Têtu Life

Petits et grands événements de la rédaction de Têtu

Assez!

Edito du numéro 161, décembre 2010

161-couv-4L’initiative que nous prenons dans ce numéro, un appel au porno hot & safe (lire page 84), touche au cœur de l’identité de Têtu. D’abord, parce que le porno est constitutif de la culture gay, quel que soit le jugement qu’on porte sur lui. Il est un divertissement qui joue un rôle fondamental dans l’éducation sexuelle des jeunes homos, à qui la société n’offre guère d’autre moyen. Depuis la création du magazine, il y a quinze ans, c’est comme un symbole de notre sexualité particulière que Têtu célèbre dans le porno.

Mais Têtu n’est pas qu’un magazine de divertissement, c’est d’abord un journal d’information. Nous ne nous contentons pas de vous donner envie en racontant les derniers films ou les futures productions. Nous traquons aussi les tendances et les dérives d’une industrie qui connaît une crise profonde depuis quelques années et l’émergence du téléchargement illégal.

Le bareback et les pratiques à risques sont un spectre mortifère qui n’en finit pas de hanter le porno, mettant en danger la santé des acteurs et offrant le spectacle désolant d’une prévention zéro. Qui, mieux que les gays, aurait dû comprendre à quel point le safe sex est si crucial, eux qui ont été décimés pendant quinze ans et sont toujours menacés ?

Eh bien, non. Il s’est trouvé des hommes – gays ou pas gays – pour produire des films bareback, des hommes – gays ou pas – pour tourner ces scènes, d’autres – gays ou pas – pour les distribuer et les vendre, d’autres encore qui ont fait du « no capote » un immonde argument commercial. Et surtout, au final, il s’est trouvé des gays pour acheter ces films.

Depuis sa création, Têtu se vit aussi comme un acteur de la lutte contre le sida. Avec ses pages Têtu +, et son Guide Têtu + dont vous avez découvert la septième édition avec ce numéro. Mais aussi avec tous ses collaborateurs et journalistes, engagés dans cette bataille qui n’est pas encore gagnée. Avec notre partenaire Pink TV, nous voulons montrer qu’on peut faire quelque chose pour faire reculer l’ignorance, la bêtise et le cynisme. C’est avec votre concours à tous que nous réussirons.

Je suis militaire… J’aime un autre militaire…

Cet email est arrivé à la rédaction de Têtu il y a une quinzaine de jours. Son auteur confiait en préambule que le fait d’exprimer ses sentiments allait peut-être lui «ôter, par pudeur, l’envie de l’envoyer», mais finalement il l’a fait, et le voici.

défilé militaireJ’ai 23 ans. Je suis de cette génération baignée dans une culture plurielle où chacun défend ses droits. Mais certains croient toujours que reconnaître le droit à la différence met en cause leur propre sexualité ou viole des « lois naturelles ». J’ai des amis homosexuels et cela m’a clairement dérangé. Je trouvais idiot de défendre des droits spécifiques pour des gens qui s’aiment. Quand deux personnes se donnent leur confiance pourquoi tout le monde devrait-il le savoir? Pourquoi ne pas vivre, par pudeur, dans la discrétion? D’ailleurs, aujourd’hui, alors que le baiser n’est plus un crime, nombre de couples hétéros et gays s’embrassent et cela ne choque personne. Pourquoi vouloir toujours plus?

Autant de questions qui m’agaçaient par la diversité de leur réponse. Comment établir des droits qui correspondent à chacun?

Mais voilà. C’était sans comprendre que les Gay Pride et les démonstrations multiples n’étaient qu’un aspect d’une vérité. Celle qui exhume des vieilles campagnes les archétypes des intolérants et de ceux qui vivent sans volonté de comprendre le monde. Monde balafré de principes archaïques et vils. Monde peuplé de gens galvanisés par des stéréotypes, rêvant de leur ressembler et vomissant sur toutes différences. Quel monde puzzle ou chacun croit détenir les 4 coins voûte, acceptant quiconque veut entrer dans les limites mais en n’admettant qu’un ordre: le sien propre.

Je suis un de ceux-là. Refusant les différences mais plaidant pour la justice. Quelle honte!

J’étais un de ceux-là.

Je suis militaire. Durant ma formation dans une école d’excellence où chacun doit se donner pour faire avancer le groupe, j’ai perdu mes sens premiers. Cela s’est traduit d’abord par la perte d’une partie de ma fierté masculine et de mon extrême machisme. Sous les coups de l’effort, j’ai parfois pleuré, moi qui jamais n’avais versé de larmes devant quelqu’un. Je me croyais fort et puissant et je n’y ai pas pris garde. Lire le reste de cet article »

Ne donnons pas raison aux Intransigeants

J’ai reçu cet email de Günther, suite aux affrontements autour du kiss-in de Lyon, le 18 mai dernier. Je le poste ici avec son autorisation.

