Dans le pré

Vivre à la ferme par Jérémy

La disparition

32282688Aussi paradoxale que ce soit, je me suis endormi pendant tout cet été. Durant ces jours et ces heures j’ai disparu. Perdu au milieu de la campagne picarde, le temps devant moi, je suis resté prostré dans le calme, répétant machinalement mes gestes d’exécutant. Bien sûr, je n’ai pu m’empêcher de retrouver la ville, Paris même que je n’avais revu pendant ces trois ans que quelques heures, le temps de faire Paris nord, Montparnasse pour regagner Rennes. Mais rien n’y fait.

J’ai disparu, l’exil n’était pas ce que je croyais. Une saison complète est passée, la plus belle : l’été. Il y a eu son lot de tâches. La moisson dont le vrombissement de la moissonneuse aurait pu me faire vibrer d’avantage. Rentrer la paille, où je me suis retrouvé en plein week-end de canicule à lancer des petits ballots de paille sur une remorque… Insoutenable ! Après avoir réalisé un de mes rêves d’adolescent qui était de vivre à Rennes, je me retrouve là, à cet endroit que j’ai voulu fuir à tout prix. Dans ce milieu, que plus jeune j’ai tant haï, que je ne comprenais pas, qui m’a toujours paru hostile. Au contraire, j’ai toujours aimé le bitume, me perdre dans le dédale des rues qui s’ouvraient devant moi, y marchant parfois plusieurs heures la nuit, sans savoir où je voulais aller. Mais j’ai grandi, mûri, pourtant je me retrouve à dix mètres de mes parents avec la certitude de ce que je vais faire le lendemain, de l’endroit où je vais aller.

Alors, doucement je me réveille, je quitte cet état de torpeur. J’ai appuyé sur le bouton « on » de mon cerveau, repris mes lectures…

J’ai disparu tout ce temps et la campagne a déjà retrouvé son brouillard. La chute des feuilles s’est accélérée me préparant à l’hiver qui revient petit à petit. Moi aussi je reviens.

Un commentaire

C’est difficile de choisir sa voie, parce qu’on est fait de plusieurs choses, souvent contradictoires, et pourtant il faut choisir.

Merci pour cet article et bon réveil en plein hiver.

Écrit par Cha le 12 novembre 2012 à 21:56

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