui, comme moi passez plus de temps à vous habiller qu’à vous alimenter et qui êtes systématiquement en retard car vous hésitiez entre un trench coat kaki ou beige pour votre rencontre, alors organisez-vous et préparez tout cela la veille si nécessaire. Par ailleurs, je reste convaincu qu’un retard est une très mauvaise entrée en matière.

Vous êtes dans un lieu de restauration et l’addition arrive - hypothèse 1 : vous êtes d’une galanterie sans limites et vous insistez pour régler la totalité (il est de bon ton que l’invité fasse mine de vouloir régler aussi ou alors remercie à charge de revanche ou encore laisse au moins un pourboire). Hypothèse 2 : vous décidez de faire « moitié-moitié » mais c’est moins romanesque. Hypothèse 3 : vous prétextez une envie pressante et fuyez les lieux par la porte de service (c’est très très très vilain et je ne suis pas du tout content de votre conduite).

Vous êtes invité à domicile : on n’arrive pas les mains vides et c’est malheureusement assez commun. Ce n’est que de la logique : votre hôte a surement passé de longues heures à vous concocter de délicieux mets (ou est passé chez Picard deux heures avant) et le corollaire est que vous devez participer à l’effort commun. Une vinasse dégotée chez Monoprix, un dessert ou des fleurs ce n’est pas bien compliqué.

Vous n’avez d’autre solution que de poser un lapin à votre rendez-vous ?  Premier réflexe : couvrir de sms d’excuses la personne lésée et lui fournir un minimum de justifications pertinentes (non le décès du poisson rouge de l’arrière grand tante de la nièce de votre marraine qui est morte d’une tourista en accouchant de triplés n’est pas une excuse pertinente) et proposer une nouvelle date de rendez-vous en s’assurant au préalable de pouvoir la tenir.

Tenir la rencontre

Vous avez prévu d’offrir des cadeaux ? (à proscrire pour une toute première rencontre). Nadine est beaucoup plus éloquente que moi sur ce point : « Ni trop chers, ni trop bon marché, ils doivent toujours correspondre au niveau de l’intimité que vous avez envers la personne que vous souhaitez combler. Préférez les standards que les cadeaux trop originaux quand vous ne connaissez pas les goûts de votre partenaire. On évite d’offrir un parfum au hasard… ».

Bien évidemment, cela se suppute, on évite de parler de ses exs, aventures désastreuses, plans d’un soir et autres joyeusetés. On évite également de monopoliser la parole et on pose des questions (cela prouve un certain intérêt pour la personne en face).

Twitter, Foursquare, Facebook, Grindr, Scruf, Hornet et autres chronophages sont à proscrire. Vos charmantes applis pourront bien se passer de vous pendant quelques heures. Il n’y a rien de plus désagréable que de parler à une personne éblouie par le rétroéclairage de son smartphone.

A suivre…   Retrouvez moi sur Twitter ICI ou écrivez moi à doriangayparis@gmail.com

How-To-Be-A-Gentleman-Promo-Saison1-2

Amour, Botox et Date de Péremption

ht_man_botox_ll_130117_wbC’est samedi – et les samedis à HEC sont les choses les plus inintéressantes et ennuyeuses qui soient. C’est le jour généralement choisi par tous les conférenciers sadiques et overbookés en semaine, pour vous abreuver de leur savoir et des péripéties de leurs trépidantes vies mondaines, des premières lueurs du matin jusqu’au crépuscule.

Bref, ces jours où vous vous mettez – grincheux – au fond de la salle pour lire un GQ, boire votre thé et faire acte de présence, votre montre bien en évidence sur votre table et vos soupirs ponctuant les silences de l’intervenant.

L’intervenant de ce samedi-là précisément avait décidé de nous parler d’âge. Et il avait structuré les différentes périodes de vie en trois étapes : la découverte, l’assise, le déclin… à partir de 50 ans…

Si il y’a une affirmation aussi indéniable que « Rita Ora est une fausse blonde » et que « Michael Jackson avait un nez refait », c’est que nous sommes tous des petits grains de sable dans le sablier du temps ; tous les « jeunes » et les « vieux » de quelqu’un. Je n’entame qu’à peine mes 21 printemps mais cela ne m’a pas empêché de très tôt me pencher sur cette problématique existentielle. En matière d’amour, qui ne sait jamais retrouvé devant les préjugés qui suivent ?

