Vous qui vivez à Chartres…

J’avais été décidément trop optimiste pour penser que j’aurais le temps d’animer un blog. Depuis le mois d’octobre, c’est la course de tous les instants, et évidemment ce blog fait partie des priorités secondaires, avant la sortie du magazine et les milliers de choses à faire tous les jours.

C’est pourquoi j’ai décidé de l’utiliser aussi pour diffuser des courriers de lecteurs, qui ne trouvent pas tous leur place dans la page Timbrez du magazine. En voici un, envoyé par lecteur de Chartres:

chartres-seen-from-theLe 18 janvier,

Dans deux semaines je vais avoir 60 ans. Depuis 1984, j’aurais dû mourir une centaine de fois, et pourtant je suis toujours là. Je suis seropositif. J’ai survécu à un accident vasculaire, une paralysie de la jambe gauche, un cancer des ganglions, un diabète, des problèmes rénaux et cardiaques.

En bref, beaucoup de situations dures à surmonter qui, en toute logique, n’auraient pas dû m’amener aussi loin. Et dire que pour mon ami Alain, il n’a pas eu la même chance que moi. Il est mort à 49 ans en raison d’un cholestérol trop élevé et, qui plus est, pourtant séronégatif.

Avec tous ça, j’ai pu arrêter de travailler à 56 ans, déménager d’Albi où j’ai vécu vingt ans et m’installer près de Chartres.

David & Jonathan Toulouse, Aides Toulouse, cinq à six associations, des présidences en veux-tu en voilà, chorale, ludothèque, etc. Or j’ai mis un terme à tout cela. Je devais monter à la Salpêtrière pour soigner mon cancer. Je suis guéri à présent.

J’ai déménagé, changé d’horizon. Ici, c’est plat dans tous les sens du terme. Mais grâce au dessin, la photographie, la généalogie, l’histoire des cathédrales, le modélisme naval, à Aides, j’ai pu m’évader.

La solitude, à vrai dire, c’est ma tasse de thé. Des efforts, j’en ai fait. Je serais prêt à mettre en place des évènements gays du côté de Chartres, mais je ne connais qu’un voisin et le coiffeur. Je n’ai plus envie d’aller draguer dans le bois, beaucoup trop bestial comme approche.

Alors quoi faire?  À la lecture de Têtu, je me dis que si j’envoie une lettre, je vais peut-être, si elle plaît, pouvoir participer à créer des activités pour les gays à Chartres et ses environs, pour se rencontrer, partager des moments conviviaux, visualiser des films autour d’un thé, style vielle anglaise (ou non!), organiser un groupe de gym gay, ou tout autre chose. Mais je ne souhaite pas participer en qualité de membre de la présidence ni dans la prévention pour faire de la prévention.

Alors à celles et ceux de Chartres et de ses alentours, j’aimerais rencontrer ces hommes et femmes qui font sourire et bidonner ce plat pays.

Merci à Têtu d’être mon porte-parole.

Double face

Edito du numéro 153 (mars 2010)

153_COUVLe Têtu que vous tenez entre les mains a subrepticement changé. Pourtant, vous retrouverez exactement les mêmes rubriques que le mois dernier. La nouveauté, c’est que les pages Têtu News, le magazine des actualités LGBT qui étaient éditées dans un fascicule séparé depuis la nouvelle formule de mars 2009, réintègrent le corps principal du magazine, dont elles forment désormais la ­dernière partie.
Il y a un an, quand j’avais conçu la nouvelle formule de Têtu, mon objectif était de valoriser les reportages et les enquêtes concernant les droits, l’homophobie, la vie des homos partout en France, en Belgique et dans le monde, autant de contenus qui sont au cœur du sentiment communautaire qui fédère beaucoup d’homos. Jusqu’alors, ces sujets étaient un peu dispersés dans le magazine, qui est, parmi les mensuels, celui qui présente la plus grande diversité de ­thèmes qui soit, puisque y cohabitent des critiques culturelles, des infos santé, des photos de mode, des cover boys sexy, des dossiers news, du people, des repor­tages, des témoignages, et j’en passe beaucoup d’autres.
C’est pourquoi j’avais voulu que le magazine présente désormais deux facettes : celle de Têtu, pour informer et divertir, et celle de Têtu News pour informer et réfléchir. Et ce dernier a rempli son office : nous avons reçu beaucoup de messages très encourageants, et vous êtes très nombreux à le lire, souvent même avant le magazine.
Cependant, pour une grande part d’entre vous, il semble que ce choix éditorial n’ait pas été compris. Parce que Têtu News était plus petit, imprimé sur un papier plus fin aussi, certains ont pensé que nous voulions minorer cette facette de Têtu, et ont ainsi cessé de le regarder. Nous entendre reprocher de ne plus traiter de grands sujets sérieux, alors qu’un deuxième magazine entier y était consacré, avouez que c’était rageant. Depuis un an, nous y avons pourtant abordé quantité de thèmes, tels que l’homophobie sur le net, les villes gay-­friendly, la gestation pour autrui, les enfants de parents homos, les drogues, etc., et voyagé sur tous les continents.
Je sais aussi que tous ceux qui aiment conserver leurs magazines regrettaient dès lors que chaque numéro soit divisé en deux ; c’était mon cas avant de venir travailler à Têtu. C’est donc un Têtu News – presque – inchangé que vous retrouvez en dernière partie de ce magazine, essayant de vous offrir le meilleur et le plus important de l’actualité vous concernant.

