Dans le pré

Vivre à la ferme par Jérémy

Garçon de ferme

Dans-le-préL’appartement est empli de cartons. Ce sont mes derniers jours à Rennes. Ai-je bien fait?  Je vais flâner une dernière fois dans la ville, regarder, visiter les endroits, les choses qui m’ont tenues pendant ces trois dernières années. Je respire une ultime fois la ville, sentant son atmosphère particulière, le rythme des métros trop bondés du matin, la sortie de la station Saint Anne avec les bouquinistes et leurs tables pleines de livres me rappelant vaguement les quais de Seine. Je longe la Vilaine. J’aimerai que cette ballade s’étire et s’allonge à l’infini. Je dois pourtant me rendre à l’évidence; je retourne vivre à la ferme.

Il y a cinq ans jour pour jour, je quittais la ferme familiale juste  un peu avant mes vingt ans. Je fuyais cette atmosphère du nord, lugubre, de l’automne où le ciel gris s’étend jusqu’à la terre et n’est que le seul horizon. Les rues sont désertes, elles vous offrent cet ennui et cette solitude. Au-delà, ce sont les champs à perte de vue, les élevages de poules de mon père. Les seules choses qui rompent le silence de ce village ne sont que les croassements des corbeaux, le chant des piafs et l’angélus de l’église chaque fois qu’il sonne sept heures. Il n’y a rien : aucune boulangerie, bar tabac ou épicerie.
J’ai cette appréhension de ceux qui savent à quoi s’en tenir. La difficulté du jeune homo que j’étais alors était ce milieu agricole, parfois un peu rustre à l’opposé de mon univers. On pourrait  y appliquer le “don’t ask don’t tell”. Ne rien dire en permanence dans ce petit monde où tout le monde vous connaît ainsi que vos parents , ancré dans la normalité des jolis pavillons familiaux, avec leurs barrières et leur golden retriever derrière, les poubelles bien alignées ; à chaque fois j’entends la musique du générique de weeds “little boxes”…

Mais tout n’est pas que cela: l’été ce sont les soirées au bord de la terrasse, la chaleur (lorsqu’elle est là) des nuits, l’odeur de la moisson, la possibilité de revoir les étoiles, le fantasme du garçon de ferme… Je reviens toujours y passer quelques semaines lorsque ma vie s’égare, un retour à la simplicité, des actes concrets, du travail vital pour se nourrir. Quoi que j’en dise, je suis un fils de la terre moi aussi.

Je vais pourtant devoir m’y refaire, m’y habituer à nouveau. Ma combinaison de travail orange m’y attend et le boulot qui va avec. Quand est on fils d’agriculteur, gay ou pas, il faut s’y investir comme nos aïeux qui s’y sont succédés, presque comme un devoir. La filiation est permanente.

5 commentaires

Le bonheur est dans le pré !
Moi je reprend pas la ferme familiale mais j’ai toujours rêvé de faire femme d’agriculteur, comme Meryl Strip dans la Route de Madison.

Écrit par Miquline le 2 mars 2012 à 18:05

Bon retour dans “notre” Picardie natale … Cette région me manque alors que je l’ai quittée il y a plus de 13 ans maintenant. Toutefois, à la différence de toi, je vivais dans la capitale Picarde …
Viva “Picardia Indepedenza” ;-)

Écrit par Llorando6983 le 2 mars 2012 à 18:27

c’est très juste ce que tu dis : La filiation est permanente…..
J’ ai pus observer aussi se retour à la simplicité , les actes concrets….comme pour redéfinir le cadre…….
:D

Écrit par stephos le 2 mars 2012 à 18:58

J’ai été très touché par ton histoire. Ayant moi même une famille avec une histoire, je sais que c’est parfois dur à porter. Si tu cherches une épaule, je suis là.

Écrit par Sevilla2 le 6 mars 2012 à 14:15

Bonjour,
Les fermes, je m’y connais en long, en large et en travers car je travaille pour l’agriculture et les agriculteurs. Mais je n’ai pas de ferme ni de Charles Ingalls!
Le Nord, les Flandres en particulier je connais aussi les we. Paris la semaine. Et comme toi, j’ai passé une partie de ma vie à Rennes près du canal Saint Martin.

Écrit par Sercus le 7 mars 2012 à 23:02

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