Stéréotype 1 – Anna Nicole Smith : Vous êtes jeune et vous avez des amants beaucoup plus âgés ? Vous êtes donc tout naturellement un garçon vénal et vous trépignez d’impatience que la loi sur le mariage pour tous soit promulguée pour officialiser une union avec un sexagénaire de bonne fortune, que vous pousserez dans les escaliers deux mois après (si vous avez besoin d’un Avocat – je peux vous emailer ma carte).

Stéréotype 2 – Madonna : Vous êtes moins jeune et vous préférez les garçons qui ont moins de la moitié de votre propre âge ? (au maximum cela se suppute bien). Alors vous êtes un pervers narcissique qui vit de valorisations

Stéréotype 3 – Ashton Kutcher : Vous êtes jeune et vous en entichez de personnes plus âgées ? Alors vous êtes un pauvre garçon en manque de repères paternels/maternels et d’autorité et vous cherchez un parent de substitution (le sexe en plus).

Stéréotype 4 – Sharon Stone : Vous êtes moins jeune et vous traînez avec des beaucoup plus jeunes que vous ? Vous êtes sans doute coincés dans une faille spatio-temporelle vous faisant vivre dans l’illusion précaire d’être un éternel jeune – ayant oublié que « Forever Young » était juste un titre de chanson et que le vocabulaire teenager doit être à un moment oublié. N’ayez pas le seum, c’est la vie.

Voilà tant de préjugés auxquels peu de nous échappent, aussi bien homos qu’hétéros ; Même si nous, Homos, avons, et cela est indéniable, un rapport encore plus transcendant avec nos dates de naissance respectives, cultivant depuis toujours un culte (irraisonné ?) de la jeunesse.

L’Age de la (dé)raison

On associe souvent dans notre société l’amour et le sexe à la jeunesse. Il me semble que c’est encore plus vrai dans la communauté homosexuelle, où le culte de la jeunesse est exacerbé, où nous semblons tous porter sur nos nuques un code-barres et une date de péremption, où l’âge d’or dure 5 ans (20-25 ans) et où après la trentaine l’on est considéré comme un fossile de l’ancienne génération.

C’est tout en cas ce que l’on m’a toujours dit : « Dorian, profites de ta jeunesse, tu as la vingtaine, bientôt ce sera fini », supputant alors que je devais entamer ma vie professionnelle-trouver l’homme de la vie – acheter un Golden Retriever – faire le tour du monde en Smart et lancer une procédure d’adoption avant mes 25 ans, sinon j’étais foutu.

Si l’espérance de vie ne fait que croitre et que nous vivrons tous jusqu’à 81 ans en moyenne, il faudrait bien penser à combler ces 74 années qui d’après les légendes ne seraient que désolation, déambulateur, nostalgie et regrets.

Vous auriez donc bien compris que je prône une tolérance quant à ce chiffre qui, j’estime, est fondamentalement subjectif et reste profondément convaincu que l’on peut offrir à n’importe quel âge de vie, une vraie richesse à qui on côtoie. Ce sera peut-être à 20 ans, une certaine fraicheur et une certaine fougue, mais ça pourrait être également quelques décennies plus tard, une belle maturité, une sublime personnalité et un corps qu’on apprend à regarder sous d’autres angles moins stéréotypants.

Bien sûr, ce sont des généralités et chaque couple vit cette situation différemment, mais la plupart des couples avec différence d’âge que je côtoie vous diront qu’ils s’aiment comme un couple « normal », mais avec un petit plus ! La différence est une richesse, un nouveau regard sur soi, sur la vie et l’amour.

