L’influence des européennes et l’argent ont rendu lesbiennes certaines Sénégalaises. Voila résumée une enquête de 19 pages publiée dans le magazine Dakarois Week end N°139 (semaine du 04 au 10 décembre 2010).
Les titres des 8 articles composant cette enquête sont assez instructifs: Amertume, le lourd fardeau du passé ; Marième-Aida, un couple envers et contre tout ; Couples de lesbiennes: les turpitudes de l’amour femme-femme; Mariama Diouf: le choix d’une vie ; Rejet de la famille,stigmatisation,brimades: le difficile quotidien des lesbiennes…
Notons aussi les encadrés et paragraphes surplombés de titres et de sous titres tels: Attention au Sida! ; Métier: travailleuses du sexe ; Des relations loin d’être idylliques ; Des vies brisées ; La chasse aux blanches; Pas de coming out…
Les 11 lesbiennes interrogées par l’auteur de l’article ont plusieurs similitudes:
Elles sont jeunes, plus de la moitié a moins de 26 ans: Aicha 16 ans; Aissatou 18 ans; Marième 20 ans; Aida et Maimouna 23 ans; Lissa Faye, Fatou et Mariama Diouf 25 ans; Marietou 32 ans. Quand à Binta et Adja, leur age n’est pas communiqué.
La cause de l’homosexualité de ces filles est l’un des principaux intérêts de la journaliste.
Plusieurs filles s’estiment victimes des “influences européennes”. Mariama Diouf par exemple est “devenue” lesbienne à cause d’un film pornographique offert par une amie vivant en France “j’ai appelé une de mes copines. Nous nous sommes enfermées dans ma chambre. Excitées par ce que nous avons vu nous avons reproduit les même gestes. Depuis lors je pratique l’amour saphique. A l’époque j’avais 13 ans”. Sachant que tous les jours dès 22 heures RDV, une chaine de télévision privée Sénégalaise couvrant tout le pays, diffuse des films d’épouvante riches en hémoglobine et des films dits “d’action” avec force fusillades et autres prises d’otages on peut se demander pourquoi il n’y a pas plus d’attaques à main armée et de tueurs pervers genre Freedy Kruger au Sénégal

Autres filles, autres “causes de l’homosexualité”. Marième dit être “devenue” lesbienne à cause des abus sexuels subis pendant son enfance. Quand à Maimouna et Fatou, elles ont été déçues par les hommes c’est ce qui a “causé” leur homosexualité selon la journaliste. De son coté Binta est “devenue” lesbienne pour trouver de l’argent et payer les soins médicaux de sa mère souffrant d’hypertension artérielle. La plupart des filles avouent être des travailleuses du sexe terme utilisé dans les ONG de réponse au VIH Sida pour désigner -sans les stigmatiser- les prostituées. Très souvent leurs couples lesbiens décris dans cette enquête se font et se défont au gré des intérêts financiers des conjoints. Ce qui fait dire au psychologue Serigne Mor Mbaye que le lesbianisme est juste un moyen d’avoir de l’argent sans faire aucun effort. C’est une conséquence de la crise économique et une tare exportée par l’Europe selon le psychologue Serigne Mor Mbaye. Pour faire bonne mesure l’article évoque une “bruyante protestation” d’un universitaire qui affirme qu’on nait homosexuel. L’universitaire en question s’appelle Jacques Balthazart, il est Belge et spécialisé en…zoologie!
10 des 11 filles interrogées dans ce dossier fréquentent assidument les discothèques et Internet. Elles sont à la recherche de partenaires riches et au moins 8 des filles recherchent une riche Européenne qui les prendra en charge car 10 des 11 filles rencontrées n’ont pas d’emploi. Plus de 5 n’ont pas fini leurs études primaires et les lycéennes sont en situation d’échec scolaire “à cause” de leur lesbianisme.
Autre caractéristique des lesbiennes du magazine Week end: elles boivent de l’alcool et fument de la cigarette voire du chanvre indien. Sachant que ces trois produits sont strictement interdits par la religion musulmane majoritaire au Sénégal on comprend que les lesbiennes sont des “mauvaises” filles. Pour ne rien arranger, elles ne jeunent pas pendant le mois ramadan autre acte qui suscite une forte réprobation sociale au Sénégal.