L’épreuve par l’équipe

Edito du numéro 152, février 2010

152_COUVLe mois dernier, je m’étonnais avec vous de consacrer cet édito au foot, car dieu sait que depuis tout jeune cet univers m’a rebuté, à tel point que je l’ai fui consciencieusement toute ma vie. Car moi aussi j’ai été, comme les hommes qui témoignent dans notre dossier page 102, un grand malheureux des cours de sport, un angoissé de la constitution des équipes, un terrorisé des vestiaires et un honteux des performances. Fer à repasser à la piscine, char d’assaut au saut en hauteur, limace à la course d’endurance : j’accumulais les dernières places.
Quand bien des années plus tard, lors de discussions avec des copains homos, je me suis rendu compte, comme eux, que nous avions vécu des moments similaires, j’ai d’abord ressenti un grand réconfort, mais aussi, après réflexion, une grande perplexité mêlée de regrets. Ainsi donc, si j’ai éprouvé toutes ces années une gêne à évoluer dans ce corps, ce n’était pas forcément le corps qui était en cause (j’étais déjà « enveloppé », dirait Obélix), mais peut-être aussi le fait d’être un jeune garçon qui n’avait pas le même regard ni la même sensation concernant ses camarades. Bien sûr, de nombreux (futurs) gays ont très bien traversé leurs années d’EPS, certains sont même devenus de grands sportifs (même s’ils n’ont pas fait leur coming out).
Quel étrange sentiment de penser, rétrospectivement, que j’aurais pu « reconnaître » certains de mes semblables rien qu’à leur peur de se dévêtir pour enfiler un short ou leur effroi en recevant le ballon. À cet âge-là, on est un peu bête, même cruel parfois : plutôt que ressentir une solidarité, peut-être ai-je même été content, à l’occasion, de constater qu’un autre s’en sortait plus mal que moi, et ai-je pu ressentir la honteuse fierté de ne pas être le dernier choisi pour constituer l’équipe de volley, même si j’étais quand même l’avant-dernier.
La solidarité vient avec l’âge intelligent, heureusement. En grandissant, s’impose l’idée d’une coalition pour sortir de l’humiliant isolement. D’autres atouts à faire valoir, des intérêts à partager : on apprend à faire d’une faiblesse une force et, surtout, à vaincre la honte. L’histoire des traumatisés des cours de sport, c’est un peu une métaphore de l’émancipation des homos.
Nous ne voulons pas être choisis en dernier dans l’équipe, ni avoir honte dans les vestiaires, ni nous sentir gauches en maillot de bain ou en short, ni pratiquer le shoot viril ou l’injure machiste sur le terrain, ni mépriser les filles parce qu’elles courent moins vite. Au contraire, nous voulons exister et apparaître pour ce que nous sommes, qu’on écoute et respecte notre différence, qu’on nous accorde l’égalité de droit et de fait, et qu’on ne nous enferme pas dans des caricatures et des stéréotypes, etc. Rêvons que les nouvelles générations de profs d’EPS aient aussi ça en tête quand ils organisent leur cursus. Et que le sport ne reste plus longtemps la triste allégorie de la société hétéronormée.