Certes, je ne sais pas (encore) comme mon ami Emilien, 27 ans, ce que cela fait lorsqu’un garçon de 22 ans vous oppose dans un rire moqueur vos 5 années de plus, ou comme Charles cet autre ami, qui a l’aube de ses 28 printemps, commence déjà à réduire son âge sur le net, mais je sais ce que cela fait… en situation inverse.

Ceux qui me suivent depuis le début doivent savoir que je suis ce qu’on appelle communément (et poliment) un précoce (non ce n’est pas contagieux je vous rassure). Précocité rimant avec classes sautées, quatre en ce qui me concerne, j’ai toujours fréquenté et été entouré de personnes plus âgées que moi – créant un réel décalage entre mes aspirations, mes doutes, ma psyché et ceux d’un jeune homme de la même tranche de vie que moi. Mon cas particulier me permet d’avoir un regard intéressant sur l’âge et la notion même de « vie de l’âge ».

Comme tout le monde, je trouverais le corps lustré et fougueux d’un jeune éphèbe, particulièrement exquis. Mais, peut-être moins comme tout le monde, je trouverais le manque de maturité rédhibitoire et le charisme lié à l’âge attirant. Je suis le stéréotype parfait du type de garçon qui estime que Denzel Washington ou Noé Duchaufour Lawrence se bonifient au fil du temps. Lorsque j’en parle avec mon entourage ou quand il m’arrive de lire assez aléatoirement les profils de présentation sur les sites de rencontres, indiquant des recherches comprises entre des fourchettes d’âge très limitatives, j’ai pleine conscience du côté peu commun de la chose.

Cougars et Subjectivité

Je prône d’autant plus la tolérance au vu de ces mascarades aujourd’hui bien habituelles. Ces « coupeurs d’âge » qui s’offrent un lifting numérique en réduisant leur âge ‘’public’’ d’une bonne décennie et en partageant photos de leur feue jeunesse. Non, je ne cautionne pas cette pratique très répandue et que je trouve teintée d’un peu de malhonnêteté, mais rien de bien méchant. Mais oui, inversement, elle me permet de prouver objectivement que dans bien des cas, ces « petits mensonges » sont payants et que peu de gens vont outre les chiffres pour entrevoir la personne qui se cache derrière.  Vous prenez deux profils identiques, étoffés des mêmes informations et des mêmes photos l’un tronqué de quelques années de vie, je vous laisse deviner lequel aura plus de succès.

Subjectivité donc quand tu nous tiens.

A 21 ans, je suis donc pour l’instant dans le « bon » versant du sablier – et oui, cela est surement très plaisant – mais cela ne m’empêche pas non plus de garder un regard peut être encore teinté de conservatisme et de logique biologique et sociétale.

Le Young Boy Toy je veux bien, le pseudo-fils-amant non

Et c’est là malheureusement l’extrême de la problématique. Au temps pour moi, une certaine différence d’âge peut être source de richesses (non, petits vénaux, pas ce type de richesses là), au temps l’on ne peut occulter le sens commun et d’autres sous-problématiques.

Quel avenir donner à une relation entre deux êtres séparés par 40 ans de brides de vie ? (déjà vu) Comment vivre la vieillesse de l’autre ? Les dissensions financières ? Avec l’ouverture (prochaine ?) de l’adoption à tous, d’autres problématiques se rajoutent : Le conjoint en a-t-il déjà eu ? En voudra-t-il de nouveau ?

Vous comprendrez alors que je puisse rester dubitatif et perplexe, voire légèrement choqué quand je lis (à la pelle) des « Mâle 63 ans, cherche minet entre 18 et 24 ans » ou des « Daddy sexagénaire cherche relation durable avec jeune homme de 18 à 30 ans ». Il reste à mon sens nécessaire d’appliquer une certaine proportionnalité.

Résultat des courses ? Aucune réponse, juste des axes de réflexion

Les pro-tolérance

- Une manière d’apporter à l’autre ce qu’il ne possède pas : Si cela fonctionne entre eux, c’est peut-être parce que ce type de couple s’équilibre. Le plus « ancien » amène sa philosophie de la vie, son expérience, sa capacité à résister aux aléas du quotidien quand le plus jeune fait souffler un vent de fraîcheur…  Mais cela peut aussi bien être l’inverse car on peut être très fantaisiste à 50 ans et déjà très assagi(e) à 25 ou 30 ans.