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La taille de mon corps, la texture de mes cheveux sont des données de ma personne que je ne maîtrise pas. Ainsi en est-il également de mon orientation sexuelle. Je suis amoureux d’un homme, et non d’une femme. Si je n’ai pas honte de mon compagnon ni de mon affection à son égard, je n’y trouve pas pour autant une source particulière de fierté. Je ne suis pas fier d’être gay, mais le suis simplement de toute ma personne. Bien qu’acquérir une image positive de moi-même fut ardu, je n’ai jamais fréquenté la communauté homosexuelle, ne me retrouvant pas dans ses valeurs et ses images colorées, souvent crues. Il m’a fallu trouver un autre sein protecteur dans lequel m’épanouir sans m’oublier. Grâce à mon éducation et aux miens (je dois admettre que je suis chanceux), j’ai construit une philosophie de vie en dehors de ma condition sexuelle. Solidement appuyé sur mon éthique dont le respect de soi et d’autrui constitue la clé de voûte, j’ai ainsi pu apprendre à aimer sans rougir, tout comme à affronter la tête haute ceux qui souhaitaient me la voir baisser.

kiss-in-lyon-2Aussi je mène ma vie comme je l’entends, tenant lamain de mon compagnon dès que l’envie m’en prend, l’embrassant publiquement sur les lèvres lorsque le coeur m’en dit. Loin de nous revendications, ou démarches provocatrices. Nous nous moquons tout simplement de ceux que notre union contrarient, au même titre que si nous étions hétérosexuels. Bien évidemment, nous sommes parfois insulté, voire menacer. Mais cela se produit très rarement, et les pressions que nous subissons sont moindres par rapport à celles exercées sur certaines classes religieuses, ou couples mixtes de notre entourage. Nous défendons notre amour, et si besoin est, nous n’hésitons pas à le faire manu militari. Bien que nous ne soyons pas mieux que les autres, nous ne pouvons pas dire que nous en sommes pour autant moins bien. Ainsi, lorsqu’une amie nous informa des menaces physiques qu’un groupuscule de radicaux faisait peser sur le «Kiss In» organisé le 15 mai à Lyon, devant la place Saint-Jean, nous n’eûmes d’autres choix que d’y participer. Si nous ne sommes pas militants, nous ne tolérons pas que nos droits et devoirs soient dictés par quiconque. Nous ne jugeons pas notre attitude exclusivement consécutive de notre homosexualité, mais bien inhérente à notre nature d’être libre. Lire le reste de cet article »

Pionniers

Edito du numéro 156, juin 2010

156_COUVQui se souvient encore comment il vivait avant internet? Qui peut dire aujourd’hui que le web n’a aucune incidence sur sa vie quand, pour tant d’autres, il occupe carrément une place omniprésente ? Les homos sont sans doute tombés dedans plus que les autres, ou plus tôt. Certains y ont tellement pris goût qu’ils y dévoilent tout, pour le meilleur et pour le pire, comme nous le voyons dans notre sujet Ma Gay Life du mois.

Devenu maintenant synonyme de ringardise absolue, le Minitel, quand il a fait son apparition au début des années 1980, a été une énorme avancée, une première fenêtre sur un monde homosexuel dont l’adolescent que j’étais, isolé dans sa campagne, ignorait tout. Et puis, en 1997, j’achetais mon premier modem. Je me souviens qu’alors, la connexion (on payait à la durée) commençait, tel un cérémonial, par le bruit strident et grinçant du modem cherchant son accès au réseau – et ça ne marchait pas à tous les coups. Pour beaucoup de gays et de lesbiennes, internet marquait la sortie du désert. Non seulement on pouvait y trouver de l’information, mais surtout on communiquait, entre nous, dans une convivialité virtuelle qui simulait une société idéale, sans homophobie, sans préjugés, sans tabous.

À l’instar du Minitel de mon adolescence, internet reste une formidable fenêtre pour tous les homos du monde, qui doivent apprendre qu’ils ne sont pas seuls. Tant que l’homophobie demeurera, qu’elle soit le fait d’États, de sociétés ou de familles, le web pourra être l’instrument et le lien de solidarité pour lutter. J’espère que Têtu.com, élu meilleur site de magazine de l’année, remplit ce rôle, en apportant l’information partout dans le monde (près d’un quart des visiteurs résident hors de la France métropolitaine). C’est pourquoi aussi je salue ici le lancement au Maroc de Mithly, le premier magazine gay créé dans un pays arabe. Imprimé clandestinement, il reste heureusement disponible au téléchargement sur internet (www.mithly.net). Puisse ce média être la première pierre d’une visibilité salutaire, comme le fut il y a trente ans le premier Gai Pied fondé par Jean Le Bitoux, disparu récemment.