En plus de boire de la bière et d’être des travailleuses du sexe la plupart des lesbiennes interrogées sont divorcées ou issues de familles divorcées. Sachant aussi la désapprobation qui accompagne cet acte au Sénégal difficile de ne pas condamner ces “mauvaises” filles!
L’enquête nous présente un couple lesbien visiblement très amoureux. Marième et Aida ont respectivement 20 ans et 23 ans! Elles sont ensemble depuis…5 mois lors de l’ interview réalisée en octobre 2010. Aida a bien un enfant de 3 ans et demi mais c’est son père qui en a la garde, elle préfère s’épanouir dans les bras de Marième ajoute l’article. Autrement dit en plus d’être divorcée, alcoolique, fumeuse et de ne pas jeuner pendant le ramadan cette lesbienne est AUSSI une mère indigne!!!
Mariama Diouf est la plus affirmée des lesbiennes, elle dit ne pas coucher pour de l’argent, mais a des relations avec 4 filles. Mariama Diouf a en outre une “singulière manière” d’exprimer son amour: la lesbienne “au physique de lutteur” frappe ses partenaires. Mariama Diouf dit vouloir épouser sa partenaire, laquelle des quatre se demande la journaliste dans la chute du troisième article de cette enquête.
Deux filles sont particulièrement mal dans leur peau: Fatou dit “je m’essaie parfois aux pratiques sexuelles entre femmes. Cependant après l’acte je suis comme dégoutée par ma partenaire, ce n’est pas ma vie”. Quand à la plus âgée Mariétou (32 ans) elle a préféré se marier pour se camoufler mais elle entretient trois liaisons avec des filles de 30, 34 et 37 ans. De toute façon elle n’a pas envie que ses filles soient lesbiennes. Idem pour Adja qui ne veut pas que ses fils soient homosexuels.

Pour être tout à fait complet à propos de l’enquête publiée dans le N°139 du magazine week end, intéressons nous à l’ordre d’apparition des intervenants dans le premier article. D’abord nous avons le commissaire Mamadou Sylla Sy de la brigade des mœurs du commissariat central de Dakar. Il affirme d’une part que les lesbiennes sont de plus en plus nombreuses au Sénégal et de l’autre qu’il est quasi impossible d’avancer des chiffres sur l’ampleur du phénomène car ce milieu est inaccessible et “semblable à une secte”. Le deuxième intervenant est Massogui Thiandoum chargé de programme à l’ANCS (Alliance Nationale de Lutte contre le SIDA) lui aussi dit que l’ ONG qui l’emploie n’a “pas de données concernant ce groupe -les lesbiennes -”. Cependant la journaliste Ndeye Maguette Seye qui a rédigé toute seule cette enquête de 19 pages (le magazine Week end compte en tout 58 pages) est formelle: “aujourd’hui les témoignages sont unanimes et se recoupent: le lesbianisme se développe à un rythme insoupçonné à Dakar”
Les deux dernières pages de l’enquête sont occupées par une interview du Pr Cheikh Ibrahima Niang (montée sur sur fond vert alors que le reste du dossier est sur fond blanc) l’ anthropologue explique que l’homosexualité féminine a toujours existé en Afrique en général et au Sénégal en particulier, qu’on ne devient pas lesbienne pour des raisons économiques, qu’il faut dissocier la pratique sexuelle liée à des circonstances particulières (absence de partenaires de l’autre sexe par exemple) d’une identité sexuelle homosexuelle construite au fil des années. Le Pr Cheikh Ibrahima Niang affirme aussi que les LGBTI Sénégalais ont déjà fait des gay prides (d’après l’ anthropologue ce mot désigne le fait de montrer qu’une minorité sexuelle a ses pulsions, son identité et n’a pas honte de ce qu’elle est). Les gay prides “à l’africaine” du Pr Niang se résument en des séances de danse bien circonscrites en un lieu précis d’un quartier.