- La sensation de vivre plus intensément: Quand on sait qu’on n’a pas, du fait de notre écart d’âge, un siècle à vivre ensemble, on profite à fond du temps qui nous est accordé. Et on se laisse moins facilement polluer par les petites disputes sans importance.

- Un apprentissage de la tolérance : Former un couple qui n’est pas classique permet d’ouvrir l’esprit. Parce qu’on est « différent », on accepte mieux ceux qui le sont aussi. On devient moins sectaire envers les autres, notamment par rapport aux personnes qui ont un mode de vie au nôtre.

Moins de peur devant l’engagement : Si les jouvenceaux (et jouvencelles) tremblent d’effroi devant la simple évocation du mot mariage, ce ne sera pas forcément le cas avec quelqu’un qui a déjà de la route. Lui ou elle sera moins réfractaire sur ce style de question.

Les contre-tolérance

- L’écueil du père ou de la mère de substitution

- Le regard de l’extérieur qui ne nous épargne pas : Même si on se sent bien ensemble et que l’écart d’âge ne pose de problème ni à l’un à l’autre, il faut être capable d’être affronter les nombreuses remarques de nos entourages, les « Tu dragues à la sortie des écoles, maintenant ? » « Tu es venu nous présenter ton fils ? » et autres répliques perfides !

- Un décalage dans la manière d’appréhender la vie et l’avenir : Pas toujours facile d’accorder ses violons quand l’un a grandi au son des Beatles et des Rolling Stones et l’autre a été bercé(e) par les 2Be3 et les Worlds Apart… Et on peut aussi, à l’intérieur du couple, ne pas être synchrone sur certaines choses.

Petit mot de fin

Finalement, afin de reprendre un peu de hauteur, je pense que cette question d’acceptation du temps qui passe et d’âge en matière sentimentale est avant tout une question de « bien-être dans sa peau ». Ce bien être qui ne saurait être assuré par de longues heures en salle de sport, par les meilleures injections de botox, et par la meilleure teinture pour cheveux grisonnants.

J’ai trouvé un petit court métrage d’Alexis Van Stratum de 5 minutes sympatoche traitant de la peur de vieillir – gays, c’est ICI

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Le Moment “D”: Jouons au Lovegame

tumblr_mf753uSOFB1qaoeggo1_500Oh la vie … (soupirs)

Alanis Morissette chantait : « Eh bien, la vie a une drôle de façon de te prendre par surprise. Quand tu crois que tout va bien et va dans le bon sens, la vie a une drôle de manière de t’aider »

Cette vie qui vous fait gagner au loto la veille de votre mort

Cette vie qui laisse tomber une mouche dans votre Chardonnay

Cette vie qui place devant vous un embouteillage alors que vous êtes déjà en retard

Cette vie qui vous fait rencontrer l’homme de vos rêves… puis sa ravissante femme plus tard

Cette vie qui offre une grâce à un condamné à mort deux minutes trop tard.

Cette vie où un pigeon se soulage au-dessus de votre tête ou de votre costume trois pièces alors que vous vous rendez à un entretien d’embauche.

Cette vie où vous trouvez cent cuillères dans les placards de la cuisine alors que tout ce dont vous avez besoin est une satanée fourchette.

Bref cette vie pleine d’ironie ne pensez-vous pas ?

L’examen minutieux de cette ironie ainsi que mes profondes réflexions philosophiques et métaphysiques entre deux épisodes « culturisants » de Jersey Shore m’ont amené à mettre le doigt sur quelque chose de crucial et de décisif en matière de rencontres et que je vais appeler paternellement le Moment “D” (”D” pour Dorian et “D” pour Décisif). Je pense d’ailleurs sérieusement à faire breveter ma trouvaille, fruit d’un dur labeur intellectuel et de quelques verres de vins.