Un email de Jean-Luc, prêtre

J’ai reçu ce courriel inattendu de Jean-Luc, qui est prêtre, et qui réagit à mon édito du numéro de mai.

edito_155Bonjour… Gilles!
Par ces quelques mots, je voulais simplement te dire combien j’avais apprécié le dernier édito. Pas d’agressivité, pas de dérision, et un ton juste pour parler de cette dimension spirituelle ou mystique loin des obscurantismes et des fondamentalismes! J’ai apprécié le ton personnel: ce n’est pas si simple de s’exposer en ce domaine. Rassure-toi, je ne vais pas essayer de faire de la récup… mais je trouve salutaire le geste de quitter une institution, sans se retourner! C’est tout l’Evangile qui est là… Il faudrait relire de nombreuses pages… Lève-toi et marche, c’est le maître mot. Aller de l’avant, sans se retourner. Qui le fait, à sa manière et en vérité, n’est jamais loin du Royaume de Dieu. Merci d’être en tout cas pour moi ce témoin de la proximité du Royaume (qui n’appartient à aucune Eglise ni aucune religion.)

Je suis prêtre catholique et je fais partie, peut-être pas de ceux qui essaient de convaincre, mais sûrement de ceux qui croient qu’on peut être homo et croyant.Et Dieu sait que mon Eglise me fait parfois douter en ce domaine… Alors merci pour ton édito. Sans se retourner: oui, la vie est devant nous. Et si Dieu vient, c’est de demain qu’il vient, pas de hier ni d’avant-hier.
Pardonne-moi d’être long et de te prendre ton temps… J’avais simplement envie de te dire mon coup de coeur! Bonne continuation à toi et à toute l’équipe et merci!

Jean-Luc

Credo homo

Edito du numéro 155, mai 2010

155Même quand on n’a pas (ou plus) la foi, on ne peut qu’être frappé par l’extraordinaire blocage des religions établies à l’égard de la sexualité, et notamment à l’égard des homosexuels. Plus le siècle avance, plus cette réticence apparaît anachronique et choquante, venant de croyances qui professent le plus souvent l’amour du prochain et la paix entre les êtres humains.
Nous ne sommes plus au Moyen Âge, ni même au 20e siècle, où la foi obéissait sans doute davantage au conformisme et aux conventions sociales, et où, pour parler de la France, fille aînée de l’Église (catholique), on apprenait le catéchisme par cœur avant de réfléchir au message des Évangiles.
Aujourd’hui, dans notre société libre, la foi relève de l’intime, elle est le fruit d’un dialogue avec soi-même qui a besoin d’une échappée vers quelque chose qu’on appelle le divin, et fait appel, le plus souvent, à des religions plus ou moins organisées. C’est ce qui conduit de nombreux homos, femmes et hommes, à se réclamer de l’Église catholique ou de l’islam, quand bien même les dogmes de ces confessions les condamnent ou les rejettent.
Élevé dans la foi catholique, c’est en même temps que j’ai pris conscience à la fois de mon orientation sexuelle et du fait que l’Église à laquelle j’appartenais la condamnait. Dès lors, j’ai choisi ce qui me semblait la seule option : je l’ai quittée sans me retourner. Du coup, pour quelqu’un comme moi, il y a quelque chose d’étonnant à trouver des croyants qui s’entêtent à vouloir concilier leur orientation sexuelle et leur religion. Plus même qu’à se faire accepter, ils ambitionnent de convaincre un jour leurs coreligionnaires que oui, on peut être homo et catholique, homo et juif, homo et musulman, homo et protestant, etc.
Ce mois-ci dans notre dossier de Têtu News, nous avons rencontré certains de ces hommes et femmes, qui travaillent à rebours des fondamentalismes de toutes obédiences, souvent synonymes pour nous d’oppression, de violence et de meurtre. Plus qu’en s’opposant frontalement aux obscurantismes, c’est peut-être grâce à eux que nous en viendrons à bout.

La barbe sera-t-elle l’avenir du Gay?

Je poste ce courrier de Vincent, en réaction à un article de notre numéro 153 sur la barbe.