Morandini et le coming out

Jean-Marc Morandini n’est pas un ami, mais il est très sympa avec Têtu. Il faut dire qu’il a besoin de beaucoup de sujets pour ses deux émissions quotidiennes, sur Direct 8 et Europe 1. Il m’avait déjà invité sur son plateau de Direct 8, à l’occasion de la nouvelle formule du magazine, en février. Et la semaine dernière, c’était à Europe, pour le coming out d’Emmanuel Moire dans le Têtu de novembre (tandis que Bertrand Deckers, le pigiste qui a fait l’interview, était convié… à Direct 8 le lendemain).

screen-captureA chaque fois, ce qui m’a frappé chez lui, c’est sa constance à questionner l’utilité de la visibilité gay. En février, c’était “est-ce qu’il est vraiment utile qu’il existe une presse gay”. Un magazine “communautaire”, pour reprendre un terme qui me semble toujours louche parce qu’il est toujours utilisé, dans un média grand public, que comme synonyme de “sécessionniste”. La semaine dernière, la question posée était “les personnalités ont-elles besoin de faire leur coming out?”. C’était facile pour moi d’y répondre, puisque Moire y répond lui-même en des termes très directs. Têtu n’a pas vocation, évidemment, à décider à la place des uns et des autres s’ils ont ou non à faire leur coming out. En revanche, si quelqu’un s’y décide, je trouve que nous avons vocation a accueillir cette démarche et à la rendre la plus positive possible.

Dans la même émission sur Europe, Morandini s’adresse à un moment donné à Delahousse, l’invité principal, et lui demande s’il trouve normal que certains artistes dévoilent aux médias “ce qui se passe dans leur chambre”. Je regrette après coup de ne pas être intervenu à ce moment-là pour relever ce contre-sens absurde. Faire son coming out, ce n’est pas raconter ce qui se passe dans sa chambre:  on ne sait pas avec qui Moire couche, ni quelles sont ses pratiques sexuelles, pour la bonne raison qu’on ne lui a pas demandé et qu’on n’a pas à le faire. Je vais même plus loin: un coming out, c’est moins une question de vie privée qu’une question d’identité. C’est bien parce qu’à partir d’un moment, il n’est plus possible de vivre dans la dissimulation et le mensonge, qui sont des postures fatigantes à gérer, et à la longue très minantes, que faire son coming out devient le seul moyen de vivre. Et de passer de la honte et le repli au soulagement et à la fierté.

moire

C’est décourageant que même dans les milieux médiatiques les plus évolués (je dis “évolués” parce que dans ces milieux-là, les homos sont très présents et leur présence ne posent en général aucun problème), on n’en soit toujours pas convaincu. Comme je disais au micro de Morandini, faire son coming out, c’est le faire une fois. Peut-être Moire n’en reparlera-t-il plus jamais. Ça a été le choix d’un Delanoë par exemple. Pour un artiste, un auteur, qui met beaucoup de ses tripes dans son métier, dont la matière première de sa créativité est souvent sa propre existence, il est naturel je trouve de vivre en phase avec ce qu’on est, et de ne pas dissimuler au public son identité. C’est forcément moins vrai d’un politique ou d’un journaliste, à qui on demanderait plutôt de ne pas laisser leur identité influer leur professionnalisme.

Ce qui est amusant dans le cas de Morandini, c’est qu’il peut aussi me demander si je ne pense pas que Moire a pris un risque, commercialement parlant, en faisant ce pas. D’un côté donc on met en doute le bien-fondé du coming out, qui ne devrait pas intéresser le public. Mais d’un autre on ne peut s’empêcher de penser, en tout cas de constater, que la démarche est risquée pour un artiste, qui pourrait – c’est ce qu’on comprend – se couper de son public hétéro. En somme, le public devrait être indifférent à l’orientation sexuelle de l’artiste; et donc l’artiste devrait la taire. Comment cependant imaginer que le public soit indifférent à une variable s’il n’a pas connaissance justement que l’orientation sexuelle est une variable? L’homosexualité reste une minorité, et le silence implique toujours appartenance à la majorité, quoiqu’on souhaite. Ça n’est que si de plus en plus d’artistes et d’hommes et de femmes publiques révèlent leur homosexualité que le public finira par intégrer que c’est là une variable banale. Et que la majorité pourra apprécier tel ou telle indépendamment de son orientation sexuelle. La plupart des icônes gays sont des divas hétéros, après tout. Peut-être Moire deviendra-t-il une icône hétéro? Je lui souhaite sincèrement!