Qu’est-ce que c’est le Moment “D” ?

C’est ce moment décisif, cette fraction du temps déterminante où se détermine l’avenir d’une rencontre.  Vous ne voyez toujours pas ? Froncez les sourcils ça aide. C’est cette fameuse seconde où on décide de répondre ou non à un garçon qui nous aborde sur Grindr ou sur un site de rencontre. C’est cette fameuse minute où on décide ou non d’envoyer un sms pour proposer ou accepter une rencontre. C’est cette milliseconde où l’on décide ou non d’aborder le garçon qui nous jette des regards plein d’envie et de timidité alors qu’on voit bien qu’il s’apprête à descendre à la prochaine station de métro. C’est une autre fameuse minute où après avoir passé la nuit ensemble où l’un décide de relancer l’autre le lendemain par sms… ou pas…

Bref, toutes ces secondes, ces minutes, ces heures où se détermine souvent de façon totalement imprévisible et spontanée, comme au loto, l’avenir d’une rencontre.

Le moment “D” est particulièrement identifiable à 3 stades d’une rencontre : le contact – la rencontre – le post – rencontre.

Le contact initial : vous êtes sur Grindr, un profil potentiellement intéressant apparaît sur votre radar, vous savez pertinemment que vous n’avez que quelques minutes pour prendre contact car les aléas de la géolocalisation Grindr auront très vite fait de le faire à nouveau disparaître, peut-être à jamais. Vous êtes à une fête, un garçon tout à votre goût vous fait de l’œil, vous êtes rongés par la timidité ou un orgueil trop vif, la soirée se termine dans 20 minutes et vous ne savez rien de lui ou avez attendu passivement que ce soit lui qui fasse le premier pas et concrétise cet intérêt que vous semblez avoir l’un pour l’autre. Vous recevez un message sur un site de rencontre d’un profil banal qui vous aborde d’un simple et lancinant « salut », vous êtes partagés entre la curiosité de savoir si quelqu’un de potentiellement intéressant se cache derrière cette maigre salutation ou la peur de perdre votre temps.

Voilà autant de cas où nous nous retrouverons tous devant des moments “D” appelant à notre intuition et où nos actions ou inactions déterminent la fécondité d’un regard insistant, d’un message, d’un sourire…

La rencontre : Vous avez passé le cap du premier Moment “D” – Bravo ! Vous pensez avoir mis votre coup de cœur dans la poche ? Come on, si c’était aussi facile je n’écrirais pas ces articles sur mon divan qui grince et un pot de glace à la main, je serais déjà à West Hollywood, dans un hamac et dans les bras de Matt Bomer (qui  a déjà répondu à un de mes tweets – grand moment de gloire et de séduction geek style). Bref, la route est encore longue avant la Mairie, le powerpoint pourri et le riz à la gueule. Il vous faudra encore passer cet instant crucial qu’est le second moment “D” inhérent au premier rendez – vous.

En effet, avoir décroché un contact, un sourire, un message, et y avoir donné suite ne vous garantit en rien que vous ayez le loisir de converser avec votre flirt autour d’un verre de vin et d’une côtelette de porc. Encore faut-il que l’un de vous ai l’initiative de proposer une ‘’vraie’’ rencontre, un vrai rendez-vous galant. Et là, croyez-moi ce n’est pas gagné. Entre ceux qui prolongent indéfiniment un face à face, ceux qui ne sont jamais disponibles, ceux qui vous proposent de converser via MSN, Skype et compagnie (très mauvais plan) afin « de mieux se connaître avant la rencontre » et qui ne resteront à jamais que des images pixélisées sur votre écran, ceux qui relâchent le lien et donc l’intérêt au fil du temps, ceux qui disparaissent comme ils sont apparus, c’est-à-dire de façon soudaine, sont tout autant de cas où l’on se retrouve victimes de cruels moments “D”.