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Moi je voulais revenir sur le poil, la barbe et les gays. J’ai eu 20 ans dans les années 90, le règne était encore au corps glabre, le visage imberbe et le poil pas à la fête. Pas de chance, je suis plutôt poilu et à l’époque je me suis acharné en vain (dieu merci, je n’y suis pas arrivé) à vouloir faire disparaître tous ces maudits poils. Les années 2000 seront celles du poil, en tout genre, en toute forme et de toute longueur.

barbeMais il faut quand même recadrer le débat sur le poil. La barbe est un atout majeur du gay, car elle uniformise. Tous les visages se ressemblent derrière un épais tapis de poils. Les plus beaux gagnent en prestance, les plus féminins gagnent un galon de masculinité et les plus ordinaires deviennent un peu plus intriguants. Elle uniformise aussi les classes sociales: le bcbg, le pd moyen, le lascard, tout le monde s’y retrouve et formule son interpretation de la barbe. Derrière tous ces visages barbus se déclinent differentes panoplies: barbe coupée, barbe taillée, barbe sauvage, barbe fournie, barbe teinte: là je m’étrangle à la lecture de votre article (pour ceux qui pensent qu’une barbe teinte uniformément brune et sombre les rendra encore plus virils… moi, rien que de les imaginer devant leur lavabo avec leur teinture “spécial color nutritive”… me fait débander). Malheureusement la barbe ne reste qu’un déguisement, un code, une énième panoplie dont le gay a le secret pour se renouveler.

Malgré cette abondance de poils, la barbuse n’en est pas moins hystérique dans son bar favori quand elle a un peu trop bu, la barbuse porte toujours son sac a main le bras coudé pour arpenter la rue Saint-Honoré ou remonter la rue Montorgueil. Le poil et la barde ont ce point commun d’être magique pour la communauté gay, puisqu’ils font référence à la masculinité et a la virilité. Les gays ont donc adopté ce look si évident de petites barbuses… ils en oublient que ce n’est pas le poil qui fait l’homme… ni l’absence de poil d’ailleurs.

La barbe sera-t-elle pour longtemps l’avenir du Gay?

Un courrier de Floride

Voici un courrier que j’ai reçu de Robert, ex-enseignant de français à Fort Lauderdale (Floride), où il a acheté Têtu.

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Bonjour,

J’ai lu votre article à propos des élèves gays à l’école. Cet article m’a rappelé, à moi aussi, la terreur que c’était d’aller chaque jour au lycée. C’était bien horrible. A cette époque-là, les années 60, j’avais des profs de sport bien méchants et cruels. J’étais assez grand, mais mince. Moi aussi, j’étais toujours le dernier pour être choisi dans l’équipe. Dans chaque classe, j’ai dû écouter les insultes de mes camarades de classe.

152_traumatises_du_sp.00001Un jour, un étudiant est tombé, et il ne pouvait plus utiliser sa main droite. Le prof m’a ordonné de déshabiller ce garçon dans le vestiaire. Au début, je ne comprenais pas pourquoi le prof m’avait choisi pour faire ça, mais maintenant, je sais pourquoi. Je ne savais pas que j’étais gay à 15 ans, ce mot n’existait pas.

Chez moi, c’était pire. Mon frère aîné (il avait 17 ans et j’avais 10 ans) était très sportif. Mon père était boxeur amateur. Chaque samedi, après le match de football américain, ils ne parlaient que de ça.

Mon frère et moi, nous partageons une chambre. Il me détestait parce que j’étais assez « sissy » [efféminé]. Il me ridiculisait et quand j’ai répété ce qu’il me disait à mes parents, il a cessé de me parler, sauf quelques mots de temps en temps. Quand il a eu terminé ses études, il est devenu marin et il est parti. J’étais bien content quand il a quitté la maison.

A cette époque-là, ma vie était triste et je me sentais bien seul. Je me dédiais à mes études et à la lecture. Les livres étaient mes amis. A l’université, j’ai trouvé des amis gays. Je crois aussi que j’ai perdu une part de ma jeunesse parce que je n’avais personne avec qui parler de mes problèmes. C’était bien pénible et j’ai pensé plusieurs fois à me suicider. Nous habitions dans une petite ville près de Pittsburgh, en Pennsylvanie.

Il y a longtemps que ces choses se sont passées, mais a mon âge, 66 ans, je n’ai pas pu les oublier. Merci, donc, pour cet article bien écrit et bien pensé.

J’aime beaucoup votre revue. Je l’ai achetée ici dans la ville de Fort Lauderdale, en Floride.