Philippe Barassat pour Frédéric Mitterrand

Nous avons cette semaine reçu à Têtu ce courrier de Philippe Barassat. Avec son autorisation, je le poste ici:

«Vous devriez le savoir, Monsieur, même l’amour d’un chien c’est sacré. Et on a ce droit-là – aussi sacré que celui de vivre – de n’avoir à en rendre compte à personne.»

Marguerite Duras, L’Amant de la Chine du Nord

Je m’appelle Philippe Barassat et je suis l’auteur d’un film, Mon copain Rachid (1), que Marine Le Pen a mis en cause, accusant Frédéric Mitterand d’y avoir participé et qualifiant le film de court métrage pédophilique.
Surfant sur le net, de blog en forum, je découvre avec frayeur le grand lynchage dont Frédéric Mitterrand est aujourd’hui la victime. L’abjection des propos, la laideur des attaques, le déchainement populiste qui accompagne ses déclarations a quelque chose de terrifiant et de malsain. Mais ne devons-nous pas tout cela à une certaine politique de protection et de condamnation des libertés humaines? A constamment nous prévaloir d’un ordre moral supérieur que nous tentons d’imposer à l’ensemble de la planète pour le bien de la planète, chaque individu devient peu à peu coupable. Coupable d’utiliser son téléphone portable en conduisant, mettant ainsi en danger la vie d’enfants innocents, coupable de ne pas mettre dans la bonne poubelle les détritus correspondants, de jeter à terre un papier sale, de pirater de la musique sur internet, coupable, coupable, toujours coupable.Aff02g
Cette culpabilité systématique, au nom de la haute morale, fait de nous tour à tour des victimes et des délinquants potentiels. Mais je ne suis pas certain pour autant qu’elle fasse de nous des hommes. Je connais cette culpabilité, elle m’a amené quasi systématiquement à me mettre du côté de l’accusé. Non pas au détriment de la victime, dont il ne m’a jamais semblé que le malheur pouvait être compensé par la vengeance et la souffrance du coupable. La victime, lorsque je suis des affaires, des procès, a déjà subi. Je ne puis m’empêcher dès lors de prier pour que cet autre être, l’accusé, ne subisse pas à son tour. Pour lui, c’est encore possible.
C’est avec ce regard que j’ai vu notre ministre se débattre acculé, humilié, blessé face aux questions légitimes auxquelles on le pressait de répondre. J’ai vu un homme traqué cherchant à défendre sa dignité et son humanité, comme on en voit dans les boxes des accusés, lorsqu’ils sont sincères, qu’ils tentent de se justifier sans perdre leur honneur, de garder la tête haute, alors qu’ils sont écrasés, et qu’on les oblige à avouer ou à mentir pour sauver leur peau…
Je pense aussi aux enfants, aux adultes de ce dur et douloureux métier de la prostitution, à cette quête au fond d’eux, lorsqu’ils ne sont pas totalement détruits, de garder dans le théâtre pervers de leur humiliation corporelle, la dignité ferme et haute de leur âme, une image respectable d’eux-mêmes.
Ce qu’a vécu Frédéric Mitterrand durant ces instants a quelque chose de comparable avec ce qu’ont vécu ces personnes livrées pour survivre au désir dégradant, avilissant, et souvent destructeur de l’autre, le client.
Victimes ils le furent, plus injustement sans doute que ne l’a été Frédéric Mitterrand. Mais précisément parce qu’ils le furent et le sont encore, je ne puis en mémoire de leur souffrance, adhérer à celle que l’on fait éprouver aujourd’hui à cet homme.
Un homme qui, compte tenu du risque que sa forte médiatisation lui faisait prendre, a eu le courage de ne pas mentir, et de témoigner, de raconter, sans que cela lui fût imposé, contrairement à hier, sa vie, humblement, tristement, honnêtement. Ce courage aujourd’hui se retourne contre lui avec une injustice profonde. Car il ne faut pas oublier qu’en réalité Mitterrand n’a jamais été jugé coupable d’aucun des actes qu’on lui reproche et qui devraient justifier sa démission, selon certains députés de tous bords. Ce qui est condamné ici, c’est une pensée, une œuvre, une confession, un écrit.
Soudain dans ce déchaînement injurieux, on oublie que c’est à l’œuvre qu’on s’en prend, par une sorte d’amalgame nauséabond, au mépris de toute raison, de toute réalité. Et l’œuvre, ici, ce fut le courage et l’honnêteté.
J’ai vécu, dans une moindre mesure bien sûr, d’avoir été convoqué à la brigade des mineurs et interrogé pour la seule raison que j’avais écrit un scénario, des phrases sur un papier, des phrases qui dérangeaient, et au nom desquelles on s’est permis de me demander des comptes, de me questionner, de me soupçonner, de juger ma vie privée sans même la connaître, alors même qu’il n’y avait aucun acte, aucun comportement répréhensible dans la conduite de ma vie qui put justifier un tel interrogatoire. J’ai vécu le lachage et le lynchage qui s’en était suivi.
Mitterrand n’est pas Polanski. Il n’a pas été condamné pour un acte quelconque. Il est seulement un écrivain, un poète et aussi, à sa façon un homme de courage. Ce courage j’ai eu l’occasion de l’apprécier, lorsqu’il a accepté de jouer dans mon film, alors que tout le monde trainait ce projet dans la boue, essayant de m’empêcher de le réaliser, et que sans me connaître, au nom d’une certaine poésie qu’il y avait trouvé, il est venu, humblement, tranquillement jouer le rôle que je lui avais proposé. De cela bien sûr je lui suis reconnaissant et aujourd’hui où Marine Le Pen va jusqu’à algammer sa participation à mon film à une sorte de preuve de sa prétendue pédophilie, je crois comprendre vraiment alors quel fut ce jour-là, son grand courage, et sa grande dignité, alors que je n’y avais vu sur le moment qu’une bienveillante gentillesse. C’est ce même courage qui lui a fait écrire son livre, et qui le conduit aujourd’hui à être traîné dans la boue, non pas pour les actes qu’il a commis, mais pour le digne combat d’écrivain qui est et demeure au fond celui de tous les vrais artistes.
Ce courage c’est d’avoir pris ces risques et d’avoir su toujours, ce que j’ignorais alors naïvement, qu’un jour ou l’autre il en aurait à payer le prix. Alors quelque soit le point de vue que l’on peut avoir sur son attitude maladroite lors de l’affaire Polanski, quel que soit le jugement que l’on peut avoir sur ce que raconte cet homme dans son roman, il faut le soutenir, c’est-à-dire soutenir son droit à parler, à écrire, à réfléchir, soutenir à travers l’écrivain l’homme de courage, et cesser de le juger sur des actes qui ne lui ont jamais été reprochés, et pour lesquels il n’a jamais été ni accusé ni condamné.
S’il devait l’être un jour, la question serait différente et ce serait à la justice et à elle seule de faire son travail.