Le post – rencontre : Vous avez à la sueur de vos doigts qui ont frénétiquement appuyé sur votre clavier d’ordinateur ou sur votre smartphone pendant des jours, décroché une vraie rencontre avec votre flirt rencontré et approché dans le métro – vous êtes un héros de l’amour des temps modernes (le slip en lycra en moins). Vous avez donc dégusté vos rognons de veau l’un en face de l’autre, parlé de vos vies respectives et des poissons rouges que vous avez eu pendant votre enfance, vous avez même surement couché ensemble (sauf si vous faites partie de la fameuse Ligue des Mecs qui ne Couchent Pas At The First Date – LMCPATFD) et vous vous retrouvez le lendemain devant ce moment que nous connaissons tous.

Oui, ce fameux lendemain où l’on ronge d’envie de reprendre contact pour proposer une seconde rencontre mais où notre orgueil, notre égo ou notre timidité nous glisse à l’oreille que « de toute façon si il a apprécié le moment il fera signe de son propre gré » ; Oui ce fameux lendemain où l’on devient des ados prébubères qui téléphonent à leurs amis et qui les assènent de “tu penses que je devrais le rappeller ou pas??”, ou d’un “Oh il m’a juste répondu un simple – merci pour la soirée – il a pas aimé c’est sûr – je veux me suicider au Vicks!”.

Oui ce fameux moment où l’on se retrouve entre deux confluents : celui de l’envie et celui de la peur de la vulnérabilité, Oui ce troisième et ultime vicieux moment “D”. Vicieux pourquoi ? Parce que c’est celui qui fait le plus de victimes et c’est la phase où ressurgissent nos vieux démons. L’on renvoie la charge de la reprise de contact à l’autre en oubliant… que lui-même, dans la plupart des cas… opère ce même renvoi et le résultat est sans équivoque : deux garçons qui s’apprécient, qui ont eu un premier contact (moment “D” 1), puis une première rencontre (moment “D” 2) et qui de façon totalement stupide vont attendre passivement relance l’un de l’autre ; relance qui, dans bien des cas va être émise trop tard car les premières flammes se seront éteintes par dépit. C’est ça le lovegame.

Vous savez, je vous dis ça aujourd’hui avec un certain recul mais il n’y a meilleur (mauvais) exemple que moi dans tout Paris, que dis-je, dans toute la France de l’Univers Mondial pour illustrer ces moments “D”.

Oui, je ne prends jamais contact de prime abord ; « Jamais » n’est pas une hyperbole. Si, si je vous assure. J’ai beau traîner sur tous les sites de rencontre depuis l’âge de pierre d’internet, je n’ai jamais pris l’initiative d’aborder des profils qui m’attiraient, victime de cet égo ou de cette peur … disons le franchement… de se prendre un râteau.  Oui donc, en matière de rencontres, il y’a des chasseurs qui vont en quête, une carabine à l’épaule, moi je suis un pêcheur … qui attend… comme un idiot certes… mais qui attend.

L’avantage de cette méthode est évident : aucun râteau et boost de l’égo garantis. Le désavantage est tout aussi évident : l’on passe à côté de belles occasions car on oublie aussi que certaines personnes préfèrent la canne à la pêche à la carabine, tout comme nous. Si donc, déjà, derrière la sécurité de mon écran d’ordinateur je n’ai pas le courage de prendre des initiatives, imaginez-vous donc un peu l’état de stase dans lequel je plonge lorsque je suis l’objet de regards insistants dans les transports ou en société.

Je suis aussi toujours celui-là, lorsqu’un poisson mord à l’hameçon qui ne donne jamais l’impulsion d’une rencontre, toujours rongé par l’égo, la peur de déplaire, ou finalement même de plaire.

Et encore ce même-là qui après une première rencontre des plus prometteuses… attend bêtement et naïvement relance et à qui il ne reste que l’humour ou ce blog pour partager avec ironie ces sms que l’on reçoit souvent bien trop tard…

Finalement c’est cela le lovegame, le loto des rencontres, on tire de temps en temps les bons numéros, mais on perd si souvent le ticket gagnant, mais encore faut-il accepter de rentrer dans le jeu et d’en assumer les aléas…

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