Dans le pré

Vivre à la ferme par Jérémy

Retour au Bercail…

Je retrouve les paysages vallonnés et pluvieux picards. Les champs s’étendent à perte de vue. Les feuilles sont poussives, encore incertaines. Les boules de guies fixés aux arbres restent impassibles. Le vent balaye les plaines, le désert vert. Je retrouve ce microcosme qui a bercé mon adolescence, où les heures s’allongent et passent par saccades, mais où les jours se déroulent à un rythme effréné. Nul besoin de guide pour se repérer, nul besoin de carte ou de plan, ni même d’horaires pour se déplacer. Le silence se brise par le passage d’une rare voiture ou le bus de l’école. Une espèce de paix se dégage au milieu de ce vide.


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IL paraît que l’on ne peut échapper à ses racines, plonger dans un déterminisme qui régirait ce  que l’on est. Il y a quelque chose de nouveau qui s’extirpe de moi. À vrai dire, au delà de ce qui se remarque, je deviens un nouvel homme. Les apparences elles, ne sont que le reflet de la mutation qui se fait. Je deviens de plus en plus sauvage, ne me confronte qu’à moi-même. Petit à petit je perds mes mécanismes de citadin : je ne prends plus soin de moi, ne me coiffe plus, laisse pousser d’avantage ma barbe. Je retourne à un état presque sauvage, me laissant aller. J’oublie une partie de ce que j’étais pour en découvrir une autre. Une quiétude de surface se fait sentir. C’est ce qui s’appelle repartir à zéro.

Revenir à la terre, déjà, si vite, si tôt, avec la peur d’être piégé dans un système, dans un environnement qui y est propice. Quand on est enfant de la terre, des champs il y a un risque d’en être prisonnier par la tradition, dans la filiation. IL y a comme une obligation de continuer ce que nos ancêtres ont construit. La terre est nourricière. Être gay ne semble pas changer quoi que ce soit.

Mon retour était surtout marqué d’une condition : ne pas retourner vivre dans la maison familiale. À 24 ans la réadaptation parentale me semblait être difficile après être parti depuis cinq ans dont trois à plus de quatre cents kilomètres. Alors, il fut décider que j’occuperais les deux grandes pièces inoccupées de la vieille maison de ferme. Néanmoins quelques travaux furent indispensables. Mes débuts à la ferme furent donc de me transformer en bâtisseur. Pour la première fois un nouvel univers s’est ouvert à moi : les magasins de bricolages. J’ai découvert les cours de matériaux, les plaques de plâtre, les rails pour cloison, les dimensions des fenêtres et autres curiosités à mes yeux. Pour la première fois je devais prendre des décisions concrètes : le carrelage pour la douche, l’emplacement de celle-ci, le choix de ma cuisine, des sols. Mon imagination s’est tout de suite mise à fonctionner, comme lorsque plus jeune je chantais old Mac Donald had a farm E.I.E.A.O, me prenant cette fois pour un Charles Ingalls en version plaque de plâtre. Exacerbant par cette vision flatteuse de moi un instant ma virilité, courtisant mon orgueil de jeune mâle. Mais la réalité fut un peu moins glorieuse. Mon incapacité à montrer jour au moment où il fallut faire l’enduit entre les plaques, anéantissant tous mes rêves de puissance…. Mais c’est promis, je me rattraperai !

2 commentaires

Salut à toi,
Je découvre ton blog grâce à Têtu, et je suis très curieux de lire la suite :-)
J’espère qu’il y aura un nouveau post avant deux mois :-P
Dis, j’ose tout de suite la question que tout le monde aura en tête sans oser l’écrire : c’est toi qui es en photo dan le champ de blé ? :D
Bises !

Écrit par Numa le 10 mai 2012 à 18:36

Salut,
Ton histoire me touche beaucoup, peut-être par ce que les similitudes avec ce que je vis sont tellement importantes, qu’elles en deviennent troublantes. Ton histoire c’est un peu la mienne, car la croisée des chemins, le choix que tu as fait, je devrai bientôt le faire, dans un an, lorsque je terminerai mon Master.
Quel qu’il soit, il faut du courage pour abandonner ses racines, comme pour abandonner ce que les études vous trace comme avenir. C’est l’impression de ne pas être entier ni dans un monde ni dans l’autre.

Écrit par xenero le 11 mai 2012 à 19:30

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