Mais peut-être aussi cette affaire d’un homme vilipendé pour avoir dit son désir, et témoigné des passions et des souffrances que son désir entrainait, peut-être cette affaire est elle là pour nous rappeler à nous aussi, grâce à lui, que nos désirs sont compliqués et douloureux et que la haute moralité que nous prônons tous n’est, qui sait, qu’un cache-misère, un de ces parfums dont les gens malpropres s’entourent pour cacher l’odeur, une hypocrisie dangereuse sur laquelle il conviendrait de se pencher et, au nom de l’homme et non plus de la culpabilité, revenir à plus de tolérance.

Tolérance… Qui n’est pas que ce nom que l’on donnait à certaines maisons…

Philippe Barassat

(1) Film visible en version intégrale et gratuite, non tronquée ni falsifiée, sur le site www.barassat.com

Souris-moi encore, Miguel

Miguel Iglesias, vous connaissez? Il y a quelques semaines, on n’en avait jamais entendu parler ici à Têtu, mais depuis qu’on est tombé sur l’index Puma, on en est tous devenu un peu dingues. Ce sont les avantages du travail dans un journal où (presque) tout le monde est homo: on peut laisser libre cours à ce genre de fantasmes. Mieux même, il faut que j’encourage ça, car après tout, notre rôle est aussi de découvrir de nouveaux modèles.