Amicalement,

Robert Smith

L’homosexualité expliquée à mon pote

J’ai reçu ce très beau courrier de Jean-Luc. Comme il est trop long pour le magazine, je le poste ici.

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Je m’appelle jean-luc, j’ai 40 ans. J’ai la chance d’exercer une profession passionnante qui me procure beaucoup de satisfactions et des revenus enviables. Le peu de temps qu’il me reste, je le consacre à la lecture et dans la mesure du possible à aider mon prochain. Par ailleurs, je suis un homosexuel heureux et épanoui. En résumé, je suis un privilégié conscient de la chance qu’il a. Je n’ai aucune envie de changer de voie, ni aucune prétention littéraire. Mais si je me permets de vous écrire, c’est parce que en tant qu’homo heureux et chanceux, je crois de mon devoir d’apporter un pierre à l’édifice de la lutte contre l’homophobie, combat que beaucoup de gens courageux mènent depuis des lustres en se donnant beaucoup de mal.
Cette petite pierre est un texte que je vous livre et –si vous lui trouvez un intérêt– que je vous offre. Je pense modestement que tout ce qui est dans ce texte doit être dit, clamé, gueulé; sur la forme, je laisse votre expertise en juger.
Ce texte a été écrit dans l’après-midi du 28 février 2010, un jour de tempête, de colère. Je préfère le livrer brut de décoffrage que ressassé.
Merci pour votre combat.
Jean-Luc

28 février 2010
L’homosexualité expliquée à mon pote

L’idée d’écrire un article ne me serait sans doute jamais venue à l’esprit si j’avais pu envoyer une lettre à un ami. Une lettre assez longue, dans laquelle je lui expliquais que l’homosexualité de son fils n’était pas un drame. Il n’a pas voulu la lire. Quand je l’ai revu, cet ami, on a parlé de tout autre chose et au moment de partir, il m’a dit: «Pour la lettre, j’ai pas envie de me prendre la tête. De toutes façons, j’ai d’autres enfants…» Lire le reste de cet article »

Héros populaires

Edito du numéro 154, avril 2010

beursEnfant, on s’est tous gavé des films à la télévision, surtout si comme moi on a grandi à la campagne. Les Sissi, les Fernandel, les Tarzan et les westerns, je ne m’en lassais pas. Et puis, adolescent, des figures plus viriles ont commencé à capter mon intérêt, des séducteurs entourés de filles énamourées ou torrides, des héros populaires qui savaient défier l’ordre ou incarner la justice, des durs qui ne revendiquaient pas leur beauté comme première arme alors qu’elle me sautait aux yeux, à la gorge, au cœur, et n’augurait pas qu’un plaisir des yeux.
À leur mesure, des figures comparables émergeaient dans la cour de l’école et du collège. Des mecs plus matures que la moyenne, plus sûrs d’eux, qui faisaient peur aux filles, sauf aux plus belles, car celles-là les défiaient et les convoitaient. Ils n’avaient pas froid aux yeux, assumaient avec fierté leurs origines populaires, refusaient avec fougue – et parfois avec les poings – les insultes, et notamment celles faites à leur nom. Car, souvent, ces beaux mecs s’appelaient Karim, Rachid ou Mohammed.
Je suis certain, encore aujourd’hui, que l’hostilité que pouvaient leur témoigner les autres garçons reposait beaucoup sur la jalousie. Ces mecs-là imposaient une masculinité qui dérangeait les fils de bourgeois ou les petits Blancs déclassés. Non parce qu’ils étaient Arabes, mais parce qu’ils étaient pauvres. Que ces mecs puissent émoustiller les filles était tout simplement insupportable aux autres, à qui leurs parents avaient promis le monde.
Pour quelqu’un de ma génération, il y a quelque chose d’incompréhensible à voir si peu de Beurs au cinéma, à la télévision, dans les médias. Si présents au quotidien, et si peu visibles. Il semble cependant que la situation évolue depuis peu. Timidement. Si la 35e cérémonie des César, qui a doublement sacré le jeune Tahar Rahim, doit être considérée comme un augure de l’avenir, alors il y a raison d’espérer.
Pour toutes ces raisons et parce que je veux croire en cet avenir français, j’ai souhaité dédier ce numéro de Têtu à ces hommes, et leur offrir les plus belles pages de ce magazine, de l’interview Recto / Verso (Ali Baddou) à la Bombe du mois (Hatem Ben Arfa), en passant par cette série où sept d’entre eux ont endossé les habits des grands mythes français devant l’objectif d’Aranda. Et, aussi, que ce soit considéré comme la participation de Têtu au débat sur l’identité nationale qui a agité le pays récemment.