Sur ce site de pub de Puma donc, les indices boursiers (au choix: le Dow Jones américain, le Dax allemand et l’ASX australien, bref, de quoi faire le tour du cadran!) sont agrémentés d’un modèle qui se déshabille quand l’indice baisse, et renfile des frinques quand ça monte. On peut choisir fille ou garçon, et côté garçon, c’est Miguel la bombasse. Un physique de dieu, et surtout un pur sourire à faire craquer les plus insensibles…

miguel1492On a pu apercevoir les images d’un très mauvais jour de cotations, où Miguel n’avait pu garder que son boxer, tout en manipulant la glaise d’un tour de potier avec gourmandise. Si vous ne l’avez pas encore vu, courez lire et surtout mater notre article sur têtu.com. Mais bon, toute cette pamoison ne pouvait rester stérile: il fallait ab-so-lu-ment que Miguel fasse une couv de Têtu. Et nous avons finalement réussi à le trouver, à New York, et sitôt contacté, il a été enthousiaste à l’idée de poser pour nous. C’est donc avec grand plaisir que je vous offre un petit aperçu de la couverture du Têtu de novembre, n°149, qui est partie à l’imprimerie la semaine dernière. Le bel Espagnol nous gratifie d’un joli sourire complice, qu’on avait repéré sur les vidéos Puma, très très efficace.

Quant à son nom de famille et sa parenté avec Julio et Enrique, je vous laisse, comme nous, rêver aux éventuels dîners de famille que ça pourrait donner…

Le courage de Frédéric M.

9782266157179Qu’elle est écœurante, cette campagne menée contre un homme qui a brillamment décrit, dans un livre, la difficulté à vivre une différence aussi fondamentale que l’homosexualité. Il a eu ce courage d’avoir écrit, avec des mots si justes, la douleur de grandir et mûrir en compagnie d’un sentiment aussi intime que minant, la honte. Et maintenant il faut que ça se retourne contre lui? Quiconque a lu la Mauvaise Vie ne doute pas que cette campagne existe parce que Frédéric est homosexuel, et ne le cache pas, pour son plus grand bien et le nôtre; quiconque a lu la Mauvaise Vie ne doute pas que cette campagne existe parce que, n’écoutant que son cœur et sa passion du cinéma, il a volé trop vite au secours de Polanski, en tout cas donné l’impression qu’il fallait absoudre le cinéaste sans passer par la case justice; quiconque a lu la Mauvaise Vie ne doute pas que cette campagne existe parce que certains leaders socialistes, à court d’idées pour attaquer le gouvernement ou pour exister dans leur camp, et amers qu’un homme portant un nom aussi sacré que Mitterrand ait accepté le maroquin que lui a proposé Sarkozy, aient cru bon d’ajouter leur voix à celle, infâme, de la coutumière Le Pen; quiconque a lu la Mauvaise Vie ne doute pas que cette campagne existe parce que certains populistes en mal d’audience se sont souvenus que le vieil amalgame pédophilie/homosexualité avaient encore toutes les chances, malheureusement, d’entraîner l’adhésion d’un certain électorat toujours sensible aux sirènes les plus grossières.

Polanski doit retourner devant la justice américaine, ça doit être un principe intangible que chacun, y compris le ministre de la Culture, doit appuyer. Le cinéaste a fait une erreur en 1978 en fuyant les Etats-Unis et le procès qui l’attendait. Et c’est devant ses juges qu’il pourra plaider sa défense, et non dans les médias. Et Frédéric a fait une erreur, qu’il a reconnue, en négligeant ce principe.

De même, la pédophilie doit être dénoncée sans relâche. Frédéric l’a refait avec force hier soir sur TF1, notamment dans sa réponse à l’ultime question de Laurence Ferrari qui montrait là ou sa mauvaise foi ou sa légèreté professionnelle. Nous, gays, avons trop souffert de cet amalgame infect pour ne pas redire et tonitruer que la pédophilie est infâme, et que nous n’avons rien à voir avec ça. Les pédophiles doivent être identifiés, où qu’ils soient, quels qu’ils soient; et a fortiori, le tourisme sexuel exploitant les mineurs, que ce soit en Thaïlande ou ailleurs.

Je suis ému aujourd’hui du sale procès qui est fait à un homme aussi subtil que Frédéric, que j’avais rencontré à Têtu quelques jours à peine avant sa nomination (depuis mon arrivée à Têtu, je ne le connaissais que via quelques coups de fil ou emails, de loin en loin, et par ses délicates chroniques, bien sûr). J’ose espérer que l’épisode médiatique que nous traversons n’est qu’un très mauvais épisode politicard, et que Frédéric pourra continuer le chemin qu’il s’est choisi, et que je ne juge pas, même si j’ai une opinion bien sûr sur sa présence dans ce gouvernement Fillon. On peut supposer que l’intérêt pour son livre n’en sera que renouvelé, et c’est tant mieux, car je considère sa lecture comme un bienfait.

Un courrier restant sans réponse

Depuis mon arrivée à la tête de la rédaction de Têtu, il y a maintenant un peu plus d’un an, je fais en sorte que chaque courrier de lecteur reçoive une réponse. Beaucoup de journaux n’y arrivent pas, ou ne font pas l’effort. C’est dommage parce que ça donne parfois lieu à des échanges intéressants. Nous n’en recevons pas des milliers à Têtu, donc on peut, pour peu qu’on y consacre un peu de temps, répondre à tout le monde.

Les lecteurs écrivent pour toutes sortes de raisons, pas seulement pour nous parler du journal ou du site. Mais là, il y a quelques jours, c’est un courrier très déroutant qui nous est arrivé. Il attend dans une boîte, je l’ai relu plusieurs fois, mais je ne sais toujours pas quoi répondre. Puis je me suis dit que je pouvais le poster ici, peut-être que quelqu’un pourra me conseiller le ton juste ou le bon argument.

Le voici:arepondre

salut,
je vous écris sur le coup de la colère car je viens de me disputer avec mon meilleur ami, que je considère comme un frère et je sais que c’est réciproque (lui il est hétéro), mais bon… , il pense que je bois trop et je prends trop de drogues.
Je me présente, j’ai 26 ans et depuis l’âge de 19 ans je vais en “teuf” ou autrement dit “free party”.

Quand je vais dans ces endroits je deale un peu de cocaïne, sinon je consomme beaucoup d’alcool et de drogues mais que de plaisir…
l’alcool et la drogue aidant je rencontre pas mal de monde (des mecs), faut pas croire mais il y a beaucoup de gays dans ce milieu; Des mecs cools, travelers, genre un peu déchire, on croirait pas qu’ils sont gays, mais bref…
Au final, il y a tjs un plan ou des plans culs dans ces teufs,
pour tout dire combien de fois j’ai baisé sous emprise de la drogue ? je ne  sais pas mais par contre j’ai eu tout ce que je voulais.
Je me suis fais enculer par plein de mecs, j’ai sucé plein de potes et j’aime ça…. il m’est arrivé de me faire prendre par 4 mecs différents dans la même soirée, être attaché, être pris de force, faire des plans “chelou” mais bon j’aime ça…
Alcool + drogue = c’est pas bien !!! (mais c’est trop bon)
je sais que j’ai un comportement à risques mais je m’assume, on a qu’un’ vie !!!!
dernier test vih et + = toujours pas malade, à croire qu’il y a une bonne étoile qui vielle sur moi.

Ce gars-là a visiblement tout compris des risques qu’il prend, tout argumenté même, jusqu’à s’engueuler avec son meilleur ami. Et pourtant, il nous écrit. Il y a un côté à la fois désespéré et un côté fier. Pourquoi avoir envoyé cet email à Têtu? Pour qu’on lui dise que c’est mal, alors qu’il le sait et le dit déjà? Je reste perplexe.

Le Têtu d’octobre est bouclé

Ça y est, le numéro 148 est bouclé. Déjà deux numéros de faits depuis le retour des vacances, le temps passe vite.

Eh oui, nous bouclons le magazine deux semaines avant qu’il n’arrive chez votre marchand de journaux. La presse est une industrie lourde, en tout cas lente. Il faut imprimer les pages, les brocher (les attacher ensemble), faire les paquets, distribuer les paquets dans toute la France. Pour tout ça, il faut du temps. C’est l’avantage d’être abonné: souvent les abonnés sont livrés le samedi avant la sortie (qui est toujours un mercredi).

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Paul Freeman, on en redemande

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Je reçois un email m’annonçant que le photographe Paul Freeman sort un nouvel album, un deuxième opus d’Outback, un an après le premier. Des cow-boys australiens dans la terre rouge et les hangars à moutons, prenant des poses viriles et fraternelles. C’est incroyable comment on se laisse avoir par ce genre d’albums! Tout est outrancier, un piège à gay, une collection de clichés, c’est le cas de le dire, et pourtant ça marche, ça plait. On a beau se dire qu’on est au-dessus de ça, qu’on préfère les belles choses bien faites, en fait non, on a tort: le Freeman, c’est du pur fantasme, ça parle directement là où il faut, sous la ceinture oui, mais aussi dans la tête. Lire le reste de cet article »